EADS : le pied dans la porte américaine

02-03-2008 dans France Europe Puissances
Le Pentagone a annoncé vendredi 29 février 2008 que l’entreprise européenne EADS avait été choisie pour fournir la première tranche des avions ravitailleurs de l’armée de l’Air américaine, aux dépends de son concurrent américain Boeing. Le contrat porte sur la fourniture de 179 avions ravitailleurs, pour un montant de 35 milliards de dollars (23.5 milliards d’euros). Dans cette opération, EADS s’est associée avec l’américain Northrop Grumman, qui installera les systèmes technologiques embarqués, exclusivement sous licence américaine.

Ce succès commercial n’est pas le fruit du hasard et démontre qu’un grand groupe européen peut emporter un succès sur le sol américain, au détriment d’un industriel américain aussi puissant que Boeing. Néanmoins, ce succès ne s’est pas construit sur les seules qualités de l’Airbus A330 qui servira de base au futur KC 45 américain, même si cet aspect des choses a été un élément clé dans la décision finale. Le projet EADS était en effet plus avancé , avec un avion au rayon d’action plus important et des capacités d’emport en personnel, matériel et carburant  supérieurs au 767 de Boeing. Les actions de lobbying ont aussi été intenses et l’alliance de circonstance avec Northrop Grumman certainement déterminante.

En effet, EADS a obtenu notamment le soutien de plusieurs Etats du sud des Etats-Unis et en particulier du Mississippi et de l’Alabama. En effet, l’assemblage des avions se fera dans une usine qui sera implantée par EADS à Mobile, ville de cet Etat, créant ainsi près de 1500 emplois. De plus, le projet a toujours été présenté comme un projet américain, et « sans que des concessions sur le prix n’aient été faites », dixit Louis Gallois, président d’EADS. Boeing a également très certainement pâti de l’affaire de collusion qui en 2003 avait vu l’annulation de ce même contrat attribué à Boeing. Des dirigeants de l’avionneur américain avaient alors échangé des informations avec de hauts responsables de l’administration sur l’offre d’EADS. Ces comportements irréguliers avaient notamment entraîné la démission de Philip M. Condit, président de Boeing, et du secrétaire américain à l’armée de l’Air James G. Roche.

L’attribution de ce contrat, qui était partout annoncé dans la poche de Boeing, a déjà provoqué une vague de protestations et d’indignations aux Etats-Unis, tous les arguments du patriotisme économique américain étant exploités par tous les défenseurs du lobby Boeing. Les députés de la région de Seattle se sont ainsi dits « outragés que cette décision permette à Airbus et à ses travailleurs étrangers de fournir un ravitailleur à notre armée américaine », annonçant que ce contrat allait entraîner la perte de 100 000 emplois aux Etats-Unis.

Si Boeing a averti qu’il annoncerait après étude des termes du contrat s’il ferait appel de cette décision, on peut espérer que rien ne changera. En tout état de cause, l’US Air Force souhaite que ce contrat soit entériné pour ne pas prendre un nouveau retard dans le remplacement de sa flotte de ravitailleurs dont la plupart ont une moyenne d’âge de 40 ans. Nul doute de ce fait que le Pentagone pèsera de tout son poids pour valider cette décision, historique pour EADS. Car comme l’a dit le général Arthur J. Lichte, chef de l’Air Mobility Command, l’un des plus grands commandements de l’US Air Force regroupant la majorité des unités de transport et de ravitaillement en vol, « ce sera un ravitailleur américain, piloté par des Américains avec un drapeau américain sur le fuselage et qui chaque jour sauvera des vies américaines ». Mais avec des composants et des pièces fabriqués en Europe…

Matthieu Depoire

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