Areva sous pression
Le groupe Areva est aujourd'hui sous les feux de l'actualité à cause de la fusion possible avec Alstom, mais aussi du fait de la volonté du gouvernement du Niger d'inverser le rapport de force en sa faveur dans le dossier de l'uranium. Le Niger fournit 30% des besoins de combustible des centrales nucléaires de l'Hexagone et la Chinelui fait de nouvelles propositions qui font monter les enchères autour des mines locales d'uranium.
Un rapprochement entre Areva et Alstom, à l'étude par le cabinet McKinsey et la banque HSBC, est dans la continuité de la politique gouvernementale, faisant écho au dernier mariage en date de GDF et Suez. L'idée est de fournir à Areva les moyens de se développer en limitant les appétits du groupe allemand Siemens, partenaire actuel d'Areva au profit d'Alstom qui vendrait alors les turbines. Areva dispose en effet d'une option lui conférant le droit de racheter la part de Siemens dans le cas où l'Allemagne fait le choix du zéro nucléaire. Cette privatisation de la filière dite "sensible" pose la contradiction entre les exigences de sûreté et de transparence et celles de la rentabilité financière. Doit-on laisser au privé la maîtrise de la filière du fait de son rôle dans la production d'armes nucléaires?
Cette privatisation si chère au Président de la République doit être appréhendée comme une stratégie sur l'échiquier national, trame de fond d'une véritable politique de puissance. Si l'on se place dans une dimension plus structurelle, l'objectif est de maîtriser tous les échelons de la filière sur l'échiquier international, de l'extraction de l'uranium à l'assainissement des sites. Le nerf de l'enjeu est l'extension du domaine d'exploitation d'uranium au coeur du territoire nigérien. En effet, le contrôle du gisement clé d'Imouraren (surnommé le jackpot), ferait passer la production annuelle de 3 000 à 8 000 tonnes d'uranium. Le Niger, troisième exportateur mondial d'uranium est aussi l'une des populations les plus pauvres de la planète. Par ses récentes velléités d'autonomie quant à l'exploitation de ses ressources, le Niger prend simultanément l'avantage du rapport de force. Depuis quarante ans, la COGEMA, ancêtre d'Areva, disposait du monopole d'achat de l'uranium nigérien, alors que le Niger ne recevait qu'une participation aux bénéfices calculée sur des cours inférieurs à celui du marché. Ancienne colonie française, indépendante depuis 1960, le Niger entend désormais farouchement s'émanciper de ce passé colonialiste en se détachant des contrats "léonins" qui le lie à Areva. La rupture de ce monopole met en relief le problème de la propriété de la production d'un pays au travers des entreprises étrangères qui s'y implantent. La France est contrainte de revoir ses positions face à la nouvelle position de diversification de son fournisseur qui a pris conscience de la possibilité de mener une véritable stratégie de diversification de ses liens avec les puissances intéressées par l'uranium.
En août 2007, Areva a renouvelé ses contrats de production d'uranium au moment même ou le président du Niger, Mamadou Tandja, déclarait son intention de renégocier le contrat d'extraction d'Areva. Pour 2008, le chef du pays promet de fermes négociations. Le Niger a récemment accordé une soixantaine de nouveaux permis d'exploration d'uranium à des entreprises étrangères : Chine, Canada, Grande-Bretagne et doit encore en accorder une centaine d'autres. Dans le même temps, Areva est accusé par le gouvernement du Niger de contribuer au financement de la rébellion Touareg dans le nord du pays. Le gouvernement français, encore majoritaire dans le capital d'Areva, soutiendrait la guérilla du MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice) en friction avec le pouvoir depuis février, alors que le MNJ accuse la société chinoise SINO-U, qui prospecte de l'uranium sur le même territoire d'étouffer efficacement la rébellion. L'expulsion de deux responsables d'Areva du territoire nigérien et l'enlèvement par le MNJ d'un ingénieur chinois sont des évènements qui n'ont pas contribué à détendre l'atmosphère. Areva semble plus à l'aise pour mener des actions ouvertes, au travers de la fondation et de l'université Areva, plus en harmonie avec la culture "sherpa" de sa dirigeante. Mais ses adversaires n'ont pas tous la même culture…
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