Secteur en déshérence à la chute du communisme, le cinéma fait pourtant partie du patrimoine politique et culturel russe. Les vertus de cet outil en tant qu’outil de propagande lui ont attiré les faveurs de Lénine qui le considérait comme un élément essentiel pour la diffusion de masse des idéaux communistes révolutionnaires. Pendant toute la durée du communisme, l’industrie cinématographique a pu expérimenter toutes sortes de thèmes et de techniques, déconnecté qu’il était des impératifs économiques. Le réveil à la chute de l’URSS n’en fut que plus brutal… : 1994, l’année de la première guerre de Tchétchénie, aura vu une production atone avec seulement 19 films réalisés.
Mais dix ans plus tard, le tableau a radicalement changé : en 2004, 79 films sont sortis dans les salles de cinéma russe, rendant à la Russie une place influente au sein de la Fédération Internationale des Associations de Producteurs de Film (FIAPF [lien]). En 2006, les recettes du box-office pour la CEI ont augmenté de plus de 30% à hauteur de 455 millions de dollars ; 59 films russes ont été projetés cette même année, confirmant la relance de la production, pour près de 100 millions de spectateurs dans tout le pays, un chiffre en augmentation contrairement à la tendance mondiale.
Pour obtenir de tels résultats, le simple retour vers une situation plus stable n’a pas été suffisant. L’influence et les aides accordées par les institutions étatiques russes a sans aucun doute joué un rôle essentiel dans cette reprise. Mais si le financement étatique de l’industrie cinématographique dans ce domaine n’est pas caractéristique de l’état russe, la France défendant son « exception culturelle » est reconnue pour son soutien acharné à la production cinématographique et télévisuelle, pour le meilleur et parfois aussi pour le pire (lien vers le dossier série TV), il n’en demeure pas moins que le contexte politique favorise une instrumentalisation des films réalisés. La volonté de Vladimir Poutine de réaffirmer les ambitions russes dans le monde, les patrouilles navales en Méditerranée ou la reprise des vols à la limite de l’espace aérien britannique, (en voir l’analyse que propose Joseph Henrotin), s’accompagne de la promotion d’une certaine image de la Russie dans ses productions culturelles. Une politique de puissance digne de ce nom comprend nécessairement un discours et des actions politiques, mais implique de projeter une image positive du pays à l’extérieur pour « séduire » amis et adversaires politiques. L’Agence Fédérale russe pour la culture et le cinéma correspond à cette volonté publique d’aider le cinéma russe. Mais d’autres institutions sont également actrices dans ce secteur, tout en étant moins attendues : ainsi le FSB joue un rôle important pour la promotion de films patriotiques.
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