L’Europe et la bataille de l’Arctique

17-11-2012 dans France Europe Puissances

La Bibliothèque nationale de France propose jusqu'en janvier 2013, une exposition intitulée "l'âge d'or des cartes marines – Quand l'Europe découvrait le monde". De quoi réfléchir sinon à son passé, davantage aux nouveaux enjeux maritimes, notamment celui de la région arctique. Les mers recelant 90% des richesses de l'avenir. 
Sans aborder la question militaire, L'océan arctique, concentre la question de la nécessaire fluidité (concept opposé à l'espace solide), corollaire de la mondialisation. Elle est pour certains l'expression  d'une affirmation de puissance (la Russie par exemple) et pour d'autres une affirmation de présence et d'influence (la Chine). Thierry Garcin, directeur de séminaire au collège interarmées de défense délimite ce périmètre par le 66eme degré Nord. 
Réchauffement de la planète, rôle éminent des ressources naturelles (pétrole, gaz, terres rares), questions environnementales, litiges sur les délimitations maritimes, mouvements indépendantistes, importance de la région pour la mise en place d'un bouclier antimissile américain, font de cette région un espace géopolitique, géostratégique et géoéconomique. Ici se jouent la coopération par le respect du droit et la coopération internationale mais aussi des rivalités. Rivalités sur la plan juridique avec les possibles routes (Nord Est -Russie ou Nord Ouest – Canada) à emprunter; rivalités quant à la compétition pour les matières premières et ressources halieutiques; Et enfin la question du droit donné aux populations autochtones (Groenland) par le biais de l'autonomie renforcée et qui pourrait être une porte ouverte pour les revendications identitaires. 

Qui en sont les acteurs? 5 pays riverains sont concernés : La Russie, les Etats-Unis, la Norvège, le Danemark (Représentant le Groenland), le Canada. La déclaration d’Ilulissat rapproche ces pays pour ne pas « subir » un traité international en arctique. Tous siègent au Conseil de l'Arctique comme membres permanents, la France, l'Allemagne, le Royaume uni n'ayant qu'un rôle d'observateur. L'UE, En 2009, la posé sa candidature au statut d'observateur permanent du Conseil. Elle a été rejetée. Parallèlement, la Chine avance ses pions d’années en années arguant que l’arctique est la propriété de l’humanité (mais fait siennes les mers du sud). Le brise-glace chinois Xue Long a traversé en septembre l'océan Arctique en empruntant le passage du nord-est. La  présence de la Chine dans cette zone s’est effectuée à travers des liens avec L’Islande notamment. L’ambassade chinoise est la plus grande de toutes les ambassades implantées à Reykjavík. La Chine est venue au secours des banques islandaises en 2008. La visite du Premier ministre Wen Jiabao en Islande, fin avril, a aboutie à  la signature d'une « coopération dans le secteur énergétique dans l'Arctique ». Selon les analystes, l'intérêt chinois pour l'Arctique est essentiellement d'ordre environnemental, même si les considérations politiques ne sont jamais loin.  L'escale en Islande, elle, est peut-être motivée par des projets de recherche, mais surtout pour porter le drapeau. Bien que n’étant pas un pays riverain, Pékin s'active enfin sur le front diplomatique, en demandant un siège d'observateur permanent au Conseil de l'Arctique, où elle a été rejetée une première fois,  mais qui pourrait aboutir en mai 2013. Encore la stratégie du jeu de go.

Plus logiquement, mais tout aussi discutable, la position russe : Le tournant décisif d’août 2007 avec  une expédition russe à bord de l’Akademik Fedorov visant  à ramener des preuves pour montrer que la formation montagneuse sous-marine connue sous le nom de «dorsale de Lomonossov» dans le Grand Nord est une extension géologique du plateau continental russe. «L’Arctique est à nous et nous devrions montrer notre présence», avait alors déclaré le chef d’expédition. Jusqu’à l’alliance entre BP et Rosneft de ces jours derniers. Cette nouvelle voie du Nord Est (le long des cotes russes) représente un enjeu majeur puisqu’elle raccourcit les distances et qu’elle éloigne la question de la piraterie de l’océan indien. A l’Europe de faire prévaloir cette conception de ce que peuvent être les océans et du contrôle de la communauté internationale contrairement à la volonté des pays riverains, pressés d’en faire une zone économique exclusive, de prolongement du plateau continental. Principe de territorialisation puisqu’il y alors appropriation de la mer pour en faire un espace sécurisé ou un espace de ressources. L’Europe à ici une partie de sa croissance technologique. Le sommet de Rio à très peu évoqué les ZEE et la découverte de gisements pourrait faire accélérer la réflexion a moins que ce temps ne soit consacré à des moratoires. Dépendant largement des énergies fossiles pour son développement, l’Europe a une conscience aiguë des enjeux climatiques. Mais  Comment peut-elle se positionner en garante de la bonne gouvernance environnementale en n’étant même pas membre du Conseil de l'Arctique? Sans projet stratégique, la puissance est inconsistante.

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