Gazprom supplante ses rivaux tandis que la Russie intensifie ses relations

31-08-2006 dans Matrices stratégiques

Aux confins de la Sibérie et du Pacifique, les îles de Sakhaline sont actuellement le théâtre de manœuvres destinées à permettre à Gazprom de mettre la main sur les ressources énergétiques de la zone. La « nouvelle » politique dictée par le Kremlin implique qu’en Russie, 51% des parts des projets énergétiques soient détenus par des sociétés nationales, plus précisément par Gazprom. Or, concernant le mégaprojet « Sakhaline-2 », dont les quantités de gaz sont estimées à 633,6 milliards de mètres cubes contre 182 millions de tonnes de pétrole, le contrat signé il y a plusieurs années prévoyait un partage des parts comme suit : Shell (55%), Mitsubishi (25%) et Mitsui (20%). Selon ces accords initiaux, le gaz exploité, du Gaz Naturel Liquéfié (GNL), était destiné à la Chine et au Japon, alors que la Russie ne touchait que de maigres royalties. Aujourd’hui, la stratégie de puissance mise en œuvre par le Président russe V. Poutine, en grande partie grâce à son levier de « diplomatico-énergétique », est naturellement en contradiction directe avec le partage des parts préalablement réalisés par Shell, Mitsubishi et Mitsui. Aussi, Gazprom et les autorités russes tentent de reprendre la main sur le projet gazier en orchestrant des actions destinées à rompre un arrangement qu’ils jugent défavorables. Pour illustration, la dépêche de RIA Novisti, du 4 août 2006, avance que l’agence fédérale pour le contrôle de l’Environnement, Rosprirodnadzor, s’apprête à arrêter les travaux liés à Sakhaline-2, se référant à un avis des chercheurs qui affirment que le principal gazoduc créé est exposé au risque d’être détruit par des coulées de boues (1)… Pour Natalia Ianakaïeva, experte à la compagnie d’investissement CentreInvest, « dans ce conflit, on perçoit l’influence exercée par un "groupe de force" agissant dans l’intérêt de Gazprom et une tendance à l’accroissement des cas d’évincement des investisseurs étrangers des projets déjà élaborés est actuellement observée ». « Cela est déjà arrivé au projet Sakhaline-3.

A l’achèvement de pratiquement tous les travaux, l’accord avec ExxonMobil et Chevron a été résilié. Sakhaline-3 est désormais une propriété publique et c’est la Russie qui en tire tous les profits », avance-t-elle. Observons que de son côté, le groupe Total a déjà fait les frais de « l’attention russe ». en effet, il y a quelques mois, il a été éconduit par le Kremlin lorsqu’il avait fait part de son souhait d’entrer dans le capital du petit producteur Novatek. Outre ce combat de « containment », dans le même temps, la Russie intensifie également ses relations stratégiques afin de développer son emprise sur le marché gazier européen… en passant par le Maghreb. Ainsi, bien qu’il ait été échaudé par sa dernière visite à Alger (2), V. Poutine a choisit de maintenir un contact étroit avec l’Algérie. Son « dauphin », Dmitri Medvedev, Vice-premier ministre russe mais aussi président du conseil d’administration de Gazprom, a d’ailleurs rencontré le ministre algérien de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, ce jeudi 3 août… Et, pendant ce temps-là, à Paris, piégé dans l’instant, confondant cause et conséquence, information et sensationnalisme, on ne parle que de l’évolution du thermomètre en comptant le nombre de bombes qui partent de part et d’autre de la frontière israélo-libanaise.

AR

(1) http://fr.rian.ru/russia/20060804/52263919.html
(2) « Pour annuler la dette de l’Algérie à l’égard de la Russie, évaluée à 4,7 milliards de dollars, Moscou avait posé deux conditions : que l’Algérie achète pour 85 % de ce montant en armements russes mais aussi que le géant gazier russe Gazprom entre à hauteur de 15 % du montant de la dette dans le capital de l’algérien Sonatrach ».

http://www.bakchich.info/article.php3?id_article=137

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