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	<title>Infoguerre : Stratégie, Influence et Guerre de l’information &#187; Interviews</title>
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	<description>Stratégie, Influence et guerre de l&#039;information</description>
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		<title>Interview de Ludovic François &#8211; Lancement de la revue R2IE</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Apr 2009 07:10:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[Alors que le premier numéro de la Revue Internationale d’Intelligence Economique vient de sortir, Ludovic François (professeur affilié à HEC et directeur de cette publication) répond à nos questions. Infoguerre : Pouvez-vous nous présenter en quelques lignes l’équipe de la R2IE, et comment est née la volonté de publier une telle revue sur l’intelligence économique? [...]
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone size-thumbnail wp-image-2297" title="Interview de Ludovic François   Lancement de la revue R2IE influence strategie" src="http://www.infoguerre.fr/wp-content/uploads/2009/04/ludovic-francois-120x150.jpg" alt="ludovic francois 120x150 Interview de Ludovic François   Lancement de la revue R2IE influence strategie" width="120" height="150" /> Alors que le premier numéro de la <a href="http://r2ie.fr.nf" target="_blank">Revue Internationale d’Intelligence Economique</a> vient de sortir, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ludovic_Fran%C3%A7ois" target="_blank">Ludovic François</a> (professeur affilié à HEC et directeur de cette publication) répond à nos questions.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Infoguerre : Pouvez-vous nous présenter en quelques lignes l’équipe de la R2IE, et comment est née la volonté de publier une telle revue sur l’intelligence économique?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ludovic François : Je m’intéresse à l’intelligence économique depuis 1996. J’en ai fait une de mes spécialité car je l’enseigne et fait des recherches sur le sujet. Or, rapidement j’ai constaté qu’il n’existait pas de revue académique en IE. Depuis longtemps j’ai le projet d’en créer une. J’ai alors bâti le projet de R2IE avec Lavoisier. J’en ai ensuite parlé à Damien Bruté de Rémur de l’université de Montpellier et à Nicolas Menguy, chercheur dans cette même institution. L’un et l’autre m’ont rejoint. Le premier assure la rédaction en chef et Nicolas est secrétaire général de rédaction. Je profite de cette tribune que vous m’offrez pour saluer leur travail remarquable et leur implication dans le projet. Nous bénéficions du soutien du Réseau International en Intelligence Informationnelle et du groupe de recherche auprès du Haut Responsable en Intelligence Economique que préside Damien.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-2296"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment positionnez-vous R2IE par rapport aux autres publications existantes sur les problématiques d’intelligence économique, et à quel(s) public(s) s’adresse-t-elle ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>R2IE est à mon sens unique car à ma connaissance il n’existe pas de revue équivalente. Par rapport aux autres publications qui existent en IE  nous avons un positionnement recherche. C&#8217;est-à-dire que l’ensemble de nos articles sont évalués à l’aveugle par au moins deux membres du comité de lecture. Les articles ne sont pas des réflexions sur l’IE. Ils doivent être construits scientifiquement intégrant une revue de la littérature et une expérimentation. Le comité de lecture est exigeant car il a refusé plusieurs articles et ceux qui ont été acceptés ont pour la plupart été renvoyés à leurs auteurs avec des demandes d’approfondissement ou de structuration.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment s’effectue la sélection des sujets d’articles?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Nous définissons tous les 3 les sujets que l’on souhaiterait voir aborder dans la revue et rédigeons des appels à communication. Ceux ci sont diffusés dans la revue et sur notre site. Ensuite les auteurs nous envoient des projets de publication (1 à deux pages expliquant le projet de recherche). Nous effectuons un premier filtre. Les auteurs qui ont vu leur projet retenu ont plusieurs mois pour nous proposer leur article. Celui-ci est ensuite passé au comité de lecture qui décide soit de refuser la publication, soit demande des aménagements, soit l’accepte tel quel.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment choisissez-vous les auteurs ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En ce qui concerne les auteurs n’importe qui peut nous proposer des articles. Nous incitons même à nous envoyer des projets ou des articles hors appel à communication sur des sujets qui relèvent bien entendu de l’intelligence économique (Veille, investigation, protection de l’information, influence, éthique de l’IE, intelligence territoriale, etc.). La moitié des auteurs sont des universitaires, l’autre moitié des professionnels qui ont une fibre recherche. Nous souhaitons être une revue de recherche mais nous voulons rester ancrés dans la réalité du terrain et c’est pourquoi il me paraît absolument nécessaire de croiser les approches.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quels sont vos objectifs à court et moyen terme, et quelles sont vos perspectives en termes de tirages ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette année nous allons publier deux numéros. A terme sans vraiment fixer de délai nous souhaitons publier 4 numéros par an. Notre objectif à moyen terme est d’obtenir un classement de notre revue. Comme vous le savez il existe des listes de revues scientifiques sur lesquelles se base l’évaluation des enseignant-chercheurs. Ceux-ci doivent en effet publier dans celles qui sont classées. Notre objectif de tirage est faible car notre revue n’est pas grand public. Bien entendu la pérennité de la revue repose en grande partie sur le nombre d’abonnés qui, compte tenu du prix au numéro, seront plus des institutions que des particuliers.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le second numéro est en cours de préparation. Pouvez-vous nous en dire davantage sur les principales thématiques que vous avez retenues à ce titre?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr. Nous souhaitons intégrer à ce numéro quelques articles portant sur deux thématiques qui nous semblent incontournables, compte tenu du niveau de maturité qu&#8217;a atteint l&#8217;intelligence économique en France. D&#8217;abord, nous proposerons quelques éléments d&#8217;épistémologie, dans la mesure où la recherche française en la matière commence à se structurer, mais manque encore cruellement d&#8217;un consensus quant au périmètre du socle théorique communément admis. Nous essaierons donc de voir quels sont les champs disciplinaires qui concourent à la constitution d&#8217;un corpus pour l&#8217;IE. Ensuite, nous souhaitons publier des papiers sur la protection du patrimoine informationnel. Vous savez certainement que depuis plus d&#8217;un an, et encore très récemment avec un conflit opposant une grande entreprise française à une ONG, les affaires d&#8217;espionnage et les attaques informationnelles en tous genres deviennent légion. C&#8217;est d&#8217;ailleurs à peine si elles surprennent encore! Nous souhaitons donc, au moment où le Ministère de l&#8217;intérieur cherche à encadrer un peu mieux la profession, faire le point sur la déontologie et surtout, sur ces modes de déstabilisation contemporains.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour en savoir plus : </strong></p>
<p>Site de la revue : <a href="http://r2ie.fr.nf">http://r2ie.fr.nf</a></p>
<p>Publication liée à la revue : François L, « Intelligence territoriale », Lavoisier, 2008 (<a href="http://www.wmaker.net/veillemag/L-intelligence-economique-appliquee-au-territoire_a63.html">http://www.wmaker.net/veillemag/L-intelligence-economique-appliquee-au-territoire_a63.html</a>)</p>
<p>Ludovic François dirige également une collection spécialisée en Intelligence économique : <a href="http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=collection&amp;no=667">http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=collection&amp;no=667</a></p>
<p style="text-align: justify;">Retrouvez prochainement une présentation du premier numéro de R2IE sur Infoguerre.</p>
<p style="text-align: justify;">AVS</p>
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</ol></p>]]></content:encoded>
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		<title>La communication, enjeu politique de la mondialisation</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Jan 2009 08:56:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Chercheur au CNRS où il est chargé de la direction du laboratoire &#171;&#160;Information, Communication et Enjeux scientifiques&#160;&#187;, Dominique Wolton a éclairé pour l’EGE la problématique des enjeux de la communication dans la mondialisation. Avec un regard mi-cynique, mi-optimiste, le chercheur a abordé une multitude de questions, depuis l’éducation, la crise financière jusqu’à l’important enjeu de [...]
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">Chercheur au CNRS où   il est chargé de la direction du laboratoire &laquo;&nbsp;Information, Communication   et Enjeux scientifiques&nbsp;&raquo;, <a href="http://www.wolton.cnrs.fr/FR/dwcompil/index.html" target="_blank"><span style="text-decoration: underline;">Dominique   Wolton</span></a> a éclairé pour   l’<a href="http://www.ege.fr" target="_blank">EGE</a> la problématique des <a href="http://tv.aege.fr/2009/01/la-communication-enjeu-politique-mondialisation-conference-de-dominique-wolton/" target="_blank"><span style="text-decoration: underline;">enjeux   de la communication dans la mondialisation</span></a>.   Avec un regard mi-cynique, mi-optimiste, le chercheur a abordé une   multitude de questions, depuis l’éducation, la crise financière   jusqu’à l’important enjeu de la communication dans la troisième   mondialisation.</p>
<p align="justify"><span id="more-1969"></span>Sa lecture est fondée   sur un présupposé clair : démocratie et communication sont liées   dans la mesure où la démocratie est le dialogue généralisé. Cette   appréciation ne doit cependant pas faire oublier que la communication   reste un processus difficile car, comme le dit D. Wolton avec pertinence : <em> « on rêve du même [lorsqu’on s’adresse   à un être] et on tombe sur l’autre »</em>.</p>
<p align="justify">En partant de ces idées,   il pose que l’enjeu de la communication au XXIème siècle n’est   pas la technique mais la politique. Il faut réussir à faire échanger   et vivre ensemble les Hommes à l’ère de la troisième mondialisation,   dans un monde ouvert qui voit le réveil des identités culturelles   et les impressionnants progrès des moyens de communication. Un monde   où, pourtant, le lien entre amélioration de la technologie et amélioration   de la communication n’est pas certain : on se parle plus facilement   sans pour autant se comprendre mieux. Comment gérer cette dualité?   Identité et communication doivent réussir à cohabiter pour atteindre   un équilibre loin des dérives nationalistes du XXème siècle. D.   Wolton offre une vision alternative au « choc des civilisations » qui   le positionne en « anti-Huntington ». Son opinion sur l’intégration   nécessaire d’une Turquie gage de diversité dans l’Union en est   une preuve.</p>
<p align="justify">Fermement convaincu   de la nécessité et de la possibilité de faire cohabiter les cultures,   D. Wolton conclut en disant que ce n’est certainement pas dans la   technologie que réside la difficulté de la communication mais dans   le monde ouvert et multiculturel de demain. La technologie ne serait   qu’un habile paravent à ces difficultés et occulterait le problème   qui poursuit l’Homme depuis des siècles : la cohabitation.</p>
<p align="justify">A voir aussi, sa réponse à la <a href="http://tv.aege.fr/2009/01/le-fosse-numerique-est-il-propice-a-exacerber-les-tensions-entre-les-differentes-communautes-dans-le-monde/" target="_blank"><span style="text-decoration: underline;">question</span></a> : D’après vous, le fossé numérique est-il   propice à exacerber les tensions entre les différentes communautés   dans le monde ?</p>
<p align="justify">A lire également sur Infoguerre : <a href="http://www.infoguerre.fr/?p=1899" target="_blank">La diplomatie culturelle française en déshérence</a></p>
<p align="justify">
<p><object width="526" height="526" data="http://www.aege.fr/webtv/flvplayer.swf" type="application/x-shockwave-flash"><param name="id" value="TVaegePlayer" /><param name="flashvars" value="&amp;file=http://www.aege.fr/webtv/flv/conf_wolton.flv&amp;width=460&amp;height=278&amp;image=http://www.aege.fr/webtv/thumb/thb_conf_wolton.jpg&amp;usefullscreen=false" /><param name="src" value="http://www.aege.fr/webtv/flvplayer.swf" /></object></p>
<div style="text-align: justify;">Crédit : <a href="http://tv.aege.fr" target="_blank">TV AEGE</a> (canal vidéo de l&#8217;intelligence économique publié par l&#8217;<a href="http://www.aege.fr" target="_blank">AEGE</a>)</div>
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</ol></p>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Entretien avec Jean-Marc Vittori, Editorialiste au quotidien économique « Les Echos »</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Sep 2008 11:04:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[<p align="justify"><strong>Sébastien   Demailly : </strong></p>
<p align="justify">Quel est votre   sentiment général sur la manière dont les médias traitent les défaites   commerciales des entreprises françaises  (PME/PMI notamment) à l’étranger ?   Observez-vous une asymétrie de l’information de la part des médias   entre les victoires et les défaites commerciales françaises à l’international   ? <br />
</p>
<p align="justify"><strong>Jean-Marc   Vittori :</strong></p>
<p align="justify">Premièrement,   on a un culte des champions nationaux, des grandes entreprises. Le deuxième   point qui découle du premier, c’est que les grandes entreprises son   plus visibles pour les journalistes et c’est donc plus facile de faire   passer un papier sur l’OREAL qu’une petite entreprise. Il y a également   un réflexe en France, c’est que la longueur du papier doit être   proportionnelle au chiffre d’affaires, à la capitalisation boursière   ou au nombre de salariés de l’entreprise. C’est une attitude qui   m’agace mais en tous cas, force est de constater que dans beaucoup   de journaux, et je suis passé dans un certain nombre de journaux, ça   fonctionne comme ça. On peut d’autant plus faire passer des sujets   et d’autant plus avoir de la place qu’une entreprise est considérée   comme grande. Troisième point, quand on compare par rapport à l’Allemagne,   à l’Italie, à l’Espagne et aux Etats-Unis, on s’aperçoit qu’on   a un tissu de grosses PME qui est beaucoup moins dense que dans ces   pays. Par conséquent, cette asymétrie de l’information reflète   aussi la réalité du tissu industriel de la France. <br />
</p>
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><strong>Sébastien   Demailly : </strong></p>
<p align="justify">Quel est votre   sentiment général sur la manière dont les médias traitent les défaites   commerciales des entreprises françaises  (PME/PMI notamment) à l’étranger ?   Observez-vous une asymétrie de l’information de la part des médias   entre les victoires et les défaites commerciales françaises à l’international   ? 
</p>
<p align="justify"><strong>Jean-Marc   Vittori :</strong></p>
<p align="justify">Premièrement,   on a un culte des champions nationaux, des grandes entreprises. Le deuxième   point qui découle du premier, c’est que les grandes entreprises son   plus visibles pour les journalistes et c’est donc plus facile de faire   passer un papier sur l’OREAL qu’une petite entreprise. Il y a également   un réflexe en France, c’est que la longueur du papier doit être   proportionnelle au chiffre d’affaires, à la capitalisation boursière   ou au nombre de salariés de l’entreprise. C’est une attitude qui   m’agace mais en tous cas, force est de constater que dans beaucoup   de journaux, et je suis passé dans un certain nombre de journaux, ça   fonctionne comme ça. On peut d’autant plus faire passer des sujets   et d’autant plus avoir de la place qu’une entreprise est considérée   comme grande. Troisième point, quand on compare par rapport à l’Allemagne,   à l’Italie, à l’Espagne et aux Etats-Unis, on s’aperçoit qu’on   a un tissu de grosses PME qui est beaucoup moins dense que dans ces   pays. Par conséquent, cette asymétrie de l’information reflète   aussi la réalité du tissu industriel de la France. 
</p>
<p><span id="more-1279"></span>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :<strong> </strong> Les journalistes sont saturés d’informations. Je suppose que lorsque   vous recevez un dossier de presse, réalisé par des agences de communication   privées d’un grand groupe, cela vous fait gagner énormément de   temps dans la mesure où ces dossiers de presse sont très bien faits   et professionnels. Finalement, n’y a-t-il pas un risque à ce que   les journalistes deviennent en quelque sorte trop dépendants de ces   agences de communication privées ? 
</p>
<p align="justify"><strong>J.M.V</strong>:   C’est vrai qu’on n’a pas beaucoup d’information à valeur ajoutée   avec les services de communication des grands groupes. C’est vrai   que la communication des entreprises est une dimension importante des   journalistes économiques. Les PME n’ont très souvent pas les moyens   de communiquer, et quand on regarde l’évolution des effectifs de   communication dans les entreprises, et particulièrement dans les grandes   entreprises, on s’aperçoit qu’ils ont évolué beaucoup plus vite   que les effectifs de journalistes. Ça se traduit donc par un déséquilibre   croissant et inquiétant parce que les entreprises veulent de plus en   plus verrouiller leur information. C’est donc de plus en plus difficile   de contourner l’information. C’est devenu presque un match je dirai :   les entreprises veulent communiquer et nous les journalistes, nous voulons   informer. Ce n’est pas les mêmes logiques, ces logiques doivent évidemment   se rencontrer quelque part. En tous cas, les entreprises parviennent   de plus en plus à faire passer leur communication et donc le travail   de l’information est de plus en plus difficile. Un exemple qui a quelques   années : je travaillais auparavant dans un mensuel et nous voulions   faire une enquête sur une de ces rares PME française, et notamment   sur un sujet qui portait sur la façon dont l’entreprise innove. Or   la direction de la communication de la PME que nous avions choisie,   c’était une assez grosse PME pour avoir un service de communication,   nous a dit : « <em>vous  ne verrez personne dans l’entreprise sur   ce sujet parce que nous estimons que ce n’est pas le sujet sur lequel   notre entreprise doit communiquer pour le moment</em> ». C’était clair   pour nous. Cependant nous avions quand même enquêté par tous les   moyens, nous étions allés voir les concurrents, les banquiers, les   fournisseurs, les syndicats, en gros auprès de toutes les clefs d’entrée   par lesquelles on peut rentrer pour avoir de l’information. On l’a   signalé par la suite auprès de cette entreprise. Le patron de cette   PME a écrit une lettre ensuite en disant : « C’est scandaleux, votre   journaliste a essayé d’avoir des informations sur notre entreprise   par tous les moyens ». A l’époque j’étais le numéro 2 de ce journal,   et avec le numéro 1, nous avions convoqué le journaliste qui avait   fait cette enquête et on l’a félicité. Ce n’est pas fréquent,   ça suppose déjà d’être en magazine mensuel. En quotidien, vous   n’avez pas le temps de faire ce travail d’enquête pour contourner   les services de communication. Quand il se passe quelque chose d’important   pour une entreprise et que le service de cette entreprise vous met des   barrières, lorsque vous êtes en magazine vous aurez davantage de temps   pour enquêter derrière, quand vous êtes en quotidien, vous devez   faire votre papier pour le lendemain évidemment et c’est difficile   de passer au-delà des fourches caudines des services de communication.   Quand vous voulez passer outre, cela nécessite un vrai travail d’investigation   qui demande du temps, et des journalistes compétents. Finalement, il   n’y a pas beaucoup de journalistes qui savent vraiment faire cela. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Pour revenir sur les annonces des grands contrats lors des voyages présidentiels,   ce qui me frappe c’est la différence des montants annoncés entre   la Présidence de la République et les entreprises concernées. Je   me demandais donc qui étaient les journalistes présents durant ces   voyages présidentiels. Est-ce uniquement le service de presse de l’Elysée,   ou bien y-a-t-il également des journalistes de grands quotidiens nationaux   qui peuvent vérifier les montants annoncés ? 
</p>
<p align="justify"><strong>J.M.V</strong>:   Lors d’un voyage présidentiel, nous avons souvent nos correspondants   sur place. Par exemple lorsque Sarkozy s’est rendu en Chine, c’est   notre correspondant de Pékin qui suivait l’évolution des contrats   passés entre nos grands groupes et Pékin. Lors de ces voyages officiels,   on sent qu’il y a une tension entre l’annonce présidentielle et   puis la réalité des contrats conclus. On sait bien que l’histoire   des AIRBUS en Chine, les avions ont été vendu à un tel prix [prix   bas] qu’on peut se demander au bout du compte si ça été une bonne   opération. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Est-ce que les journalistes qui sont sur place durant le déplacement   du Président de la République accompagné des fleurons industriels   français  et de quelques PME, font systématiquement un suivi   de l’aboutissement des contrats annoncés 6 mois ou 1 an auparavant   lors du déplacement ? 
</p>
<p align="justify"><strong>J.M.V</strong>:   Non il n’y a pas vraiment de suivi de ce genre. A la rigueur on déduit   parfois les résultats des promesses de contrats annoncés dans le passé,   lorsque l’entreprise communique sur ses résultats financiers. On   peut se rendre compte par exemple que tel contrat a rapporté beaucoup   moins que ce qui avait été annoncé, mais c’est souvent longtemps   après. Mais c’est vrai que les journalistes n’ont pas souvent le   réflexe de voir l’issue d’un contrat six mois, un an après. C’est   aussi que ce genre d’information est moins spectaculaire. Ce n’est   pas vraiment spectaculaire d’annoncer que finalement le rendement   d’un contrat remporté l’année dernière n’est pas aussi bon   que prévu. Ce type d’information est moins attirant que de dire « AIRBUS   vend 25 avions en Chine ». Mais c’est vrai qu’on assiste en France,   et peut-être plus que dans d’autres pays, à une « spectacularisation »   de l’annonce. La comparaison avec le politique est encore plus forte.   On est de plus en plus dans une logique de l’annonce et puis le suivi,   ça vient après. C’est tout à fait clair dans la politique, c’est   d’ailleurs assez effrayant. On le voit également dans les contrats   remportés. Si vous remportez un très gros contrat et que vous vendez   à perte, c’est de la valeur retranchée, ce n’est pas de la valeur   ajoutée. <br />
   <br />
  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Pouvez-vous me relater un cas récent d’une défaite commerciale française   à l’étranger (grande entreprise ou PME) dont vous avez eu connaissance,   et qui n’aurait pas suscité l’intérêt des médias français ?   Pouvez-vous me décrire brièvement le contexte et causes de cette défaite ?   
</p>
<p align="justify"><strong>J.M.V</strong>:   Honnêtement non. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Y-a-t-il une « autocensure » chez les journalistes qui empêche la diffusion   des défaites commerciales françaises à l’étranger ? Dans le sens   où lorsqu’un journaliste arrive à obtenir une information à valeur   ajoutée, un « scoop », il lui arrive de s’interdire à lui-même   de diffuser une information craignant de dépasser la ligne éditoriale   ou bien des retombées contre lui. 
</p>
<p align="justify"><strong>J.M.V</strong>:   Non je ne vois pas ça à priori aux <u>Echos</u>. C’est l’une des   forces du journal d’ailleurs. L’indépendance du journal a été   au cœur du combat mené l’an dernier lors du changement de propriétaire ;   c&#8217;est-à-dire qu’il n’y ait pas le risque de pressions sur ce genre   de chose. Effectivement, le risque est beaucoup plus souvent celui de   l’autocensure du journaliste que la censure elle-même. C’est très   important d’avoir une liberté de parole, et je ne pense pas qu’il   y ait ce genre d’attitude aux <u>Echos</u>.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Pour des raisons concurrentielles évidentes, est-ce que le journaliste   est facilement au courant des appels d’offres en cours ? 
</p>
<p align="justify"><strong>J.M.V</strong>:   Normalement, un journaliste qui suit un secteur doit également suivre   ce genre de chose. Pour suivre les appels d’offres en cours, le journaliste   doit regarder lui-même ou alors avoir dans son réseau des gens qui   doivent l’alerter sur tels appels d’offres qui sont susceptibles   d’intéresser telles entreprises etc. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Sur les quelques 2,4 millions d’entreprises que compte la France,   à peine 115 000, soit environ 5 %, contribuent à vendre le label France   à l’étranger. A l’heure actuelle, plus de 90 % des ventes hors   des frontières sont assurées par 10 % seulement des exportateurs français.   Comment expliquez-vous ce faible nombre d’entreprises françaises   exportatrices ? Pensez-vous que les entreprises, notamment les PME, manquent-elles   trop souvent de spécialistes de l’export ?  
</p>
<p align="justify"><strong>J.M.V</strong>:   Ca rejoint ce que je vous disais dans votre première question. On a   un tissu de champions nationaux qui ont souvent été encouragés sous   la tutelle des pouvoirs publics. Ces entreprises là sont efficaces   et ont de bons résultats à l’export. On a la culture des fleurons   industriels. Et puis derrière, on a peu de chose finalement. En plus   les PME qui ont du potentiel à l’international n’ont pas forcément   le réflexe de le faire. Il y a une histoire ancienne qui circulait   il y a un demi-siècle qui racontait le voyage d’un représentant   de chaussures français et d’un représentant de chaussures allemand   qui étaient envoyés dans le Golfe pour prospecter le marché. L’Allemand   envoie un télégramme en disant : « Marché formidable. Les gens marchent   tous pieds-nus ». Le Français envoie lui son télégramme et dit : « Catastrophe.   Ils marchent tous pieds-nus ». C’est caricatural mais ça illustre   l’esprit entrepreneurial des patrons de PME françaises pour l’international.   La barrière de la langue est également un point clef. Les Allemands,   les Néerlandais exportent beaucoup plus que nous. Dans ces pays, 95%   de la population parlent parfaitement anglais. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Si l’on prend le cas de la Chine, on s’aperçoit que la France a   cédé du terrain vis-à-vis de l’Allemagne. On estime que les exportations   françaises  représentent environ 13% du total des exportations   de la zone euro à destination de la Chine. Actuellement, un produit   européen sur deux vendu à Pékin est d’origine allemande. Selon   les statistiques de la Douane chinoise, la France se trouve au 4ème   rang des partenaires commerciaux de la Chine au sein de l&#8217;Union européenne,   avec un volume d’échanges commerciaux de 13,39 milliards de dollars   contre 41,8 milliards USD pour l’Allemagne en 2006. Enfin, la France   ne réalise que 12% de ses exportations avec les pays dits « émergents »   contre 17% pour l’Allemagne. Quelles sont, selon vous, les principales   faiblesses dans la stratégie des entreprises françaises pour l’exportation   de leurs produits en Chine et les autres pays dits « émergents » ? Cet   écart frappant ne révèle-t-il pas une inadéquation des produits   français avec les besoins indispensables des pays émergents en termes   d’équipements ? 
</p>
<p align="justify"><strong>J.M.V</strong>:   Il y a effectivement cet aspect, à savoir que nos produits ne sont   pas forcément adaptés aux besoins fondamentaux des pays émergents.   C’est vrai que nos produits de luxe intéressent beaucoup moins les   pays émergents. La France a un vrai problème avec sa structure industrielle   par rapport à la demande mondiale. Il y a également d’autres problèmes.   Je pense que les Français ont toute une série de produits qu’ils   savent faire mais qu’ils ne savent pas vendre. C’est encore plus   vrai au sein des PME. Je pense également que les grandes entreprises   et PME allemandes travaillent beaucoup plus main dans la main. Alors   qu’en France, les grands groupes essaient d’absorber les petites   structures ou de les étouffer. On n’a pas du tout le même type de   synergies industrielles avec l’Allemagne et je pense que ça joue   un rôle important. Et puis l’Allemagne a fait un travail en profondeur   depuis des années sur la Chine que n’a absolument pas fait la France.   Chirac a dû aller trois ou quatre fois en Chine en douze ans de mandat   alors que le Chancelier Schröder y allait trois à quatre fois par   an avec une grosse délégation et pas uniquement avec des grands patrons.   Il y a donc eu un vrai travail de fond politique en Allemagne vis-à-vis   de la Chine. Les grands groupes allemands marchent main dans la main   avec les PME, qui marchent main dans la main avec les gouvernants. Et   c’est de manière systématique pour les Allemands, ce n’est pas   une logique d’annonce mais bien de travail de fond. J’aimerais bien   que Sarkozy annonce qu’il repart en Chine bientôt. Il a fait un « one-shoot »   dernièrement mais il faut un travail continu, un voyage présidentiel   ne suffit pas. Il faut avoir une stratégie commerciale de fond. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Un article de Claude Fouquet, responsable du Commerce Extérieur aux <u> Echos</u>, m’a frappé dernièrement. Il a publié une enquête inédite   auprès des 2000 conseillers du commerce extérieur de la France, qui   soulignait que 65% des conseillers interrogés estiment que l’handicap   le plus important des entreprises françaises, reste celui du lobbying   dans les réseaux locaux. Comment expliquez-vous cette réticence envers   le lobbying de la part des dirigeants de PME à dimension internationale ?   Est-ce, d’après vous, un blocage culturel ? 
</p>
<p align="justify"><strong>J.M.V</strong>:   C’est clair que nos entreprises ne considèrent pas suffisamment le   lobbying. Pour un certain nombre de marchés, il ne suivi pas d’arriver   en étant convaincu que vous avez le meilleur produit. Gagner des parts   de marchés à l’étranger suppose également tout un dispositif politique,   d’influence etc. La plupart des entreprises françaises ont du mal   avec le lobbying ou bien n’ont même pas conscience de la nécessité   de ce travail en appui de leur développement. On a tendance à se dire   en France qu’on gagne parce qu’on est les meilleurs et quand on   ne gagne pas, il faut que ça soit l’Etat qui nous aide. On a une   vision assez binaire. Mais la réalité n’est pas binaire, elle est   infiniment plus subtile, et nos entreprises ont du mal à s’y faire. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Quel bilan dressez-vous du plan « Cap Export »1 lancé en   octobre 2005 par l’Etat qui soutient les PME pour exporter davantage   vers les marchés à fort potentiel notamment la Chine, l’Inde, les   Etats-Unis, la Russie ? Le renforcement des effectifs dans les missions   économiques en Afrique, Amérique du Sud, Asie, Russie est-il parvenu   à reconquérir des nouvelles parts de marché jusqu&#8217;à présent ? 
</p>
<p align="justify"><strong>J.M.V</strong>:   Je ne pourrai pas vous dire précisément. En tous cas ce qu’on peut   souligner, c’est le fait qu’on envoie des fonctionnaires pour traiter   des affaires d’entreprises à l’international. Or les fonctionnaires   savent ramener de l’information, faire des beaux rapports de synthèse   etc., mais il y a un moment où ce n’est pas le même métier qu’un   homme d’affaires. C’est pour cette raison qu’il y a de grosses   difficultés pour les négociations commerciales de la part des gens   de l’administration. On pêche souvent par naïveté en France quand   on souhaite se développer à l’international. On a tendance à oublier   que la concurrence, ce n’est pas seulement avoir le meilleur produit.   Une réussite commerciale c’est aussi tout un ensemble d’actions   d’influence à mettre en place à l’étranger.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Quel est votre interprétation sur le fait que 80% de nos exportations    se concentrent dans la zone traditionnelle du commerce extérieur de   la France, à savoir l’Union Européenne, l’Afrique, le Proche et   Moyen-Orient ; alors que les 20% restant seulement, concernent les zones   à forte croissance ? 
</p>
<p align="justify"><strong>J.M.V </strong> : En-dehors des problèmes de cohésion entre les acteurs publics et   privés dont je vous faisais allusion précédemment, vous ne pouvez   pas faire abstraction de l’histoire. Historiquement, les Anglais ont   une présence en Asie qui est infiniment plus ancienne que nous.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Comment expliquez-vous que l’on parle très peu du phénomène des   relocalisations dans la presse économique ? 
</p>
<p align="justify"><strong>J.M.V </strong> : C’est un sujet intéressant. Dernièrement, j’essayais de trouver   une entreprise qui avait relocalisé sa production à la suite d’un   échec à l’étranger, et j’ai eu beaucoup de mal à en trouver   une effectivement. Ca rejoint votre question du début. Une relocalisation   est une défaite commerciale. Une entreprise qui relocalise en France   a déjà dépensé beaucoup d’argent pour une tentative à l’étranger   qui a échoué. Par conséquent, une entreprise n’aime pas vraiment   en parler.</p>
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		<item>
		<title>Interview : Claude Fouquet, Responsable du Service Commerce Extérieur  &#171;&#160;Les Echos&#160;&#187;</title>
		<link>http://www.infoguerre.fr/interviews/interview-claude-fouquet-responsable-du-service-commerce-exterieur-les-echos/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=rss</link>
		<comments>http://www.infoguerre.fr/interviews/interview-claude-fouquet-responsable-du-service-commerce-exterieur-les-echos/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 02 Sep 2008 01:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[<p align="justify"><strong>Sébastien   Demailly : </strong>Quel est votre sentiment général sur la manière dont   les médias traitent les défaites commerciales des entreprises françaises    (PME/PMI notamment) à l’étranger ? Observez-vous une asymétrie de   l’information de la part des médias entre les victoires et les défaites   commerciales françaises à l’international ? <br />
</p>
<p align="justify"><strong>Claude Fouquet : </strong> Je ne sais pas si on peut parler d’asymétrie de l’information.   A mon avis, il y a deux choses à distinguer. Il y a dans un premier   temps les pratiques de la presse et puis ce qu’on peut dire sur le   cœur du sujet du commerce extérieur de la France. En ce qui concerne   les pratiques de la presse il y a un vieux fantasme qui consiste à   dire que les trains qui arrivent à l’heure on n’en parle pas et   donc du coup c’est vrai qu’on a tendance à ne donner que les bonnes   nouvelles. A partir du moment où on ne donne que les bonnes nouvelles,   surtout pour les très grands groupes parce qu’historiquement on est   très focalisé sur eux, on pourrait dire que les journalistes ne relatent   pas des échecs. C’est vrai dans une certaine mesure parce que je   pense qu’on a une certaine pudeur à faire, et puis aussi parce que   les entreprises n’ont pas vraiment envie de parler de leurs échecs.   Après sur le cœur du sujet, il y a deux choses à souligner. Premièrement,   la culture du grand groupe. Historiquement, même si c’est moins vrai   maintenant, les grands groupes français étaient des grands groupes   publics. Par conséquent, il était un peu logique que la communication   sur les affaires en cours passaient par des circuits institutionnels   et tournaient notamment autour des voyages présidentiels ou des déplacements   ministériels ou autre. Même si c’est moins vrai maintenant car de   plus en plus de gros groupes se sont privatisés, ces groupes restent   des fleurons de l’industrie française et leurs dirigeants sont des   personnes proches du pouvoir. C’est donc plus facile d’annoncer   une victoire de cent millions ou dix milliards d’euros qu’un contrat   d’un ou deux millions d’euros.<strong> </strong> Il y a aussi une culture de la discrétion parmi les PME. Une PME n’aime   pas parler par définition. Moi en tant que journaliste j’essaie de   savoir ce qui se passe derrière. J’ai forcément des blocages de   la part des dirigeants de PME sous prétexte qu’ils ne veulent pas   donner de l’information qui pourrait être profitable à leurs concurrents.   A partir du moment où les dirigeants de PME ne me parlent pas, ou très   peu, je n’en parle pas derrière. Il y a toujours cette culture « <em>pour   vivre bien, vivons caché</em> » au sein des PME.  </p>

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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><strong>Sébastien   Demailly : </strong>Quel est votre sentiment général sur la manière dont   les médias traitent les défaites commerciales des entreprises françaises    (PME/PMI notamment) à l’étranger ? Observez-vous une asymétrie de   l’information de la part des médias entre les victoires et les défaites   commerciales françaises à l’international ? 
</p>
<p align="justify"><strong>Claude Fouquet : </strong> Je ne sais pas si on peut parler d’asymétrie de l’information.   A mon avis, il y a deux choses à distinguer. Il y a dans un premier   temps les pratiques de la presse et puis ce qu’on peut dire sur le   cœur du sujet du commerce extérieur de la France. En ce qui concerne   les pratiques de la presse il y a un vieux fantasme qui consiste à   dire que les trains qui arrivent à l’heure on n’en parle pas et   donc du coup c’est vrai qu’on a tendance à ne donner que les bonnes   nouvelles. A partir du moment où on ne donne que les bonnes nouvelles,   surtout pour les très grands groupes parce qu’historiquement on est   très focalisé sur eux, on pourrait dire que les journalistes ne relatent   pas des échecs. C’est vrai dans une certaine mesure parce que je   pense qu’on a une certaine pudeur à faire, et puis aussi parce que   les entreprises n’ont pas vraiment envie de parler de leurs échecs.   Après sur le cœur du sujet, il y a deux choses à souligner. Premièrement,   la culture du grand groupe. Historiquement, même si c’est moins vrai   maintenant, les grands groupes français étaient des grands groupes   publics. Par conséquent, il était un peu logique que la communication   sur les affaires en cours passaient par des circuits institutionnels   et tournaient notamment autour des voyages présidentiels ou des déplacements   ministériels ou autre. Même si c’est moins vrai maintenant car de   plus en plus de gros groupes se sont privatisés, ces groupes restent   des fleurons de l’industrie française et leurs dirigeants sont des   personnes proches du pouvoir. C’est donc plus facile d’annoncer   une victoire de cent millions ou dix milliards d’euros qu’un contrat   d’un ou deux millions d’euros.<strong> </strong> Il y a aussi une culture de la discrétion parmi les PME. Une PME n’aime   pas parler par définition. Moi en tant que journaliste j’essaie de   savoir ce qui se passe derrière. J’ai forcément des blocages de   la part des dirigeants de PME sous prétexte qu’ils ne veulent pas   donner de l’information qui pourrait être profitable à leurs concurrents.   A partir du moment où les dirigeants de PME ne me parlent pas, ou très   peu, je n’en parle pas derrière. Il y a toujours cette culture « <em>pour   vivre bien, vivons caché</em> » au sein des PME.  </p>
<p><span id="more-1274"></span>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Même si les PME sont plus accessibles que les grandes entreprises j’imagine. 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Je ne dirai pas que les PME sont forcément plus accessibles que les   grands groupes. En effet, elles ne sont généralement pas assez structurées   pour recevoir les appels de la presse. En plus la presse continue à   faire peur aux PME. Je me rappelle d’un livre dans les années 1980   sur le journalisme dont on avait pas mal parlé à sa sortie, je ne   me souviens plus du titre, mais qui disait en gros qu’un journaliste   était quelqu’un qui venait non pas pour savoir ce que vous faites,   mais pour vous faire dire ce qu’il a envie de dire et d’écrire,   et que dans 9 cas sur 10, il déformait vos propos. Je pense que ce   genre de perception des journalistes a plombé des générations de   chefs d’entreprises par rapport à la presse. Ensuite sur l’analyse   que vous pouvez faire, je mettrai un bémol. Quand il y a effectivement   un voyage présidentiel ou du Premier Ministre et que l’on met en   avant les contrats des grands groupes c’est parce que c’est ce qui   valorise les hommes politiques. Mais vous vous apercevrez que l’on   parle quand même de l’activité des PME à l’internationale aux <u> Echos</u> ou à <u>La Tribune</u>. Après pour ce qui est des échecs   commerciaux, je dirai qu’en France et comme dans d’autres pays,   on n’a pas la culture de l’échec. Donc une boîte qui a raté un   appel d’offres ne va pas en parler, elle ne va pas faire de la publicité   sur un échec évidement. Alors ensuite, mon côté optimiste me fait   dire que les boîtes analysent bien les causes de leurs échecs en interne,   mais c’est clair qu’elles ne feront pas sortir d’informations   à l’extérieur de la boîte.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Pour revenir sur les grands groupes qui ont des services de communication   très professionnels et structurés, faites-vous parfois le constat   que le journaliste économique peut être en quelque sorte plus ou moins   dépendant, si je puis dire, de ces agences privées de communication ?   Est-ce difficile de contourner les services de communication des grands   groupes pour obtenir de l’information à valeur ajoutée ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   C’est le job d’un journaliste de contourner ces barrières. Non,   ce n’est pas facile de contourner les services de communication de   ces grands groupes mais avec les années vous vous constituez un carnet   d’adresses. Mon job c’est justement de connaître des gens qui acceptent   de me parler et qui ne sont pas forcément aux services de communication   des grands groupes. </p>
<p align="justify">Après c’est   vrai que vous avez certaines grandes entreprises, voire certaines PME   plus ou moins importantes, qui ont structuré un discours à l’extérieur,   ce qui permet de faciliter les choses. Quand vous avez en face de vous   un chef d’entreprise de formation d’ingénieur et qui est formatée   ingénieur, et qui n’est donc pas habitué à parler, il aura lui-même   du mal, si vous n’êtes pas ingénieur, à expliquer ce qui fait en   termes logiques et compréhensibles pour un large public. On s’y intéressera   seulement si c’est une innovation technologique révolutionnaire,   mais sinon on aura tendance à regarder à côté ce qui se passe. Si   vous ne savez effectivement pas me parler de la façon dont vous travaillez,   je suis comme tout le monde, je n’ai pas beaucoup de temps, j’irai   voir quelqu’un d’autre qui sait me parler de ses activités. Cette   autre personne n’aura pas forcément un produit plus intéressant   que le vôtre, mais il saura simplement mieux communiquer. Personnellement,   je ne pense pas être devenu au fil du temps plus ou moins dépendant   des agences de communications des grandes entreprises. Pour ma part,   je n’ai ni spécialisation géographique ni spécialisation sectorielle,   je suis donc obligé de piocher un peu partout et donc je peux me permettre   de varier les interlocuteurs. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Pouvez-vous me relater un cas récent d’une défaite commerciale française   à l’étranger (grande entreprise ou PME) dont vous avez eu connaissance,   et qui n’aurait pas suscité l’intérêt des médias français ?   Pouvez-vous me décrire brièvement le contexte et causes de cette défaite ?     
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Je n’ai pas de cas en tête. Mais par définition on ne va pas parler   d’une défaite commerciale.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Ca n’intéresse pas ? Vous pensez que ce n’est pas un sujet porteur ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   C’est assez compliqué finalement. Il y a en France, y compris dans   la presse française une culture du grand contrat. Dans la presse nationale   vous faites rêver un lecteur avec des contrats en milliards d’euros.   Quand vous êtes dans la presse régionale vous pouvez faire rêver   votre lecteur avec la boîte qui est à 2 kilomètres de chez le lecteur   et qui remporte un contrat de 100 000 euros. En presse nationale vous   avez des impératifs qui sont différents. Ainsi vous allez parler d’AREVA   qui soumissionne un appel d’offres de centrales nucléaires au Kazakhstan   par exemple. En revanche, la petite boîte qui va essayer de décrocher   l’équipement d’une chaîne hôtelière au  Kazakhstan, on   n’en parlera pas dans la presse nationale. On en parlera si elle remporte   le marché seulement. Si elle n’emporte pas le contrat, c’est un   non-événement pour nous. Pour moi les trois facteurs qui font qu’on   ne parle pas des défaites commerciales françaises, c’est la hiérarchisation   de l’information, des blocages comme je vous ai dit pour des raisons   concurrentielles, et puis la culture du secret des affaires qui reste   très français et qui vous empêche d’avoir des éléments d’information   vous permettant de tirer des conclusions. Vous pouvez comprendre pourquoi   la boîte X n’a pas eu le contrat. Mais ce n’est pas parce que la   boîte X n’a pas eu le contrat qu’elle est représentative de la   plupart des PME. L’échec est d’autant plus difficile à percevoir   dans la mesure où parmi toutes les études du commerce extérieur réalisées   au niveau national, on vous explique pourquoi les PME ne sont pas tournées   suffisamment vers l’international, on vous explique celles qui réussissent   etc. Mais vous ne trouverez jamais aucune étude sur les PME qui ont   été à l’international et qui n’y sont pas retourné par la suite.   Ca c’est un grand mystère, sachant que le turnover des PME qui tentent   une fois l’aventure à l’international et qui n’y retournent pas   est absolument faramineux. Même au niveau des douanes ou du Ministère   des Finances où il y a logiquement tous les outils statistiques, il   n’y a pas ce suivi.</p>
<p align="justify">Je pense que   même si la presse avait plus de moyens, on ne parlerait pas forcément   davantage des échecs commerciaux français. Encore une fois, on n’a   pas la culture de l’échec. Si vous vous êtes planté sur un marché   il y a six ans, je continuerais à vous parler en ayant à l’esprit   que vous vous êtes planté six ans auparavant, même si vous avez fait   quelque chose derrière. C’est assez trivial comme analyse mais malheureusement   c’est la réalité française. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Y-a-t-il une « autocensure » chez les journalistes qui empêche la diffusion   des défaites commerciales françaises à l’étranger ? Dans le sens   où lorsqu’un journaliste arrive à obtenir une information à valeur   ajoutée, un « scoop », il lui arrive de s’interdire à lui-même   de diffuser une information craignant de dépasser la ligne éditoriale   ou bien des retombées contre lui. 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Pas régulièrement mais ça m’est déjà arrivé. La chose qu’il   faut se dire c’est que si on a 10 informations, on ne va pas écrire   à priori sur les 10 informations. Mon job consiste par définition   à hiérarchiser l’information et de définir celle qu’on fait passer   ou pas. Non pas parce qu’on est persuadé d’avoir la meilleure information   sur tel sujet, mais tout simplement parce qu’à un moment donné,   on se dit que ce n’est peut-être pas pertinent de la faire passer   à tel moment. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Comment expliquez-vous que l’on parle très peu des relocalisations des   entreprises françaises ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   En presse nationale, je ne pense pas qu’il y ait eu suffisamment de   choses importantes pour être repris. A la rigueur dans la presse régionale.   C’est plus logique. A partir du moment où vous avez un entrepôt   qui ferme, que ce soit 15 emplois créés ou 15 emplois détruits, au   niveau local ça a plus d’impact. Pour la presse nationale, il y a   aussi un problème de proximité. C’est clair que quand vous êtes   à un niveau local, vous pouvez plus facilement savoir ce qui se passe   dans telle ou telle PME locale. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Il y a une enquête auprès des 2000 conseillers du commerce extérieur   de la France que vous avez-vous-même publiée dans <u>les Echos</u> du 30 avril 2008. D’après cette enquête, 65% des conseillers interrogés   estiment que l’handicap le plus important des entreprises françaises,   reste celui du lobbying dans les réseaux locaux. Comment expliquez-vous   cette réticence envers le lobbying de la part des dirigeants de PME   à dimension internationale ? Est-ce, d’après vous, un blocage culturel ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Il y a deux choses. Premièrement il y a bien un blocage culturel. Le   lobbying en France est considéré comme sale. Les Anglo-saxons n’ont   aucun problème avec ces pratiques, en revanche les Français ont du   mal à dire qu’ils font du lobbying même à Bruxelles. Après j’aurais   tendance à dire que les réponses des conseillers du commerce extérieur   sont à la fois une réponse et une non-réponse. C&#8217;est-à-dire que   où que vous alliez, il faut savoir à quelle porte il faut frapper,   à quel moment et de quelle façon etc. C’est la même chose en France   ou à l’étranger. Dans un pays comme la France où il n’y a pas   forcément la culture de l’international et de l’export, c’est   assez peu étonnant de noter que lorsqu’un chef d’entreprise français   arrive sur un marché à l’étranger, il ne connaît pas les acteurs-clefs   sur place. Ensuite cette enquête voulait également évaluer l’efficacité   des réseaux français à l’étranger, y compris les conseillers du   commerce extérieur.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Pensez-vous qu’il y a un problème de lisibilité du système public   de soutien à l’exportation des entreprises françaises ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   A ce propos je suis gentil avec les Missions Economiques (ME) mais moins   sympathique avec les Chambres de Commerce et d’Industrie (CCI) et   les Conseillers du Commerce Extérieur. Pour ce qui est des ME, ce sont   des fonctionnaires qui sont très bons sur le régalien ainsi que sur   l’analyse macroéconomique et ce genre de choses. Mais je n’attends   pas par exemple du spécialiste du secteur du textile-habillement d’une   PME qu’il connaisse tous les relais. Par contre un Conseiller du Commerce   Extérieur, à ma connaissance c’est un chef d’entreprise qui pratique   sur le terrain. Donc lui doit connaître les relais efficaces. Et quand   je vois l’enquête dont vous faites allusion, je me dis qu’il y   a un problème à partir du moment où ce sont eux qui disent que c’est   le principal handicap [le lobbying dans les réseaux locaux] des entreprises   françaises à l’étranger alors que c’est une de leurs principales   missions à assurer normalement. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Donc vous constatez que les Conseillers du Commerce Extérieur ont des   difficultés à tisser et développer des réseaux locaux à l’étranger ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Absolument. Actuellement, on a une tendance à avoir une vision catégorique   de la situation. On part du principe que le service public n’est pas   bon et que donc forcément le service privé est bien plus efficace.   Or, c’est comme partout. Vous avez des ME qui sont bonnes et d’autres   qui sont mauvaises, comme vous avez des CCI qui sont bonnes et d’autres   qui sont nulles. Et malheureusement, j’estime qu’il y a beaucoup   de Conseillers du Commerce Extérieur qui sont très médiocres parce   que très souvent, c’est un poste de notable que vous obtenez généralement   quand vous êtes implanté depuis longtemps dans un pays et que vous   êtes à la tête d’une filiale d’un groupe important. A partir   de là, il y a des gens qui prennent ça à cœur et d’autres qui   n’en font pas plus. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   La « machine exportatrice » française a cédé du terrain en 10 ans.   On s’aperçoit que depuis trop longtemps, la France est restée prisonnière   d’un tropisme régional en partie hérité de son passé colonial,   qui l’a conduit à concentrer 80% de ses exportations vers sa zone   traditionnelle de commerce extérieur, à savoir l’Union Européenne,   l’Afrique, le Proche et Moyen-Orient. Or les zones de forte croissance,   à savoir l’Asie et l’Amérique Latine, contribuent seulement à   20% du total de nos exportations alors que ces zones de forte croissance   pèsent plus de la moitié du commerce mondial.</p>
<p align="justify">Comment expliquez-vous   la difficulté des entreprises françaises (en particulier les PME)   pour se déployer dans ces zones de forte croissance ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Je pense que c’est un fort déficit de la culture internationale de   la France. Historiquement, on s’aperçoit que les entreprises françaises   vont à un moment donné à l’international, souvent par opportunisme,   souvent par le bais d’une rencontre au hasard qui leur informe des   possibilités commerciales dans tel pays etc. Soit aussi parce qu’une   entreprise a des difficultés à survivre en France et qu’elle se   dit qu’elle pourrait faire du chiffre à l’étranger. Or il est   souvent trop tard d’envisager le déploiement à l’international   à ce stade de difficulté car l’exportation implique des coûts non-négligeables.   L’exportation implique en plus du temps. Pour assurer une pérennisation   à l’export, le patron d’une PME doit un moment ou un autre se consacrer   à autre chose que ses fonctions de gestion habituelles. Je vois trop   souvent des patrons de PME qui ont trop la tête dans guidon pour gérer   sereinement un développement à l’international. La France, c’est   quand même extraordinaire, c’est le seul pays où les entreprises   sont aidées de A à Z pour l’export. C&#8217;est-à-dire depuis le moment   où vous envisagez d’exporter jusqu’au moment où vous vendez réellement   votre produit à l’étranger. Et pourtant on n’a pas de meilleures   performances que les autres. Par exemple en Allemagne, il n’y a pas   de Ministère du Commerce Extérieur mais l’équivalent de la COFACE.   Les entrepreneurs allemands ont plus d’aides au niveau régional dans   les Länder. </p>
<p align="justify">Si vous prenez   les Allemands ou les Anglais ou même les Italiens ou les Espagnols,   il y a une culture industrielle plus forte. C’est-à-dire qu’un   entrepreneur allemand, anglais, etc. qui créer sa boîte, a l’idée   dès le départ d’en faire un groupe important à dimension internationale.   En France malheureusement, on est encore souvent avec des gens qui créent   leurs emplois et qui à partir de là, on des visions assez restrictives   du développement de leur activité. Il ne faut pas négliger non plus   le fait que les Français parlent assez peu les langues ce qui les freine   pour l’expatriation. Par rapport aux Allemands par exemple, il n’y   a aucune comparaison. Les Allemands parlent beaucoup mieux l’Anglais   que nous. Il y a également des problèmes de structures financières.   La PME allemande est deux à trois fois plus solide financièrement   que la PME française, ce qui aide pour faire de l’international. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Si l’on prend le cas de la Chine, on s’aperçoit que la France a   cédé du terrain vis-à-vis de l’Allemagne. On estime que les exportations   françaises  représentent environ 13% du total des exportations   de la zone euro à destination de la Chine. Actuellement, un produit   européen sur deux vendu à Pékin est d’origine allemande. Selon   les statistiques de la Douane chinoise, la France se trouve au 4ème   rang des partenaires commerciaux de la Chine au sein de l&#8217;Union européenne,   avec un volume d’échanges commerciaux de 13,39 milliards de dollars   contre 41,8 milliards USD pour l’Allemagne en 2006. Enfin, la France   ne réalise que 12% de ses exportations avec les pays dits « émergents »   contre 17% pour l’Allemagne. Quelles sont, selon vous, les principales   faiblesses dans la stratégie des entreprises françaises pour l’exportation   de leurs produits en Chine et les autres pays dits « émergents » ?  
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Il y a le tissu français de PME qui est insuffisant et puis les structures   de coûts qui sont différentes. Je ne suis pas forcément un « va-t-en-guerre »   des 35 heures mais c’est vrai que les 35 heures ont planté la structure   financière d’un certain nombre d’entreprises. Une autre piste également.   La structure du commerce extérieur français est différente de celui   de l’Allemagne, c&#8217;est-à-dire que les Allemands font beaucoup dans   les biens d’équipement, à savoir des produits dont les pays en développement   ont tendance à acheter en priorité. Il y a également l’image des   produits allemands je pense. Il suffit de regarder l’enquête réalisée   chaque année du COE-Rexecode sur l’image des produits européens   de consommation1. Cette enquête souligne clairement que   les produits allemands ont une meilleure image que la plupart des autres   produits européens. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Cet écart du commerce extérieur entre la France et l’Allemagne ne   révèle-t-il pas une inadéquation des produits français avec les   besoins indispensables des pays émergents en termes d’équipements   ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Ce n’est forcément une mauvaise adaptation de nos produits. On peut   penser que dans quelques années, et c’est ce que je souhaite d’ailleurs,   que la Chine achètera moins de machines-outils à l’Allemagne et    qu’elle se tournera davantage vers des produits de consommation où   la France aura davantage sa carte à jouer. Après ça reste un des   facteurs d’explication. Si on connaissait toutes les raisons qui expliqueraient   la meilleure performance du commerce extérieur allemand, on aurait   commencé à y remédier depuis un certain temps. C’est tout un ensemble   de facteurs, allant de la mentalité, de la structure financière des   PME, de la différence d’influence dans les réseaux locaux, de la   coordination des acteurs publics sur place etc. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Pensez-vous que la dimension politique pour la promotion du commerce   extérieur est suffisante en France ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Il faudrait pour commencer qu’il y ait plus de stabilité au poste   de Ministre du Commerce Extérieur. Sur trente ans, il y eu beaucoup   trop de changements à ce poste, ballotés au fil des gouvernements.   La fonction avait même disparu dans le premier Gouvernement Raffarin   en 2002. </p>
<p align="justify">En fait, je   ne suis pas sûr que le Commerce Extérieur intéresse réellement.   Quand on était en excédent, on était content les premières années   puis après on en a plus trop parlé. Puis quand on a découvert qu’on   était dans le rouge, tout le monde en a parlé et s’est affolé.   Quand vous regardez la campagne présidentielle de l’année dernière,   le déficit du commerce extérieur n’était pas un thème. On trouvait   à la place le thème des délocalisations par exemple, mais le déficit   commercial en tant que tel, ce n’est pas un thème porteur. Je n’ai   plus le chiffre exact en tête mais toujours est-il que le budget public   consacré au Commerce Extérieur est ridicule. Quand Christine Lagarde   affirme que l’on est dans un déficit commercial historique et que   dans le même temps, les exportations sont au plus haut, elle a raison.   Historiquement les exportations sont au plus haut mais les importations   aussi. Je pense que le Commerce Extérieur est un faux thème important   parce que je pense que l’on a une classe politique qui reste très   centrée sur elle-même sur les questions nationales. Quand vous rentrez   au Gouvernement, vous ne rêvez pas d’être nommé au Commerce Extérieur.   D’ailleurs ça a un peu changé car pendant longtemps vous avez eu   des radicaux de gauche ou de droite à ce poste tout simplement parce   qu’il fallait mettre un radical au Gouvernement. On leur donnait le   Commerce Extérieur en sachant bien que ce n’était pas un Ministère   très prisé. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Avez-vous des retours de la part des chefs d’entreprises sur la perte   des parts de marchés de la France en Afrique ? Constatez-vous une érosion   de l’influence française en Afrique ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Le cas de l’Afrique est un cas particulier dans le sens où si vous   prenez le côté parts de marché, ou le côté investissements, vous   vous apercevrez que la présence française est assez forte mais c’est   une présence ancienne. Vous avez des boîtes françaises qui sont là   depuis des dizaines d’années et qui augmentent leurs investissements   ou augmentent leurs chiffres d’affaires mais dans des zones où vous   avez très peu de nouveaux entrants. Ces entreprises capitalisent une   expérience qu’elles ont eue dans les cas les plus extrêmes à l’époque   des colonies ; dans les cas les plus récents quand il y a eu des phases   de croissance dans certains de ces pays, conjuguées avec une ouverture   économique et démocratique. Encore une fois, il y a très peu de nouveaux   entrants dans les zones ou il y a encore une forte présence française,   car ce sont des zones qui n’intéressent pas plus que ça économiquement.</p>
<p align="justify">On parle énormément   des Chinois. Ils ont deux forces : dans les pays africains où le pouvoir   d’achat est quasi inexistant, la Chine est en mesure de proposer des   produits à des prix absolument imbattables de consommation courante.   Deuxièmement, une fois que les Chinois pénètrent le marché du BTP   en Chine, ils n’ont aucun état d’âme. Ils arrivent avec leur matériel,   leur personnel et travaillent 24h/24. Aucune boîte occidentale en face   ne peut employer des moyens comme la Chine.</p>
<p align="justify">Le problème   ensuite c’est de définir des priorités. Quand vous prenez un crible   des évolutions de marchés, vous trouvez alors normal d’encourager   les entreprises à aller faire du business en Asie puisque c’est la   plus forte région en termes de croissance économique. Pendant ce temps,   personne ne va s’inquiéter que les entreprises françaises délaissent   l’Afrique par exemple. Et puis d’un seul coup on réalise que les   Chinois sont de plus en plus présents en Afrique et qu’on l’on   doit défendre nos zones traditionnelles de commerce. Sauf qu’on ne   peut pas envoyer les entreprises partout. D’un côté vous allez dire   que les entreprises françaises ne vont pas assez dans les pays émergents,   et quand elles s’y rendent en masse, les entreprises délaissent davantage   les pays africains ce qui nous fait perdre des parts de marchés. Et   si les entreprises restent en Afrique, elles vont gagner moins qu’en   Asie. Au final vous allez où ? 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Vous faites quand même le même constat que moi, à savoir que la France   n’est pas assez présente sur les zones à forte croissance ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   C’est vrai mais vous ne pouvez pas enlever le poids historique. Si   vous prenez le cas des Espagnols, leur commerce extérieur se concentre    principalement en Amérique Latine, en Afrique du Nord et au sein de   l’UE. Les boîtes espagnoles sont également dans leur zone historique.   Après il n’y a que les aléas de l’histoire qui font que vous n’êtes   pas forcément présent dans les bonnes zones de croissance. Les Allemands   sont assez peu présents en Afrique mais on avait repris leurs colonies   après la Première Guerre mondiale. Les Britanniques ont eu de la chance   pour l’Asie. Ils ont été historiquement sur les bonnes zones. Prenez   par exemple la situation qu’il y avait au siècle dernier en Asie,   en enlevant l’Inde. Vous comparez les Britanniques et les Français.   Vous demandiez à l’époque qui avait le plus de chance d’avoir   les meilleurs revenus au cours du XXème siècle. On vous répondait   que c’était les Français car ils étaient présents au Vietnam etc.   Les Britanniques quant à eux étaient présents davantage en Birmanie   ce qui présentait moins d’avantages. Moralité, l’histoire a fait   que les zones historiques d’influence françaises en Asie sont des   zones qui se sont le plus refermées. On ne peut pas occulter l’histoire   des relations commerciales internationales. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Pour revenir sur les annonces des grands contrats lors des voyages présidentiels,   ce qui me frappe c’est la différence des montants annoncés entre   la Présidence de la République et les entreprises concernées. Je   me demandais donc qui étaient les journalistes présents durant ces   voyages présidentiels. Est-ce uniquement le service de presse de l’Elysée,   ou bien y-a-t-il également des journalistes de grands quotidiens nationaux   qui peuvent vérifier les montants annoncés ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Je vais être très cynique. Si on m’envoie en Afrique du Sud ou au   Kazakhstan, ce n’est pas pour que j’écrive « <em>il ne se passe   rien</em> ». Donc dès qu’il se passe quelque chose, on va avoir tendance   à en parler. Vous avez aussi parfois la communication des boîtes même   qui n’est pas très claire. AIRBUS vous annonce parfois des contrats ;   et vous n’avez pas forcément le temps de vérifier entre les avions   achetés fermement, des options d’achat et ainsi de suite. Quand vous   avez peu de place pour l’écrire, c’est plus facile de dire « <em>AIRBUS   décroche un accord sur 25 appareils</em> » plutôt que de dire « <em>AIRBUS   décroche un accord sur 10 appareils qui sont payés cash, 10 autres   qui devraient être payés d’ici 6 mois, et 5 autres qui doivent encore   être confirmés mais qui doivent logiquement être vendu sûr à 70%</em> ».   Vous dites systématiquement qu’il y a 25 AIRBUS de vendu. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Justement, y a-t-il un suivi sur place de la part des journalistes auprès   des patrons des entreprises pour vérifier les montants des contrats   entre ceux qui sont annoncés et ceux qui sont réellement conclus au   final ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Ca dépend des journalistes. Vous suivez ou pas vos dossiers. Quand   vous annoncez par exemple que la compagnie Tartempion commande dix A380,   on va vous faire un communiqué en disant « <em>Tartempion a reçu ses   dix A380 »</em>. Parce ce que c’est un avion symbolique. Mais pour   un A320, vu le nombre, il n’y a pas grand intérêt d’annoncer six   mois après que les A320, qui avaient été annoncés six auparavant   par Sarkozy, ont été livrés. Ca ne change pas grand-chose si vous   voulez. Quand la Chine annonce l’achat de X avions, les journalistes   qui connaissent le fonctionnement des choses, se posent toujours la   question quand est-ce que la Chine avait déjà acheté ces avions.   Parce que sur la plupart de ces contrats, vous avez l’option d’achat,   la signature, la signature ferme et ainsi de suite.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Et puis il y a le côté business de la presse si je puis dire qui vous   impose en quelque sorte de faire des titres accrocheurs ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   La presse n’est pas au-dessus de tout. Je veux dire qu’on fait un   produit pour le vendre. Je reviens du Kazakhstan. Mon but à moi c’est   que vous lisiez un article du Kazakhstan alors que vous n’en avez   peut-être rien à faire du Kazakhstan, et à la limite moi non plus   d’ailleurs. Mais le but ce que lorsque vous voyez le titre et la mise   en forme de l’article vous ayez envie de le lire. Ca veut dire aussi   qu’on fait du tri. Et par définition, j’ai une place limitée donc   je ne vais pas mettre tout ce que j’ai obtenu pendant une semaine. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   En discutant avec une journaliste, j’ai appris que certains journalistes   plutôt malins se faisaient payer par des chefs d’entreprises pour   annoncer de l’information inexacte pour déstabiliser la concurrence.   Avez-vous déjà entendu ce genre de pratiques ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Pas à ma connaissance. Ca existe sûrement, il y a de tout dans ce   métier. En ce qui me concerne, on ne me donne pas de l’information   parce que je suis un garçon sympathique et qui a le sens de l’humour.   On me donne des informations à un moment ou à un autre parce que je   travaille aux <u>Echos</u> et que c’est utile de m’utiliser comme   relais. Maintenant qu’une entreprise ait fait passer une information   par le biais d’un journaliste pour gêner un concurrent, ça se voit   régulièrement. De toute façon, le risque de manipulation quand on   fait ce métier est toujours important. Par exemple quand vous faites   un salon international, vous avez intérêt à parler plusieurs langues   et à aller écouter les débriefings sur les mêmes questions de deux   ou trois pays où les entreprises bien souvent ne disent pas du tout   la même chose. Après j’aurai tendance à dire que c’est humain   et que l’information est un outil parmi d’autre dans la compétition   économique. C’est pour ça que vous avez toutes les attitudes possibles   et inimaginables qui vont de la boîte qui va communiquer à tout-va   à celle qui est complètement fermée et qui ne laisse rien passer.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Finalement faites-vous le même constat que moi, à savoir que l’on   parle beaucoup plus des victoires que des défaites commerciales française ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.F</strong> :   Je ne suis pas étonné que vous ayez du mal à trouver des sources   ouvertes sur ce sujet en tous cas. Je crois qu’on parle plus facilement   des échecs des autres que de ses propres échecs. Statistiquement dans   la presse française, on devrait trouver plus facilement des articles   expliquant pourquoi tel groupe américain, allemand ou espagnol n’a   pas réussi à décrocher tel contrat contre un groupe français que   le contraire. On peut toujours écrire sur tout, ce sont les joies de   ce métier. Après, tout dépend du message que vous voulez faire passer.   Par exemple actuellement il y a une crise financière majeure. Qu’est-ce   que vous voulez ? Davantage d’articles sur « <em>ces entreprises qui   réussissent malgré la crise » </em> ou bien « <em>ces entreprises qui sont enfoncées par la crise</em> » ?   Les deux titres sont vrais et je peux les écrire. Après vous avez   des canards et ce sera le premier qui sera le plus vendeur. Après tout   est une question de mise en forme et de perception. Le principe est   toujours le même. Vous écrivez un article pour votre lecteur. Une   fois que vous avez bien défini votre lecteur vous adoptez une continuité   de style et de mise en forme.</p>
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		<pubDate>Thu, 28 Aug 2008 01:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[<p align="justify"><strong>Sébastien   Demailly : </strong></p>
<p align="justify">Quel est votre   sentiment général sur la manière dont les médias traitent les défaites   commerciales des entreprises françaises  (PME/PMI notamment) à l’étranger ?   Observez-vous une asymétrie de l’information de la part des médias   entre les victoires et les défaites commerciales françaises à l’international   ? <br />
</p>
<p align="justify"><strong>Alain Baron :</strong></p>
<p align="justify">Je constate   cette asymétrie de l’information effectivement. Je pense que cela   est dû à un phénomène assez simple, c'est-à-dire que les entreprises   sont très contentes de communiquer sur leurs succès, et par définition,   sauf si c’est un grand contrat qui a été fortement médiatisé avant,   quand elles échouent à des appels d’offres dont on n’a pas parlé   dans la presse, elles n’ont tout simplement pas envie de communiquer   dessus. Les entreprises sont extrêmement réticentes à parler des   conditions de leurs défaites parce qu’il y a ce secret des affaires.   Les entreprises n’aiment communiquer sur les détails d’une négociation,   ne veulent pas dire pourquoi elles ont perdu un contrat parce que ça   peut être une insuffisance de leur part. Elles peuvent plus facilement   communiquer par exemple, quand elles subissent des pressions politiques.   J’ai suivi beaucoup de voyages présidentiels, comme vous l’évoquiez   tout à l’heure. Quand le Président se déplace on parle systématiquement   des grands contrats d’armement, d’infrastructures, d’aéronautique,   de centrales nucléaires etc. Il y a sur ces contrats un fort aspect   politique. On connaît nos concurrents en général sur ces grands contrats :   ce sont les Etats-Unis, la Chine, la Russie etc. Quand le Président   français se déplace avec sa délégation, la visite est préparée   en amont depuis longtemps, il y a de fortes pressions politiques qui   s’exercent pour remporter ces gros contrats. Parfois ça marche et   parfois non. Si ça ne marche pas, l’entreprise directement concernée   par les négociations au niveau de l’Etat peut toujours dire qu’il   y a eu une forte pression américaine ou russe déloyale etc. L’entreprise   peut éventuellement communiquer sur cet aspect là mais pas sur les   détails de sa défaite surtout si elle n’avait pas la meilleure offre. </p>
<p align="justify">Ca peut aussi   être un cas où l’entreprise n’a pas été performante. Evidemment,   dans ce cas l’entreprise n’a pas envie de communiquer là-dessus.   Dans ce cas, si le journaliste, qui suit particulièrement l’entreprise   en question ou le secteur d’activité de l’entreprise, obtient des   informations en interne, il ne fera pas un papier dessus au journal   le lendemain. </p>

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<p align="justify">Quel est votre sentiment g&eacute;n&eacute;ral sur la mani&egrave;re dont les m&eacute;dias traitent les d&eacute;faites commerciales des entreprises fran&ccedil;aises (PME/PMI notamment) &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger ? Observez-vous une asym&eacute;trie de l&rsquo;information de la part des m&eacute;dias entre les victoires et les d&eacute;faites commerciales fran&ccedil;aises &agrave; l&rsquo;international ?</p>
<p align="justify"><strong>Alain Baron :</strong></p>
<p align="justify">Je constate cette asym&eacute;trie de l&rsquo;information effectivement. Je pense que cela est d&ucirc; &agrave; un ph&eacute;nom&egrave;ne assez simple, c&#39;est-&agrave;-dire que les entreprises sont tr&egrave;s contentes de communiquer sur leurs succ&egrave;s, et par d&eacute;finition, sauf si c&rsquo;est un grand contrat qui a &eacute;t&eacute; fortement m&eacute;diatis&eacute; avant, quand elles &eacute;chouent &agrave; des appels d&rsquo;offres dont on n&rsquo;a pas parl&eacute; dans la presse, elles n&rsquo;ont tout simplement pas envie de communiquer dessus. Les entreprises sont extr&ecirc;mement r&eacute;ticentes &agrave; parler des conditions de leurs d&eacute;faites parce qu&rsquo;il y a ce secret des affaires. Les entreprises n&rsquo;aiment communiquer sur les d&eacute;tails d&rsquo;une n&eacute;gociation, ne veulent pas dire pourquoi elles ont perdu un contrat parce que &ccedil;a peut &ecirc;tre une insuffisance de leur part. Elles peuvent plus facilement communiquer par exemple, quand elles subissent des pressions politiques. J&rsquo;ai suivi beaucoup de voyages pr&eacute;sidentiels, comme vous l&rsquo;&eacute;voquiez tout &agrave; l&rsquo;heure. Quand le Pr&eacute;sident se d&eacute;place on parle syst&eacute;matiquement des grands contrats d&rsquo;armement, d&rsquo;infrastructures, d&rsquo;a&eacute;ronautique, de centrales nucl&eacute;aires etc. Il y a sur ces contrats un fort aspect politique. On conna&icirc;t nos concurrents en g&eacute;n&eacute;ral sur ces grands contrats : ce sont les Etats-Unis, la Chine, la Russie etc. Quand le Pr&eacute;sident fran&ccedil;ais se d&eacute;place avec sa d&eacute;l&eacute;gation, la visite est pr&eacute;par&eacute;e en amont depuis longtemps, il y a de fortes pressions politiques qui s&rsquo;exercent pour remporter ces gros contrats. Parfois &ccedil;a marche et parfois non. Si &ccedil;a ne marche pas, l&rsquo;entreprise directement concern&eacute;e par les n&eacute;gociations au niveau de l&rsquo;Etat peut toujours dire qu&rsquo;il y a eu une forte pression am&eacute;ricaine ou russe d&eacute;loyale etc. L&rsquo;entreprise peut &eacute;ventuellement communiquer sur cet aspect l&agrave; mais pas sur les d&eacute;tails de sa d&eacute;faite surtout si elle n&rsquo;avait pas la meilleure offre.</p>
<p align="justify">Ca peut aussi &ecirc;tre un cas o&ugrave; l&rsquo;entreprise n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; performante. Evidemment, dans ce cas l&rsquo;entreprise n&rsquo;a pas envie de communiquer l&agrave;-dessus. Dans ce cas, si le journaliste, qui suit particuli&egrave;rement l&rsquo;entreprise en question ou le secteur d&rsquo;activit&eacute; de l&rsquo;entreprise, obtient des informations en interne, il ne fera pas un papier dessus au journal le lendemain.</p>
<p><span id="more-1273"></span></p>
<p align="justify"><strong>S.D : </strong> Justement, lors de ces voyages pr&eacute;sidentiels, lorsque que l&rsquo;on annonce dans un premier temps des montants de gros contrats, puis par la suite l&rsquo;entreprise concern&eacute;e annonce un autre montant, comment expliquez-vous les diff&eacute;rences de montants annonc&eacute;es ?</p>
<p align="justify"><strong>A.B : </strong> C&rsquo;est normal en fin de compte. Lors de ces voyages, vous avez un m&eacute;lange de journalistes du service de presse de l&rsquo;Elys&eacute;e et des journalistes de quotidiens nationaux qui sont invit&eacute;s. En plus vous avez les entreprises elles-m&ecirc;mes qui communiquent. Du coup, on assiste parfois &agrave; des choses amusantes : par exemple, durant le voyage de Nicolas Sarkozy en Tunisie, il y a eu des annonces contradictoires entre l&rsquo;Elys&eacute;e et EADS sur le nombre d&rsquo;AIRBUS qui avaient &eacute;t&eacute; command&eacute;s par TUNIS AIR. Je n&rsquo;ai plus les chiffres exacts mais par exemple AIRBUS annon&ccedil;ait 20 commandes et de son c&ocirc;t&eacute;, l&rsquo;Elys&eacute;e en annon&ccedil;ait 22 ou 23. Visiblement il y a avait un probl&egrave;me de communication. C&rsquo;est assez fr&eacute;quent vous savez. Alors &eacute;videmment, ensuite c&rsquo;est au journaliste qui est sur place de v&eacute;rifier ces informations en faisant utilisant ses contacts, soit &agrave; l&rsquo;Elys&eacute;e, soit &agrave; l&rsquo;entreprise. L&rsquo;Elys&eacute;e, quelque soit son locataire, a toujours cette tentation de dire qu&rsquo;elle a fait gagner tel gros contrat &agrave; un de nos grands groupes, en donnant son appui politique au bon moment. L&rsquo;Elys&eacute;e a tendance &agrave; faire de la &laquo; gonflette &raquo; des chiffres si je puis dire. Apr&egrave;s c&rsquo;est s&ucirc;r que cela fait &laquo; d&eacute;sordre &raquo; quand il y a un d&eacute;calage de montant annonc&eacute;. Effectivement, ce n&rsquo;est pas compliqu&eacute; de s&rsquo;accorder et de savoir si il y a 20 AIRBUS ou 23 AIRBUS de command&eacute;s. Ce n&rsquo;est pas compliqu&eacute; &agrave; compter les AIRBUS.</p>
<p align="justify">Comme je vous disais, j&rsquo;ai fait beaucoup de voyages pr&eacute;sidentiels &agrave; une &eacute;poque et on &eacute;tait toujours confront&eacute; entre les annonces de l&rsquo;Elys&eacute;e et les annonces de l&rsquo;entreprise en question. Il fallait donc &agrave; chaque fois affiner l&rsquo;information parce qu&rsquo;il y avait toujours des impr&eacute;cisions. Chaque voyage pr&eacute;sidentiel donne tr&egrave;s souvent lieu &agrave; une surench&egrave;re m&eacute;diatique qui insiste lourdement sur le r&ocirc;le clef du Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique etc. C&rsquo;est de bonne guerre je dirais car les autres pays font la m&ecirc;me chose. Quand le Pr&eacute;sident Bush Jr. Se d&eacute;place avec une escorte de chefs d&rsquo;entreprises, les m&eacute;dias relaient tr&egrave;s largement le r&ocirc;le du Pr&eacute;sident dans la signature des contrats. C&rsquo;est la m&ecirc;me chose pour les officiels Chinois ou Russes quand ils se d&eacute;placent. Il ne faut pas croire que c&rsquo;est uniquement une caract&eacute;ristique fran&ccedil;aise. C&rsquo;est une guerre &agrave; la fois commerciale et m&eacute;diatique et politique.</p>
<p align="justify"><strong>S.D : </strong> Donc le fait que les &eacute;checs commerciaux fran&ccedil;ais ne soient pas plus relay&eacute;s par les journalistes ne signifie pas que &ccedil;a n&rsquo;int&eacute;resse pas les journalistes ?</p>
<p align="justify"><strong>A.B : </strong> Les journalistes ont une tendance naturelle &agrave; s&rsquo;int&eacute;resser d&rsquo;abord &agrave; ce qui est annonc&eacute;. Toujours est-il que c&rsquo;est beaucoup plus valorisant de dire que la France a gagn&eacute; un grand contrat de centrale nucl&eacute;aire ou 50 AIRBUS. Ce genre d&rsquo;annonce est toujours plus int&eacute;ressant &agrave; raconter que de dire que l&rsquo;on a &eacute;chou&eacute; dans tel ou tel pays. Je me souviens d&rsquo;un voyage pr&eacute;sidentiel avec Chirac. C&rsquo;&eacute;tait un des derniers voyages de Chirac en Arabie Saoudite. On sait qu&rsquo;il y a un tr&egrave;s gros contrat militaire qui est en n&eacute;gociation depuis environ 15 ans, le contrat MIKSA, et qui n&rsquo;est toujours pas fait. La presse en a beaucoup parl&eacute; car c&rsquo;&eacute;tait un contrat avec de fortes r&eacute;sonances politiques, et puis un contrat militaire n&rsquo;est pas neutre, il y a un aspect tr&egrave;s sensible. Donc ce fameux contrat en Arabie Saoudite, pendant tout le voyage, le sujet avait &eacute;t&eacute; abord&eacute; tous les jours par les journalistes, l&rsquo;entreprise en question [THALES] nous r&eacute;pondait qu&rsquo;elle ne pouvait pas affirmer cat&eacute;goriquement d&rsquo;&ecirc;tre en mesure de remporter ce march&eacute;. Finalement, apr&egrave;s 15 ans de n&eacute;gociation, Ryad a finalement d&eacute;cid&eacute; de lancer un appel d&rsquo;offres international l&rsquo;ann&eacute;e derni&egrave;re. Sur ce cas, on en a quand m&ecirc;me parl&eacute; mais on ne peut pas faire des tonnes de lignes sur ce sujet. On pourrait &eacute;crire davantage sur un &eacute;chec commercial si on a carr&eacute;ment le scoop qui nous explique pourquoi finalement ce contrat n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; fait avec THALES comme initialement pr&eacute;vu pendant les n&eacute;gociations. Ce cas est un contre-exemple pour votre sujet. Par contre, une fois que l&rsquo;on a dit que le contrat n&rsquo;est pas sign&eacute; on va s&rsquo;arr&ecirc;ter l&agrave;, on ne va pas faire une enqu&ecirc;te pour rechercher pr&eacute;cis&eacute;ment les causes de cette d&eacute;faite.</p>
<p align="justify">Autre contre-exemple : le cas du Rafale que DASSAULT n&rsquo;arrive pas &agrave; vendre &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger pour tout un tas de raisons. Tout le monde reconna&icirc;t que c&rsquo;est un excellent avion. Sur ce cas, on en parle aussi c&rsquo;est vrai, parce qu&rsquo;il y a un fort contexte politique. Ce n&rsquo;est pas leur faire injure que de dire &ccedil;a, mais les Am&eacute;ricains font tout pour emp&ecirc;cher toute opportunit&eacute; d&rsquo;exportations du Rafale. Les Am&eacute;ricains saturent le march&eacute; en proposant de tr&egrave;s importantes remises sur leurs vieux avions de chasse (F15/ F16). Et ceci quitte &agrave; ne r&eacute;aliser que tr&egrave;s peu b&eacute;n&eacute;fices. C&rsquo;est une v&eacute;ritable guerre &eacute;conomique &agrave; laquelle se livrent Am&eacute;ricains et Fran&ccedil;ais. On peut donc imaginer toutes les pressions politiques qui sont exerc&eacute;es par les Am&eacute;ricains. DASSAULT a eu un &eacute;chec &agrave; Singapour, en Arabie Saoudite, au Maroc. Ces d&eacute;faites sont des exemples qui vous montrent que les journalistes parlent de ces d&eacute;faites. Mais c&rsquo;est vrai aussi que &ccedil;a reste des contrats embl&eacute;matiques.</p>
<p align="justify"><strong>S.D :</strong> Ce que vous dites fait &eacute;cho &agrave; l&rsquo;enqu&ecirc;te parue r&eacute;cemment dans les <u> Echos</u> aupr&egrave;s des 2000 Conseillers du Commerce Ext&eacute;rieur de la France qui soulignaient que l&rsquo;un des principaux handicaps des entreprises fran&ccedil;aises restait celui du lobbying dans les r&eacute;seaux locaux. Comment interpr&eacute;tez-vous cette r&eacute;ticence fran&ccedil;aise envers le lobbying ?</p>
<p align="justify"><strong>A.B : </strong> Le Pr&eacute;sident Sarkozy en a fait allusion r&eacute;cemment durant son voyage en Afrique du Sud. Il a soulign&eacute; que le lobbying faisait partie des insuffisances fran&ccedil;aises pour remporter des march&eacute;s &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger. Les Am&eacute;ricains n&rsquo;ont aucun complexe d&rsquo;avoir recours au lobbying. Quand ils vont &agrave; la conqu&ecirc;te de nouveaux march&eacute;s, les Am&eacute;ricains se rendent dans le pays de mani&egrave;re concert&eacute;e en faisant jouer tous les r&eacute;seaux possibles en mati&egrave;re d&rsquo;intelligence &eacute;conomique. Ce handicap vient d&rsquo;un blocage culturel dans une certaine mesure. Cela vient &eacute;galement du fait que les entreprises fran&ccedil;aises ont souvent tendance &agrave; arriver en territoire conquis.</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :<strong> </strong> Les journalistes sont satur&eacute;s d&rsquo;informations. Je suppose que lorsque vous recevez un dossier de presse, r&eacute;alis&eacute; par des agences de communication priv&eacute;es d&rsquo;un grand groupe, cela vous fait gagner &eacute;norm&eacute;ment de temps dans la mesure o&ugrave; ces dossiers de presse sont tr&egrave;s bien faits et professionnels. Finalement, n&rsquo;y a-t-il pas un risque &agrave; ce que les journalistes deviennent en quelque sorte trop d&eacute;pendants de ces agences de communication priv&eacute;es ?</p>
<p align="justify"><strong>A.B : </strong> Effectivement, &ccedil;a se passe comme &ccedil;a. Je me souviens que lorsque je participais au voyage pr&eacute;sidentiel, les entreprises qui accompagnaient le Pr&eacute;sident avaient la liste des journalistes pr&eacute;sents qui participaient au voyage. Les entreprises nous contactaient donc directement. Par exemple AREVA qui participait au voyage du Pr&eacute;sident dans tel pays parce qu&rsquo;il esp&eacute;rait d&eacute;crocher un contrat, savait tr&egrave;s bien quel journaliste des <u>Echos</u> ou de la <u>Tribune</u> faisait le voyage. En g&eacute;n&eacute;ral, on recevait un coup de fil ou un dossier de presse. En m&ecirc;me temps un dossier de presse n&rsquo;est jamais suffisant. Ca vous donne une base documentaire mais encore fois les entreprises ne disent pas tout &eacute;videmment. Il n&rsquo;y a jamais les d&eacute;tails d&rsquo;un contrat dans ce genre de contrat. Le service de communication d&rsquo;AREVA va mettre par exemple : &laquo; AREVA concourt pour construire 10 centrales nucl&eacute;aires &raquo;. On ne savait rien de plus, et dans ce cas c&rsquo;est au journaliste ensuite de faire sa propre enqu&ecirc;te.</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :<strong> </strong> Est-ce difficile de passer outre ces services de communication de ces grandes entreprises ?</p>
<p align="justify"><strong>A.B : </strong> Oui en g&eacute;n&eacute;ral. Les grands groupes verrouillent souvent bien leur communication. Mais tout le savoir-faire du journaliste, c&rsquo;est d&rsquo;avoir d&rsquo;autres sources que le service de communication d&rsquo;une grande entreprise. C&rsquo;est un savoir-faire que l&rsquo;on acquiert au fil des ann&eacute;es en allant &agrave; des d&eacute;jeuners de presse, des conf&eacute;rences, des cocktails etc. C&rsquo;est durant ce genre d&rsquo;&eacute;v&eacute;nement o&ugrave; il faut rep&eacute;rer les personnes qui d&eacute;tiennent des informations et qui acceptent de parler en &laquo; off &raquo; et qui vous disent de vous pencher sur tel dossier particuli&egrave;rement parce qu&rsquo;il va se passer quelque chose prochainement. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle avoir des &laquo; insiders &raquo; qui peuvent vous renseigner. C&rsquo;est ce qui est int&eacute;ressant pour un journaliste au fond, le fait d&rsquo;avoir d&rsquo;autres informations que celles donn&eacute;es par le service de communication qui ne dit que le minimum.</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :<strong> </strong> Ca ne se passe pas pareil pour les PME je suppose ?</p>
<p align="justify"><strong>A.B : </strong> Dans les PME, le service de communication est moins &eacute;toff&eacute; et donc l&rsquo;information est moins verrouill&eacute;e. On arrive quand m&ecirc;me assez souvent &agrave; &ecirc;tre en contact avec le patron. Je connais beaucoup de PME o&ugrave; c&rsquo;est souvent le patron qui g&egrave;re la communication de son entreprise.</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :<strong> </strong> Si l&rsquo;on prend le cas de la Chine, on s&rsquo;aper&ccedil;oit que la France a c&eacute;d&eacute; du terrain vis-&agrave;-vis de l&rsquo;Allemagne. On estime que les exportations fran&ccedil;aises repr&eacute;sentent environ 13% du total des exportations de la zone euro &agrave; destination de la Chine. Actuellement, un produit europ&eacute;en sur deux vendu &agrave; P&eacute;kin est d&rsquo;origine allemande. Selon les statistiques de la Douane chinoise, la France se trouve au 4&egrave;me rang parmi les partenaires commerciaux de la Chine au sein de l&#39;Union europ&eacute;enne, avec un volume d&rsquo;&eacute;changes commerciaux de 13,39 milliards de dollars contre 41,8 milliards USD pour l&rsquo;Allemagne en 2005. Enfin, la France ne r&eacute;alise que 12% de ses exportations avec les pays dits &laquo; &eacute;mergents &raquo; contre 17% pour l&rsquo;Allemagne. Cet &eacute;cart du commerce ext&eacute;rieur entre la France et l&rsquo;Allemagne ne r&eacute;v&egrave;le-t-il pas une inad&eacute;quation des produits fran&ccedil;ais avec les besoins indispensables des pays &eacute;mergents en termes d&rsquo;&eacute;quipements ?</p>
<p align="justify"><strong>A.B : </strong> On peut dire &ccedil;a comme &ccedil;a. On peut &eacute;galement dire &ccedil;a autrement. L&rsquo;Allemagne a une sp&eacute;cificit&eacute; depuis toujours, c&#39;est-&agrave;-dire qu&rsquo;elle a une tr&egrave;s forte sp&eacute;cialisation dans les machines-outils et biens d&rsquo;&eacute;quipements. De quoi ont besoin en priorit&eacute; la Chine, l&rsquo;Inde et les autres pays &eacute;mergents ? Ils ont besoin de s&rsquo;&eacute;quiper prioritairement en biens d&rsquo;&eacute;quipements, machines-outils etc. L&rsquo;Allemagne est championne pour &ccedil;a. Et la France, c&rsquo;est clair qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas ce tissu industriel.</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :<strong> </strong> Et pour le reste du monde. Comment expliquez-vous que la France ait autant de difficult&eacute;s &agrave; se d&eacute;ployer en-dehors de ses zones commerciales traditionnelles ? En sachant que les zones de forte croissance, &agrave; savoir l&rsquo;Asie et l&rsquo;Am&eacute;rique Latine, contribuent seulement &agrave; 20% du total de nos exportations alors que ces zones de forte croissance p&egrave;sent plus de la moiti&eacute; du commerce mondial.</p>
<p align="justify"><strong>A.B : </strong> On s&rsquo;est longtemps content&eacute; de travailler sur nos terres habituelles de nos anciennes colonies, le Maghreb, l&rsquo;Afrique etc. On s&rsquo;est trop longtemps content&eacute; de cette zone commerciale. C&rsquo;est difficile de trouver une cause unique. Si on prend le cas de l&rsquo;Afrique, il est clair que la France perd de son influence face &agrave; la Chine par exemple. Pourtant, vous ne trouverez pas d&rsquo;articles faisant &eacute;cho aux d&eacute;faites fran&ccedil;aises face aux chinoises. Le journaliste &eacute;conomique qui suit cette r&eacute;gion d&eacute;duit les pertes de march&eacute;s des entreprises fran&ccedil;aises en Afrique &agrave; travers les succ&egrave;s des bo&icirc;tes chinoises, c&rsquo;est dans ce sens l&agrave; que &ccedil;a marche. Encore une fois, ce n&rsquo;est pas les entreprises fran&ccedil;aises qui vont communiquer d&rsquo;elles-m&ecirc;mes pour vous dire qu&rsquo;elles perdent constamment des parts de march&eacute;s en Afrique.</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :<strong> </strong> Afin d&rsquo;illustrer mon &eacute;tude, avez en t&ecirc;te un cas r&eacute;cent de d&eacute;faite commerciale fran&ccedil;aise qui n&rsquo;aurait suscit&eacute; l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t des m&eacute;dias fran&ccedil;ais ?</p>
<p align="justify"><strong>A.B : </strong> Je n&rsquo;ai pas vraiment d&rsquo;exemples qui me viennent spontan&eacute;ment. En m&ecirc;me temps, je dirai qu&rsquo;il y a tous les jours des d&eacute;faites commerciales. C&rsquo;est normal, c&rsquo;est la vie des affaires. Effectivement on n&rsquo;en parle pas beaucoup dans la presse &eacute;conomique parce qu&rsquo;encore une fois, on pr&eacute;f&egrave;re parler des victoires qui sont un sujet plus porteur. Et puis analyser des d&eacute;faites commerciales n&eacute;cessite du temps et des moyens d&rsquo;investigation qu&rsquo;un journaliste n&rsquo;a pas la plupart du temps. En plus dans le contexte actuel, o&ugrave; la presse est plut&ocirc;t &agrave; la r&eacute;duction des effectifs, il y a de moins en moins de place pour l&rsquo;investigation. Les journalistes sont pris par la tyrannie de l&rsquo;actualit&eacute; au quotidien et ils n&rsquo;ont pas forc&eacute;ment le temps de faire ce genre d&rsquo;enqu&ecirc;te, mais c&rsquo;est vrai que c&rsquo;est dommage.</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :<strong> </strong> Quel bilan dressez-vous du plan &laquo; Cap Export &raquo;1 lanc&eacute; en octobre 2005 par l&rsquo;Etat qui soutient les PME pour exporter davantage vers les march&eacute;s &agrave; fort potentiel notamment la Chine, l&rsquo;Inde, les Etats-Unis, la Russie ? Le renforcement des effectifs dans les Missions Economiques en Afrique, Am&eacute;rique du Sud, Asie, Russie est-il parvenu &agrave; reconqu&eacute;rir des nouvelles parts de march&eacute; jusqu&#39;&agrave; pr&eacute;sent ?</p>
<p align="justify"><strong>A.B : </strong> Je ne sais pas vraiment si on peut encore bien quantifier cette r&eacute;forme. Je ne suis pas s&ucirc;r non plus si le fait de renforcer les effectifs dans des Missions Economiques (ME) est forc&eacute;ment la solution au probl&egrave;me. Je pense qu&rsquo;il faut surtout une meilleure coordination entre les acteurs locaux capables d&rsquo;aider les chefs d&rsquo;entreprises qui veulent se d&eacute;velopper &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger. On a assist&eacute; &agrave; une multitude d&rsquo;organismes diff&eacute;rents qui &oelig;uvraient en ordre dispers&eacute; pour soutenir les int&eacute;r&ecirc;ts fran&ccedil;ais. Bien souvent, les ME, les CCI et les business clubs locaux n&rsquo;&eacute;taient pas suffisamment coordonn&eacute;s. Par cons&eacute;quent, on voyait des initiatives dans tous les sens et sur place, les &eacute;trangers n&rsquo;appr&eacute;ciaient pas beaucoup ce manque de lisibilit&eacute; de la France dans sa promotion du commerce. La force des Am&eacute;ricains par exemple, c&rsquo;est d&rsquo;arriver &agrave; faire une &laquo; <em>task force &raquo;</em> qui agit en coordination avec l&rsquo;appui des pouvoirs public derri&egrave;re. Ca ne demande pas forc&eacute;ment un effectif important, mais une strat&eacute;gie en amont entre tous les acteurs. Je pense que c&rsquo;est dans ce sens l&agrave; que la France doit accentuer ses efforts pour la promotion de son commerce ext&eacute;rieur.</p>
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		<item>
		<title>Interview : Christine Gilguy, Rédactrice en chef du MOCI (Moniteur du Commerce International)</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Aug 2008 01:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[<p><strong>Sébastien   Demailly : </strong></p>
<p>Quel est votre   sentiment général sur la manière dont les médias traitent les défaites   commerciales des entreprises françaises (PME/PMI notamment) à l’étranger ? </p>
<p>Observez-vous   une asymétrie de l’information de la part des médias entre les victoires   et les défaites commerciales françaises à l’international ? <br />
</p>
<p><strong>Christine   Gilguy :</strong></p>
<p>Premièrement,   dans le cadre des défaites commerciales françaises, les entreprises   concernées ne communiquent pas, c’est un non-sujet. Je ne suis pas   étonnée que nous ne trouviez pas de sources ouvertes relatant les   défaites de nos entreprises. </p>
<p>Effectivement   la presse économique en général ne parle pas des contrats perdus   par les entreprises françaises car ce n’est pas un sujet porteur.   Quand un groupe français décroche un contrat emblématique dans de   grandes infrastructures, dans le secteur de l’énergie ou autre, on   sait que derrière, il y aura beaucoup d’affaires de sous-traitants   ou ce genre de choses, et dans ce cas c’est beaucoup plus porteur   pour les journalistes de la presse économique de relater ce type d’information.   Néanmoins quand AREVA perd un grand contrat au profit d’un de ses   concurrents américain ou japonais, on en parle quand même. Par contre,   il est vrai que ça ne déclenche pas l’orchestre des journalistes.   Mais est-ce un vrai sujet ? Le problème vient d’une hiérarchisation   de l’information dans la presse économique française. L’annonce   d’un contrat est une information positive, en revanche une entreprise   qui a perdu un appel d’offre ou autre, on ne va pas s’étaler sur   ce genre d’information car ce n’est pas porteur une fois encore. </p>
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Sébastien   Demailly : </strong></p>
<p>Quel est votre   sentiment général sur la manière dont les médias traitent les défaites   commerciales des entreprises françaises (PME/PMI notamment) à l’étranger ? </p>
<p>Observez-vous   une asymétrie de l’information de la part des médias entre les victoires   et les défaites commerciales françaises à l’international ? 
</p>
<p><strong>Christine   Gilguy :</strong></p>
<p>Premièrement,   dans le cadre des défaites commerciales françaises, les entreprises   concernées ne communiquent pas, c’est un non-sujet. Je ne suis pas   étonnée que nous ne trouviez pas de sources ouvertes relatant les   défaites de nos entreprises. </p>
<p>Effectivement   la presse économique en général ne parle pas des contrats perdus   par les entreprises françaises car ce n’est pas un sujet porteur.   Quand un groupe français décroche un contrat emblématique dans de   grandes infrastructures, dans le secteur de l’énergie ou autre, on   sait que derrière, il y aura beaucoup d’affaires de sous-traitants   ou ce genre de choses, et dans ce cas c’est beaucoup plus porteur   pour les journalistes de la presse économique de relater ce type d’information.   Néanmoins quand AREVA perd un grand contrat au profit d’un de ses   concurrents américain ou japonais, on en parle quand même. Par contre,   il est vrai que ça ne déclenche pas l’orchestre des journalistes.   Mais est-ce un vrai sujet ? Le problème vient d’une hiérarchisation   de l’information dans la presse économique française. L’annonce   d’un contrat est une information positive, en revanche une entreprise   qui a perdu un appel d’offre ou autre, on ne va pas s’étaler sur   ce genre d’information car ce n’est pas porteur une fois encore. </p>
<p><span id="more-1272"></span>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   D’après vous, pourquoi les journalistes ne s’intéressent pas davantage   à ce genre d’information ? Pourquoi les journalistes ne vont pas « creuser »   derrière pour essayer de trouver des raisons aux défaites commerciales   françaises ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.G</strong> :   La presse économique est un business de l’information. Si par exemple   un groupe emblématique a perdu un contrat à l’étranger. Je ne parle   pas des PME dont on ne parle jamais quand elles remportent un succès   à l’étranger, ou sauf dans la presse spécialisée comme nous où   ça nous arrive de parler des PME quand nous pouvons car elles communiquent   beaucoup moins. Je vais donc rester sur les groupes qui sont « porteurs »   si je puis dire. Quand un groupe français conteste que le concurrent   étranger ait remporté un grand contrat alors qu’il présentait une   moins bonne offre, là effectivement, ça peut déclencher la mobilisation   de moyens par les rédactions parce qu’on sent qu’il se passe quelque   chose soit politique, soit diplomatique etc. Mais sinon, si vous voulez,   le contexte de la presse économique est le suivant et c’est comme   toute la presse du reste : à savoir réduction des effectifs avec des   journalistes qui ont de plus en plus de sujets à suivre. Par conséquent,   une fois encore, la hiérarchisation va naturellement favoriser des   sujets qui vont être porteurs de matière. Ce qu’on observe en revanche,   c’est que de temps en temps dans les interviews et autre, les groupes   acceptent parfois difficilement de revenir sur des échecs. Cela reste   rare et il est très difficile de leur faire dire de façon pertinente   quelles ont été les raisons de l’échec. On est confronté sans   arrêt à ce genre de problématique. Vous savez dans l’information   économique, ces vingt dernières années, l’information est de plus   en plus verrouillée par les communicants. C’est le cas de la politique,   quoique les députés sont plus accessibles, mais c’est surtout le   cas des grands groupes notamment ceux qui sont côtés en bourse. C’est   encore pire pour les grands groupes familiaux. Ces grands groupes industriels   vous renvoient automatiquement à leur agence de communication. Par   conséquent, les seuls moyens que l’on a de trouver de l’information   qui sorte de la communication officielle, c’est de rencontrer les   acteurs-clés de ces grands groupes en marge de leurs activités, sur   les colloques, dans des séminaires, des déjeuners ou d’autres événements   de genre. Parfois, il s’agit de rencontrer les dirigeants de leurs   filiales à l’étranger qui sont moins fermés.  </p>
<p align="justify">Une autre raison   qui fait que c’est très difficile de trouver de l’information c’est   que très souvent l’information des groupes structurés, côtés en   bourse, est totalement verrouillée par des communicants professionnels. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Je suppose qu’il est très difficile de passer au-delà de ces groupes   de communication professionnels ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.G</strong> :   Absolument. Sauf à la rigueur si vous êtes dans d’autres réseaux.   Par exemple si vous appartenez à un club et vous rencontrez le dirigeant   X. Sinon c’est très difficile. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Et pour les PME ? J’imagine que les dirigeants sont plus accessibles. 
</p>
<p align="justify"><strong>C.G</strong> :   C’est un peu similaire en fait. Vous savez les PME qui sont cotées   en bourse ont également tendance à verrouiller leurs informations.   A partir du moment où elles sont cotées en bourse, elles ne peuvent   pas se permettre de communiquer à n’importe quoi. Dans ce cas, il   est de plus en plus difficile de confirmer telle ou telle rumeur etc. </p>
<p align="justify">Et puis vous   avez aussi les PME non-cotées en bourse qui elles de toutes façons   je dirais pour « vivre bien, vivons cachés ». C’est vrai qu’elles   peuvent envoyer des communiqués lors de l’ouverture de leur première   filiale à l’étranger par exemple, ou quand elles font une petite   acquisition à l’étranger etc. Sinon il est difficile d’obtenir   de l’information sur ces PME qui préfèrent vivre dans l’ombre,   sauf par des biais comme je vous disais [colloques, séminaires, foires],   quand on rencontre des dirigeants ou des directeurs financiers sur un   autre lieu complètement déconnecté.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Lorsque vous obtenez de l’information à valeur ajoutée, un « scoop »   si je puis dire, y a-t-il une sorte d’ « autocensure » de la part du   journaliste ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.G</strong> :   Non, pas en ce qui me concerne du moins. C’est souvent un manque de   temps. Il y a plusieurs phénomènes. Il y a cette communication de   plus en plus professionnelle de la part des entreprises qui verrouillent   le marché de l’information et qui rend donc de plus en plus difficile   l’obtention d’une information indépendante. Nous recevons des communiqués   de presse réalisés par les agences de communication des grands groupes.   Je suis hallucinée du professionnalisme de ces dossiers, c’est extrêmement   bien fait. Pour peu que vous soyez débordé dans la rédaction, vous   reprenez alors le communiqué avec le dossier de presse, vous n’avez   souvent pas le temps d’appeler le service de communication pour demander   davantage de précisions sur certains point du dossier et puis c’est   terminé vous avez votre article de presse tout fait. La presse économique   est souvent confrontée à ce problème. En ce qui nous concerne, nous   sommes seulement six ou sept à la rédaction. Nous avons donc une hiérarchie   dans l’information en rapport au commerce international. On sait qu’un   bon dossier de presse d’une agence de communication d’un grand groupe   vous mâche les trois quarts du boulot. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Finalement, il y a une certaine dépendance de la part des journalistes   envers ces agences de communication des grands groupes ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.G</strong> :   Oui complètement. Ces agences expertes en communication d’entreprise   ont envahi le marché. Elles ont tué l’information indépendante   car il n’y a plus la ligne rouge entre la communication et l’information   est de plus en plus ténue. La presse qui est censée produire de l’information    a de plus en plus de mal à contourner ces barrières communicantes   et, allié au fait que les effectifs sont en réduction, la presse réduit   de plus en plus ses moyens humains consacrés à l’investigation.   Au MOCI, à 6-7 nous brassons environ 50 sujets, nous devons être polyvalents.   Aux ECHOS, les journalistes vont avoir 10 secteurs à suivre. Quand   vous imaginez que sur les 10 secteurs, les entreprises qui sont cotées   en bourse ont tendance à présenter leurs résultats au même moment,   le journaliste va alors se faire en un court laps de temps peut-être   6 conférences de presse pour ensuite aiguiller leur papier l’heure   suivante. Les journalistes sont inondés d’information. Il y a des   phénomènes qui sont concomitants et qui expliquent la problématique   de votre étude.</p>
<p align="justify">Pourquoi un   échec dans un contrat ? Pourquoi une boîte française a perdu un contrat ?   C’est une véritable enquête qui nous oblige à trouver des biais   pour passer au-dessus des barrières communicantes. C’est un investissement   lourd en temps et en moyens d’investigation. </p>
<p align="justify">Une boîte   peut avoir perdu pour diverses raisons. Les cas où une entreprise française   était complètement à côté de la plaque pour pénétrer un nouveau   marché à l’étranger ou pour remporter un appel d’offre sont extrêmement   rares désormais. On a de très beaux champions qui savent « penser   global, agir local », c’est-à-dire qui savent adapter leur offre   à la demande locale. La période où ALSTOM proposait des TGV avec   une longueur inadaptée à celle des quais de certains pays est terminée.   C’est le cas pour d’autres de nos fleurons industriels. AREVA a   par exemple de telles équipes de professionnels pour préparer les   appels d’offres, que lorsqu’elle perd un contrat c’est à la phase   ultime de l’appel d’offre, la décision finale se joue sur des questions   de transferts de technologie plus avantageuse de la part du concurrent   etc. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   D’après une enquête inédite auprès des 2000 conseillers du commerce   extérieur de la France, paru dans <u>les Echos</u> le 30 avril 2008,   65% des conseillers interrogés estiment que l’handicap le plus important   des entreprises françaises, reste celui du lobbying dans les réseaux   locaux. Comment expliquez-vous cette réticence envers le lobbying de   la part des dirigeants de PME à dimension internationale ? Est-ce, d’après   vous, un blocage culturel ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.G</strong> :   Je pense que c’est effectivement un blocage culturel qui est dû à   l’historique de la France où l’Etat est très présent dans les   affaires, et il y a également une tradition intellectuelle, y compris   d’ailleurs parmi les patrons français qui s’appuient sur l’Etat,   notamment dans le réseau des Missions Economiques à l’étranger.   Au final, l’organisation privée des entreprises pour assurer elles-mêmes   leur lobbying est assez défaillante, et particulièrement à mon avis   dans les pays qui ne sont pas les pré-carrés de la France. C’est-à-dire   les pays francophones, anciennes colonies où là les entreprises n’ont   pas problème. Vous avez dans ces régions des lobbies très bien organisés   du patronat avec par exemple en Afrique le CIAN [Le Conseil des Investisseurs   en Afrique]. </p>
<p align="justify">En revanche   dans les autres régions du monde où il n’y a pas l’historique   culturel français, c’est beaucoup plus difficile pour les entreprises   françaises. Leurs stratégies d’influence sont beaucoup moins organisées   et présentes. Il y a eu, il est vrai, les Missions Economiques qui   ont fait beaucoup de veille régalienne pour l’Etat français. Ces   structures ont fait du lobbying pour les groupes français emblématiques   pour la signature de grands contrats mais elles étaient humainement   beaucoup moins outillées pour tout un tas de filières de PME.    Le secteur privé n’a malheureusement pas remplacé les lacunes de   l’Etat en matière de lobbying pour les PME. Il y a maintenant de   plus en plus de consultants privés et c’est je pense un métier qui   est en voie de développement en France, notamment les Sociétés d’Accompagnement   au développement à l’International, les SAI, qui sont capables de   faire d’excellentes études de marchés. Il y a également dans le   domaine du renseignement économique, des officines privées qui sont   professionnelles et performantes. Les entreprises françaises, je mets   ici à part les grands groupes qui ont l’habitude d’avoir recours   à ce genre de services, n’ont pas l’habitude de payer ce genre   de prestations. Elles n’ont souvent pas le réflexe de faire appel   à ces sociétés [d’accompagnement et de renseignement économique]   se retrouvant donc plus démunies pour mettre en œuvre une stratégie   de lobbying. </p>
<p align="justify">Dans les pays   anglo-saxons, c’est vrai que la tradition fait que les entreprises   et même l’Etat sont beaucoup plus organisés en matière d’intelligence   économique. Leurs stratégies d’influence sont beaucoup plus efficaces.   En France, la dimension économique de l’intelligence économique   est insuffisante, c’est une catastrophe. Il y a certes une prise de   conscience, c’est une bonne chose mais cela prend du temps à s’inscrire   automatiquement dans notre pays. Ce qui est terrible chez nous c’est   que quand l’Etat créé une structure dédiée à l’intelligence   économique, il n’y a pas une symbiose plus importante avec le privé.</p>
<p align="justify">Le réseau   des Missions Economiques a été très puissant et très étendu, mais   depuis la restructuration des effectifs, le secteur privé n’a pas   toujours pris le relais après la perte d’influence des Missions Economiques   dans certaines régions. Si on prend le cas des Chambres de Commerce   et d’Industrie Françaises (CCIF) à l’étranger par exemple, on   ne peut pas dire qu’elles soient très performantes en matière de   veille économique. C’est vrai qu’on trouve de tout, cela dépend   avant tout des individus qui s’y trouvent. Mais de manière générale,   les profils des principaux responsables de Missions Economiques sont   issus de l’Administration et ils n’ont pas forcément cette sensibilité   de veille économique et stratégique. Il y a quand même de bonnes   choses comme chez UbiFrance où vous avez le meilleur service de veille   réglementaire de France. UbiFrance a par exemple une hotline réglementaire,   sur les réglementations douanières notamment, qui est très efficace   et très prisée par les PME. Les consultants utilisent, pour ne pas   dire pillent, ces données réglementaires. Ils achètent en effet beaucoup   d’informations à cette hotline pour les revendre ensuite très cher   à leurs clients dans la mesure où peu de PME ont connaissance de cette   hotline. Toujours chez UbiFrance, vous avez également probablement   les meilleurs analystes du secteur agroalimentaire mondial avec des   lettres de veille de grande qualité. Cependant, ces analystes sont   en voie de disparition car UbiFrance procède à des réductions d’effectifs.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Si l’on prend le cas de la Chine, on s’aperçoit que la France a   cédé du terrain vis-à-vis de l’Allemagne. On estime que les exportations   françaises représentent environ 13% du total des exportations de la   zone euro à destination de la Chine. Actuellement, un produit européen   sur deux vendu à Pékin est d’origine allemande. Selon les statistiques   de la Douane chinoise, la France se trouve au 4ème rang   parmi les partenaires commerciaux de la Chine au sein de l&#8217;Union européenne,   avec un volume d’échanges commerciaux de 13,39 milliards de dollars   contre 41,8 milliards USD pour l’Allemagne en 2006. Enfin, la France   ne réalise que 12% de ses exportations  avec les pays dits « émergents »   contre 17% pour l’Allemagne. Cet écart du commerce extérieur entre   la France et l’Allemagne ne révèle-t-il pas une inadéquation des   produits français avec les besoins indispensables des pays émergents   en termes d’équipements ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.G</strong> :   Non je ne crois pas. C’est vrai que l’Allemagne est un pays beaucoup   plus industriel que nous, et actuellement, elle bénéficie d’un positionnement   extraordinaire puisqu’elle est sur les machines-outils, en gros sur   des produits pour lesquels tous les pays émergents sont en train de   s’équiper. Pour prendre votre exemple de la Chine, il est clair qu’elle   a massivement équipée ses usines et c’est vrai que sur ce point,   l’Allemagne a une offre beaucoup plus adaptée que la France. Nous   n’avons pratiquement plus d’industries de machines-outils.</p>
<p align="justify">Pour prendre   l’exemple du secteur de l’automobile, c’est vrai aussi que l’Allemagne   a un positionnement bien plus haute gamme que nous. BMW, même si l’Euro   est fort, aura toujours une demande solide de la part des pays émergents.   En revanche les marques d’automobiles françaises ont beaucoup plus   de mal à s’exporter lorsque l’Euro est fort. Les pays émergents   hésitent beaucoup moins à choisir des voitures japonaises, indiennes   par exemple à la place de voitures françaises pendant les périodes   où l’Euro est fort. Ce n’est jamais le cas pour les voitures allemandes. </p>
<p align="justify">Finalement,   je ne dirais pas que les produits français sont moins bons ou autre,   je dirais que pour les marchés émergents, l’offre française est   moins bien positionnée que l’offre allemande. </p>
<p align="justify">Après vous   avez des dizaines de rapports qui insistent sur le fait que l’Allemagne   a fait reposer son tissu industriel sur moins de grands groupes que   des belles PME qui sont plus réactives que les nôtres. La France quant   à elle, a de très belles grandes entreprises mais elle manque cruellement   d’entreprises intermédiaires. Par conséquent, s’il n’y a pas   de grands contrats à l’ordre du jour, quand il n’y a pas de TGV   ou d’Airbus à proposer dans telle ou telle région durant un certain   temps, nos exportations s’en font ressentir beaucoup plus nettement   que l’Allemagne. 
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Comment expliquez-vous que les médias français relatent très peu   des relocalisations des entreprises françaises ? Pouvez-vous me citer   un cas de relocalisation et qui n’aurait pas suscité l’intérêt   des médias ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.G</strong> :   Ca existe effectivement. Je considère cependant que cela reste un phénomène   anecdotique.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   On s’aperçoit que depuis trop longtemps, la France est restée prisonnière   d’un tropisme régional en partie hérité de son passé colonial,   qui l’a conduit à concentrer 80% de ses exportations vers sa zone   traditionnelle de commerce extérieur, à savoir l’Union Européenne,   l’Afrique, le Proche et Moyen-Orient. Or les zones de forte croissance,   à savoir l’Asie et l’Amérique Latine, contribuent seulement à   20% du total de nos exportations alors que ces zones de forte croissance   pèsent plus de la moitié du commerce mondial. Comment expliquez-vous   la difficulté des entreprises françaises (en particulier les PME)   pour se déployer dans ces zones de forte croissance ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.G</strong> :   On constate une certaine perte d’influence française en Afrique.   Il faut dire qu’on ne vend pratiquement plus de biens de consommations   en Afrique, hormis le vin et le champagne ou des produits de luxe peut-être,   car notre offre est trop chère par rapport aux produits chinois. Mais   vous savez, ce n’est pas uniquement la France qui perd des parts de   marché en Afrique, c’est le cas de l’ensemble des pays de l’Union   européenne. C’est un phénomène parfaitement logique au vue de l’offre   de l’Inde ou de la Chine encore une fois qui a des produits beaucoup   plus adaptés aux pouvoirs d’achat des populations africaines. Après   c’est tout à fait normal que l’Afrique soit la seconde région   exportatrice de la France après l’Union européenne vu notre passé   colonial dans cette région. </p>
<p align="justify">Ce qui est   également vrai, c’est qu’il y a un redéploiement qui est en cours   et qui s’accélère avec des augmentations des exportations vers les   grands pays émergents qui sont bien plus importantes que les concessions   en Afrique. C’est parfaitement logique que la principale zone d’exportation   de la France soit l’Union européenne. Si vous prenez le cas des Etats-Unis,   vous verrez que leur première zone d’exportation est le Mexique et   le Canada, et ensuite l’Amérique Latine. Le Royaume-Uni est plus   implanté en Asie que nous grâce à son ancien empire colonial plus   étendu que la France, et aussi grâce au poids de Hong-Kong lorsque   la ville était encore Britannique. Depuis, le Royaume-Uni a gardé   une influence commerciale importante dans cette région. Si vous regardez   la structure du commerce extérieur de l’Allemagne, vous verrez que   c’est d’abord l’Union européenne et principalement les pays d’Europe   de l’Est. C’est la principale zone commerciale d’influence de   l’Allemagne. Et c’est le cas pour tous les pays de l’Union européenne.   Il n’y a rien d’anormal donc, à ce que la France réalise une grande   majorité de ses exportations au sein de l’Union européenne. Peut-être   que nous avons effectivement pris un peu de retard vis-à-vis de l’Allemagne   sur les marchés émergents, mais sinon si on regarde les chiffres du   commerce mondial, tous les pays développés enregistrent des érosions   de part de marchés. Rien d’étonnant lorsque vous avez plus de gros   pays émergents, comme la Chine, l’Inde, le Brésil qui s’insèrent   dans la concurrence mondiale en gagnant des parts de marché.</p>
<p align="justify">Maintenant   pour revenir sur le cas de l’Afrique, je considère que c’est aux   Africains de juger, quand la Chine réalise un grand projet d’infrastructures   dans un pays africain et qu’elle apporte toute sa main d’œuvre   sans faire travailler la main d’œuvre locale, de canaliser voire   de contester les ambitions chinoises en Afrique. A ce sujet, la France   serait mal placée pour donner des leçons à la Chine sachant les nombreux   abus qui ont été fait de notre côté également. La France a vendu   beaucoup de choses qui ne servent à rien en Afrique et qui a beaucoup   endetté plusieurs pays africains. La France a eu une politique qui   a relativement fonctionné pendant la période la Guerre Froide où   elle était en quelque sorte le « gendarme de l’Afrique » durant cette   période. Maintenant sur l’aspect développement de l’Afrique, le   bilan est plus que mitigé ; il est donc bien logique que la Chine joue   sa carte sur le continent africain désormais. </p>
<p align="justify">Maintenant   quelle doit être la réponse française face à la Chine en Afrique ?   Pour ma part, je pense que la France devrait abandonner les secteurs   et les zones où elle n’est plus du tout compétitive. C’est d’ailleurs   ce qui se passe avec ALCATEL par exemple. Je ne suis pas sûr qu’ALCATEL   continue à répondre aux appels d’offre classiques de terminaux téléphoniques.   A la rigueur l’avenir d’ALCATEL en Afrique c’est dans le domaine   des hautes technologies que ne maîtrisent pas la Chine ou autres pays   émergent. En tous cas ce n’est évidemment pas en réclamant aux   Africains de payer le double pour de la technologie qu’ils peuvent   acheter en Chine ou en Inde. Les pays émergents, principalement la   Chine, proposent des produits et infrastructures de base si je puis   dire. Si elle veut rester en Afrique, la France doit donc se positionner   sur le haut de gamme. Quant à la perte d’influence française en   Afrique, je dirai que cela est du ressort d’une stratégie française   dont on n’est pas maître. Ce qui est dommageable, c’est de ne pas   entretenir notre zone traditionnelle d’influence francophone de façon   plus dynamique et concertée. Cette zone francophone en Afrique a toujours   un fort potentiel pour les hommes d’affaires français compte tenu   des similitudes en règles de droit par rapport à d’autres pays.   Sous prétexte qu’il faille remettre à plat la politique africaine   de la France, on en oublie parfois qu’il faut maintenir un haut niveau   d’échanges culturels et politiques car c’est une zone importante   pour la sphère d’influence française.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Le renforcement des effectifs dans les Missions Economiques en Afrique,   Amérique du Sud, Asie, Russie est-il, selon vous, parvenu à reconquérir   des nouvelles parts de marché jusqu&#8217;à présent ? 
</p>
<p align="justify"><strong>C.G</strong> :   Je ne pourrai pas vous dire précisément mais je pense que c’est   une bonne chose. Je me souviens du constat il y a quelques années qui   soulignait que les exportations françaises étaient trop centrées   sur l’Union européenne. Je pense qu’il est beaucoup plus judicieux   de mettre « le paquet » en effectifs dans les zones à forte croissance,   plutôt que de laisser en sureffectif une Mission Economique dans un   pays où l’activité économique est moindre. Il y a indéniablement   une nécessité de rationaliser les effectifs au sein des Missions Economiques   françaises. Il y eu un vrai travail de remise en cause de la part de   l’Etat. Là où je suis plus sceptique, c’est de savoir ce que va   donner la réforme, qui consiste à déléguer les prestations économiques   et commerciales qu’assuraient les Missions Economiques (ME), aux Chambres   de Commerce et d’Industrie Françaises à l’Etranger (CCIFE). Parce   que en fonction des pays, les CCIFE peuvent être très bonnes comme   catastrophiques sur place. Pour moi, cette délégation de prestations   ne sera pas possible partout avec autant d’efficacité et d’homogénéité   qu’avec les ME qui ont quand même cette notion forte de service public.   Je suis sceptique au sens où les CCIFE devront quand même être encadrées   car il risque d’y avoir des structures inadaptées et donc inefficaces   dans certaines régions.  
</p>
<p align="justify"><strong>S.D</strong> :   Pouvez-vous me relater un cas récent d’une défaite commerciale française   à l’étranger (grande entreprise ou PME) dont vous avez eu connaissance,   et qui n’aurait pas suscité l’intérêt des médias français ?   Pouvez-vous me décrire brièvement le contexte et causes de cette défaite ?<strong>   </strong> 
</p>
<p align="justify"><strong>C.G</strong> :   Vous avez Carrefour par exemple qui a échoué dans un certain nombre   de pays d’Asie. Bon c’est vrai que dans ce cas le PDG de Carrefour   en a parlé pour anticiper la résonance en France. Carrefour est une   marque connue en Asie, donc lorsque Carrefour ferme des magasins en   Asie forcément la presse locale en parle abondamment. Mais ce qu’il   faut voir ici, c’est que ce sont les services de communication de   Carrefour qui ont devancé les médias français, craignant la résonance   en France. Si Carrefour n’avait pas communiqué autant sur ses fermetures   de magasins en Asie, les médias français n’auraient probablement   pas fait autant écho de cette défaite commerciale. Sinon je vous avoue   même qu’en tant que journaliste économique, je n’ai pas vraiment   d’exemple en tête ce qui prouve la difficulté de votre sujet. On   n’a très très peu de communication sur ce genre de faits. </p>
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		<pubDate>Fri, 01 Aug 2008 01:00:00 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[<div align="justify">Succ&#232;s et &#233;checs du commerce ext&#233;rieur fran&#231;ais</div><div align="justify"><br /><strong>S&#233;bastien Demailly :<br />Quel est votre sentiment g&#233;n&#233;ral sur la mani&#232;re dont les m&#233;dias traitent les d&#233;faites commerciales des entreprises fran&#231;aises&#160; (PME notamment) &#224; l&#8217;&#233;tranger ? Observez-vous une asym&#233;trie de l&#8217;information de la part des m&#233;dias entre les victoires et les d&#233;faites commerciales fran&#231;aises &#224; l&#8217;international ? </strong><br />Renaud Belleville :<br />C&#8217;est vrai que j&#8217;ai l&#8217;impression que l&#8217;on parle plus souvent des victoires commerciales fran&#231;aises que des d&#233;faites. Sauf dans certain nombre de cas tr&#232;s importants ou tr&#232;s m&#233;diatiques, je pense au fameux contrat pour les avions ravitailleurs du Pentagone et de la comp&#233;tition entre EADS et BOEING. La presse en a beaucoup parl&#233; parce que EADS l&#8217;avait remport&#233;, mais si BOEING l&#8217;avait remport&#233;, on aurait aussi dit, certes s&#251;rement moins, que EADS avait &#233;chou&#233; &#224; l&#8217;appel d&#8217;offres car c&#8217;&#233;tait un tr&#232;s gros contrat avec une dimension politique forte. En revanche, il y a tout un tas de contrats qui sont n&#233;goci&#233;s directement par les entreprises, soi avec des administrations publiques ou &#233;trang&#232;res dans les pays o&#249; elles souhaitent s&#8217;&#233;tablir, et dont on ne parle pas. En fait ce sont souvent les entreprises elles-m&#234;mes qui ma&#238;trisent leur communication, c&#39;est-&#224;-dire qu&#8217;elles envoient syst&#233;matiquement des communiqu&#233;s quand elles remportent des contrats. Et bien s&#251;r, ces entreprises n&#8217;envoient jamais de communiqu&#233;s pour signaler qu&#8217;elles n&#8217;ont pas &#233;t&#233; retenues pour tel appel d&#8217;offres ou autre dans tel ou tel pays. Donc si dans le pays en question, le Gouvernement ou l&#8217;entreprise publique ou autre, font un communiqu&#233; pour dire par exemple que SIEMENS a remport&#233; tel contrat sans forc&#233;ment pr&#233;ciser que ALSTOM &#233;tait aussi candidat et qu&#8217;il n&#8217;a pas remport&#233; l&#8217;appel d&#8217;offres en question ; si il n&#8217;y a pas sur place un journaliste fran&#231;ais sp&#233;cialis&#233; qui suit de pr&#232;s l&#8217;&#233;volution et les d&#233;tails de l&#8217;appel d&#8217;offres, vous ne saurez jamais quelles entreprises ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;es de la comp&#233;tition.</div>
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div align="justify">Succ&egrave;s et &eacute;checs du commerce ext&eacute;rieur fran&ccedil;ais</div>
<div align="justify"><strong>S&eacute;bastien Demailly :<br />Quel est votre sentiment g&eacute;n&eacute;ral sur la mani&egrave;re dont les m&eacute;dias traitent les d&eacute;faites commerciales des entreprises fran&ccedil;aises&nbsp; (PME notamment) &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger ? Observez-vous une asym&eacute;trie de l&rsquo;information de la part des m&eacute;dias entre les victoires et les d&eacute;faites commerciales fran&ccedil;aises &agrave; l&rsquo;international ? </strong><br />Renaud Belleville :<br />C&rsquo;est vrai que j&rsquo;ai l&rsquo;impression que l&rsquo;on parle plus souvent des victoires commerciales fran&ccedil;aises que des d&eacute;faites. Sauf dans certain nombre de cas tr&egrave;s importants ou tr&egrave;s m&eacute;diatiques, je pense au fameux contrat pour les avions ravitailleurs du Pentagone et de la comp&eacute;tition entre EADS et BOEING. La presse en a beaucoup parl&eacute; parce que EADS l&rsquo;avait remport&eacute;, mais si BOEING l&rsquo;avait remport&eacute;, on aurait aussi dit, certes s&ucirc;rement moins, que EADS avait &eacute;chou&eacute; &agrave; l&rsquo;appel d&rsquo;offres car c&rsquo;&eacute;tait un tr&egrave;s gros contrat avec une dimension politique forte. En revanche, il y a tout un tas de contrats qui sont n&eacute;goci&eacute;s directement par les entreprises, soi avec des administrations publiques ou &eacute;trang&egrave;res dans les pays o&ugrave; elles souhaitent s&rsquo;&eacute;tablir, et dont on ne parle pas. En fait ce sont souvent les entreprises elles-m&ecirc;mes qui ma&icirc;trisent leur communication, c&#39;est-&agrave;-dire qu&rsquo;elles envoient syst&eacute;matiquement des communiqu&eacute;s quand elles remportent des contrats. Et bien s&ucirc;r, ces entreprises n&rsquo;envoient jamais de communiqu&eacute;s pour signaler qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; retenues pour tel appel d&rsquo;offres ou autre dans tel ou tel pays. Donc si dans le pays en question, le Gouvernement ou l&rsquo;entreprise publique ou autre, font un communiqu&eacute; pour dire par exemple que SIEMENS a remport&eacute; tel contrat sans forc&eacute;ment pr&eacute;ciser que ALSTOM &eacute;tait aussi candidat et qu&rsquo;il n&rsquo;a pas remport&eacute; l&rsquo;appel d&rsquo;offres en question ; si il n&rsquo;y a pas sur place un journaliste fran&ccedil;ais sp&eacute;cialis&eacute; qui suit de pr&egrave;s l&rsquo;&eacute;volution et les d&eacute;tails de l&rsquo;appel d&rsquo;offres, vous ne saurez jamais quelles entreprises ont &eacute;t&eacute; &eacute;limin&eacute;es de la comp&eacute;tition.</div>
<p><span id="more-1261"></span>
<p align="justify">C&rsquo;est un peu paradoxal, on a coutume de dire que l&rsquo;on parle des trains qui n&rsquo;arrivent pas &agrave; l&rsquo;heure et on ne parle pas des trains qui arrivent &agrave; l&rsquo;heure. Par rapport &agrave; votre sujet, c&rsquo;est un peu l&rsquo;inverse je dirais. On ne va pas syst&eacute;matiquement recenser tous les contrats qui ne sont pas remport&eacute;s, sauf comme je vous l&rsquo;ai dit dans le cas de tr&egrave;s gros contrats. Il ne faut pas n&eacute;anmoins conclure que les journalistes font forc&eacute;ment mal leur travail. Je dirais qu&rsquo;il y a une telle masse d&rsquo;information &agrave; s&eacute;lectionner que les journalistes sont oblig&eacute;s de hi&eacute;rarchiser. Encore une fois, dans le cas de tr&egrave;s gros contrats, je maintiens que la presse a quand m&ecirc;me tendance &agrave; parler des d&eacute;faites commerciales fran&ccedil;aises. Il arrive m&ecirc;me d&rsquo;ailleurs que des entreprises pr&eacute;parent le terrain quand elles se rendent compte qu&rsquo;il y a peu de chances qu&rsquo;elles remportent un contrat &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger. Leur service de communication se charge dans ce cas de pr&eacute;parer une strat&eacute;gie de communication avant le verdict d&rsquo;un appel d&rsquo;offres afin d&rsquo;anticiper la demande d&rsquo;information par les journalistes. Vous avez &eacute;galement souvent des entreprises qui vont vous dire que les conditions des concurrents &eacute;taient tellement ridiculement basses et anti-&eacute;conomiques qu&rsquo;elles sont bien contentes de ne pas avoir remport&eacute; tel ou tel contrat car elles auraient perdu de l&rsquo;argent. A ce moment l&agrave; on en parle un peu. Mais c&rsquo;est vrai que sur la masse des contrats, on parle globalement beaucoup plus des contrats qui ont &eacute;t&eacute; remport&eacute;s par les entreprises fran&ccedil;aises que des autres. </p>
<p align="justify"><strong>S.D : Comme vous venez de le dire, les journalistes sont satur&eacute;s d&rsquo;informations. Je suppose que lorsque vous recevez un dossier de presse, r&eacute;alis&eacute; par des agences de communication priv&eacute;es d&rsquo;un grand groupe, cela vous fait gagner &eacute;norm&eacute;ment de temps dans la mesure o&ugrave; ces dossiers de presse sont tr&egrave;s bien faits et professionnels. Finalement, n&rsquo;y a-t-il pas un risque &agrave; ce que les journalistes deviennent en quelque sorte trop d&eacute;pendants de ces agences de communication priv&eacute;es ? </strong><br />R.B : Effectivement. C&rsquo;est aussi le probl&egrave;me entre les journalistes sp&eacute;cialis&eacute;s et les journalistes non sp&eacute;cialis&eacute;s. Si on prend les grands m&eacute;dias par exemple. Si vous &ecirc;tes sur une cha&icirc;ne de t&eacute;l&eacute;vision ou une cha&icirc;ne de radio, ou un grand quotidien d&rsquo;informations g&eacute;n&eacute;rales comme Le Monde ou Le Figaro, il est &eacute;vident que le nombre de gens qui traitent des sujets &eacute;conomiques en g&eacute;n&eacute;ral dans ces r&eacute;dactions est assez limit&eacute;. Et ceux qui s&rsquo;int&eacute;ressent &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie au sein de ces r&eacute;dactions, mais bon l&rsquo;&eacute;conomie c&rsquo;est tr&egrave;s large, il y a ceux s&rsquo;int&eacute;ressent essentiellement au probl&egrave;me du baril du p&eacute;trole, du dollar, du ch&ocirc;mage et d&rsquo;inflation ; et finalement ceux qui s&rsquo;int&eacute;ressent aux entreprises il y en a tr&egrave;s peu. Par exemple, j&rsquo;&eacute;tais hier au t&eacute;l&eacute;phone avec &eacute;tudiant qui vient de rentrer en stage chez IT&eacute;l&eacute;. Cet &eacute;tudiant me disait qu&rsquo;il y avait seulement 4 journalistes au service &eacute;conomie. Ca vous donne d&eacute;j&agrave; une id&eacute;e des sujets qui vont &ecirc;tre trait&eacute;s. Quand vous avez 4 journalistes &eacute;conomiques au sein d&rsquo;un m&eacute;dia comme IT&eacute;l&eacute;, compar&eacute; aux Echos o&ugrave; vous avez une centaine de journalistes &eacute;conomiques, vous ne pouvez bien entendu tout couvrir. Il est donc &eacute;vident que vous ne pouvez pas assurer un suivi r&eacute;gulier sur les contrats des entreprises fran&ccedil;aises &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger. Aussi quand vous recevez un jour des communiqu&eacute;s de VINCI ou de BOUYGUES ou d&rsquo;ALSTOM informant sur la victoire de tel contrat, vous &ecirc;tes tellement pris par les flux d&rsquo;informations que vous n&rsquo;avez pas le temps de retracer l&rsquo;historique complet ou les conditions compl&egrave;tes d&rsquo;un appel d&rsquo;offre &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger.<br />En revanche, c&rsquo;est vrai que des journalistes dans des organes de presse plus sp&eacute;cialis&eacute;s comme Les Echos ou La Tribune ou &agrave; des mensuelles &eacute;conomiques par exemple, vous avez des gens qui sont beaucoup plus sp&eacute;cialis&eacute;s. Les gens qui suivent un domaine bien particulier comme par exemple le secteur de l&rsquo;automobile, de l&rsquo;&eacute;nergie, du BTP etc., ils doivent &ecirc;tre normalement plus attentifs parce qu&rsquo;ils sont en contact en permanence avec les entreprises d&rsquo;un m&ecirc;me secteur. Quand VINCI annonce qu&rsquo;il a remport&eacute; le contrat de tel usine de dessalement ou de telle autoroute au Portugal ou &agrave; Abu-Dhabi ou ailleurs, ces journalistes devraient de temps &agrave; autre faire un bilan en regardant depuis le d&eacute;but de l&rsquo;ann&eacute;e combien de contrats ont &eacute;t&eacute; remport&eacute;s, combien y avait-il de candidats etc. A la limite, les journalistes pourraient faire cela pour les grandes entreprises. Ca sera en revanche plus difficile de faire un tel bilan pour les PME due &agrave; la masse d&rsquo;information &agrave; traiter.<br />Un point qui me frappe, ce sont les voyages qui sont organis&eacute;s assez r&eacute;guli&egrave;rement avec le Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique, le Ministre de l&rsquo;Industrie ou du Commerce Ext&eacute;rieur, o&ugrave; l&rsquo;on envoie 200 ou 300 chefs d&rsquo;entreprises dans un pays avec un voyage officiel. Si c&rsquo;est un voyage comme en Chine ou en Tunisie derni&egrave;rement, on parle des grands contrats qui sont sign&eacute;s par ALSTOM, AREVA, TOTAL etc. Par contre, on ne parle pas des 150 chefs de PME qui sont pr&eacute;sents lors de ce d&eacute;placement officiel. La question est alors de savoir si les journalistes qui accompagnent ce genre de voyage, et notamment ceux qui suivent le commerce ext&eacute;rieur, gardent contact par la suite avec ces 150 patrons de PME qui ont gagn&eacute; des contrats dans telle ou telle r&eacute;gion de Tunisie ou de Chine par exemple. Evidemment un journaliste ne peut pas r&eacute;cup&eacute;rer les 150 cartes de visite simplement en prenant une quinzaine de contacts, il pourrait v&eacute;rifier l&rsquo;avancement de l&rsquo;ex&eacute;cution des contrats annonc&eacute;s trois ou quatre mois apr&egrave;s simplement pour v&eacute;rifier si il n&rsquo;y a pas un d&eacute;calage entre ce qui a &eacute;t&eacute; annonc&eacute; et ce qui reste trois-quatre mois apr&egrave;s. Alors c&rsquo;est vrai qu&rsquo;il est difficile de faire un suivi comme celui-ci cela demande un vrai travail d&rsquo;investigation qui prend du temps. Les journalistes font tr&egrave;s peu, ou pas du tout, ce genre de suivi des contrats remport&eacute;s mais &ccedil;a serait tr&egrave;s utile &agrave; mon sens de voir le rendement de ces visites officielles pour les patrons de PME. </p>
<p align="justify"><strong>S.D : Durant ces voyages pr&eacute;sidentiels, qui sont r&eacute;ellement les journalistes qui accompagnent l&rsquo;escorte pr&eacute;sidentielle et qui relatent les contrats remport&eacute;s ? Est-ce le service de presse de l&rsquo;Elys&eacute;e ou bien des journalistes de grands quotidiens nationaux ? </strong><br />R.B : Je pense qu&rsquo;il y a les deux. En g&eacute;n&eacute;ral, si c&rsquo;est un d&eacute;placement officiel dans un tr&egrave;s grand pays comme la Chine ou l&rsquo;Inde, on a des correspondants qui sont d&eacute;j&agrave; sur place. Par exemple pour la Chine, c&rsquo;est notre correspondant de P&eacute;kin qui suit les &eacute;tapes du voyage pr&eacute;sidentiel. Quand c&rsquo;est dans des pays o&ugrave; l&rsquo;on n&rsquo;a pas de correspondants et qu&rsquo;un patron d&rsquo;un grand groupe comme LAFARGE ou EDF se rendent &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger par exemple, l&rsquo;entreprise s&rsquo;arrange pour inviter quelques journalistes de grands quotidiens nationaux. C&rsquo;est vrai que n&rsquo;est pas dans le cadre d&rsquo;un voyage officiel comme vous me le demandez, mais &agrave; cette occasion le patron d&rsquo;un grand va certainement expliquer o&ugrave; en est la situation d&rsquo;un contrat&nbsp; qui avait &eacute;t&eacute; m&eacute;diatis&eacute; durant le d&eacute;placement du Pr&eacute;sident auparavant.</p>
<p align="justify"><strong>S.D : Comment expliquez-vous que les m&eacute;dias fran&ccedil;ais relatent tr&egrave;s peu des relocalisations des entreprises fran&ccedil;aises ? Pouvez-vous me citer un cas de relocalisation et qui n&rsquo;aurait pas suscit&eacute; l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t des m&eacute;dias ? </strong><br />R.B : Une fois cela d&eacute;pend du type de journaliste. Il y a ceux qui passent leur temps &agrave; faire des enqu&ecirc;tes ce qui implique d&rsquo;avoir beaucoup de temps et d&rsquo;&ecirc;tre dans une r&eacute;daction qui a beaucoup de moyens, il y a donc peu de personnes seulement qui peuvent faire ce genre de suivi. Et puis il y a ceux qui suivent un secteur particulier, qui sont eux, plus tributaires de la masse d&rsquo;information qui leur arrive, et qui ont donc moins le temps de consacrer du temps au travail d&rsquo;investigation en amont. Par exemple, quand vous avez une usine qui va fermer parce que telle soci&eacute;t&eacute; a d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;implanter une usine que ce soit en Europe de l&rsquo;Est, au Maghreb, en Inde ou en Chine, il est vrai que ce sont les syndicats de l&rsquo;usine en question qui provoquent largement la m&eacute;diatisation et que c&rsquo;est &agrave; ce moment l&agrave; seulement que les journalistes vont s&rsquo;int&eacute;resser &agrave; ce ph&eacute;nom&egrave;ne de relocalisation. </p>
<p align="justify"><strong>S.D : Y-a-t-il une &laquo; autocensure &raquo; chez les journalistes qui emp&ecirc;che la diffusion des d&eacute;faites commerciales fran&ccedil;aises &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger ? Dans le sens o&ugrave; lorsqu&rsquo;un journaliste arrive &agrave; obtenir une information &agrave; valeur ajout&eacute;e, un &laquo; scoop &raquo;, il lui arrive de s&rsquo;interdire &agrave; lui-m&ecirc;me de diffuser une information craignant de d&eacute;passer la ligne &eacute;ditoriale ou bien des retomb&eacute;es contre lui. </strong><br />R.B : Je ne le pense pas. Quand vous apprenez qu&rsquo;il y a un contrat important ou un appel d&rsquo;offre qui n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; remport&eacute; par un grand groupe fran&ccedil;ais, le journaliste &eacute;conomique doit s&rsquo;int&eacute;resser aux conditions de cet &eacute;chec. Il y a &eacute;galement les concurrents de nos groupes fran&ccedil;ais qui communiquent, et l&rsquo;information ne passe pas inaper&ccedil;ue aussi bien dans leur pays d&rsquo;origine qu&rsquo;en France. Ce n&rsquo;est en g&eacute;n&eacute;ral pas l&rsquo;entreprise qui a perdu qui va prendre les devants en annon&ccedil;ant sa d&eacute;faite. C&rsquo;est bien normal que l&rsquo;entreprise qui a gagn&eacute; un appel d&rsquo;offre [le concurrent &eacute;tranger quand un groupe fran&ccedil;ais a perdu un contrat] communique dessus. A ce moment, il n&rsquo;y a aucune raison pour que le journaliste ne s&rsquo;interroge pas sur les conditions de l&rsquo;&eacute;chec en se demandant si le concurrent avait une meilleure offre, ou bien s&rsquo;il a fait du dumping, etc. Dans un certain nombre de pays il n&rsquo;y a pas que le produit ou le service qui est fournit, il y a aussi les modes de financement, etc. Normalement, le journaliste doit analyser toutes ces choses sans avoir d&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;&acirc;mes et sans aucune crainte d&rsquo;&eacute;ventuelles repr&eacute;sailles.<br />Dans la presse qui suit de pr&egrave;s des secteurs pr&eacute;cis, on trouve quand m&ecirc;me des analyses de cas de d&eacute;faites de grands contrats m&ecirc;me si c&rsquo;est peu fr&eacute;quent en effet. </p>
<p align="justify"><strong>S.D : Si l&rsquo;on prend le cas de la Chine, on s&rsquo;aper&ccedil;oit que la France a c&eacute;d&eacute; du terrain vis-&agrave;-vis de l&rsquo;Allemagne. On estime que les exportations fran&ccedil;aises&nbsp; repr&eacute;sentent environ 13% du total des exportations de la zone euro &agrave; destination de la Chine. Actuellement, un produit europ&eacute;en sur deux vendu &agrave; P&eacute;kin est d&rsquo;origine allemande. Selon les statistiques de la Douane chinoise, la France se trouve au 4&egrave;me rang des partenaires commerciaux de la Chine au sein de l&#39;Union europ&eacute;enne, avec un volume d&rsquo;&eacute;changes commerciaux de 13,39 milliards de dollars contre 41,8 milliards USD pour l&rsquo;Allemagne en 2006. Enfin, la France ne r&eacute;alise que 12% de ses exportations&nbsp; avec les pays dits &laquo; &eacute;mergents &raquo; contre 17% pour l&rsquo;Allemagne. Cet &eacute;cart du commerce ext&eacute;rieur entre la France et l&rsquo;Allemagne ne r&eacute;v&egrave;le-t-il pas une inad&eacute;quation des produits fran&ccedil;ais avec les besoins indispensables des pays &eacute;mergents en termes d&rsquo;&eacute;quipements ?<br />Quelles sont, selon vous, les principales faiblesses dans la strat&eacute;gie des entreprises fran&ccedil;aises pour l&rsquo;exportation de leurs produits en Chine et les autres pays dits &laquo; &eacute;mergents &raquo; ? &nbsp;</strong><br />R.B : C&rsquo;est d&ucirc; en partie &agrave; une inad&eacute;quation de nos produits. On dit qu&rsquo;une des forces de l&rsquo;Allemagne, c&rsquo;est son tissu de PME mais au sens &laquo; grosse PME &raquo; et notamment dans le secteur de la m&eacute;canique, des biens d&rsquo;&eacute;quipement, etc. Il y a tout un tas de produits qui sont tr&egrave;s comp&eacute;titifs qui sont fabriqu&eacute;s par les Allemands et qui ne sont pas du tout fabriqu&eacute;s par les entreprises fran&ccedil;aises. Ca c&rsquo;est une des raisons de cet &eacute;cart du commerce ext&eacute;rieur entre la France et l&rsquo;Allemagne vis-&agrave;-vis de la Chine et d&rsquo;autres pays &eacute;mergents. D&rsquo;autre part, cet &eacute;cart ne vient pas forc&eacute;ment de grands contrats qui sont davantage remport&eacute;s par l&rsquo;Allemagne. Il s&rsquo;agit plut&ocirc;t de contrats moyens concernant des pi&egrave;ces d&eacute;tach&eacute;es de machines-outils par exemple. Je me souviens que dans les ann&eacute;es 80 et 90, on passait son temps &agrave; parler en France des faillites d&rsquo;entreprises du secteur des machines-outils les unes apr&egrave;s les autres. Pendant cette m&ecirc;me p&eacute;riode, les Allemands ont continu&eacute; &agrave; avoir une industrie tr&egrave;s forte dans ces secteurs ce qui explique en partie cet &eacute;cart aujourd&rsquo;hui.<br />Autre point important m&ecirc;me si il est vrai que &ccedil;a un peu chang&eacute; &agrave; pr&eacute;sent : je me souviens que lorsque Gerhard Schr&ouml;der &eacute;tait chancelier, il allait deux fois par an en Chine avec d&rsquo;importantes d&eacute;l&eacute;gations. Si vous regardez Jacques Chirac &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque, qui &eacute;tait pourtant consid&eacute;r&eacute; comme quelqu&rsquo;un aimant beaucoup l&rsquo;Asie, n&rsquo;a pas effectu&eacute; autant de d&eacute;placements en Chine en 12 ans de mandat. Idem lorsque Lionel Jospin &eacute;tait au Premier Ministre, on &eacute;tait tr&egrave;s loin du nombre de d&eacute;placements effectu&eacute;s par Schr&ouml;der &agrave; cette &eacute;poque. Il y avait quand m&ecirc;me les visites du Ministre du Commerce Ext&eacute;rieur qui se rendait en Chine mais ce n&rsquo;est pas la m&ecirc;me chose. Quand vous envoyez un simple ministre si je puis dire dans un pays comme la Chine o&ugrave; il y a un pouvoir fort, ce n&rsquo;est pas la m&ecirc;me chose du tout que si vous envoyer le Chef de l&rsquo;ex&eacute;cutif.<br />Pour l&rsquo;Allemagne, il y avait une sorte de &laquo; service apr&egrave;s-vente &raquo; gr&acirc;ce aux deux d&eacute;placements annuel du Chancelier qui permettaient de faire un point sur l&rsquo;avancement des contrats. Sur ce point l&agrave;, les Fran&ccedil;ais avaient ind&eacute;niablement du retard. Pour prendre des sujets qui sont tr&egrave;s actuels et sensibles, alors qu&rsquo;Angela Merkel avait re&ccedil;u le Dala&iuml;-lama ou pris des positions vis-&agrave;-vis du Tibet, je parle bien avant les incidents de la flamme, qui avaient beaucoup choqu&eacute; en Chine, l&rsquo;Allemagne n&rsquo;a jamais craint le boycott de ses produits tout simplement parce que pour un certain nombre de produits, il n&rsquo;y a que les entreprises allemandes qui pourront les fournir aux Chinois. Globalement, je dirai que si vous faites des gestes politiques forts mais qu&rsquo;en m&ecirc;me temps il n&rsquo;y a pas eu tout un travail de fond fait depuis des ann&eacute;es, comme c&rsquo;est le cas de l&rsquo;Allemagne qui fait en continu depuis tr&egrave;s longtemps tout un travail diplomatique et de r&eacute;seaux d&rsquo;entreprises avec la Chine, vous n&rsquo;arriverez pas &agrave; augmenter significativement et dans la dur&eacute;e votre commerce ext&eacute;rieur avec un pays. En France, on &eacute;tait tr&egrave;s content parce que le Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique effectuait un ou deux voyages officiels au cours d&rsquo;un quinquennat. Si admettons qu&rsquo;en cinq ans ou sept ans de mandat comme c&rsquo;&eacute;tait le cas auparavant, le Pr&eacute;sident arrive &agrave; d&eacute;crocher quelques tr&egrave;s gros contrats avec un de nos fleurons industriel, vous pouvez &ecirc;tre s&ucirc;r que l&rsquo;on va faire des tas de &laquo; cocoricos &raquo; sur les cha&icirc;nes de t&eacute;l&eacute;vision etc., mais en revanche on ne regarde pas du tout ce qui a pu &ecirc;tre fait entre temps du c&ocirc;t&eacute; des PME etc. Le cas d&rsquo;AIRBUS me fait sourire : quand on vend des AIRBUS on a tendance &agrave; consid&eacute;rer syst&eacute;matiquement qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un succ&egrave;s fran&ccedil;ais. AIRBUS c&rsquo;est avant tout une entreprise europ&eacute;enne. En plus le poids des Allemands dans les instances dirigeantes d&rsquo;AIRBUS est important. Mais c&rsquo;est vrai que c&rsquo;est flagrant &agrave; chaque signature de contrat d&rsquo;AIRBUS, on annonce &agrave; chaque fois : &laquo; Regardez, encore un grand succ&egrave;s pour la France avec la vente de 300 AIRBUS &raquo;.<br />Ensuite, le fait de trop s&rsquo;attacher aux gros contrats des grands groupes fran&ccedil;ais est sans doute un travers qui est accentu&eacute; par les m&eacute;dias audiovisuels. La vente de 150 AIRBUS fera &eacute;videment beaucoup plus facilement la une du 20h ou m&ecirc;me des grands quotidiens nationaux, qu&rsquo;une PME de Carpentras ou de Romorantin qui signe un contrat de 3 millions d&rsquo;euros, c&rsquo;est &eacute;vident. Le probl&egrave;me c&rsquo;est que si on additionne tous les petits contrats en Allemagne, au final le total fait beaucoup plus les quelques grands contrats fran&ccedil;ais. </p>
<p align="justify"><strong>S.D : Pensez-vous que le c&ocirc;t&eacute; &laquo; business &raquo; de la presse vous impose une sorte de pression qui vous pousse parfois &agrave; traiter excessivement les gros contrats remport&eacute;s par nos grands groupes, dans la mesure o&ugrave; vous &ecirc;tes pratiquement s&ucirc;r d&rsquo;avoir de l&rsquo;audimat avec ces sujets ? </strong><br />R.B : Ca d&eacute;pend de l&rsquo;actualit&eacute;. Si vous avez un tr&egrave;s gros contrat remport&eacute; mais qu&rsquo;en m&ecirc;me temps vous avez beaucoup d&rsquo;actualit&eacute;s par ailleurs, il passera plus inaper&ccedil;u que si c&rsquo;est durant une p&eacute;riode o&ugrave; il ne se passe pas grand-chose et dans ce cas, on est bien content d&rsquo;avoir ce genre d&rsquo;information. Le vrai probl&egrave;me c&rsquo;est que la tr&egrave;s grande majorit&eacute; des PME n&rsquo;ont pas de services de presse, des moyens de communication qui sont assez limit&eacute;s. Il donc difficile pour les journalistes &eacute;galement de trouver de l&rsquo;information sur ce qui se fait &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger par nos PME. En m&ecirc;me temps il y a aussi l&rsquo;aspect suivant, c&#39;est-&agrave;-dire que&nbsp; si une PME nous envoie par exemple un communiqu&eacute; sur un contrat de 3 millions d&rsquo;euros qu&rsquo;elle vient de remporter, les journalistes estiment que ce n&rsquo;est un montant assez porteur par rapport &agrave; l&rsquo;annonce de contrats de 500 millions d&rsquo;euros ou de 3 milliards d&rsquo;euros remport&eacute;s par AIRBUS ou AREVA par exemple. &nbsp;</p>
<p align="justify"><strong>S.D : La &laquo; machine exportatrice &raquo; fran&ccedil;aise a c&eacute;d&eacute; du terrain en 10 ans. On s&rsquo;aper&ccedil;oit que depuis trop longtemps, la France est rest&eacute;e prisonni&egrave;re d&rsquo;un tropisme r&eacute;gional en partie h&eacute;rit&eacute; de son pass&eacute; colonial, qui l&rsquo;a conduit &agrave; concentrer 80% de ses exportations vers sa zone traditionnelle de commerce ext&eacute;rieur, &agrave; savoir l&rsquo;Union Europ&eacute;enne, l&rsquo;Afrique, le Proche et Moyen-Orient. Or les zones de forte croissance, &agrave; savoir l&rsquo;Asie et l&rsquo;Am&eacute;rique Latine, contribuent seulement &agrave; 20% du total de nos exportations alors que ces zones de forte croissance p&egrave;sent plus de la moiti&eacute; du commerce mondial.</strong><br />Comment expliquez-vous la difficult&eacute; des entreprises fran&ccedil;aises (en particulier les PME) pour se d&eacute;ployer dans ces zones de forte croissance ? <br />R.B : Il y a ind&eacute;niablement le poids historique de la France dans ses zones traditionnelles d&rsquo;influence je dirai. En Am&eacute;rique Latine par exemple, les Espagnols sont beaucoup plus pr&eacute;sents que nous dans la banque, les t&eacute;l&eacute;coms, l&rsquo;&eacute;nergie, en partie d&ucirc; &agrave; l&rsquo;avantage de la langue, des liens historiques et culturels plus forts que la France dans cette r&eacute;gion. En Afrique, on sent bien que la France perd des parts de march&eacute;s au profit d&rsquo;autres pays europ&eacute;ens mais surtout de la Chine qui d&eacute;ploie des moyens consid&eacute;rables pour gagner de nouveaux march&eacute;s. M&ecirc;me si il y a des relations tr&egrave;s fortes entre le Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique fran&ccedil;aise et les Chefs d&rsquo;Etats africains &ccedil;a ne suffit pas par rapports aux moyens engag&eacute;s par les Chinois avec leurs investissements importants en d&eacute;veloppement et leurs produits beaucoup moins chers. En plus, il faut dire que les Chinois sont moins arrogants que les Fran&ccedil;ais, ils n&rsquo;arrivent pas en terrain conquis. Pendant longtemps les Fran&ccedil;ais ont consid&eacute;r&eacute;, que ce soit pour la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, le S&eacute;n&eacute;gal, le Gabon, que le march&eacute; africain &eacute;tait acquis d&rsquo;office. </p>
<p align="justify"><strong>S.D : D&rsquo;apr&egrave;s une enqu&ecirc;te in&eacute;dite aupr&egrave;s des 2000 conseillers du commerce ext&eacute;rieur de la France, paru dans les Echos le 30 avril 2008, 65% des conseillers interrog&eacute;s estiment que l&rsquo;handicap le plus important des entreprises fran&ccedil;aises, reste celui du lobbying dans les r&eacute;seaux locaux. Comment expliquez-vous cette r&eacute;ticence envers le lobbying de la part des dirigeants de PME &agrave; dimension internationale ? Est-ce, d&rsquo;apr&egrave;s vous, un blocage culturel ? </strong><br />R.B : Il est clair qu&rsquo;il y a une diff&eacute;rence entre les PME et les grandes entreprises qui ont la force de frappe pour faire du lobbying. Si vous &ecirc;tes par exemple Conseiller du Commerce Ext&eacute;rieur dans tel ou tel pays et que vous savez que le PDG de PEUGEOT, de SAINT-GOBAIN, ou d&rsquo;EDF qui vient, vous allez leur consacrer plus de temps que si M. Durand de la soci&eacute;t&eacute; XY d&rsquo;Etampes qui emploie 200 salari&eacute;s vous demande une strat&eacute;gie d&rsquo;influence de sa PME dans les r&eacute;seaux de d&eacute;cisions locaux. </p>
<p align="justify"><strong>S.D : Pouvez-vous me relater un cas r&eacute;cent d&rsquo;une d&eacute;faite commerciale fran&ccedil;aise &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger (grande entreprise ou PME) dont vous avez eu connaissance, et qui n&rsquo;aurait pas suscit&eacute; l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t des m&eacute;dias fran&ccedil;ais ? Pouvez-vous me d&eacute;crire bri&egrave;vement le contexte et causes de cette d&eacute;faite ?&nbsp;&nbsp; &nbsp;</strong><br />R.B : Je n&rsquo;ai pas vraiment d&rsquo;exemple en t&ecirc;te. Une fois encore, comme je vous le disais au d&eacute;but, les entreprises communiquent uniquement quand elles remportent un contrat. On n&rsquo;est pas au courant non plus de tous les contrats qui sont remport&eacute;s &eacute;videment. En plus, c&rsquo;est souvent tr&egrave;s long entre le moment o&ugrave; l&rsquo;appel d&rsquo;offre est lanc&eacute;, qui est un peu m&eacute;diatis&eacute; par ce qu&rsquo;on annonce par exemple un projet gigantesque qui va se faire dans tel pays, et le moment de la signature d&rsquo;un contrat. Il y a &eacute;galement souvent des reports de d&eacute;cision. Ce n&rsquo;est pas &eacute;vident pour les journalistes encore une fois de tout suivre. Si par exemple un contrat est conclu par une entreprise fran&ccedil;aise 1 an et demi voire 2 ans apr&egrave;s le lancement de l&rsquo;appel d&rsquo;offre et que le journaliste ne fait pas attention, le contrat remport&eacute; peut passer inaper&ccedil;u alors qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; le journaliste avait comment&eacute; l&rsquo;appel d&rsquo;offre, il a tr&egrave;s bien pu dire que c&rsquo;&eacute;tait un tr&egrave;s beau contrat &agrave; ne pas perdre. Et si admettons l&rsquo;entreprise fran&ccedil;aise perd un gros contrat sur un appel d&rsquo;offre qui avait &eacute;t&eacute; m&eacute;diatis&eacute; 6 mois &ndash; 1 an plus t&ocirc;t, bien s&ucirc;r qu&rsquo;elle va tout faire pour camoufler cette d&eacute;faite et mettre en exergue un autre contrat qu&rsquo;elle remportera etc. Dans ce cas, l&rsquo;entreprise communiquera toujours en disant &laquo; regardez, on a perdu tel contrat mais on a gagn&eacute; celui-ci bien qui est bien plus int&eacute;ressant &raquo;. C&rsquo;est de bonne guerre si je puis dire. </p>
<p align="justify"><strong>S.D : Comment faites-vous pour passer au-del&agrave; des services de communication des grandes entreprises fran&ccedil;aises pour obtenir de l&rsquo;information &agrave; valeur ajout&eacute;e ? Est-ce difficile de passer outre ces services de communication ? </strong><br />R.B : En g&eacute;n&eacute;ral les entreprises communiquent elles-m&ecirc;mes &agrave; plusieurs occasions. Quand elles sont cot&eacute;es en bourse par exemple, elles ont des obligations &agrave; chaque trimestre de publier ses r&eacute;sultats etc. En dehors de cela, elles vont communiquer quand il y a un grand &eacute;v&eacute;nement c&#39;est-&agrave;-dire pour un grand contrat ou l&rsquo;achat d&rsquo;une entreprise importante ou telle autre op&eacute;ration de fusion ou acquisition. En dehors de &ccedil;a, vous pouvez toujours rencontrer gens mais &agrave; condition que vous ayez des choses pr&eacute;cises &agrave; leur demander. Si vous avez des questions pr&eacute;cises par exemple pour le directeur du d&eacute;veloppement international pour lui demander o&ugrave; est-ce que l&rsquo;entreprise en est dans tel pays ils vous r&eacute;ponde plut&ocirc;t facilement. Si le journaliste n&rsquo;a pas fait ce travail d&rsquo;enqu&ecirc;te et de suivi en amont pour voir o&ugrave; en sont les diff&eacute;rents contrats &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger des entreprises fran&ccedil;aises, ce n&rsquo;est pas elles qui vont communiquer d&rsquo;elles-m&ecirc;mes pour vous dire qu&rsquo;elles prennent du retard dans telle r&eacute;gion.<br />Si les r&eacute;sultats d&rsquo;un appel d&rsquo;offres ne sont pas connus, les entreprises restent tr&egrave;s discr&egrave;tes parce qu&rsquo;elles savent si elles font &laquo; cocorico &raquo; trop t&ocirc;t, soit si elles expliquent trop t&ocirc;t qu&rsquo;elles sont meilleures que les autres, &ccedil;a peut &ecirc;tre contre-productif. Je dirai qu&rsquo;entre le moment de l&rsquo;appel d&rsquo;offres et celui o&ugrave; l&rsquo;on annonce le r&eacute;sultat, il est bien normal que les entreprises soient tr&egrave;s ferm&eacute;es parce qu&rsquo;il y a une esp&egrave;ce de guerre entre les diff&eacute;rents candidats o&ugrave; chacun va expliquer qu&rsquo;il est meilleur que l&rsquo;autre, qu&rsquo;un tel b&eacute;n&eacute;ficie d&rsquo;un appui politique pour compenser le fait que ses produits soient moins bons que ses concurrents etc. En revanche une fois que &ccedil;a &eacute;t&eacute; fait, c&rsquo;est &agrave; ce moment pour le journaliste de faire tout le travail d&rsquo;investigation derri&egrave;re, et de comprendre pourquoi telle entreprise a remport&eacute; tel appel d&rsquo;offres. Quand vous voulez des informations un peu sensibles, c&rsquo;est soit les concurrents qui vont les dire. Par exemple telle entreprise pr&eacute;sente ses r&eacute;sultats en les d&eacute;fendant bien &eacute;videment m&ecirc;me si ils ne sont pas tr&egrave;s bons. En revanche, vous avez toujours un concurrent, comme ce sont des informations qui sont publiques [r&eacute;sultats des entreprises], qui pourra mettre en exergue une faille dans le compte de r&eacute;sultat du concurrent. Si vous vous n&rsquo;&ecirc;tes pas &agrave; m&ecirc;me de rep&eacute;rer toutes les informations, parce ce que vous n&rsquo;avez pas toute la connaissance du m&eacute;tier ou du secteur, vous pourrez toujours trouver des gens qui vous contrediront les r&eacute;sultats et la communication annonc&eacute;s par l&rsquo;entreprise en question. Ce genre d&rsquo;information, vous pouvez les obtenir aupr&egrave;s des banquiers par exemple, ou m&ecirc;me des analystes financiers, ou m&ecirc;me des syndicats &agrave; la rigueur. Si une entreprise a perdu un contrat, les syndicats peuvent dire qu&rsquo;ils s&rsquo;y attendaient au vue du retard accumul&eacute; ou alors des mauvaises conditions de travail dans telle usine par exemple&hellip; On peut donc toujours trouver de l&rsquo;information mais je dirai que pour comprendre les d&eacute;faites commerciales, il faudrait faire un travail beaucoup plus approfondi d&rsquo;investigation encore une fois, afin de remonter l&rsquo;arbre des causes. Mais cela est tr&egrave;s difficile car le journaliste n&rsquo;a pas assez de temps pour se consacrer &agrave; ce travail d&rsquo;investigation. On pourra peut-&ecirc;tre le faire de temps en temps mais ce n&rsquo;est jamais syst&eacute;matique vous imaginez bien.</p>
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		<title>La lecture des victoires et des échecs commerciaux français</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Jul 2008 20:51:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[<div align="justify">L&#8217;&#233;quipe d&#8217;Infoguerre a d&#233;cid&#233; cet &#233;t&#233; de publier une s&#233;rie d&#8217;interviews, r&#233;alis&#233;es par S&#233;bastien Demailly, dipl&#244;m&#233; de l&#8217;EGE en 2008, sur la mani&#232;re de rendre compte des victoires et des &#233;checs commerciaux des entreprises fran&#231;aises sur le march&#233; mondial. Nous tenons &#224; remercier les journalistes &#233;conomiques et les deux&#160; repr&#233;sentants de la Chambre de Commerce et d&#8217;Industrie de Paris d&#8217;avoir r&#233;pondu &#224; nos questions construites autour d&#8217;une matrice commune.<br />Le commerce ext&#233;rieur fran&#231;ais marque le pas depuis plusieurs ann&#233;es. Il continue surtout d&#8217;avoir pour principal moteur les grands groupes, d&#233;j&#224; pr&#233;sents &#224; l&#8217;&#233;tranger, plut&#244;t que le tissu des PME. En 2007, la France a connu un d&#233;ficit record de 39 milliards d&#8217;euros d&#233;passant les pr&#233;visions les plus pessimistes. Ce d&#233;ficit gigantesque r&#233;v&#232;le les carences de la &#171; machine exportatrice &#187; fran&#231;aise : il n&#8217;y a en effet pas assez d&#8217;entreprises fran&#231;aises (particuli&#232;rement nos PME) qui exportent, et nos exportations ne sont pas suffisamment orient&#233;es vers les zones de forte croissance.</div>
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			<content:encoded><![CDATA[<div align="justify">L&rsquo;&eacute;quipe d&rsquo;Infoguerre a d&eacute;cid&eacute; cet &eacute;t&eacute; de publier une s&eacute;rie d&rsquo;interviews, r&eacute;alis&eacute;es par S&eacute;bastien Demailly, dipl&ocirc;m&eacute; de l&rsquo;EGE en 2008, sur la mani&egrave;re de rendre compte des victoires et des &eacute;checs commerciaux des entreprises fran&ccedil;aises sur le march&eacute; mondial. Nous tenons &agrave; remercier les journalistes &eacute;conomiques et les deux&nbsp; repr&eacute;sentants de la Chambre de Commerce et d&rsquo;Industrie de Paris d&rsquo;avoir r&eacute;pondu &agrave; nos questions construites autour d&rsquo;une matrice commune.<br />Le commerce ext&eacute;rieur fran&ccedil;ais marque le pas depuis plusieurs ann&eacute;es. Il continue surtout d&rsquo;avoir pour principal moteur les grands groupes, d&eacute;j&agrave; pr&eacute;sents &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger, plut&ocirc;t que le tissu des PME. En 2007, la France a connu un d&eacute;ficit record de 39 milliards d&rsquo;euros d&eacute;passant les pr&eacute;visions les plus pessimistes. Ce d&eacute;ficit gigantesque r&eacute;v&egrave;le les carences de la &laquo; machine exportatrice &raquo; fran&ccedil;aise : il n&rsquo;y a en effet pas assez d&rsquo;entreprises fran&ccedil;aises (particuli&egrave;rement nos PME) qui exportent, et nos exportations ne sont pas suffisamment orient&eacute;es vers les zones de forte croissance.</div>
<p><span id="more-1262"></span>
<div align="justify">Pourtant, si l&rsquo;on se contentait de reprendre la quantit&eacute; d&rsquo;articles traitant de nos succ&egrave;s commerciaux &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger dans la presse fran&ccedil;aise, on pourrait croire que la situation du commerce ext&eacute;rieur fran&ccedil;ais est au beau fixe ; &agrave; l&rsquo;image des montants faramineux des contrats remport&eacute;s par nos champions industriels nationaux. Force est de constater, en effet, que les m&eacute;dias fran&ccedil;ais s&rsquo;attachent surtout &agrave; relayer largement les victoires commerciales des grands groupes fran&ccedil;ais &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger. Nos m&eacute;dias se montrent particuli&egrave;rement efficaces pour rendre compte des montants gigantesques conclus par nos fleurons industriels&nbsp; (Alstom, Areva, EADS, Veolia, Alcatel-Lucent&hellip;) notamment lors des visites officielles du Chef de l&rsquo;Etat. En revanche, la presse fran&ccedil;aise ne parle pas ou tr&egrave;s peu &ndash; uniquement s&rsquo;il y a une dimension politique &ndash; des nombreuses d&eacute;faites de nos entreprises &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger, notamment de nos PME. Il est quasiment impossible de trouver de l&rsquo;information ouverte traitant de nos &eacute;checs commerciaux. Il n&rsquo;en reste pas moins que les chiffres des organismes officiels du commerce ext&eacute;rieur contrastent largement face &agrave; cette &laquo; spectacularisation &raquo; des montants annonc&eacute;s par la presse &agrave; chaque gros contrat remport&eacute; par nos champions industriels nationaux.<br />Il est alors l&eacute;gitime de se demander si la r&eacute;alit&eacute; des &eacute;checs commerciaux fran&ccedil;ais int&eacute;resse vraiment les journalistes &eacute;conomiques ; s&rsquo;ils estiment que ce n&rsquo;est pas un sujet suffisamment porteur. S&rsquo;agit-il simplement d&rsquo;une non-prise de conscience des journalistes ? Ce d&eacute;ficit d&rsquo;information sur les d&eacute;faites commerciales fran&ccedil;aises refl&egrave;te-t-il la difficult&eacute; des journalistes &agrave; trouver de l&rsquo;information sur ce sujet ? Constatent-ils &eacute;galement cette asym&eacute;trie d&rsquo;information ? Autant de questions auxquelles nous avons tent&eacute; de d&eacute;gager des &eacute;l&eacute;ments de r&eacute;ponses afin de mieux comprendre la position et la situation r&eacute;elle des journalistes &eacute;conomiques au quotidien par rapport &agrave; cette probl&eacute;matique. Nous avons ainsi s&eacute;lectionn&eacute;, pour tenter de r&eacute;pondre &agrave; ces questions, quelques &laquo; failles &raquo; dans la presse fran&ccedil;aise pour illustrer cette asym&eacute;trie d&rsquo;information entre victoires et d&eacute;faites commerciales fran&ccedil;aises. Puis nous nous int&eacute;resserons, tout au long de l&rsquo;&eacute;t&eacute;, au retour d&rsquo;exp&eacute;rience (s&eacute;lectionn&eacute;) de journalistes et experts du soutien &agrave; l&rsquo;export fran&ccedil;ais afin de conna&icirc;tre leur avis sur cette probl&eacute;matique et de comprendre la r&eacute;alit&eacute; des journalistes au quotidien pour expliquer ce d&eacute;ficit d&rsquo;informations sur les d&eacute;faites commerciales fran&ccedil;aises. La conclusion de ce dossier s&rsquo;attachera alors &agrave; apporter quelques &eacute;l&eacute;ments de r&eacute;ponses expliquant en partie cette situation d&rsquo;asym&eacute;trie d&rsquo;information ; ainsi qu&rsquo;une synth&egrave;se des points fondamentaux expliquant le d&eacute;ficit du commerce ext&eacute;rieur fran&ccedil;ais, soulign&eacute;s par les experts du commerce ext&eacute;rieur rencontr&eacute;s et contact&eacute;s.</div>
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		<title>Interview Choiseul : Yannick Mireur</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Jun 2008 12:08:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[choiseul]]></category>

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		<description><![CDATA[  <p style="text-align: justify" class="MsoNormal"><span><strong>Yannick Mireur</strong>, politologue, sp&#233;cialiste des Etats-Unis et de la politique am&#233;ricaine, est le r&#233;dacteur en chef de la revue <a href="http://choiseul-editions.com/revues-geopolitique-Politique-americaine-16.html" target="_blank"><em>Politique Am&#233;ricaine</em></a> . Dipl&#244;m&#233; de l&#8217;Institut d&#8217;&#233;tudes politiques de Paris, il est ancien &#233;l&#232;ve de la <a href="http://fletcher.tufts.edu/default.shtml" target="_blank">Fletcher School of Law and Diplomacy</a>  de l&#8217;universit&#233; Tufts &#224; Boston, o&#249; il a obtenu un Master of Arts et un doctorat en affaires internationales. Ancien collaborateur de <a href="http://www.cera.com/" target="_blank">Cambridge Energy Research Associates</a>  (CERA), soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine de conseil dans le secteur de l&#8217;&#233;nergie, il exprime ses impressions sur la vie politique am&#233;ricaine au travers de son <a href="http://yannick-mireur.blogspot.com/" target="_blank">blog</a> . Il va aussi publier, &#224; l&#8217;&#233;t&#233; 2008, &#171;&#160;Apr&#232;s W. - Pourquoi l&#8217;Am&#233;rique ne changera pas&#160;&#187; aux Editions Choiseul, livre qu&#8217;il nous pr&#233;sente &#224; la fin de l&#8217;interview. Celle-ci traitera principalement des primaires am&#233;ricaines et du duel &#224; venir Obama-McCain. A lire <a href="/documents/choiseul_yannick_mireur.pdf">ici</a>  !</span></p>  
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="text-align: justify"><span><strong>Yannick Mireur</strong>, politologue, spécialiste des Etats-Unis et de la politique américaine, est le rédacteur en chef de la revue <a href="http://choiseul-editions.com/revues-geopolitique-Politique-americaine-16.html" target="_blank"><em>Politique Américaine</em></a> . Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, il est ancien élève de la <a href="http://fletcher.tufts.edu/default.shtml" target="_blank">Fletcher School of Law and Diplomacy</a> de l’université Tufts à Boston, où il a obtenu un Master of Arts et un doctorat en affaires internationales. Ancien collaborateur de <a href="http://www.cera.com/" target="_blank">Cambridge Energy Research Associates</a> (CERA), société américaine de conseil dans le secteur de l’énergie, il exprime ses impressions sur la vie politique américaine au travers de son <a href="http://yannick-mireur.blogspot.com/" target="_blank">blog</a> . Il va aussi publier, à l’été 2008, « Après W. &#8211; Pourquoi l’Amérique ne changera pas » aux Editions Choiseul, livre qu’il nous présente à la fin de l’interview. Celle-ci traitera principalement des primaires américaines et du duel à venir Obama-McCain. A lire <a href="/documents/choiseul_yannick_mireur.pdf">ici</a> !</span></p>
<p><span id="more-1256"></span></p>
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		<title>Interview Choiseul : Elisande Nexon</title>
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		<pubDate>Tue, 13 May 2008 10:10:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[choiseul]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="margin-bottom: 12pt; text-align: justify; color: #000000" class="MsoNormal">Elisande Nexon, docteur en pharmacie et charg&#233;e de recherche &#224; la <a href="http://www.frstrategie.org/barreFRS/frs/chercheurs/e_nexon.php" target="blank">Fondation pour la recherche strat&#233;gique</a> depuis 2005, est sp&#233;cialiste des questions concernant le terrorisme NRBC et la prolif&#233;ration chimique et biologique. Elle est aussi conseill&#232;re &#233;ditoriale de <a href="http://choiseul-editions.com/revues-geopolitique-Securite-Globale-23.html" target="blank">S&#233;curit&#233; Globale</a> de l&#8217;institut Choiseul, revue d&#233;di&#233;e aux questions de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure et aux enjeux s&#233;curitaires internationaux.</p><p style="margin-bottom: 12pt; text-align: justify; color: #000000" class="MsoNormal">Le troisi&#232;me num&#233;ro est consacr&#233; aux crises sanitaires, avec un retour sur ce que recouvre cette expression. S&#233;curit&#233; Globale revient sur la menace de pand&#233;mie grippale, probl&#233;matique transnationale, en abordant non seulement les aspects sanitaires, mais aussi les enjeux &#233;conomiques, g&#233;opolitiques et s&#233;curitaires. Concernant la population fran&#231;aise &#224; la pand&#233;mie grippale, un point est fait sur la politique et les strat&#233;gies en mati&#232;re de pr&#233;vention et de lutte. Deux th&#233;matiques fondamentales sont par ailleurs d&#233;velopp&#233;e, &#224; savoir les questions &#233;thiques relatives aux menaces sanitaires, ainsi que le risque pos&#233; par la mondialisation de la r&#233;sistace des bact&#233;ries aux antibiotiques. Enfin, ces crises peuvent &#234;tre d&#39;origine naturelle, accidentelle ou intentionnelle. Afin d&#39;aborder cette derni&#232;re dimension, un article  porte sur les impacts &#233;conomiques et soci&#233;taux des actes terroristes, sous l&#39;angle du bioterrorisme. A lire, l<a href="/documents/elisande_nexon.pdf">&#39;interview</a>  d&#39;Elisande Nexon sur ce sujet.&#160; </p>  
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="margin-bottom: 12pt; text-align: justify; color: #000000">Elisande Nexon, docteur en pharmacie et chargée de recherche à la <a href="http://www.frstrategie.org/barreFRS/frs/chercheurs/e_nexon.php" target="blank">Fondation pour la recherche stratégique</a> depuis 2005, est spécialiste des questions concernant le terrorisme NRBC et la prolifération chimique et biologique. Elle est aussi conseillère éditoriale de <a href="http://choiseul-editions.com/revues-geopolitique-Securite-Globale-23.html" target="blank">Sécurité Globale</a> de l’institut Choiseul, revue dédiée aux questions de sécurité intérieure et aux enjeux sécuritaires internationaux.</p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom: 12pt; text-align: justify; color: #000000">Le troisième numéro est consacré aux crises sanitaires, avec un retour sur ce que recouvre cette expression. Sécurité Globale revient sur la menace de pandémie grippale, problématique transnationale, en abordant non seulement les aspects sanitaires, mais aussi les enjeux économiques, géopolitiques et sécuritaires. Concernant la population française à la pandémie grippale, un point est fait sur la politique et les stratégies en matière de prévention et de lutte. Deux thématiques fondamentales sont par ailleurs développée, à savoir les questions éthiques relatives aux menaces sanitaires, ainsi que le risque posé par la mondialisation de la résistace des bactéries aux antibiotiques. Enfin, ces crises peuvent être d&#8217;origine naturelle, accidentelle ou intentionnelle. Afin d&#8217;aborder cette dernière dimension, un article  porte sur les impacts économiques et sociétaux des actes terroristes, sous l&#8217;angle du bioterrorisme. A lire, l<a href="/documents/elisande_nexon.pdf">&#8216;interview</a> d&#8217;Elisande Nexon sur ce sujet.</p>
<p><span id="more-1246"></span></p>
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		<title>La diplomatie commerciale : Quelques éléments de réflexion</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Oct 2007 23:34:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[  <p style="text-align: justify" class="MsoNormal"><span class="q">Alexandre Mercier, auteur d&#8217;une publication titr&#233;e <em>Commercial Diplomacy in Advanced Industrial States&#160;: Canada, the UK, and the US </em>(URL ci-dessous), publi&#233;e par le think tank hollandais Clingendael, r&#233;pond &#224; nos questions. <span>&#160;</span><span>&#160;</span></span></p>  <p style="text-align: justify" class="MsoNormal"><span class="q"><strong>Infoguerre : Qu&#39;est ce que la diplomatie commerciale ?&#160;&#160; </strong></span><strong></strong><br /><br />Comme je le pr&#233;cise dans mon article, la d&#233;finition qui semble la plus ad&#233;quate est celle du Dr. Lee. La diplomatie commerciale est l&#39;ensemble des efforts d&#233;ploy&#233;s par un r&#233;seau d&#39;acteurs publics et priv&#233;s afin de g&#233;rer les relations commerciales &#224; travers les divers canaux et processus diplomatiques. Le terme relations commerciales fait r&#233;f&#233;rence aux &#233;changes commerciaux ainsi qu&#39;&#224; l&#39;investissement direct &#233;tranger. </p>  
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify" class="MsoNormal"><span class="q">Alexandre Mercier, auteur d&rsquo;une publication titr&eacute;e <em>Commercial Diplomacy in Advanced Industrial States&nbsp;: Canada, the UK, and the US </em>(URL ci-dessous), publi&eacute;e par le think tank hollandais Clingendael, r&eacute;pond &agrave; nos questions. <span>&nbsp;</span><span>&nbsp;</span></span></p>
<p style="text-align: justify" class="MsoNormal"><span class="q"><strong>Infoguerre : Qu&#39;est ce que la diplomatie commerciale ?&nbsp;&nbsp; </strong></span><strong></strong></p>
<p>Comme je le pr&eacute;cise dans mon article, la d&eacute;finition qui semble la plus ad&eacute;quate est celle du Dr. Lee. La diplomatie commerciale est l&#39;ensemble des efforts d&eacute;ploy&eacute;s par un r&eacute;seau d&#39;acteurs publics et priv&eacute;s afin de g&eacute;rer les relations commerciales &agrave; travers les divers canaux et processus diplomatiques. Le terme relations commerciales fait r&eacute;f&eacute;rence aux &eacute;changes commerciaux ainsi qu&#39;&agrave; l&#39;investissement direct &eacute;tranger. </p>
<p>  <span id="more-1122"></span>
<p style="text-align: justify" class="MsoNormal"><span class="q"><strong>Infoguerre : Qui la pratique et pourquoi ?&nbsp;&nbsp;</strong></span><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify" class="MsoNormal">Cette question contient plusieurs volets. </p>
<p style="text-align: justify" class="MsoNormal">D&#39;un point de vue g&eacute;n&eacute;ral, on peut dire que tout les pays de la plan&egrave;te pratiquent &agrave; divers degr&eacute;s la diplomatie commerciale. Comme le rapport de CNUCED (The World of Investment Promotion At A Glance) le mentionne, l&#39;adoption quasi universelle d&#39;agence de promotion de l&#39;investissement (API) nationale d&eacute;montre que la diplomatie commerciale est une pratique tr&egrave;s r&eacute;pandue. Par contre, il faut constater que les pays d&eacute;velopp&eacute;s poss&egrave;dent beaucoup plus de ressources pour pratiquer la diplomatie commerciale, donc on peut dire que les pays d&eacute;velopp&eacute;s la pratique &agrave; une plus grande &eacute;chelle. </p>
<p style="text-align: justify" class="MsoNormal">D&#39;un point de vue plus sp&eacute;cifique, la diplomatie est pratiqu&eacute;e par des acteurs publics et priv&eacute;s. Au niveau public, c&#39;est g&eacute;n&eacute;ralement les minist&egrave;res du commerce, de l&#39;&eacute;conomie, des affaires &eacute;trang&egrave;res ou autres qui la pratiquent. Au niveau du secteur priv&eacute;, ce sont les chambres de commerce qui exercent le r&ocirc;le le plus important au niveau de la diplomatie commerciale. </p>
<p> Pourquoi pratique-t-on la diplomatie commerciale? La r&eacute;ponse n&#39;est pas &eacute;vidente. D&#39;un point de vue th&eacute;orique, la diplomatie commerciale est une technique qui va &agrave; l&#39;encontre du libre-&eacute;change et de la lib&eacute;ralisation des &eacute;changes &eacute;conomiques. Il faut donc croire que le nationalisme &eacute;conomique est toujours une r&eacute;alit&eacute; au XXIe si&egrave;cle. </p>
<p style="text-align: justify" class="MsoNormal">Les acteurs priv&eacute;s pratiquent la diplomatie commerciale pour acc&eacute;der &agrave; de nouveaux march&eacute;s, pour accro&icirc;tre leur part de march&eacute; et pour s&#39;assurer que les contrats octroy&eacute;s sont exempts de corruption ou de concurrence d&eacute;loyale. </p>
<p style="text-align: justify" class="MsoNormal"><span class="q"><strong>Quelles perspectives pour la France ?&nbsp; </strong></span><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify" class="MsoNormal">Finalement, les perspectives pour la France. Je tiens &agrave; pr&eacute;ciser que la France n&#39;a pas &eacute;t&eacute; retenue dans mon &eacute;tude, donc mon analyse ne peut &ecirc;tre qu&#39;approximative. La France est un des leaders de l&#39;UE et jouit d&#39;un niveau de d&eacute;veloppement &eacute;conomique avanc&eacute;, ce qui me porte &agrave; croire que la France devrait r&eacute;ussir &agrave; tirer son &eacute;pingle du jeu. Le march&eacute; europ&eacute;en de pr&egrave;s de 500 millions d&#39;habitants r&eacute;partis dans 27 pays est un march&eacute; que personne ne peut ignorer et la France est certainement une destination &agrave; consid&eacute;rer pour les investisseurs &eacute;trangers. Par contre, il semble que la tendance soit &agrave; renforcer les efforts d&#39;attraction de l&#39;investissement au d&eacute;triment des efforts de supports aux exportateurs. C&eacute;t&eacute;ris paribus (toute chose &eacute;tant &eacute;gale par ailleurs), la France semble souffrir d&#39;un march&eacute; de l&#39;emploi assez rigide et d&#39;un niveau de taxation qui pourrait lui nuire dans sa qu&ecirc;te pour attirer des investisseurs &eacute;trangers. </p>
<p> Finalement, comme Kopp le mentionne, il ne faut jamais oublier que la signature de contrats commerciaux se fait entre des entreprises priv&eacute;es. Bref, la meilleure diplomatie commerciale n&#39;est pas garante de succ&egrave;s au niveau des accords commerciaux et d&#39;investissements. La diplomatie commerciale n&#39;est qu&#39;un facteur parmi plusieurs.</p>
<p style="text-align: justify" class="MsoNormal">Etude&nbsp;: <a href="http://www.clingendael.nl/publications/2007/20070900_cdsp_diplomacy_mercier.pdf">http://www.clingendael.nl/publications/2007/20070900_cdsp_diplomacy_mercier.pdf</a>. </p>
<p style="text-align: justify" class="MsoNormal">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify" class="MsoNormal">&nbsp;</p>
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		<title>Environnement et stratégie de puissance. Entretien avec Frédéric Lasserre</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Feb 2007 12:23:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[Frédéric Lasserre est professeur au département de géographie de l’Université Laval (Québec). C’est un expert reconnu des questions environnementales. Ses publications traitant de la géopolitique de l’eau font particulièrement autorité.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Frédéric Lasserre est professeur au département de géographie de l’Université Laval (Québec). C’est un expert reconnu des questions environnementales. Ses publications traitant de la géopolitique de l’eau font particulièrement autorité.<span id="more-1060"></span><b>- Infoguerre : L&#8217;intérêt actuel pour les questions liées à l&#8217;environnement résulte t-il d&#8217;un phénomène de mode que cela soit au Canada ou en France ? Au contraire existe t-il une véritable prise de conscience collective à l&#8217;échelle planétaire ?</b></p>
<p>- Frédéric Lasserre (F.L) : On peut dire que l&#8217;intérêt actuel pour les questions environnementales est, effectivement, un phénomène de mode – voici un an, on en parlait beaucoup moins.<br />
Dire qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un effet de mode est cependant péjoratif et suppose que l&#8217;intérêt du public changera rapidement. Or, rien n&#8217;est moins sûr. Je pense que ce regain d’intérêt du public pour l&#8217;environnement résulte de l&#8217;accumulation d’indices, réels et erronés également, qui le conduisent à s&#8217;inquiéter pour l&#8217;avenir, à commencer par les changements climatiques, mais aussi tous les débats sur la gestion de l&#8217;eau, la pollution, la désertification, etc.<br />
Au Canada, les indices encore plus visibles des changements climatiques dans l&#8217;Arctique (fonte du pergélisol, de la banquise, des glaciers; déplacements des espèces vers le nord, déclin des populations d&#8217;ours blancs, etc.) et la mise en œuvre très&#8230; sale et polluante de l&#8217;exploitation des sables bitumineux de l&#8217;Alberta, essentiellement pour satisfaire les besoins des États-Unis, ont marqué l&#8217;opinion publique, ce qui a amené tous les partis politiques à adopter des plate-forme nettement plus &laquo;&nbsp;vertes&nbsp;&raquo;.<br />
Il faut dire aussi que cette prise de conscience est marquée par une certaine opposition anti-américaine : être sensible à l&#8217;environnement, c&#8217;est marquer son opposition au matérialisme américain personnifié par l&#8217;administration Bush, son unilatéralisme destructeur, son faible souci des impacts environnementaux&#8230;<br />
Cette prise de conscience est très réelle chez les Occidentaux et, plus généralement, parmi les pays dits &laquo;&nbsp;développés&nbsp;&raquo;; dans les pays en développement, la classe moyenne urbaine devient aussi sensible à ces questions, comme en Thaïlande, en Chine, en Inde. Ceci dit, c&#8217;est encore largement une préoccupation de pays riche.</p>
<p><b>- Infoguerre : L&#8217;écologie peut-elle se transformer en un outil destiné à freiner le développement de certains pays ? Ne risque t-on pas de voir certains pays utiliser un jour l&#8217;écologie pour asseoir leurs intérêts ? </b></p>
<p>- F.L. : C&#8217;est en tout cas la crainte de beaucoup de pays en voie de développement (PVD), qui estiment que leur imposer des objectifs de limitation de la pollution et d&#8217;émission de gaz à effet de serre est injuste : les pays développés ont pu polluer pendant 150 ans, ils sont largement responsables de la situation actuelle, et voilà qu&#8217;on demande aux pays en développement de restreindre leur croissance au nom d&#8217;objectifs environnementaux largement formulés par les pays riches !<br />
Les systèmes de production des PVD sont souvent plus polluants que dans les pays dits développés, qu’il s’agisse de procédés industriels ou agricoles, car développer ou acquérir des technologies plus propres suppose une capacité financière pour investir dans le matériel et la formation de la main d’oeuvre que suppose le changement de technologie. Or, l’économie des PVD repose pour beaucoup dans des coûts de production compétitifs par rapport aux pays industrialisés, d’une part ;  d’autre part, ils n’ont souvent ni la capacité financière, ni la capacité d’adaptation sociale (création temporaire de nombreux chômeurs, par exemple) pour développer et absorber de tels changements. De ce point de vue, la préoccupation environnementale, en devenant un mantra des pays riches, peut être perçue par certains pays en développement comme un nouveau discours protectionniste destiné à les forcer à augmenter leurs coûts de production, ou à renoncer à certains avantages compétitifs, ou encore à renoncer à exploiter certaines ressources naturelles.<br />
Ce n&#8217;est pas que les PVD ne reconnaissent pas l&#8217;urgence de la crise, mais ils critiquent plutôt les moyens invoqués : ils estiment que les pays développés doivent en faire plus dans la mesure où ceux-ci ont pollué plus longtemps et polluent plus par habitant – et ce, d&#8217;autant plus que ceux-ci disposent des moyens financiers pour développer la technologie ad hoc.<br />
Dans cette optique, la mise en oeuvre d’un marché du carbone peut leur sourire, car en vendant des crédits d’émission, ils disposeront de capitaux pour investir dans des technologies leur permettant, justement, de réduire leurs émissions.<br />
Dans un autre domaine, l&#8217;idée de gestion écologique des fleuves par bassins versants, sur le Mékong par exemple, rencontre aussi des résistances car elle est un peu perçue comme une lubie occidentale. La Commission du Mékong fonctionne autant du fait de la volonté des pays membres que de l&#8217;injection de fonds occidentaux pour la faire fonctionner.</p>
<p><b>- Infoguerre : Enfin, l&#8217;idée de créer une institution internationale chargée de faire appliquer des règlements destinés à préserver l&#8217;équilibre écologique de notre planète vous parait-elle bonne ? </b></p>
<p>- F.L. : En théorie, cette idée est excellente ! Le problème réside dans sa légitimité, et donc dans sa capacité à user d&#8217;un bâton envers les contrevenants.<br />
Toutes les institutions mises en place pour réguler la mise en œuvre d&#8217;institutions à caractère environnemental se heurtent à cette difficulté de développer, à côté d&#8217;un volet incitation, un volet répression pour les fautifs.<br />
On n&#8217;a qu&#8217;à penser à la gestion de l&#8217;eau en France, où le fameux &laquo;&nbsp;modèle français&nbsp;&raquo; n&#8217;en finit pas de se noyer dans les nitrates et autres polluants agricoles, car les pouvoirs publics ont reculé devant la nécessité de mettre en œuvre le principe pollueur-payeur pour les entreprises agricoles. C&#8217;est la même chose au Québec, pour les mêmes raisons&#8230; ainsi, la Convention de New York de 1997 sur la gestion des cours d’eau transfrontaliers propose des règles de concertation et de négociation, mais ne peut rien imposer aux États qui feraient preuve de mauvaise foi en ne respectant pas l’obligation de négocier en vue d’arriver à un partage équitable.</p>
<p>Frédéric Lasserre<br />
Professeur, Département de géographie, Université Laval (Québec).</p>
<p>- Directeur de l&#8217;Observatoire de Recherches Internationales sur l&#8217;Eau (ORIE).<br />
- Chercheur à l&#8217;Institut québécois des Hautes Études internationales (IQHEI).<br />
- Chercheur associé à la Chaire Raoul Dandurand en Études stratégiques et diplomatiques (UQÀM) et à l&#8217;Observatoire européen de géopolitique (OEG). </p>
<p>Livres récents :</p>
<p>Brun, Alexandre et Frédéric Lasserre (dir.). Les politiques de l&#8217;eau. Grands principes et réalités locales. Québec, Presses de l&#8217;Université du Québec, 438 p., novembre 2006, http://www.puq.ca/fr/repertoire_fiche.asp?titre=titres&#038;noProduit=G1457</p>
<p>Lasserre, Frédéric (dir). Transferts massifs d’eau. Outils de développement ou instrument de pouvoir ? Presses de l’Université du Québec, Québec, 610p., septembre2005, http://www.puq.uquebec.ca/fr/repertoire_fiche.asp?titre=titres&#038;noProduit=D1379</p>
<p>Lasserre, Frédéric et Luc Descroix, Eaux et territoires. Tensions, coopérations et géopolitique de l&#8217;eau, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2e édition, 2005, 510 p. http://www.puq.uquebec.ca/fr/repertoire_fiche.asp?titre=titres&#038;noProduit=D1384 </p>
<p>Lasserre, Frédéric (dir). L’éveil du dragon. Les défis du développement de la Chine au XXIe siècle. Presses de l’Université du Québec, Québec, 476p., 2006, http://www.puq.uquebec.ca/fr/repertoire_fiche.asp?titre=titres&#038;noProduit=D1390</p>
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		<title>“Jihadi terrorists in Europe”. Interview with Dr. Edwin Bakker</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Feb 2007 01:41:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[<i>Dr. Edwin Bakker is Senior Research Follow at the Netherlands Institute of International Relations ‘Clingendael’. He just published “Jihadi terrorists in Europe” to contribute to a better understanding of the individuals and networks that have been behind jihadi terrorist activities in Europe.</i>

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			<content:encoded><![CDATA[<p><i>Dr. Edwin Bakker is Senior Research Follow at the Netherlands Institute of International Relations ‘Clingendael’. He just published “Jihadi terrorists in Europe” to contribute to a better understanding of the individuals and networks that have been behind jihadi terrorist activities in Europe.</i><br />
<span id="more-1058"></span><b>- Infoguerre.</b> How could you describe the threats of &laquo;&nbsp;Jihadi terrorists in Europe&nbsp;&raquo;? Are there people ready to join the violent jihad?  </p>
<p><b>- Edwin Bakker (E.B).</b>The research shows that in Europe there are quite a number of people that are ready to join the violent jihad and to commit terrorist crimes in Europe: about 250 were caught or captured in the last five years.<br />
As it would be naive to belief that the security forces have captured all of them, we can assume that some of them are still out there. Given the increased radicalisation of Muslim youngsters in countries such as the UK and the Netherlands, many fear that this threat may even increase in the coming years.</p>
<p><b>- Infoguerre.</b> Are the &laquo;&nbsp;Jihadi terrorists in Europe&nbsp;&raquo; well organised or do they work on their own side? Is there a European network or various cells &#8216;self-organised&#8217; and &#8216;self-recognised&#8217;? </p>
<p><b>- E.B.</b> They seem to work mostly on their own, with little outside interference. There is very little evidence of control by &#8216;Al Qaeda’ or other large international networks. Some of the jihadi fighters, however, do know each other. Internet plays an important role as a link between some individuals or groups.<br />
I would regard them both as self-organised and self-recognized (they see them selves as Jihadi fighters but are not generally regarded as such or labelled as such by Al Qaeda). Of the 28 networks that I studied, less than 10 contained individuals with links to Afghanistan, Pakistan, Algeria (Al Qaeda, GIA, etc.). </p>
<p><b>- Infoguerre.</b> How could European countries work together to be more efficient? </p>
<p><b>- E.B.</b> They should learn from each others experiences in order to be able to keep track of new developments. For instance: the Danes could learn from the Dutch with regard to the phenomenon of radicalisation. The Dutch could learn from the British with regard to technical matters, etc.<br />
Of course sharing information is vital too, but this is often easier said than done. Concrete examples of European cooperation : through Eurojust and Europol, but also by way of better cooperation against international crime in general (one European center for ballistic / forensic research for instance, a better use of the E.U database of false and stolen passports, etc.)</p>
<p>- “Jihadi terrorists in Europe, their characteristics and the circumstances in which they joined the jihad: an exploratory study”, Edwin Bakker.<br />
- http://www.clingendael.nl/cscp/publications/?id=6480&#038;&#038;type=summary. </p>
<p>- Clingendael Security and Conflict Programme.<br />
- http://www.clingendael.nl/cscp/. </p>
<p>Few things to read / to see:</p>
<p>-	http://europa.eu/scadplus/leg/en/s22008.htm.<br />
-	http://www.eurunion.org/partner/EUUSTerror/EURespUSTerror.htm.<br />
-	http://www.terrorisme.net/p/index.shtml.<br />
-	http://jamestown.org/terrorism/.<br />
-	http://www.rand.org/research_areas/terrorism/.<br />
-	http://www.xavier-raufer.com/english.php.   </p>
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		<title>Entretien avec Nicolas Moinet</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Nov 2006 23:06:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[Nicolas Moinet est Maître de Conférences et Directeur du Master Intelligence Economique &#038; Communication Stratégique à l’Institut de la communication (ICOMTEC) de l’Université de Poitiers. Il est également Chercheur au CEREGE – Equipe Intelligence Economique. 

L’entretien réalisé par Infoguerre se veut dans la continuité d’un article de N. Moinet paru récemment sur le Blog IE de ‘Les échos’ intitulé « L’intelligence économique française a besoin d’une recherche de haut niveau » [10/11/06] - http://blogs.lesechos.fr/article.php?id_article=721.
 
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Nicolas Moinet est Ma&icirc;tre de Conf&eacute;rences et Directeur du Master Intelligence Economique &amp; Communication Strat&eacute;gique &agrave; l&rsquo;Institut de la communication (ICOMTEC) de l&rsquo;Universit&eacute; de Poitiers. Il est &eacute;galement Chercheur au CEREGE &ndash; Equipe Intelligence Economique.   L&rsquo;entretien r&eacute;alis&eacute; par Infoguerre se veut dans la continuit&eacute; d&rsquo;un article de N. Moinet paru r&eacute;cemment sur le Blog IE de &lsquo;Les &eacute;chos&rsquo; intitul&eacute; &laquo; <a href="http://blogs.lesechos.fr/article.php?id_article=721" target="_blank"><em>L&rsquo;intelligence &eacute;conomique fran&ccedil;aise a besoin d&rsquo;une recherche de haut niveau </em></a>&raquo; [10/11/06].  <span id="more-1029"></span><b>Infoguerre : Quelle est la nature de la relation entre les diff&eacute;rentes formations en IE et le monde industriel ? <br />
</b>   Nicolas Moinet : Pour ce qui est des masters professionnels (Universit&eacute;s de Poitiers, Marne La Vall&eacute;e, etc.) ou des 3&egrave;me cycles d&#8217;&eacute;coles de commerce (EGE, CERAM, etc.), elles sont tr&egrave;s fortes. Par exemple, le master professionnel que je dirige &agrave; l&#8217;Universit&eacute; de Poitiers a un corps professoral compos&eacute; pour 60% de praticiens d&#8217;entreprise. Il y a bien entendu les stages qui sont l&#8217;occasion pour les universitaires qui le veulent d&#8217;aller rencontrer les entreprises. Et puis, avec dix ans d&#8217;existence et 300 anciens avec qui nous restons en contact, le monde industriel est omnipr&eacute;sent.  Pendant l&#8217;ann&eacute;e universitaire, nous menons des projets professionnels, notamment avec des p&ocirc;les de comp&eacute;titivit&eacute;. Enfin, apr&egrave;s le master, certains peuvent poursuivre en th&egrave;se tout en travaillant dans une entreprise (CIFRE). Fort de ce dispositif, nous sommes donc particuli&egrave;rement au courant de ce qui se passe r&eacute;ellement dans un grand nombre d&#8217;entreprises. Avec le recul historique et critique qui fait la force du monde acad&eacute;mique et que les praticiens d&#8217;entreprise acceptent volontiers.</p>
<p style="text-align: justify;"><b>Pourquoi, les travaux r&eacute;alis&eacute;s par les &eacute;tudiants ne sont pas syst&eacute;matiquement publi&eacute;s sur le web afin de contribuer &agrave; la promotion d&#8217;une IE &agrave; la fran&ccedil;aise ? </b>   <br />
Par manque de moyens et d&#8217;organisation. Nous avons mis ce projet en avant cette ann&eacute;e &agrave; Poitiers : publier une partie des m&eacute;moires de stage&#8230; avec l&#8217;accord des entreprises bien s&ucirc;r. Mais la confidentialit&eacute; de certaines missions nous complique logiquement la t&acirc;che. Il faut donc trouver un modus operandi qui satisfasse tout le monde : l&#8217;int&eacute;r&ecirc;t des entreprises, bien s&ucirc;r, mais aussi la n&eacute;cessit&eacute; de rendre public les travaux pour faire avancer la connaissance. Apr&egrave;s tout, on ne peut demander aux universitaires de conna&icirc;tre le monde de l&#8217;entreprise tout en lui en fermant les portes. Outre des initiatives individuelles, il me semble n&eacute;cessaire de cr&eacute;er un v&eacute;ritable centre de recherche national d&eacute;di&eacute; &agrave; l&#8217;IE qui pourrait faire ce travail. Centraliser me semble indispensable car la connaissance dans ce domaine est &eacute;parpill&eacute;e et, de ce fait, personne ne fait d&#8217;&eacute;tude globale. Or, il aurait fallu poursuivre le travail de Bournois et Romani sur r&eacute;alis&eacute; en&#8230; 2000 ! Par exemple, il serait int&eacute;ressant de croiser plusieurs centaines de m&eacute;moires de stage pour &eacute;valuer les pratiques des entreprises : &agrave; quels niveaux se pratique l&#8217;IE ? avec quelles m&eacute;thodologies ? quels outils sont effectivement utilis&eacute;s ? quels freins posent probl&egrave;me ? etc. On aurait sans doute des surprises. Finalement, les cordonniers sont les plus mals chauss&eacute;s : nous naviguons dans le brouillard.</p>
<p style="text-align: justify;"><b>De mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, estimez-vous possible de faire participer les universit&eacute;s fran&ccedil;aises (l&#8217;&eacute;ducation nationale et les formations en IE) &agrave; la d&eacute;fense et au d&eacute;veloppement des int&eacute;r&ecirc;ts fran&ccedil;ais, voire europ&eacute;ens ? <br />
</b>  Sans aucun doute. Mais, encore une fois, il faut une volont&eacute;, une organisation et des moyens. Pour l&#8217;heure, nous n&#8217;avons aucun des trois mais on sent bien qu&#8217;il faudrait peu de choses pour les obtenir. Le Minist&egrave;re de l&#8217;Education Nationale vient enfin de d&eacute;signer un correspondant IE (un inspecteur g&eacute;n&eacute;ral, ce qui est essentiel). La F&eacute;pie pourrait jouer un r&ocirc;le de f&eacute;d&eacute;rateur des universitaires en liaison avec d&#8217;autres institutions et notamment le HRIE, l&#8217;IHEDN, l&#8217;INHES, le MEDEF, l&#8217;ACFCI. Restent les moyens humains et financiers mais est-ce vraiment si difficile &agrave; trouver ?  Il faut que les universit&eacute;s et &eacute;coles en pointe dans l&#8217;IE mettent &agrave; disposition partielle des chercheurs. D&eacute;sormais, une revue acad&eacute;mique de haut niveau s&#8217;impose. Une biblioth&egrave;que d&eacute;di&eacute;e &agrave; l&#8217;IE centralisant toutes les productions nationales mais surtout &eacute;trang&egrave;res est une n&eacute;cessit&eacute;. Si on arrive &agrave; cr&eacute;er une r&eacute;elle synergie, je suis s&ucirc;r que les financements, en particulier priv&eacute;s, ne manqueront pas car il y a un v&eacute;ritable int&eacute;r&ecirc;t des entreprises pour des travaux de recherche fondamentale et appliqu&eacute;e.</p>
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		<title>Entretien avec Christian Nadeau : L&#8217;après Fidel Castro</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Oct 2006 00:26:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[Christian Nadeau, est l'auteur de « L'après Fidel Castro : les enjeux géopolitiques », disponible sur le site de l'Observatoire des Amériques. Il a accepté de répondre à nos questions concernant « l'après Castro ».
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Christian Nadeau, est l&#8217;auteur de « L&#8217;après Fidel Castro : les enjeux géopolitiques », disponible sur le site de l&#8217;Observatoire des Amériques. Il a accepté de répondre à nos questions concernant « l&#8217;après Castro ».<span id="more-1010"></span><b>Infoguerre – Quels sont les hommes capables de prendre les  rênes de Cuba ?</b></p>
<p>Christian Nadeau &#8211; Les premiers auxquels il faut penser sont ceux qui exercent déjà le pouvoir dans l&#8217;île. Outre Raúl Castro, frère de Fidel Castro, ceux-ci comprennent José Ramón Balaguer Cabrera, Esteban Lazo Hernández, Carlos Lage Dávila et Felipe Pérez Roque.  Ces ministres et membres du bureau politique cubain se partagent déjà le pouvoir depuis le début de la convalescence de Fidel Castro le 31 juillet 2006.</p>
<p>D&#8217;autres hauts-placés dans le Parti communiste cubain pourraient aussi arriver aux commandes.  Tous ces dirigeants pourraient assumer le pouvoir sans trop de heurt advenant le départ de Fidel Castro.  Ils pourraient aussi entamer une transition vers un système économique et/ou politique différent de celui établi par Fidel Castro.</p>
<p><b>Infoguerre &#8211; La Chine, le Brésil ou le Venezuela vont-ils peser sur l&#8217;avenir de l&#8217;île?</b></p>
<p>C. N. – La Chine et le Venezuela pèsent déjà sur la situation dans l&#8217;île.  Les relations avec la Chine ont permis l&#8217;importation d&#8217;une flotte d&#8217;autobus moderne dont bénéficient les touristes mais aussi les Cubains.  Un million de téléviseurs ont aussi été donnés par la Chine à Cuba.  De plus, le gouvernement cubain procède actuellement au remplacement, dans chaque ménage, des vieux réfrigérateurs datant de l&#8217;époque soviétique et parfois même d&#8217;avant la Révolution.  Ces réfrigérateurs sont remplacés par de nouveaux équipements modernes et peu énergivores importés de Chine.  Des accords ont aussi été passés avec la Chine pour la prospection et l&#8217;exploitation pétrolière au large de Cuba.  D&#8217;autres ententes ont été réalisées dans des domaines aussi variés que les sports, le tourisme et la bio pharmaceutique.  </p>
<p>Ainsi, l&#8217;augmentation croissante des échanges entre Cuba et la Chine font de cette dernière un joueur dont devront tenir compte les successeurs de Fidel Castro.  Pour leurs parts, les relations de Cuba avec le Venezuela amènent déjà à parler d&#8217;une alliance politique entre les deux pays ainsi que d&#8217;une politique étrangère commune.  Le régime de Fidel Castro dépend en partie du pétrole vénézuélien pour répondre aux besoins énergétiques de son économie et de sa population.  Pour sa part, le président du Venezuela, Hugo Chávez, bénéficie d&#8217;un capital politique auquel contribuent les contingents de professeurs et médecins cubains présents au Venezuela.  En effet, les services rendus par ces Cubains visent la population pauvre du Venezuela qui, elle-même, constitue la base électorale de Chávez.  Ainsi, les présidents des deux pays s&#8217;entraident mutuellement et contribuent ainsi l&#8217;un et l&#8217;autre à leur maintien au pouvoir.  </p>
<p>De plus, les deux pays poursuivent activement une politique étrangère visant à récolter des appuis en Amérique du Sud et dans les Caraïbes. D&#8217;ailleurs, la Bolivie a rejoint leur projet d&#8217;intégration de la région après l&#8217;élection d&#8217;Evo Morales à la présidence au début de 2006.  Ainsi, il est difficile d&#8217;imaginer les successeurs de Fidel Castro rompre radicalement les liens établis avec le Venezuela.  En conséquence, toute transition sans heurt du pouvoir devra tenir compte des relations établies avec le Venezuela.</p>
<p><b>Infoguerre – Quelle est la marge de manœuvre des États-Unis et de l&#8217;Europe à Cuba? Comment peuvent-ils se préparer à &laquo;&nbsp;l&#8217;après Castro&nbsp;&raquo;?</b></p>
<p>C. N. – La marge de manœuvre des États-Unis à Cuba paraît de plus en plus restreinte.  En effet, malgré plusieurs renforcements de l&#8217;embargo américain depuis 1992, Cuba a réussi à développer des liens avec les pays de sa région et d&#8217;autres régions du monde.  Ainsi, l&#8217;augmentation des échanges économiques avec la Chine et le Venezuela réduisent d&#8217;autant les effets de l&#8217;embargo.</p>
<p>De plus, les appuis internationaux en faveur de Cuba isolent de plus en plus les États-Unis dans leur politique à l&#8217;égard de l&#8217;île.  Dans leur stratégie pour orienter la succession de Fidel Castro, les États-Unis n&#8217;auraient pas intérêt à déstabiliser Cuba à cause de l&#8217;exode massif vers la Floride qu&#8217;une telle situation pourrait engendrer.  En conséquence, ils devront tenir compte, d&#8217;une part, du Venezuela, avec qui ils entretiennent des relations conflictuelles, et d&#8217;autre part, de la Chine, avec qui les relations restent ambivalentes.  En conclusion, alors qu&#8217;au cours des années 1990, Cuba n&#8217;avait dans le monde que des partenaires d&#8217;affaires, l&#8217;île dispose, depuis le nouveau millénaire, de deux alliés, le Venezuela et la Chine, dont les États-Unis doivent maintenant tenir compte.</p>
<p>Depuis les arrestations de dissidents en mars 2003, l&#8217;Union européennes a adopté une position critique face à la question des droits humains à Cuba.  Par contre, depuis l&#8217;arrivée de José Luis Rodríguez Zapatero au pouvoir en Espagne en avril 2004, ce pays tente de faire fléchir la position de l&#8217;Union européenne en faveur de Cuba.  Les critiques européennes n&#8217;ont pas empêché les dissidents de rester en prison alors que les touristes continuent à affluer d&#8217;Europe et que le commerce se poursuit avec Cuba.  </p>
<p>En fait, l&#8217;influence de l&#8217;Europe à Cuba s&#8217;est réduite avec le resserrement des liens de l&#8217;île avec le Venezuela, la Chine et plusieurs autres pays du Sud. Cependant, l&#8217;Europe reste un partenaire commercial important pour Cuba et, en ce sens, pourrait avoir une influence sur les jeux de pouvoir qui succéderont à Fidel Castro.</p>
<p>Pour complément :<br />
De Christian Nadeau :</p>
<p>1 &#8211; « L&#8217;après Fidel Castro : les enjeux géopolitiques ».</p>
<p>http://www.er.uqam.ca/nobel/ieim/IMG/pdf/chronique_nadeau_06_29.pdf</p>
<p>2 – « Étude socio-économique et politique : Cuba (1989 &#8211; 2005) ».</p>
<p>http://www.er.uqam.ca/nobel/ieim/IMG/pdf/dossier_cuba_05_03-2.pdf</p>
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		<title>Edouard Husson : la stratégie économique et politique allemande</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Sep 2006 00:35:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[Edouard Husson est historien, spécialiste de l’Allemagne, maitre de conferences a l’universite Paris IV. Il a accepté de répondre à nos questions pour nous éclairer sur la stratégie économique et politique allemande.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Edouard Husson est historien, spécialiste de l’Allemagne, maitre de conferences a l’universite Paris IV. Il a accepté de répondre à nos questions pour nous éclairer sur la stratégie économique et politique allemande.<span id="more-1007"></span><b>Pour commencer, et traiter de l’actualité, comment le changement de gouvernement en Allemagne va-t-il impacter les relations franco-allemande et le rôle de l’Allemagne en Europe ?</b></p>
<p>Le rôle de l’Allemagne ne va pas fondamentalement changer, car il y a une continuité dans la politique européenne de l’Allemagne depuis la réunification, avec une Allemagne qui continue à profiter de l’UE, qui ne veut pas complètement couper le lien transatlantique tout en prenant quelques distances  et qui d’autre part compte sur l’Europe orientale pour ses PME et sur la Russie pour son approvisionnement énergétique.<br />
Mme Merkel disait pendant la campagne qu’elle prendrait plus de distance avec la Russie, mais dans la pratique on constate que la marge de manœuvre est limitée. Elle est plus favorable à première vue aux pays d’Europe centrale, plus ouverte à leur peur du grand frère russe que ne l’était Gerhard Schroeder mais en pratique sa marge de manœuvre est réduite par le fait que l’Allemagne a aujourd’hui la diplomatie de son économie<br /> <br />
J’en suis venu à l’idée que l’avenir de la relation franco-allemande ne dépend plus de l’Allemagne, mais de la France. Ce sur quoi je travaille en ce moment, ce sont les relations commerciales de la république fédérale. Si vous regardez les statistiques du commerce extérieur allemand, vous vous apercevez que la zone euro absorbe plus de 40% des exportations allemandes, l’Union Européenne plus de 50% et l’Europe au sens large, Russie comprise, plus de 60%. Donc, l’Europe reste le moteur de la force d’exportation allemande. Et pourtant, les chefs d’entreprise allemands, le gouvernement, ne parlent que du marche chinois ou du marche indien. La France va donc devoir poser la question à l’Allemagne : notre partenariat a-t-il encore un sens ou pas ? Si ce n’est pas le cas et si votre économie veut s’insérer dans une logique de mondialisation, par ailleurs très précaire (la Chine n’est pas un partenaire commercial plus important que la Pologne pour l’Allemagne), les Français doivent en tirer les conséquences, réduire l’importance de leurs relations commerciales avec la RFA. (La France reste le premier partenaire de l’Allemagne, avec 10% des exportations et 10% des importations) <br />
Plus généralement, je pense qu’il faut sortir de l’obsession de l’organisation volontariste de l’Europe. Il faut réfléchir aux objectifs et introduire des méthodes beaucoup plus souples. Mme Merkel a l’idée de relancer le projet de constitution européenne. C’est de l’énergie perdue : l’objectif est  économique, commercial à la rigueur. Le peuple français a prouvé le 29 mai 2005 qu’il était capable de dire non, malgré les pressions. Maintenant c’est aux politiques français, qui ont d’ailleurs pas mal relayé le non français, d’aller plus loin. Il faut dire à l’Allemagne qu’effectivement l’Europe peut être le moteur de la croissance à condition d’avoir une politique commerciale intelligente. </p>
<p><b> La France doit prendre l’initiative, mais est-ce que seule elle aurait un poids dans l’Union Européen ?</b></p>
<p>La France aura à ce moment là à redéfinir ses intérêts. L’Union Européenne devrait revenir a la pratique d’origine de la CEE : une zone de libre échange régionale, dotée d’un tarif extérieur commun, seule solution pour une mondialisation équilibrée. Si ce projet est refusé, il faudra que la France réfléchisse beaucoup moins en fonction de l’intérêt de ses partenaires européens mais beaucoup plus en fonction de ses propres intérêts, sans antagonisme. Si notre principal partenaire, l’Allemagne, contre tout réalisme économique, joue la carte d’une mondialisation aléatoire, la France ne peut pas se contenter de subir. <br />
La France est un pays suffisamment puissant, la croissance française étant relativement moins atone que la croissance allemande et la démographie française étant beaucoup plus prometteuse, pour peser sur l’Allemagne. Il faut qu’elle assume ses choix mais qu’elle le dise clairement. Ca ne m’étonnerait pas que l’on embraye sur un débat qui existe déjà en Allemagne sur les délocalisations, l’emploi et qu’à ce moment là on puisse s’imposer dans le débat. C’est en tout cas ce que j’attends d’un futur gouvernement français. <br />
Depuis la réunification allemande, qui a été un fiasco, orchestrée par nos partenaires avec beaucoup d’arrogance et de bien mauvais résultats pour toute l’Europe, nous n’avons plus de complexes à avoir. L’Allemagne infaillible en matière  économique, c’est de la légende. C’est la croyance d’élites françaises qui pendant longtemps ne se sont pas remises du coup de massue de mai 1940 et de la trahison vichyssoise. L’Allemagne, de même qu’elle est redevenue une puissance souveraine et une nation comme les autres, est faillible comme les autres et la France a souvent raison dans le débat européen, contrairement à ce qu’affirme une certaine presse allemande et anglo-saxonne qui traite la France comme le mauvais élève de l’Europe et en pays qui ne comprends rien à l’économie mondiale. </p>
<p><b> De quoi relève la position allemande ? Une simple volonté politique voire idéologique liée à la libéralisation des marché ou y a-t-il une réelle visée stratégique, une volonté de puissance ?</b></p>
<p>On peut penser qu’à partir de 1992, une nouvelle génération de managers est arrivée aux commandes des grandes entreprises allemandes et s’est lancée dans le tout mondialisation, contre l’espoir d’Helmut Kohl d’investissements massifs en RDA, contre la logique, aussi, du projet européen. Mais il faut dire que les charges qui pèsent sur les entreprises allemandes depuis les années 1970 sont aussi paralysantes pour l’économie allemande que dans d’autres pays d’Europe de l’Ouest. Et il ne faut pas oublier que le poids des charges sociales est particulièrement lourd, comme en France, sur les PME. En RDA, on a transféré la social-démocratie ouest-allemande, décourageant les investisseurs puisqu’on leur demandait de rémunérer très cher des individus moitié moins productifs que les Allemands de l’Ouest. Il n’est pas étonnant que les PME allemandes aient massivement investi en Europe orientale, de ce point de vue.<br />
Cela n’enlève pas les torts du patronat allemand, en particulier du grand patronat. Ils se sont dits que l’Europe appartenait au passé et que maintenant il fallait développer une stratégie de mondialisation pour concurrencer les Etats-Unis. Ils sont tombés de haut à la fin des années 90 parce que les Américains n’ont fait aucun cadeau aux Allemands. Ils rêvaient d’un partage des zones d’influence économique dans le monde et les Américains ne voulaient pas en entendre parler.<br />
 </p>
<p><b> Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par le poids des charges sociales qui pèse sur les entreprises allemandes ? </b></p>
<p>Les charges qui pèsent sur l’emploi en Allemagne sont gigantesques. On ne peut pas faire comme si la question de la réforme de nos économies ne se posait pas. Il est certain qu’un certain nombre de patrons allemands sont excédés par les blocages de la social-démocratie. Il est bien que les sociétés résistent à l’imposition d’un modèle dominant, mais il ne faut pas que cette résistance empêche de réformer à l’intérieur. Le problème, c’est que le patronat allemand, comme le patronat français, a renoncé à prendre les moyens de faire avancer intelligemment la cause d’une économie de marché authentique. En France, il faudrait un gros effort de formation des élites intellectuelles et politiques, qui ne comprennent pas grand-chose au fonctionnement de l’économie moderne ; nous avons été déformés par des décennies d’étatisme et de keynésianisme ; pas grand monde n’a compris ni n’essaye de mettre en œuvre, depuis la mort de Pompidou,  le souverainisme libéral d’un de Gaulle. En Allemagne, c’est différent : culturellement, les Allemands sont sociaux-démocrates ; et le patronat a renonce à essayer d’infléchir la tendance. Ajoutons que les grandes entreprises, comme ailleurs, profitent largement de liens étroits avec le pouvoir. Les managers de Siemens, Daimler ou E.On veulent bien un coup de pouce de l’Etat quand cela sert les intérêts oligarchiques. Les élites allemandes, comme les élites françaises sont victimes des effets de mode propres a une oligarchie qui perd de plus en plus le contact avec la réalité nationale. Par ailleurs, il y a des effets de modes. Le mirage du marché chinois, le refus de remettre en cause l’étalon-dollar, le refus de la préférence commerciale européenne, tout ça combiné fait que il est très tentant pour l’Allemagne des puissants de croire à la mondialisation comme l’avenir.  <br />
Au fond, les dirigeants allemands se rendent bien compte que miser sur la Chine est très aléatoire, alors on s’invente un nouvel horizon indépassable : le nouvel objectif est l’Inde. Est-ce que le patronat français est très différent ? Il se pose la vraie question d’une stratégie de croissance européenne. Les Allemands ont beaucoup profité de l’Europe et je remarque que la crise économique allemande coïncide avec la  crise du projet européen. Depuis que l’Allemagne croit moins à l’Europe, le projet européen a des difficultés, depuis les années 1970 et le choix du dollar par l’Allemagne contre l’intérêt du projet européen. </p>
<p><b>On peut se poser la question de la politique monétaire européenne. Comment l’Allemagne se positionne là-dessus ?</b></p>
<p>L’Allemagne est la seule puissance qui reste monétariste. Je ne confonds pas le monétarisme avec la seule politique monétaire viable, celle de l’étalon-or. Les Allemands tentent désespérément de maintenir un contrôle de la masse monétaire dans un monde inflationniste comme il ne l’a jamais été dans son histoire. Mais le contrôle du papier-monnaie par une bureaucratie, a fortiori supranationale, cela est condamné à l’échec. Surtout lorsque tous les autres font pression pour relâcher les contrôles. La politique monétaire allemande – et européenne &#8211; consiste à tenir de grands discours à des boulimiques. Au lieu d’essayer de soigner la maladie. Tous nos pays sont victimes de la création monétaire inconsidérée qui a cours, en particulier aux Etats-Unis, depuis le début des années 1970. La seule issue est le retour de l’Europe à l’étalon-or, pour commencer par susciter une redistribution des liquidités à l’échelle mondiale. Il n’est pas normal que les Etats-Unis drainent 75% de la masse monétaire mondiale. <br />
Dans les milieux politiques français, on rêve d’un gouvernement économique européen, d’une BCE qui puisse créer de la dette et relancer l’économie. Tout cela n’est pas très sérieux. Si l’Europe ne revient pas au principe d’une saine politique monétaire, que Cantillon avait déjà formulé au moment de l’escroquerie de Law, on va non seulement vers une inévitable crise de l’euro qui remettra en cause les fondements même de l’Union européenne. Je ne sais pas si on est prêt. <br />
Il faut sortir de l’illusion qu’une réforme du système monétaire européen sans retour à l’étalon-or est possible. Les Allemands y sont pourtant très opposés, autant qu’à un gouvernement économique européen. Mais l’étalon-or est pourtant plus proche de leur intuition juste sur la nécessite de contrôler la masse monétaire pour assurer l’ordre démocratique. Vous remarquez que Mme Merkel ne cesse pas de rappeler aux obligations européennes pour tenir sa coalition. C’est un élément de consensus. Il faut assumer nos choix et affirmer que l’intérêt de l’Europe c’est de mener une autre politique monétaire en dehors du pacte de stabilité, mais non pas une politique laxiste. Il faut revenir a la politique des grands libéraux qu’étaient Roepke, le conseiller d’Erhard, et Rueff. </p>
<p><b> A vous entendre, on a l’impression qu’il n’y pas de direction franche, un manque de stratégie en Allemagne.</b></p>
<p>Les Allemands ont une apparence de stratégie, un reflexe de patriotisme économique, la conviction qu’il existe un modèle économique allemand, ils sont fiers de leurs performances retrouvées à l’exportation, mais en même temps c’est relativement peu réfléchi parce qu’il n’y a pas de pendant politique à cette stratégie économique. Pour qu’il y ait un pendant politique, il faudrait qu’un certain nombre de tabous soient brisés. Il faudrait que l’on admette, pas simplement du bout des lèvres, que la réunification a été un gros échec, que la manière dont elle a été menée n’était pas la seule voie possible. Il faudrait que l’on assume la prise de distance vis-à-vis des  Etats-Unis. Il faudrait qu’on cesse de garder l’idée que le libre échange est praticable avec d’une part un dollar inflationniste et d’autre part une main d’œuvre chinoise déflationniste. Là-dessus il n’y a pas de réflexion parce que Helmut Kohl a paralysé le débat politique durant sa présence à la chancellerie. Schröder par rapport à Kohl est comme Chirac avec Mitterrand, c&#8217;est-à-dire la continuation d’une politique avec simplement un constat sur les choses qui doivent absolument changer et en même temps une grande difficulté à constituer une majorité autour d’une politique cohérente. Quand à Mme Merkel, elle est spontanément thatchérienne et elle s’accommode d’une majorité qui est anti-thatchérienne. <br />
Les Allemands sont aussi prisonniers de leur histoire. Ils souhaitent le plus possible ne pas avoir à formuler explicitement d’intérêt nationaux pour ne pas avoir a subir la n-ième référence au passé hitlérien. Ce qui explique que souvent on peut avoir l’impression qu’ils ont un double jeu dans l’Europe actuelle, alors qu’en fait ils souhaitent ne pas briser le consensus européen tout en ayant leurs propres pratiques économiques qui suivent des intérêts allemands. </p>
<p><b> La France, en lançant l’idée du patriotisme économique, a subi beaucoup de critiques outre-rhin. Comment l’Allemagne se positionne-t-elle réellement et qu’en est-il de son propre patriotisme économique ?</b></p>
<p>Malgré toutes les critiques que je viens de formuler, il est certain que les élites allemandes tentent beaucoup plus d’élaborer des stratégies, même si elles sont en partie inadaptées au malaise profond de l’économie mondiale. Nous sommes dans un monde où les élites françaises sont les seules à croire au supranationalisme proclamé par tous les pays, au lieu du désintéressement des puissances dans l’économie mondiale et à leur adhésion à un projet du tout libre échange, du tout libéralisme, de la transparence complète. Le gouvernement Villepin sous le choc du référendum a dit : il y a un patriotisme économique américain, il y a un patriotisme économique chinois, pourquoi n’y aurait-il pas un patriotisme économique européen ? Il reste prudent, ne pose pas la question de patriotismes économiques nationaux et se positionne juste sur une défense implicite des intérêts français. Les autres pays critiquent, mais dans l’hypocrisie la plus totale : on sait très bien qu’il n’y a pas plus déterminé que les Américains à mettre en avant leurs intérêts économiques, que les Allemands pratiquent le patriotisme économique sans le dire. <br />
En Allemagne, le patriotisme économique ne passe pas par l’Etat. La société allemande, traditionnellement, s’est passée de l’Etat. Elle existait comme entité économique avant l’unité bismarckienne. Elle a survécu à la division de l’Allemagne. Il n’est pas étonnant que les années Adenauer aient été des années de réaffirmation d’un libéralisme économique, puisque ça correspondait à une tradition allemande. Simplement, comme toujours chez les grands pays qui prônent le libéralisme, vous avez d’autres façons de défendre les intérêts. C’est d’abord la discipline sociale. C’est aussi l’intensité avec laquelle les organisations patronales discutent des stratégies économiques cohérentes à court, moyen et long terme. Il y a une sorte de planification de la guerre économique, de la concurrence, avec en particulier une répartition par grandes zones géographiques et des études extrêmement approfondies sur chacun des débouchés possibles. Il y a des publications très nombreuses, toute l’année, disponibles sur Internet, puisque les Allemands seront toujours bismarckien : le machiavélisme suprêmement habile consiste à annoncer ses intentions. <br />
Les organisations patronales ont toutes leurs propre think tanks internes en plus des travaux de réflexion des autres fondations. Il existe un réseau très serré, très maillé, de réflexions qui, un peu  à l’américaine, aboutissent à des stratégies globales qui sont reprises par tout le monde, dans un certain conformisme. C’est la cohésion des élites, leur cohérence interne et c’est ce qui fait la force de l’Allemagne. <br />
Pour ce qui est des mécanismes protecteurs, après avoir été très attirées par l’ouverture aux capitaux étrangers, les entreprises allemandes en reviennent au vieux schéma des participations croisées. Il y a tout un débat depuis au moins une dizaine d’années sur la viabilité de ce système contre la prise d’intérêt par le capital étranger. C’est quelque chose qui a été ébranlé dans les années 90. Depuis lors, les entreprises allemandes sont devenues beaucoup plus prudentes. Elles sont partagées, mais, fondamentalement, quand vous voyez les stratégies des grandes entreprises, elles restent dans des logiques soit industrielles, soit de protection de l’économie allemande. Ce protectionnisme allemand est très fort et reste une réalité. <br />
Je pense qu’il serait beaucoup plus facile pour un gouvernement américain ou allemand, s’il le faut, de relocaliser l’emploi hors de Chine vers l’Europe que pour un gouvernement français. Pour le dire plus clairement, un gouvernement américain obtiendrait ça sans problème de ses entreprises, un gouvernement français aurait beaucoup de mal à l’obtenir et un gouvernement allemand n’aurait même pas à le demander. </p>
<p><b>RB</b></p>
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		<title>Pékin étend son influence sur l’hémisphère sud. Entretien avec François Lafargue</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Aug 2006 14:32:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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<p><span id="more-993"></span>
<p align="justify"><b>Infoguerre &#8211; Les manoeuvres chinoises en Amérique Latine constituent-elles une nouveauté ou sont-elles, au contraire, la poursuite d&#8217;actions plus anciennes ? </b></p>
<p>  <i><br />
François Lafargue</i> : La présence de la Chine en Amérique latine est un fait très récent, la plupart des gouvernements d’Amérique latine ont attendu la visite de Richard Nixon à Pékin en février 1972, pour reconnaître la République populaire ; l’Argentine et le Mexique en 1972 puis le Brésil, deux ans plus tard et plus tardivement encore la Bolivie en 1985. Depuis l’an 2000, les relations économiques s’amplifient, les investissements directs de la Chine se multiplient comme les échanges commerciaux.<br />
Le commerce bilatéral connaît une croissance exponentielle passant de 12,6 milliards de dollars en 2001 à 40 milliards en 2004, pour s’établir à plus de 50 milliards de dollars l’an dernier. Avant 2010, le chiffre de 100 milliards de dollars devrait être atteint. Et un premier accord de zone de libre-échange a été signé entre la Chine et le Chili en novembre 2004. L’intérêt que la Chine porte à l’Amérique latine peut s’expliquer au regard de trois enjeux, pétrolier, minier et agricole, ce que je détaille dans mon ouvrage. L’Amérique latine avec près de 10 % des réserves mondiales de pétrole et d’importantes réserves de cuivre, de fer est un réservoir de matières premières minière et agricole pour l’ « Empire du Milieu ».</p>
<p align="justify"><b>La présence chinoise sur le contient sud américain peut-elle entraîner une bi-polarisation de cette  région avec d&#8217;un côté les &laquo;&nbsp;pro-américains&nbsp;&raquo; et de l&#8217;autre les pro-chinois&nbsp;&raquo; ?</b><br /> <br />
  Aujourd’hui il y’a aux Etats-Unis une véritable peur de cette présence de Pékin, comme en témoigne la multitude de rapports parlementaires à ce sujet. Il est vrai que depuis le 11-Septembre, Washington, ne porte guère d’intérêt à cette région. G. Bush n’a effectué aucune visite officielle dans la région depuis son élection en 2000. Les Etats-Unis perçoivent la Chine comme une menace à plusieurs égards. D’abord, bien sûr, la Chine est un redoutable compétiteur économique qui peut fragiliser certains pays comme le Mexique, également fabricant de biens manufacturés intermédiaire (téléviseur, pièces détachées de véhicules&#8230;). La Chine est accusée non sans raison de concurrence déloyale. Mais surtout la crainte est de voir Pékin soutenir les mouvements ou les régimes hostiles aux Etats-Unis comme le Venezuela d’Hugo Chavez ou la Bolivie d’Evo Morales. Washington affirme que les militaires chinois occupent désormais à Cuba les principales stations d’écoutes abandonnées par les Russes.<br />
Pourtant il serait erroné de conclure que l’Amérique latine passe sous l’influence de Pékin, qui est loin d’être un « deus ex machina ». Les récents changements électoraux en Amérique latine doivent davantage à une évolution des sociétés latino-américaines (crise financière en Argentine, rejet des multinationales, émancipation des minorités indiennes, parachèvement du processus de démocratisation…) qu’à une quelconque stratégie d’influence de Pékin. Les gouvernements d’Amérique latine voient dans la Chine, un partenaire permettant de favoriser leur propre développement. Le Brésil 10ème puissance économique mondiale et dont le deuxième partenaire commercial en 2006 est la Chine se voit davantage en associé de Pékin qu’en affidé. </p>
<p align="justify"><b>Enfin, après l&#8217;Afrique, la place de l&#8217;Europe en Amérique Latine est-elle menacée ? </b> <br />
  Je serais plus mesuré. Déjà l’Europe n’est pas un acteur clé en Amérique latine hormis l’Espagne et dans une moindre mesure, la France. La présence commerciale de la Chine en Afrique est plus redoutable pour les Européens qu’en Amérique latine. D’autant que les Européens ont en Amérique latine essentiellement des activités de distribution (eau, électricité), de service (Banque), ou de construction automobile (Peugeot au Brésil), où la concurrence avec la Chine est encore limitée. Je pense néanmoins qu’il faut tenir compte de l’émergence de l’Inde dont la présence en Amérique latine est encore timide, mais ne cessera de se renforcer et qui avec la Chine, comme en Afrique, fragiliseront davantage nos positions. </p>
<p align="justify"><b>François Lafargue</b> est docteur en Géopolitique, auteur d’une thèse portant sur l’Afrique du Sud. Il est également docteur en Science politique avec comme thème de recherche la stratégie des Etats-Unis devant la vulnérabilité énergétique de la Chine. Ses travaux portent principalement sur les enjeux énergétiques en Asie et en Afrique et les relations sino-africaines. Il publie régulièrement des articles dans la presse nationale (Les Echos, Libération, La Tribune…) et dans des revues académiques  (Défense nationale, Afrique contemporaine, China Perspectives&#8230;). Il est professeur de géopolitique à l’Ecole supérieure de Gestion et enseigne également à l’Ecole centrale de Paris et à l&#8217;Université de Saint-Quentin en Yvelines.<br />
  Il vient de publier <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2729828184/403-2617647-6521268?v=glance&#038;n=301061" target="_blank">Demain, la guerre du feu, Etats-Unis Chine, à la poursuite de l’énergie</a></i> (Ellipses, 2006).</p>
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		<title>Mercenaires et polices privées : La privatisation de la violence armée</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Jul 2006 00:13:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Entretien avec Olivier Hubac, coordinateur de l&rsquo;ouvrage collectif &laquo; Mercenaires et polices priv&eacute;es : La privatisation de la violence arm&eacute;e &raquo; (Broch&eacute; &ndash; 2006). <span id="more-988"></span><b>Infoguerre : A quel(s) besoin(s) r&eacute;pond(ent) les mercenaires et les polices priv&eacute;es ? </b>  <br />
Olivier Hubac : Il faut distinguer ici le mercenariat moderne, qui englobe des activit&eacute;s de s&ucirc;ret&eacute; difficiles &agrave; appr&eacute;hender juridiquement, du ph&eacute;nom&egrave;ne de la privatisation des missions de police. La premi&egrave;re cat&eacute;gorie a vocation &agrave; se r&eacute;aliser dans une r&eacute;gion en crise et rev&ecirc;t une r&eacute;alit&eacute; h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne (dispositif anti-kidnapping ou otage, protection arm&eacute;e de sites en zones grises, renseignement, conseil), tandis que la seconde correspond &agrave; une r&eacute;ponse au sentiment d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; croissant dans nos soci&eacute;t&eacute;s (gestion d&rsquo;enceinte cl&ocirc;tur&eacute;e ou de cam&eacute;ra de surveillance, patrouille de chiens, vigile&hellip;). D&egrave;s lors, ces deux activit&eacute;s ne r&eacute;pondent pas aux m&ecirc;mes besoins. Sch&eacute;matiquement, le mercenariat sous sa forme entrepreneuriale est apparu &agrave; la fin des ann&eacute;es 1980. Suite &agrave; la fin de la Guerre froide, on constate la r&eacute;duction des budgets allou&eacute;s &agrave; la d&eacute;fense et le refus croissant de nos opinions &agrave; accepter des pertes humaines sur des th&eacute;&acirc;tres d&rsquo;op&eacute;rations militaires de plus en plus complexes dans leur r&eacute;alit&eacute; g&eacute;ostrat&eacute;gique. Tous ces facteurs constituent un terreau favorable dans les conflits post-Guerre froide &agrave; l&rsquo;utilisation de soldats priv&eacute;s, d&eacute;sormais bien &eacute;quip&eacute;s depuis la prolif&eacute;ration des armes l&eacute;g&egrave;res et des mat&eacute;riels de combat  issus des arsenaux des pays de l&rsquo;Est. Dans ce contexte, les soci&eacute;t&eacute;s militaires priv&eacute;es (SMP) correspondent &agrave; un imp&eacute;ratif financier d&rsquo;une part et &agrave; la gestion politique du refus des pertes par les opinions occidentales (le fameux z&eacute;ro mort) d&rsquo;autre part. <br />
Au-del&agrave; de ces consid&eacute;rations, l&rsquo;utilisation de mercenaires offre aussi une grande souplesse dans la gestion des affaires &eacute;trang&egrave;res de l&rsquo;Etat qui y recourt. En effet, l&rsquo;emploi de soldats priv&eacute;s ne fait pas d&rsquo;eux les militaires d&rsquo;une arm&eacute;e r&eacute;guli&egrave;re. Outil d&rsquo;ing&eacute;rence discret donc, que les gouvernements peuvent commanditer souvent sans demander l&rsquo;autorisation des organes de contr&ocirc;le d&eacute;mocratique (&agrave; titre d&rsquo;exemple, aux Etats-Unis, le Congr&egrave;s n&rsquo;est pas consult&eacute; pour l&rsquo;envoi de SMP sur un th&eacute;&acirc;tre d&rsquo;op&eacute;ration ext&eacute;rieur am&eacute;ricain). La police priv&eacute;e s&#8217;est d&eacute;velopp&eacute;e, quant &agrave; elle, sur les insuffisances de la s&eacute;curit&eacute; publique. Les cr&eacute;neaux de march&eacute; qu&#8217;elle occupe proviennent soit de l&#8217;externalisation de t&acirc;ches qui auraient pu relever de la s&eacute;curit&eacute; publique, soit de t&acirc;ches nouvelles dont le besoin est apparu r&eacute;cemment. L&agrave; aussi, cette activit&eacute; r&eacute;pond avant tout &agrave; des consid&eacute;rations d&rsquo;ordre financier. L&rsquo;importance des budgets &eacute;tatiques consacr&eacute;s aux missions de police ou de gendarmerie ne suffit pas malgr&eacute; tout &agrave; faire face &agrave; une criminalit&eacute; de plus en plus grandissante et surtout &agrave; r&eacute;pondre &agrave; l&rsquo;attente des citoyens et des entreprises en mati&egrave;re de s&eacute;curit&eacute;.  Pour conclure, les mercenaires, entendus au sens large de leur d&eacute;finition, r&eacute;pondent &agrave; un besoin des Etats occidentaux pour mener efficacement sa politique &eacute;trang&egrave;re ou prot&eacute;ger ses int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;conomiques et strat&eacute;giques dans une zone en guerre, alors que les polices priv&eacute;es r&eacute;pondent plut&ocirc;t &agrave; un besoin individuel au sein d&rsquo;un pays en paix.   </p>
<p style="text-align: justify;"><b>En quoi ces m&ecirc;mes mercenaires  peuvent-ils constituer un atout pour la France et plus largement pour l&#8217;Europe ? <br />
</b>  	Le 14 avril 2004, l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale et le S&eacute;nat ont fait voter la loi relative &agrave; la r&eacute;pression de l&rsquo;activit&eacute; de mercenaires pr&eacute;voyant l&rsquo;introduction de ce d&eacute;lit au sein du code p&eacute;nal fran&ccedil;ais. La position fran&ccedil;aise sur le recours &agrave; des mercenaires est donc tr&egrave;s claire. Cependant, la r&eacute;daction du texte concerne surtout l&rsquo;activit&eacute; de combattants priv&eacute;s, dont Bob Denard reste l&rsquo;arch&eacute;type, et non celle concernant les t&acirc;ches dites de &laquo; s&ucirc;ret&eacute; arm&eacute;e priv&eacute;e &raquo; qui composent l&rsquo;essentiel des missions des SMP, &agrave; l&rsquo;instar de la  protection de sites en Irak. Face aux incertitudes juridiques, on peut se poser la question de savoir si la France ne s&rsquo;offre pas ici la possibilit&eacute; d&rsquo;autoriser formellement dans un avenir plus ou moins proche une sous-traitance de l&rsquo;activit&eacute; militaire. Elle y a en effet int&eacute;r&ecirc;t et ce pour plusieurs raisons. D&rsquo;une part, si elle n&rsquo;autorise pas les SMP fran&ccedil;aises, elle laisse le champ libre aux soci&eacute;t&eacute;s anglo-saxonnes, qui agissent sous contr&ocirc;le gouvernemental et contribuent &agrave; r&eacute;duire l&rsquo;influence fran&ccedil;aise dans le monde (le cas du continent africain est repr&eacute;sentatif de cet &eacute;tat de fait). Elle tend, d&rsquo;autre part, &agrave; rel&eacute;guer les prestataires fran&ccedil;ais au rang de sous-traitants d&rsquo;appoint des entreprises am&eacute;ricaines et britanniques (cela fut notamment le cas en Irak pour le groupe E.H.C.). Enfin, elle pousse les soci&eacute;t&eacute;s fran&ccedil;aises &agrave; poursuivre dans l&rsquo;ombre leurs activit&eacute;s, loin de toute r&eacute;gulation et de tout contr&ocirc;le, ce qui tend &agrave; en d&eacute;grader la qualit&eacute; et le professionnalisme.  <br />
Outre ces int&eacute;r&ecirc;ts factuels, la France, comme la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis, pourrait b&eacute;n&eacute;ficier d&rsquo;un outil de politique &eacute;trang&egrave;re non n&eacute;gligeable. Cela lui permettrait de mettre en place des op&eacute;rations plus discr&egrave;tes et moins compromettantes que l&rsquo;utilisation de nos arm&eacute;es. L&rsquo;existence de soci&eacute;t&eacute;s fran&ccedil;aises pourrait aussi assurer une possible reconversion pour les militaires sous contrat, sans perte des savoirs dispens&eacute;s lors de leur passage dans l&rsquo;institution. D&rsquo;un point de vue europ&eacute;en, la France a peut-&ecirc;tre &eacute;galement une carte &agrave; jouer. En effet, &agrave; l&rsquo;heure o&ugrave; il est de plus en plus question de d&eacute;fense europ&eacute;enne, la France ne devrait-elle pas laisser se d&eacute;velopper un mercenariat entrepreneurial fran&ccedil;ais afin de pouvoir toujours disposer d&rsquo;un outil de politique &eacute;trang&egrave;re national et ind&eacute;pendant ?    </p>
<p style="text-align: justify;"><b>Biographie</b> : Olivier Hubac, saint-cyrien, chercheur sp&eacute;cialis&eacute; dans l&#8217;&eacute;tude des conflits contemporains, est attach&eacute; parlementaire europ&eacute;en. Il a r&eacute;cemment publi&eacute; &quot; Isra&euml;l-Palestine, un si&egrave;cle de conflits &quot;, Audibert, 2005.  <img align="left" src="/images/user_pages/biblio/mercenaires_polices_privees.jpg" alt="mercenaires polices privees Mercenaires et polices privées : La privatisation de la violence armée influence strategie"  title="Mercenaires et polices privées : La privatisation de la violence armée influence strategie" /></p>
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		<title>Interview de Christian Harbulot sur le site international guruonline.tv</title>
		<link>http://www.infoguerre.fr/interviews/interview-de-christian-harbulot-sur-le-site-international-guruonlinetv/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=rss</link>
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		<pubDate>Thu, 27 Oct 2005 00:56:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[Fondé en 2000 pour rendre compte de la complexité du monde, le site <i>gurusonline.tv </i> interroge depuis sa création, les universitaires, consultants, journalistes et dirigeants de multinationales dont les travaux et activités contribuent à la création de paradigmes. Jorge Nascimento Rodrigues, fondateur et éditeur principal du site international Gurusonline (versions en portugais, espagnol et anglais) s’attache à mettre en valeur ceux qui, indépendament de leurs visions politiques, économiques ou sociales influencent de manière significative, durable et au niveau mondial la réflexion ainsi que l’action en management et en stratégie. En une décennie, ce site a questionné  quelques 120 personnalités. <br />
<br />
Gurusonline.tv est un projet du groupe Adventus (www.groupadventus.com) fondé par Jorge qui a débuté ses activités en 1995 avec la parution du site www.janelanaweb.com en portugais. Le groupe est basé à Lisbonne, Buenos Aires, Barcelone, Porto Alegre/Brésil et Macao/Chine.
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Fond&eacute; en 2000 pour rendre compte de la complexit&eacute; du monde, le site <i>gurusonline.tv </i> interroge depuis sa cr&eacute;ation, les universitaires, consultants, journalistes et dirigeants de multinationales dont les travaux et activit&eacute;s contribuent &agrave; la cr&eacute;ation de paradigmes. Jorge Nascimento Rodrigues, fondateur et &eacute;diteur principal du site international Gurusonline (versions en portugais, espagnol et anglais) s&rsquo;attache &agrave; mettre en valeur ceux qui, ind&eacute;pendament de leurs visions politiques, &eacute;conomiques ou sociales influencent de mani&egrave;re significative, durable et au niveau mondial la r&eacute;flexion ainsi que l&rsquo;action en management et en strat&eacute;gie. En une d&eacute;cennie, ce site a questionn&eacute;  quelques 120 personnalit&eacute;s. </p>
<p>Gurusonline.tv est un projet du groupe Adventus (www.groupadventus.com) fond&eacute; par Jorge qui a d&eacute;but&eacute; ses activit&eacute;s en 1995 avec la parution du site www.janelanaweb.com en portugais. Le groupe est bas&eacute; &agrave; Lisbonne, Buenos Aires, Barcelone, Porto Alegre/Br&eacute;sil et Macao/Chine.<span id="more-867"></span>L&rsquo;interview de Christian Harbulot est la confirmation de la reconnaissance internationale dont ses travaux font l&rsquo;objet depuis quelque temps. <br />
En 2000, le centre de recherche du congr&egrave;s am&eacute;ricain citait l&rsquo;Ecole de Guerre Economique comme l&rsquo;un des deux seuls centres europ&eacute;ens de niveau mondial en ce qui concerne les recherches sur l&rsquo;<i>information dominance</i> (chapitre France du <i>CRS Report for Congress</i> sur le Cyberwarfare r&eacute;dig&eacute; par Steven A. Hildreth, expert au <i>National Defense Foreign Affairs</i>). <br />
En 2001, l&rsquo;EGE est cit&eacute;e dans le rapport <i>Strategic and Organisational Implications for Euro-Atlantic Security of Information Operations</i>. Ce rapport est destin&eacute; &agrave; l&rsquo;OTAN et r&eacute;alis&eacute; par la branche europ&eacute;enne de la Rand Corporation. <br />
En 2003, la version europ&eacute;enne de la <i>Harvard Business Review</i> faisait appel &agrave; son expertise pour d&eacute;crypter les nouveaux ressorts de la comp&eacute;tition &eacute;conomique plan&eacute;taire. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;interview de Christian Harbulot sur <i>gurusonline.tv</i> permet d&rsquo;&eacute;clairer plus encore la n&eacute;cessit&eacute; de prendre en compte le r&ocirc;le du management de l&rsquo;information dans des perspectives offensives. En effet, c&rsquo;est une nouvelle grille de lecture des rapports de force qui se trouve exprim&eacute;e au travers du concept de &laquo; guerre cognitive &raquo;. Parce qu&rsquo;il existe une constante historique des nations &agrave; rechercher la puissance, l&rsquo;expression des rivalit&eacute;s prend corps avec les conflits immat&eacute;riels de nature informationnelle du XXI&egrave; si&egrave;cle (influence, lobbying, info-d&eacute;stabilisation). </p>
<p>D&eacute;sormais le directeur de l&rsquo;EGE prend d&eacute;sormais place parmi les experts qui l&rsquo;ont pr&eacute;c&eacute;d&eacute; sur ce site. Parmi eux, nous retenons :</p>
<p><b>Les th&eacute;oriciens du management strat&eacute;gique</b></p>
<p>Alfred Chandler, Prahalad et Gary Hamel, Carl Shapiro (Berkeley), Daniel Quinn Mills (Harvard), Henri Minztberg, le fran&ccedil;ais Hugue de Jouvenel, James Collins, Kencichi Ohamae (LE strat&egrave;ge japonais), Peter Drucker, William T. Allen (NUY university), Peter Senge (MIT) ou encore Richard d&rsquo;Aveni (Darmouth college), etc.</p>
<p><b>Les praticiens les plus innovants</b></p>
<p>Ged Davis (le prospectiviste de Shell pour l&rsquo;horizon 2050), Arie de Geus (le coordinateur historique de la planification strat&eacute;gique chez Shell), Bernard Liautaud (co-fondateur Business Object), Bill Joy (le strat&egrave;ge de Sun Microsystems), Jillis Jonk (le strat&egrave;ge d&rsquo;AT Kearney), Niklas Zennstromm (co-fondateur de Skype Technologies), Michael Dell (Pr&eacute;sident de Dell computers), Shai Agassi (le strat&egrave;ge de SAP).</p>
<p><b>Des universitaires de renomm&eacute;e mondiale</b></p>
<p>Les sociologues Alain Touraine, Jagdish Bhagwati (Columbia, sp&eacute;cialiste des questions d&rsquo;immigration internationale), <br />
Les politologues de Harvard Francis Fukuyama et George Modelski,  Mickael Klare (le sp&eacute;cialiste de la p&eacute;trostrat&eacute;gie), Daniel Treisman (g&eacute;opoliticien, UCLA), Barry Eichengreen (Directeur de l&rsquo;institut d&rsquo;&eacute;tudes europ&eacute;ennes &agrave; Berkeley).<br />
Les &eacute;conomistes : Kenneth Arrow (Prix Nobel), Robert Mundell (Columbia, Prix Nobel), Lester Turrow (le plus &eacute;cout&eacute; des &eacute;conomistes du MIT), Paul Krugman (&laquo; l&rsquo;autre &raquo; &eacute;conomiste du MIT), Hal R. Varian (th&eacute;oricien de l&rsquo;&eacute;conomie de l&rsquo;information, Berkeley).</p>
<p><b>Mais aussi&hellip;</b></p>
<p>Le &laquo; futurologue &raquo; Alvin Toeffler, le prospectiviste Jo&euml;l de Rosnay, Peter Williamson (le sp&eacute;cialiste de la g&eacute;o&eacute;conomie de la chine &agrave; l&rsquo;INSEAD), Nicholas Carr (ancien r&eacute;dacteur en chef de la Harvard Business Review), Nicolas Negroponte (le penseur des technologies digitales au Mit), Le g&eacute;ophysicien Didier Sornette, le physicien Jean Philippe Bouchaud, le g&eacute;o&eacute;conomiste indien Ashutosh Sheshabalaya, etc.</p>
<p><b>et les &laquo; stars &raquo; du net.</b></p>
<p>David Siegel, Georges Gilder, Jeff Bezos (homme de l&rsquo;ann&eacute;e 1999 du Times, fondateur d&rsquo;Amazon), Kevin Kelly, Paul Romer (consid&eacute;r&eacute;, il y  a peu par le Times comme l&rsquo;une des 25 personnalit&eacute;s les plus influentes des Etats-Unis), Jeffrey Funk, etc.</p>
<p>Didier Lucas</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p><b>DE LA GUERRE COGNITIVE</b></p>
<p>La guerre cognitive c&rsquo;est le stade supr&ecirc;me de l&rsquo;intelligence &eacute;conomique. C&rsquo;est l&rsquo;expression plus moderne de la guerre suivie par des autres moyens</p>
<p>Une interview avec CHRISTIAN HARBULOT le principal th&eacute;oricien europ&eacute;en de la nouvelle guerre &laquo;immat&eacute;rielle&raquo;</p>
<p>Le champ d&rsquo;action prioritaire, dans cette p&eacute;riode de transition de cycle longue g&eacute;opolitique, s&rsquo;est d&eacute;plac&eacute; de la guerre &ndash; dans le sens de violence comme continuation de la politique &ndash; pour la g&eacute;o&eacute;conomie. Dans ce changement, l&rsquo;intelligence &eacute;conomique a &eacute;t&eacute; substitu&eacute;e pour sa fille plus moderne, la &laquo;<b>guerre cognitive</b>&raquo;, une esp&egrave;ce de &laquo;main invisible&raquo; des puissances et des lobbies les plus forts, et toutes les sph&egrave;res du monde s&rsquo;sont d&eacute;j&agrave; concern&eacute;es par cette mutation. L&rsquo;homme au centre de cette nouvelle &laquo;buzzword&raquo; c&rsquo;est le Fran&ccedil;ais Christian Harbulot. Il nous dit que la nouvelle guerre marque une diff&eacute;rence majeure avec l&rsquo;intelligence &eacute;conomique. C&rsquo;est une des armes fondamentales de la diplomatie &eacute;conomique ouverte ou informelle, qu&rsquo;on le veuille ou non, qu&rsquo;on l&rsquo;ignore ou le d&eacute;plore les plus na&iuml;ves. </p>
<p>Le monde a pass&eacute; d&rsquo;une &eacute;poque o&ugrave; le renseignement et l&rsquo;espionnage industriel &eacute;taient rois &agrave; une autre o&ugrave; la communication, les id&eacute;es, les symboles et le lobbying dominent et fait des &laquo;victimes&raquo; et des &laquo;vassaux&raquo;. &laquo;<i>La guerre cognitive ne traduit pas une volont&eacute; de persuasion par une argumentation directive mais une d&eacute;marche indirecte fond&eacute;e sur l&rsquo;influence. La principale arme en est la connaissance. Dans cette guerre sans champ de bataille, le plus fort est celui qui oblige l&rsquo;autre &agrave; accepter tacitement sa domination, sans coup f&eacute;rir </i>&raquo;, s&rsquo;explique Harbulot dans l&rsquo;interview &agrave; Gurusonline.tv.</p>
<p>Harbulot a publi&eacute; ce juin 2005 chez les &Eacute;ditions Ellipses <b>La Main Invisible des Puissances. Les Europ&eacute;ens face &agrave; la guerre &eacute;conomique</b>, un livre qui a bouscul&eacute; les id&eacute;es re&ccedil;ues de certaines &eacute;lites fran&ccedil;aises, en revenant sur le sujet de la dimension politique de puissance, un th&egrave;me oubli&eacute; ou discut&eacute; en sourdine dans les milieux politiques et des affaires. Surtout dans les milieux de la D&eacute;fense nationale le d&eacute;bat aux mois d&rsquo;&Eacute;t&eacute; a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s chaud en France. Harbulot argumente que la guerre cognitive c&rsquo;est tant un sujet de d&eacute;fense nationale ou europ&eacute;enne, comme question de strat&eacute;gie des affaires. Ce n&rsquo;est pas seulement question pour les militaires ou politiciens, c&rsquo;est aussi une affaire pour les PDGs et la globalisation des entreprises. La variable &laquo;g&eacute;o&raquo; doit entrer dans la fonction du management.  Harbulot ne vas pas jusqu&#8217;&agrave; sugg&eacute;rer pour le moment d&rsquo;avoir un CGO (chief-geoeconomic officer) comme on&rsquo; a d&eacute;j&agrave; un CEO.</p>
<p>Mais, if faut agir d&rsquo;urgence, r&eacute;clame Harbulot et son &Eacute;cole de Guerre &Eacute;conomique, fond&eacute; &agrave; Paris en 1997 (dans la Web au site www.ege.fr). Et pour &ccedil;a, il faut pr&eacute;parer les entreprises au d&eacute;fi des ph&eacute;nom&egrave;nes de concurrence exacerb&eacute;e et des man&oelig;uvres de diplomatie &eacute;conomique et aux nouvelles formes de rapports de force g&eacute;o&eacute;conomiques. Cette guerre en cours se &laquo;choque&raquo; avec les strat&eacute;gies de court terme, soit des politiciens pour sa r&eacute;&eacute;lection toutes les quatre ann&eacute;es, soit des hommes d&rsquo;affaires pench&eacute;s sur le business au jour le jour ou rest&eacute;s ancr&eacute;s dans une vision tr&egrave;s id&eacute;ologique et d&eacute;mod&eacute;e des rapports de force &eacute;conomiques.</p>
<p>Depuis la chute du Mur de Berlin et de la nouvelle g&eacute;opolitique am&eacute;ricaine au sujet des ressources strat&eacute;giques mondiales (poursuivit plus ouvertement par George W.Bush) et de l&rsquo;&eacute;mergence en particulier de la Chine, la culture de puissance est en train de revenir sur le devant de la sc&egrave;ne et de s&rsquo;imposer &agrave; nouveau.  La guerre cognitive c&rsquo;est une guerre immat&eacute;rielle, qui fait appel &agrave; la ma&icirc;trise de l&rsquo;&eacute;conomie de la connaissance, &agrave; des moyens op&eacute;rationnels pour comprendre et dominer par le savoir le fonctionnement de la globalisation et de l&rsquo;asym&eacute;trie de la r&eacute;alit&eacute;.</p>
<p>Pour les pays europ&eacute;ens encercl&eacute;s comme une &laquo;sandwich&raquo; entre l&rsquo;Am&eacute;rique et les nouvelles grand-puissances &eacute;mergentes de l&rsquo;Asie, la discussion est &agrave; l&rsquo;ordre du jour &#8211; ce n&#8217;est pas de la prospective lointaine, mais question tr&egrave;s pragmatique, que les &eacute;lites europ&eacute;ennes ma&icirc;trise tr&egrave;s mal.</p>
<p>Christian Harbulot est aussi co-fondateur et directeur du cabinet Spin-Partners, sp&eacute;cialiste fran&ccedil;ais en communication d&rsquo;influence et gestion du risque informationnel.  Spin-Partners, sur le model des &laquo;spin doctors&raquo;, est n&eacute; d&rsquo;une fusion de deux cabinets en 2004. &laquo;Spin doctors&raquo; a entr&eacute; dans le vocabulaire des PR (relations publiques) comme un mot pour les nouveaux sp&eacute;cialistes de la communication d&rsquo;influence politique. &laquo;Spin&raquo; c&rsquo;est un acronyme anglais pour &laquo;Significant Progress In the News&raquo;, une technique des sp&eacute;cialistes de PR de la Strategic Defense Initiative de Ronald Reagan dans les ann&eacute;es 1980. Christian participe aussi au site Infoguerre cr&eacute;&eacute; en 1999.</p>
<p>
<b>Interview par Jorge Nascimento Rodrigues, &eacute;diteur de www.gurusonline.tv. Une version adapt&eacute; en portugais a &eacute;t&eacute; sortie &agrave; Expresso, l&rsquo;hebdomadaire publi&eacute; &agrave; Lisbonne. </b></p>
<p>
<b>10 Id&eacute;es cl&eacute;s</b></p>
<p>. La dimension g&eacute;o&eacute;conomique prend une importance croissante du fait du changement de contexte. </p>
<p>. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les grandes entreprises s&rsquo;&eacute;taient habitu&eacute;es &agrave; un march&eacute; mondial domin&eacute; par l&rsquo;Occident et plus pr&eacute;cis&eacute;ment par l&rsquo;&eacute;conomie des Etats-Unis. L&rsquo;irruption de la Chine et bient&ocirc;t de l&rsquo;Inde modifie &agrave; la fois la g&eacute;ographie des &eacute;changes mais celle des rapports de force.</p>
<p>. Il reste &agrave; sensibiliser la population la plus strat&eacute;gique, &agrave; savoir les milieux patronaux qui en France en sont rest&eacute;s encore &agrave; une vision tr&egrave;s id&eacute;ologique des rapports de force &eacute;conomiques</p>
<p>. La construction de l&rsquo;Europe est encore trop lente et incertaine pour rendre caduque une r&eacute;flexion de fond sur la puissance d&rsquo;une nation comme la France et la mani&egrave;re de la faire &eacute;voluer</p>
<p>. Les petits pays ont plut&ocirc;t l&rsquo;objectif de pr&eacute;server une marge de man&oelig;uvre pour ne pas subir la loi du plus fort</p>
<p>. Le patriotisme &eacute;conomique ne doit pas &ecirc;tre confondu avec le nationalisme &eacute;conomique qui est une des causes de la naissance des r&eacute;gimes totalitaires du XX&egrave; si&egrave;cle. Il est la condition sine qua non d&rsquo;une r&eacute;flexion strat&eacute;gique sur le devenir d&rsquo;un pays</p>
<p>. Apr&egrave;s le p&eacute;trole, c&rsquo;est la fois de l&rsquo;eau au centre des guerres &eacute;conomiques</p>
<p>. Aujourd&rsquo;hui, les pays qui marquent des points d&eacute;cisifs sont ceux qui ont su b&acirc;tir une strat&eacute;gie de puissance g&eacute;o&eacute;conomique sur le moyen/long terme. Les autres pays subissent de facto cette nouvelle configuration des relations internationales depuis la disparition des Blocs</p>
<p>. La diplomatie &eacute;conomique est la face &eacute;merg&eacute;e de l&rsquo;iceberg. Il ne faut pas oublier la face immerg&eacute;e. Le monde de la finance en constitue l&rsquo;une des parties les lus importantes. C&rsquo;est le monde le plus opaque et le moins contr&ocirc;l&eacute; de l&rsquo;ensemble de l&rsquo;&eacute;conomie de march&eacute;</p>
<p>. Avec le Web le faible a de nouveau les moyens de se battre contre le plus fort et m&ecirc;me de vaincre celui-ci. Avec le Web, tous les acteurs &eacute;conomiques peuvent devenir des communicants directs</p>
<p><b>Vous pensez que la dimension &quot;g&eacute;o&eacute;conomique&quot; doit entrer rapidement au c&oelig;ur des strat&eacute;gies de l&#8217;entreprise, surtout pour les groupes  ou &laquo;start-up&raquo; de dimension globale? Est-ce que les directions g&eacute;n&eacute;rales et les chefs d&rsquo;entreprise y sont pr&eacute;par&eacute;s ? </b></p>
<p>Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les grandes entreprises s&rsquo;&eacute;taient habitu&eacute;es &agrave; un march&eacute; mondial domin&eacute; par l&rsquo;Occident et plus pr&eacute;cis&eacute;ment par l&rsquo;&eacute;conomie des Etats-Unis. L&rsquo;irruption de la Chine et bient&ocirc;t de l&rsquo;Inde modifie &agrave; la fois la g&eacute;ographie des &eacute;changes mais celle des rapports de force. La dimension g&eacute;o&eacute;conomique prend une importance croissante du fait de ce changement de contexte. La p&eacute;nurie de certaines ressources, les risques de surproduction, les effets de la d&eacute;sindustrialisation d&rsquo;une partie de l&rsquo;Occident en cr&eacute;ant notamment des d&eacute;pendances qui n&rsquo;existaient pas, le durcissement de la comp&eacute;tition en raison de la multiplication des pays industrialis&eacute;s, sont autant de facteurs qui peuvent parasiter les strat&eacute;gies des entreprises &laquo;globales&raquo;. La France est sur ce point un cas d&rsquo;&eacute;cole. Le pouvoir politique en est r&eacute;duit &agrave; parler de patriotisme &eacute;conomique sans &ecirc;tre capable de d&eacute;finir des strat&eacute;gies de moyen et long terme, &agrave; force de concentrer son attention principale sur les strat&eacute;gies purement &eacute;lectorales.</p>
<p>
<b> &laquo;La guerre au terrorisme est une petite guerre par rapport aux efforts tous azimuts de la puissance g&eacute;o&eacute;conomique am&eacute;ricaine pour pr&eacute;server sa supr&eacute;matie mondiale. Il en est de m&ecirc;me pour la Chine dans les efforts qu&rsquo;elle d&eacute;ploie pour devenir une v&eacute;ritable puissance mondiale&raquo; </b></p>
<p><b>En p&eacute;riode de transition dans le cycle long g&eacute;opolitique (si on suit le raisonnement de George Modelski), la question de la &quot;puissance&quot; est-elle fondamentale pour la diplomatie &eacute;conomique ? </b></p>
<p>La probl&eacute;matique de la puissance n&rsquo;a jamais cess&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre au c&oelig;ur des relations internationales. La fin de la guerre froide a sorti cette probl&eacute;matique du ghetto id&eacute;ologique dans lequel l&rsquo;avait enferm&eacute; la politique des Blocs. La course aux armements n&rsquo;est plus aujourd&rsquo;hui l&rsquo;expression dominante de la puissance. Les enjeux sont d&eacute;sormais principalement &eacute;conomiques. Le pr&eacute;sident d&eacute;mocrate Bill Clinton l&rsquo;avait dit d&egrave;s 1994 : la priorit&eacute; num&eacute;ro de la politique &eacute;trang&egrave;re des Etats-Unis est la d&eacute;fense de ses int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;conomiques. Le 11 septembre n&rsquo;a rien chang&eacute; &agrave; cet ordre des choses. La guerre au terrorisme est une petite guerre par rapport aux efforts tous azimuts de la puissance g&eacute;o&eacute;conomique am&eacute;ricaine pour pr&eacute;server sa supr&eacute;matie mondiale. Il en est de m&ecirc;me pour la Chine dans les efforts qu&rsquo;elle d&eacute;ploie pour devenir une v&eacute;ritable puissance mondiale.</p>
<p><b>Est-ce que vous pensez que la Chine &#8211; avec sa diplomatie &eacute;conomique globale (le &laquo;go global&raquo; de la propagande &#8211; et l&#8217;Inde sont plus avanc&eacute;es que l&#8217;Europe sur le sujet de la guerre &eacute;conomique ? </b></p>
<p>Ces deux pays vont devoir &ecirc;tre tr&egrave;s habiles dans la mesure o&ugrave; les Etats-Unis ne les laisseront pas cro&icirc;tre en puissance au point de menacer leur supr&eacute;matie. La Chine a certainement tir&eacute; des enseignements de ce qui est arriv&eacute; au Japon au d&eacute;but des ann&eacute;es 1990. L&rsquo;agressivit&eacute; commerciale de l&rsquo;ex-empire du Soleil Levant &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de l&rsquo;Occident fut stopp&eacute;e par Washington par diff&eacute;rents moyens (attaques r&eacute;p&eacute;t&eacute;es pour casser le protectionnisme invisible nippon, d&eacute;stabilisation de son syst&egrave;me bancaire, blocage se sa strat&eacute;gie sur le technoglobalisme, limitation des jeux d&rsquo;influence japonais dans le syst&egrave;me politico administratif am&eacute;ricain). La chute du mur de Berlin  priva le Japon de l&rsquo;objet de son chantage implicite &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de l&rsquo;Am&eacute;rique. Les autorit&eacute;s gouvernementales am&eacute;ricaines n&rsquo;avaient plus &agrave; craindre le basculement de cet alli&eacute;/ancien adversaire dans la sph&egrave;re d&rsquo;influence sovi&eacute;tique, au cas o&ugrave; les Etats-Unis n&rsquo;accorderaient pas &agrave; Tokyo une marge de man&oelig;uvre significative dans la construction de la puissance &eacute;conomique nipponne.</p>
<p>
<b>Retrouver le sens de puissance, est-ce un objectif pour des grands &Eacute;tats (comme la Grande Bretagne, la France, et l&rsquo;Allemagne) ou des &Eacute;tats moyens (comme l&rsquo;Espagne, et demain la Pologne) europ&eacute;ens? Ou est-ce une affaire globale &agrave; traiter au niveau de l&#8217;Union Europ&eacute;enne?  Quelle pouvait &ecirc;tre la position des petits &Eacute;tats, comme la Hollande, le Portugal ou  la Finlande ? </b></p>
<p>Il n&rsquo;est pas simple de retrouver le sens de la puissance. Pr&eacute;cisions d&rsquo;abord qu&rsquo;il existe plusieurs formes d&rsquo;expression de la puissance. Les Etats-Unis et peut-&ecirc;tre la Chine sont des puissances qui cherchent &agrave; imposer une supr&eacute;matie. La France, l&rsquo;Allemagne et la Grande Bretagne qui ont &eacute;t&eacute; jadis des puissances importantes, cherchent aujourd&rsquo;hui leur positionnement. Les petits pays ont plut&ocirc;t l&rsquo;objectif de pr&eacute;server une marge de man&oelig;uvre pour ne pas subir la loi du plus fort. La construction de l&rsquo;Europe est encore trop lente et incertaine pour rendre caduque une r&eacute;flexion de fond sur la puissance d&rsquo;une nation comme la France et la mani&egrave;re de la faire &eacute;voluer.</p>
<p><b>Quelle d&eacute;finition donnez-vous au patriotisme &eacute;conomique ? </b></p>
<p>Le patriotisme &eacute;conomique ne doit pas &ecirc;tre confondu avec le nationalisme &eacute;conomique qui est une des causes de la naissance des r&eacute;gimes totalitaires du XX&egrave; si&egrave;cle. Il est la condition sine qua non d&rsquo;une r&eacute;flexion strat&eacute;gique sur le devenir d&rsquo;un pays. Si certaines &eacute;lites cherchent leur salut en se mettant syst&eacute;matiquement au service du plus fort &#8211; La France a connu cette situation dramatique avec Pierre Laval entre les deux guerres et durant la seconde guerre mondiale -, elles accentuent les risques de d&eacute;clin et d&rsquo;affaiblissement de leur pays. Le contexte est certes tr&egrave;s diff&eacute;rent des ann&eacute;es 1940, mais ce type de comportement n&rsquo;a pas disparu. A droite comme &agrave; gauche de l&rsquo;&eacute;chiquier politique fran&ccedil;ais, des personnalit&eacute;s influentes s&rsquo;entretiennent naturellement une relation de une connivence avec la puissance la plus forte. Pour la plupart d&rsquo;entre eux, ce comportement ne traduit pas une vision g&eacute;ostrat&eacute;gique de la France mais plut&ocirc;t la volont&eacute; quasi pavlovienne de prot&eacute;ger leurs int&eacute;r&ecirc;ts individuels. C&rsquo;est ce qui explique la force du camp pro am&eacute;ricain dans les milieux dirigeants de l&rsquo;hexagone. Cette r&eacute;alit&eacute; rend tr&egrave;s difficile la r&eacute;flexion n&eacute;cessaire sur la puissance. </p>
<p>
<b> &laquo;Les Am&eacute;ricains ne sont pas les seuls &agrave; mener une politique de puissance dans le domaine du p&eacute;trole. Il en est de m&ecirc;me pour les Russes qui cherchent &agrave; s&eacute;curiser leurs richesses &eacute;nerg&eacute;tiques ainsi que les territoires sus lesquels passent les conduites de pipe line. La politique &eacute;nerg&eacute;tique de la Russie est l&rsquo;expression la plus caract&eacute;ristique de sa recherche de puissance depuis la chute de l&rsquo;empire sovi&eacute;tique.&raquo; </b></p>
<p><b>Le p&eacute;trole et demain l&#8217;eau seront-ils les &eacute;tincelles des nouvelles guerres &eacute;conomiques ? </b></p>
<p>C&rsquo;est d&eacute;j&agrave; le cas. La guerre en Irak est une le&ccedil;on de choses. Les Am&eacute;ricains ne sont pas les seuls &agrave; mener une politique de puissance dans le domaine du p&eacute;trole. Il en est de m&ecirc;me pour les Russes qui cherchent &agrave; s&eacute;curiser leurs richesses &eacute;nerg&eacute;tiques ainsi que les territoires sus lesquels passent les conduites de pipe line. La politique &eacute;nerg&eacute;tique de la Russie est l&rsquo;expression la plus caract&eacute;ristique de sa recherche de puissance depuis la chute de l&rsquo;empire sovi&eacute;tique. Vous avez raison de citer aussi le domaine de l&rsquo;eau. </p>
<p><b>Pourquoi ? </b></p>
<p>Depuis plusieurs ann&eacute;es, les Etats-Unis et l&rsquo;Europe s&rsquo;affrontent sur ce sujet par l&rsquo;interm&eacute;diaire des n&eacute;gociations de l&rsquo;Accord G&eacute;n&eacute;ral sur le Commerce des Services (AGCS) qui doivent se terminer en d&eacute;cembre 2005 lors de la r&eacute;union de l&rsquo;Organisation Mondiale du Commerce &agrave; Hong-Kong. Dans cette partie de bras de fer, chacun d&eacute;fend ses int&eacute;r&ecirc;ts en fonction de ses points forts. L&rsquo;Union europ&eacute;enne revendique que les services dits d&rsquo;environnement dont le captage et &eacute;puration de l&rsquo;eau soit prise en compte par l&rsquo;AGCS.  Cette revendication n&rsquo;est pas &eacute;trang&egrave;re au fait que les plus grandes firmes de ce secteur soient europ&eacute;ennes. A contrario, les Etats-Unis, qui n&rsquo;ont pas encore r&eacute;ussi &agrave; s&rsquo;emparer du leadership du march&eacute; mondial par leur propre dynamisme industriel,  ne cessent de r&eacute;p&eacute;ter que ces services ne tombent pas sous la coupe de l&rsquo;AGCS, &eacute;tant &laquo;fournis dans le cadre de l&rsquo;exercice du pouvoir gouvernemental&raquo;. L&rsquo;argumentation nord-am&eacute;ricaine est d&rsquo;autant plus paradoxale que les autorit&eacute;s am&eacute;ricaines sont les plus ardents partisans de la d&eacute;r&eacute;glementation et donc de la privatisation des services publics. On peut l&eacute;gitimement se poser la question si les campagnes de protestation v&eacute;h&eacute;mentes, lanc&eacute;es par des ONG comme Public Citizen, et concentr&eacute;e sur les cibles Suez et Veolia, ne sont pas le rideau de fum&eacute;e qui masque le combat que se livrent Europ&eacute;ens et Am&eacute;ricains sur la lib&eacute;ralisation des services.</p>
<p><b>Qu&rsquo;est-ce que la guerre cognitive? Comment la diff&eacute;rencier de la propagande d&#8217;Etat, pure et dure, des ann&eacute;es 1930/1940 ? </b></p>
<p>La guerre cognitive est l&rsquo;expression la plus moderne de la guerre. Contrairement aux op&eacute;rations de propagande qui ont domin&eacute; les grands conflits du XX&egrave;me si&egrave;cle, la guerre cognitive ne traduit pas une volont&eacute; de persuasion par une argumentation directive mais une d&eacute;marche indirecte fond&eacute;e sur l&rsquo;influence. La principale arme en est la connaissance. Dans cette guerre sans champ de bataille, le plus fort est celui qui oblige l&rsquo;autre &agrave; accepter tacitement sa domination, sans coup f&eacute;rir. La mani&egrave;re dont les Etats-Unis font pression en amont pour imposer &agrave; leurs vassaux leurs r&egrave;gles du jeu dans de nombreux secteurs &eacute;conomiques, est souvent &agrave; d&eacute;crypter sous l&rsquo;angle de la guerre cognitive. Aujourd&rsquo;hui, les pays qui marquent des points d&eacute;cisifs sont ceux qui ont su b&acirc;tir une strat&eacute;gie de puissance g&eacute;o&eacute;conomique sur le moyen/long terme. Les autres pays subissent de facto cette nouvelle configuration des relations internationales depuis la disparition des Blocs. S&rsquo;ils veulent ma&icirc;triser leur devenir, ils devront t&ocirc;t ou tard r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; leur propre approche de la notion de puissance par la guerre cognitive.   </p>
<p>
<b> &laquo;Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Etat fran&ccedil;ais est tr&egrave;s mal arm&eacute; pour identifier les man&oelig;uvres financi&egrave;res mena&ccedil;ant nos int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;conomiques. Il n&rsquo;est pas le seul dans ce cas.&raquo; </b></p>
<p>
<b>Quelles sont les implications pratiques pour la diplomatie &eacute;conomique ou informelle des &Eacute;tats ? </b></p>
<p>Que ce soit pour la diplomatie &eacute;conomique ou la diplomatie informelle, l&rsquo;Etat Strat&egrave;ge n&rsquo;est plus un non-sens. Pour b&acirc;tir une bonne diplomatie &eacute;conomique, les pouvoirs politiques d&rsquo;un Etat doivent avoir la capacit&eacute; de r&eacute;former les principes de gouvernance, en incluant ces nouvelles probl&eacute;matiques. Des cabinets am&eacute;ricains comme Ernst and Young sont d&eacute;j&agrave; en train de pr&eacute;parer des offres de service allant dans ce sens. Ils n&rsquo;h&eacute;sitent pas &agrave; utiliser de la comp&eacute;tence fran&ccedil;aise pour y parvenir. Je pense notamment &agrave; une m&eacute;thodologie con&ccedil;ue par une ancienne magistrate et un consultant en intelligence &eacute;conomique qui vise &agrave; identifier les points faibles financiers d&rsquo;une entreprise. Mais ne nous trompons pas d&rsquo;ordre de grandeur, la diplomatie &eacute;conomique est la face &eacute;merg&eacute;e de l&rsquo;iceberg. Il ne faut pas oublier la face immerg&eacute;e. Le monde de la finance en constitue l&rsquo;une des parties les lus importantes. C&rsquo;est le monde le plus opaque et le moins contr&ocirc;l&eacute; de l&rsquo;ensemble de l&rsquo;&eacute;conomie de march&eacute;. Qui  note les brokers de Wall Street et de la City ? Et c&rsquo;est pourtant ce monde-l&agrave; qui cherche &agrave; vendre aux entreprises les r&egrave;gles de conduite sur la transparence financi&egrave;re. A ce propos, notons que l&rsquo;opacit&eacute; financi&egrave;re de l&rsquo;&eacute;conomie chinoise renforce le caract&egrave;re incontr&ocirc;lable de ces dynamiques informelles. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Etat fran&ccedil;ais est tr&egrave;s mal arm&eacute; pour identifier les man&oelig;uvres financi&egrave;res mena&ccedil;ant nos int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;conomiques. Il n&rsquo;est pas le seul dans ce cas. </p>
<p><b>Le r&ocirc;le de la Web a-t-il chang&eacute; les r&egrave;gles de la guerre ? </b></p>
<p>Il est en train de subvertir les r&egrave;gles de la guerre cognitive telle qu&rsquo;elle a &eacute;t&eacute; pratiqu&eacute;e lors du si&egrave;cle pr&eacute;c&eacute;dent. Le faible a de nouveau les moyens de se battre contre le plus fort et m&ecirc;me de vaincre celui-ci. A c&ocirc;t&eacute; de l&rsquo;art de l&rsquo;intoxication pratiqu&eacute;e par les Britanniques contre Hitler et de la d&eacute;sinformation mise en &oelig;uvre par les Sovi&eacute;tiques, l&rsquo;art de la pol&eacute;mique est un nouveau champ d&rsquo;action sur lequel les Fran&ccedil;ais n&rsquo;ont pas fini de surprendre car c&rsquo;est leur principale culture du combat.</p>
<p><b>Quel a &eacute;t&eacute; le feedback de votre bouquin en France et en Europe ? </b></p>
<p>La cible &agrave; atteindre &eacute;tait les personnes qui s&rsquo;int&eacute;ressent &agrave; la question, en particulier dans le monde de la D&eacute;fense au sens large du terme. Leur r&eacute;action a &eacute;t&eacute; plut&ocirc;t positive. Il reste &agrave; sensibiliser la population la plus strat&eacute;gique, &agrave; savoir les milieux patronaux qui en France en sont rest&eacute;s encore &agrave; une vision tr&egrave;s id&eacute;ologique des rapports de force &eacute;conomiques (luttes sociales, r&eacute;duction des charges fiscales). Abrit&eacute;s derri&egrave;re le dynamisme de l&rsquo;&eacute;conomie am&eacute;ricaine, les patrons fran&ccedil;ais ont construit leurs sch&eacute;mas de pens&eacute;e dans le p&eacute;rim&egrave;tre occidental, sans anticiper les nouvelles formes de rapports de force g&eacute;o&eacute;conomiques.</p>
<p>Courriel : harbulot@ege.fr<br />
Le livre : http://www.spinpartners.fr/content/view/65/</p>
<p>Sites de r&eacute;f&eacute;rence <br />
&Eacute;cole de Guerre &Eacute;conomique : www.ege.fr<br />
Site Infoguerre : www.infoguerre.fr <br />
Spin-Partners : http://www.spinpartners.fr/index.php</p>
<p>
Autres Ouvrages de Christian Harbulot</p>
<p>. La France a-te-elle une strat&eacute;gie de puissance &eacute;conomique, &Eacute;ditions LaVauzelle, 2004</p>
<p>. La Guerre Cognitive &ndash; L&rsquo;arme de la connaissance, Ed. LaVauzelle, 2002</p>
<p>. La France doit dire non, 1999</p>
<p>. La Machine de guerre &eacute;conomique, 1992</p>
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</ol></p>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Michel AOUN : « Je suis un catalyseur crédible pour l’avenir du Liban ».</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Mar 2005 10:17:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[<b>INFOGUERRE- Quel est votre sentiment en voyant les images des manifestations populaires sur la place des martyrs ? </b>
Ce qui se passent aujourd’hui à Beyrouth n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat d’années de résistance du peuple libanais. Si l’opposition est dans la rue c’est parce qu’elle a compris que le changement était possible désormais. Nous avons déjà obtenu la démission du gouvernement mais ce n’est pas suffisant. Vous le savez peut-être, au cours de mes récents voyages aux Etats-Unis, j’ai été reçu par des hauts responsables politiques du Sénat et de l’administration.
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><b>INFOGUERRE- Quel est votre sentiment en voyant les images des manifestations populaires sur la place des martyrs ? </b><br />
Ce qui se passent aujourd’hui à Beyrouth n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat d’années de résistance du peuple libanais. Si l’opposition est dans la rue c’est parce qu’elle a compris que le changement était possible désormais. Nous avons déjà obtenu la démission du gouvernement mais ce n’est pas suffisant. Vous le savez peut-être, au cours de mes récents voyages aux Etats-Unis, j’ai été reçu par des hauts responsables politiques du Sénat et de l’administration.<span id="more-805"></span>Lors des entretiens que j’ai eu, j’ai pu mesurer combien les Américains voulaient faire du Liban une véritable plate-forme de la paix au proche-Orient. Grâce à la volonté affichée des Américains, le Président français est en train lui aussi d’accentuer sa pression sur la Syrie pour que le Liban retrouve la souveraineté. Le mouvement est enclenché et il ira jusqu’à la libération de mon pays. En regardant les images dont vous parlez, ce qui me réjouit le plus c’est de voir l’unité retrouvée du peuple libanais. Chrétiens, Sunnites, Druzes et même certains Chiites veulent ensemble le départ des militaires syriens…</p>
<p><b>Vous aussi vous voyez la main de Damas derrière l’assassinat de Rafik d’Hariri </b>?<br />
Comme beaucoup j’ai de sérieux soupçons sur les auteurs de cet attentat. Néanmoins, l’effet obtenu n’est peut-être pas celui qui était recherché. Aujourd’hui le Liban est uni dans la peine pour demander la vérité sur acte odieux. Je pense que pour perpétrer un tel attentat il fallait de toute façon une grosse logistique.</p>
<p><b>Vous désignez donc la Syrie ? </b><br />
Peut-être…</p>
<p><b>N’avez vous pas peur de la réaction de la Syrie devant l’ampleur des manifestations ? </b><br />
Non, car la pression est chaque jour plus importante. Je ne souhaite pas que la Syrie soit écrasée et éliminée, je souhaite simplement que le Liban retrouve son indépendance. Vous savez, il faut être fort des deux cotés pour faire la paix …Seule l’ONU est compétente, c’est pourquoi j’en appelle aux Nations Unies pour faire respecter la Résolution 1559 appelant au respect de la souveraineté du Liban et au retrait de toutes les forces étrangères de son sol. Cette résolution a été initialement présentée par les Etats-Unis et la France, elle demande que  soient strictement respectées la souveraineté, l&#8217;intégrité territoriale, l&#8217;unité et l&#8217;indépendance politique du Liban, placé sous l&#8217;autorité exclusive du gouvernement libanais s&#8217;exerçant sur l&#8217;ensemble du territoire libanais. Ce texte demande aussi que les prochaines élections présidentielles au Liban se déroulent selon un processus électoral libre et régulier, conformément à des règles constitutionnelles libanaises élaborées en dehors de toute interférence ou influence étrangère. </p>
<p><b>Et Israël ? </b><br />
Concernant Israël, ma position reste la même. Il faut la sécurité pour les Israéliens. Parallèlement, les Palestiniens doivent avoir une patrie et les Libanais leur souveraineté. Si on met place ces trois objectifs, nous pourront avoir la paix dans cette région du monde. Le sud Liban ne doit plus servir à déstabiliser Israël et la région. La résolution 1559 dont je viens de parler rappelle que  toutes les milices libanaises et non libanaises présentent au Liban doivent être dissoutes et désarmées. C’est une condition pour pacifier nos frontières. </p>
<p><b>Comptez-vous revenir dans votre pays après plus de dix ans d’exil ? </b><br />
Oui, bien sur que oui ! Mais mon départ pour Beyrouth n’est pas d’actualité. Je ne souhaite pas revenir dans un pays occupé. Tant que les Syriens seront au Liban je ne reviendrai pas car je serai alors obligé de me compromettre avec l’occupant. Comme tous les patriotes libanais de toutes confessions, j’exige le retrait de l’armée syrienne et le report des élections après leur départ. La démocratie ne peut s’exercer avec une présence militaire étrangère. </p>
<p><b>Vous voyez-vous jouer un rôle politique ? </b><br />
Oui, je n’ai pas peur de le dire. Je pense être un catalyseur crédible. Depuis des années je multiplie les rencontres avec les représentants des différents confessions et partis libanais. Je fédère autour de moi des Druzes, des Chrétiens et des Musulmans. Je pense pouvoir jouer un rôle dans la réconciliation nationale dont mon pays a besoin. Mais je n’ai aucune envie de rentrer dans le jeu politique tant que la situation n’est pas saine.</p>
<p><b>Et la réconciliation entre chrétiens? </b><br />
Concernant Samir Geagea, il faudra qu’il soit rejugé par un vrai tribunal légal et non pas devant une cour de justice comme celle qui l’a condamnée. Je pense que la paix dont le Liban a tant besoin passe par une amnistie, mais ce n’est pas à moi d’en juger. Aujourd’hui ce qui me préoccupe c’est l’unité et la souveraineté de mon pays.</p>
<p>Propos recueillis par Jean-Baptiste Jusot</p>
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		<title>Entretien avec Christian Harbulot : La France et l’Europe face à l’américanisati</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Jul 2004 18:42:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[<b>Conflits Actuels : </b> 
Le parcours qui est le votre est tout à fait éclairant de la logique fondamentale de votre démarche : co-auteur du rapport « Martre », figure emblématique de l’intelligence économique en France, Fondateur et Directeur de l’Ecole de guerre économique (groupe ESLSCA), vous avez été auditionné par la Commission spéciale du Parlement européen sur le réseau américain d’espionnage et d’écoute de grande ampleur <i>Echelon</i>, et votre intervention a enfin fait comprendre à des parlementaires silencieux et attentifs la vraie nature de l’opposition dans l’art de la connaissance et de l’information. Pouvez-vous resituer la cohérence sur près de vingt ans de vos travaux de recherches sur les terrains et stratégies d’affrontement, notamment vis-à-vis de Etats-Unis dans les domaines économiques et culturels ?
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><b>Conflits Actuels : </b><br />
Le parcours qui est le votre est tout à fait éclairant de la logique fondamentale de votre démarche : co-auteur du rapport « Martre », figure emblématique de l’intelligence économique en France, Fondateur et Directeur de l’Ecole de guerre économique (groupe ESLSCA), vous avez été auditionné par la Commission spéciale du Parlement européen sur le réseau américain d’espionnage et d’écoute de grande ampleur <i>Echelon</i>, et votre intervention a enfin fait comprendre à des parlementaires silencieux et attentifs la vraie nature de l’opposition dans l’art de la connaissance et de l’information. Pouvez-vous resituer la cohérence sur près de vingt ans de vos travaux de recherches sur les terrains et stratégies d’affrontement, notamment vis-à-vis de Etats-Unis dans les domaines économiques et culturels ?<span id="more-730"></span><b>Christian Harbulot : </b><br />
En vingt ans, ma démarche a couvert plusieurs champs d’étude. Au milieu des années 1980, j’ai commencé par travailler avec Bernard Nadoulek sur la comparaison des matrices culturelles (1) anglo-saxonnes, asiatiques et latines avant de me spécialiser ensuite sur l’étude du rôle du renseignement et de l’information dans les affrontements de nature économique (2). C’est ce qui m’a amené à inventer le concept d’intelligence économique, repris quelques années plus tard par l’équipe constituée par Jean-Louis Levet et Philippe Clerc au sein du Commissariat Général du Plan (3). Ce cheminement m’amène aujourd’hui à concentrer ma recherche sur l’étude des rapports de forces entre puissances. La confrontation idéologique entre l’Est et l’Ouest au cours du XXème siècle a parasité la lecture des antagonismes traditionnels entre les peuples, les cultures, les religions et les nations. Quinze après la sortie de la guerre froide, il me semble nécessaire de tenter une nouvelle approche intellectuelle qui établirait une passerelle entre la perception des conflits avant 1917 et celle que nous découvrons aujourd’hui après la disparition des Blocs. Mes travaux m’ont amené à identifier trois cycles dans l’évolution des rapports de force entre puissances :<br />
-	Un cycle long qui peut être illustré par la victoire de la jeune République américaine sur l’Europe. En deux siècles, les Etats-Unis ont ravir la suprématie mondiale  aux empires coloniaux européens. Cette défaite objective est encore un non dit très mal assumé par les élites européennes. Elle est pourtant bien réelle et sa portée est mesurable aussi bien sur le plan géostratégique que sur le plan géoéconomique.<br />
-	Un cycle moyen qui peut être décrit par la manière dont les Etats-Unis prennent en compte depuis les années 1990 la montée en puissance de la Chine sur la scène internationale. La pérennité de la superpuissance américaine dépend de la manière dont Washington saura contenir l’appétit des nations en recherche de puissance. Cette forme de rivalité sous-jacente se gère sur des périodes qui peuvent s’étendre sur plusieurs décennies dans la mesure où elles ne se traduisent pas par des conflits d’ordre militaire.<br />
-	Un cycle court symbolisé par les conflits de faible ou moyenne intensité comme fut le cas pour la dernière guerre en Irak. </p>
<p><b>C. A. : </b><br />
La dimension de la guerre par l’information est devenue particulière dans un contexte stratégique dans lequel les Etats-Unis visent à devenir le modèle de référence par la maîtrise de la production de connaissances en amont et en aval. Quelle est l’actualité de l’<i>information warfare</i> et de l’<i>information dominance</i> ?</p>
<p><b>C. H. : </b><br />
Les concepts américains d’<i>information warfare</i> et d’<i>information dominance</i> sont en train de démontrer leur limite sur le plan militaire. L’affaire des armes de destruction massive et le scandale sur les tortures ont porté un coup important à la crédibilité des Américains dans ce domaine. Contrairement à ce qui est dit, ces échecs ne résultent pas simplement de mauvais choix politiques mais aussi de leur mode de raisonnement. Le système américain a été conçu dans un cadre mono culturel et dans un rapport du fort au faible, c’est-à-dire en négligeant les spécificités des autres cultures. Dans le passé, ce type d’impasse leur a déjà posé de gros problèmes en Asie (guerre de Corée et du Vietnam). Ces défaillances ont également été perceptibles en Somalie et se perpétuent désormais dans la seconde phase du conflit irakien. Les correctifs apportés après la guerre du Vietnam ont modifié la forme mais pas le fond. Afin de ne pas retomber dans le même piège médiatique que celui tendu par le Nord Vietnam, l’US Army a canalisé de manière très efficace les journalistes couvrant la première guerre du Golfe. En revanche, l’opération de communication destinée à légitimer le concept de guerre préventive a buté sur les différences culturelles de perception d’un continent à l’autre. Ce mode de raisonnement n’est pas propre aux militaires. Des multinationales américaines ont commis des erreurs similaires : Monsanto dans sa campagne de communication sur les OGM en Europe et Coca Cola avec le lancement raté de son eau aromatisée en Grande Bretagne. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les élites occidentales vivent à l’heure américaine. Les grandes organisations internationales ont été formatées par les Etats-Unis. Elles restent encore globalement sous leur influence.<br />
A l’image du modèle soviétique qui a réussi à subvertir durablement des fractions de l’intelligentsia sur tous les continents, les idées reçues de la <i>propagande</i> américaine ont créé des barrières mentales très tenaces parmi les élites occidentales. L’hostilité manifestée par le Medef et certains grands patrons français à l’égard de la position prise par les autorités françaises dans l’OPA de Sanofi sur Aventis démontre bien que la dimension supérieure de l’intérêt de puissance n’est pas prise en compte par une partie des industriels de notre pays. Un tel décalage est le résultat de l’effet persuasif de l’information dominance américaine. </p>
<p><b>C. A. : </b><br />
L’école de guerre économique dont vous êtes le fondateur, a formulé un concept distinct de la guerre par l’information développée aux Etats-Unis, celui de la guerre cognitive. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il recouvre ?</p>
<p><b>C. H. : </b><br />
La société de l’information génère des rapports de force cognitifs entre des Etats qui cherchent à accroître leur puissance par la production de connaissances et la manipulation de l’information. Pour tempérer l’influence américaine en matière d’<i>information warfare</i> et d’<i>information dominance</i>, nous avons décidé de réfléchir à un nouveau concept de guerre cognitive (4) sur lequel nous travaillons depuis 4 ans. Nous l’avons conçu pour penser cette dimension de l’affrontement indirect dans un rapport du faible au fort, en évitant de reproduire les erreurs américaines. A ce titre, nous nous différencions de la démarche marketing d’industriels de l’armement français qui vendent des produits labellisés <i>information warfare</i>, en s’inspirant des méthodes américaines. Notre approche de la guerre cognitive privilégie l’art de la polémique plutôt que la manipulation de l’information et la désinformation. Contrairement aux lois de la guerre traditionnelle, l’avantage est à l’attaquant. Les moyens financiers et humains ne déterminent pas obligatoirement l’issue du conflit car le faible peut l’emporter. Les techniques de guerre cognitive peuvent être aussi une arme de dissuasion. C’est dans cette optique que je pilote cette année un séminaire au collège interarmées de Défense. Dans le même ordre d’idées, nous testons avec Didier Lucas ce concept sein de l’école des ESORSEM qui regroupe les officiers de réserve.</p>
<p><b>C. A. : </b><br />
Vous avez annoncé que les travaux du Laboratoire de recherche de l’École de guerre économique (Larege) se focaliseraient maintenant sur l’étude de la légitimité du discours sur la recherche de puissance au service des intérêts de la France, voire de l’Europe. Qu’est-ce qui jusqu’à maintenant a anesthésié au niveau des dirigeants français cette recherche légitime ? Pourquoi fut-il si longtemps interdit de réfléchir sur les stratégies de puissance et la défense de l’intérêt national que celles-ci induiraient ?</p>
<p><b>C. H. : </b><br />
La problématique des rapports de force entre puissances est restée longtemps cantonnée en France à une analyse des conflits militaires. Cette tendance s’est renforcée par le fait que la diminution des conflits portant sur des revendications territoriales ait vidé progressivement de son sens la notion de conflictualité en termes d’accroissement de puissance. Il a fallu attendre la démonstration par les faits de l’enjeu pétrolier dans le conflit irakien pour redécouvrir le lien direct entre la guerre et l’économie. Cette mise en évidence de la problématique sur la puissance ouvre la voie à une nouvelle formulation de la pensée stratégique. Mais l’actuelle génération aux commandes est prisonnière des schémas de pensée issues de la Guerre froide. Pendant un demi siècle, la France a vécu dans le sillage des Etats-Unis, à la fois sur le plan sécuritaire que sur le plan économique. Il est donc normal pour cette génération de préserver cet acquis et même de le pérenniser.</p>
<p><b>C. A. : </b><br />
Pourquoi pensez-vous que la période actuelle soit plus ouverte à ce genre de réflexion ; que les <i>a priori</i> concernant la dynamique de puissance soit moins forts et que les Français et les Européens soient éventuellement plus réceptifs au discours d’affirmation de la souveraineté ?</p>
<p><b>C. H. </b><br />
Le général de Gaulle a essayé de mettre en avant le principe d’indépendance nationale au début de la Vème République. Par la suite, la seule innovation a été la recherche de taille critique en matière de secteurs industriels considérés comme stratégique. Mais la pensée stratégique française s’est arrêtée en chemin, confondant la construction de l’Europe avec la nécessité de s’adapter à des impératifs de puissance qui sont en perpétuelle mutation. J’ai envie de reprendre la formule exprimée jadis par Liddel Hart dans sa lecture de la seconde guerre mondiale, ayons l’audace de bâtir une <i>grande stratégie</i> de puissance qui transcende les idées anciennes d’indépendance nationale, de taille critique et de grands projets. </p>
<p><b>C. A. : </b><br />
L’une des idées que vous développez avec régularité est celle de la création d’un réseau rassemblant enfin les acteurs nationaux de l’économie de combat ; quelle réalité et quelle efficacité en attendez-vous ?</p>
<p><b>C. H. : </b><br />
Prenons un exemple : au début des années 1990, le pouvoir politique n’a pas su anticiper l’importance de la carte à puces en tant que stratégie de puissance. Ne recommençons pas la même erreur avec le calcul numérique. Nous avons cinq ans d’avance sur les Américains dans un domaine industriel de pointe promis à des applications industrielles multiples. Apprenons à préserver cet avantage dans un cadre de puissance. Les industriels ont déjà prouvé qu’ils pouvaient être déficients pour préserver l’acquis d’une richesse de portée nationale. Dans un tout autre ordre d’idées, l’axe santé/alimentation/art de vivre pourrait être la source d’une nouvelle forme de développement durable découplée du modèle américain. Le pouvoir politique doit jouer un rôle décisif dans la formulation d’une telle stratégie globale valable autant pour la France que pour l’Europe. Encore faudrait-il qu’il s’en donne les moyens. Cette démarche demande du courage car il est évident qu’elle se heurterait à l’opposition d’une partie de nos propres producteurs qui par opportunisme préfèrent rester inféodés au modèle productif dominant.</p>
<p><b>C. A. : </b><br />
Pouvez-vous nous indiquer quels sont vos prochains travaux, publications voire les nouvelles orientations sur lesquelles le Larege va se concentrer dans un prochain avenir ?</p>
<p><b>C. H. : </b><br />
Nous sommes engagés par le biais du Larege dans une série de publication programmées jusqu’en automne 2004. <i>La France a-t-elle une stratégie de puissance</i> est sortie en avril 2004 aux éditions Lavauzelle. Il s’agit d’un ouvrage collectif qui s’inscrit bien dans la problématique du moment. Mais à la suite d’une série de discussions approfondies avec Aymeric Chauprade (5), nous avons décidé d’enfoncer le clou en rédigeant un ouvrage à vocation universitaire intitulé <i>Les chemins de la puissance</i>. C’est en quelque sorte un retour aux sources de cette aventure humaine qui a débuté au début des années 1980 par la comparaison des matrices culturelles. Dans ce dernier ouvrage collectif, nous nous efforçons de présenter les différentes conceptions de la puissance dans l’histoire des peuples et des civilisations, ainsi qu’un état des lieux des stratégies de puissance au XXIème siècle. Il s’agit de sortir du ghetto idéologique dans lequel nous nous sommes enfermés au siècle dernier. La défense de la démocratie et le mythe du progrès par la science n’expliquent pas tout. Il est grand temps de s’interroger sur la manière dont la France peut rester maître de sa destinée.</p>
<p>(1) Voir l’étude Intelligence stratégique publiée par Aditech, en 1989.<br />
(2) Christian Harbulot, La machine de guerre économique, Economica, 1992.<br />
(3) Rapport Intelligence économique et stratégies des entreprises, La Documentation française, 1994.<br />
(4) Christian Harbulot, Didier Lucas, La guerre cognitive, Lavauzelle, 2002.<br />
(5)Géopoliticien et directeur des études civiles au Collège Interarmées de Défense   </p>
<p><a href="http://www.conflits-actuels.com/article.php3?id_article=473" target=_blank> Conflits Actuels </a></p>
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</ol></p>]]></content:encoded>
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		<title>Affaire du Saumon &#8211; Interview de Philippe Barbe, PDG de Direct Ocean</title>
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		<pubDate>Sun, 16 May 2004 14:49:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[saumon]]></category>

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		<description><![CDATA[<b>« Pour eux c’est du business, pour nous c’est immoral »</b>
En début d’année, une étude publiée par la revue <i>Science</i> prétendait démontrer les risques pour la santé que pouvait présenter une consommation même limitée de saumon d’élevage. Le récit de cette malheureuse affaire avait alors été publié dans ces colonnes. Démenties depuis par un nombre important d’organismes comme l’AFSSA, les conclusions plus qu’orientées de cette étude qui opposait la nocivité du saumon d’élevage (essentiellement européen et chilien) aux bienfaits de la consommation de saumon sauvage (en particulier celui provenant d’Alaska) ont fait énormément de mal à l’industrie européenne du saumon.
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><b>&laquo; Pour eux c&rsquo;est du business, pour nous c&rsquo;est immoral &raquo;</b> En d&eacute;but d&rsquo;ann&eacute;e, une &eacute;tude publi&eacute;e par la revue <i>Science</i> pr&eacute;tendait d&eacute;montrer les risques pour la sant&eacute; que pouvait pr&eacute;senter une consommation m&ecirc;me limit&eacute;e de saumon d&rsquo;&eacute;levage. Le r&eacute;cit de cette malheureuse affaire avait alors &eacute;t&eacute; publi&eacute; dans ces colonnes. D&eacute;menties depuis par un nombre important d&rsquo;organismes comme l&rsquo;AFSSA, les conclusions plus qu&rsquo;orient&eacute;es de cette &eacute;tude qui opposait la nocivit&eacute; du saumon d&rsquo;&eacute;levage (essentiellement europ&eacute;en et chilien) aux bienfaits de la consommation de saumon sauvage (en particulier celui provenant d&rsquo;Alaska) ont fait &eacute;norm&eacute;ment de mal &agrave; l&rsquo;industrie europ&eacute;enne du saumon.<span id="more-711"></span>Quelques mois apr&egrave;s le d&eacute;but de cette affaire, Philippe Barbe, PDG de Direct Ocean (premier importateur fran&ccedil;ais de saumon), a accept&eacute; de r&eacute;pondre &agrave; nos questions depuis son si&egrave;ge de Boulogne-sur-Mer. </p>
<p style="text-align: justify;"><b>L&rsquo;&eacute;tude qui est parue dans <i>Science</i> a eu beaucoup d&rsquo;&eacute;chos dans les m&eacute;dias. Quel impact a eu cet article sur votre activit&eacute; ?</b>  <br />
L&rsquo;impact a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s fort juste apr&egrave;s la sortie de l&rsquo;article pendant les mois de janvier et de f&eacute;vrier, puis s&rsquo;est fortement r&eacute;duit &agrave; partir du mois de mars. Cet impact a donc &eacute;t&eacute; tr&egrave;s intense mais relativement bref. Dans les semaines qui ont suivi la parution de l&rsquo;&eacute;tude, notre entreprise a connu une baisse de 70% de son volume d&rsquo;activit&eacute; par rapport &agrave; l&rsquo;an dernier. Mais depuis, cela est remont&eacute;. Nous estimons que notre activit&eacute; a baiss&eacute; de 15 % entre le mois de janvier et le mois d&rsquo;avril par rapport &agrave; son niveau habituel.  </p>
<p style="text-align: justify;"><b>Etes-vous toujours affect&eacute;s par cette crise ? </b>  <br />
Oui, mais cela s&rsquo;est &eacute;norm&eacute;ment adouci sur la p&eacute;riode d&rsquo;avril et de mai. Nous sommes pratiquement revenus &agrave; un niveau normal d&rsquo;activit&eacute;. Mais cela nous a quand m&ecirc;me co&ucirc;t&eacute; 100.000 euros. En ce qui concerne l&rsquo;industrie europ&eacute;enne dans sa globalit&eacute;, on estime les pertes &agrave; 25 millions d&rsquo;euros gr&acirc;ce &agrave; des calculs qui ont &eacute;t&eacute; faits pour le d&eacute;p&ocirc;t d&rsquo;une plainte. De ce point de vue, c&rsquo;est dramatique.  </p>
<p style="text-align: justify;"><b>Quel cr&eacute;dit apportez-vous aux r&eacute;sultats de cette &eacute;tude ? </b>  <br />
Le lobbying est un sport national aux Etats-Unis. J&rsquo;y ai v&eacute;cu pendant dix ans, je connais bien ce pays et sa culture du business. Il est clair que l&rsquo;&eacute;tude a &eacute;t&eacute; financ&eacute;e par une fondation, la <i>Pew Charitable Trusts</i>, et que des producteurs de saumon d&rsquo;Alaska si&egrave;gent au Conseil d&rsquo;Administration de cette fondation. Depuis longtemps, les Am&eacute;ricains tentent d&rsquo;exclure le saumon d&rsquo;&eacute;levage de leur march&eacute;. Les producteurs chiliens de saumon d&rsquo;&eacute;levage, qui produisent 70 % du saumon consomm&eacute; aux Etats-Unis, ont d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; victimes de ces tentatives d&rsquo;exclusion. Il y a eu des accusations de dumping et autres, ces actions ont co&ucirc;t&eacute; beaucoup d&rsquo;argent &agrave; leurs cibles mais n&rsquo;ont jamais r&eacute;ellement abouti, et n&rsquo;ont pas entam&eacute; le libre acc&egrave;s du saumon chilien au march&eacute; am&eacute;ricain. De plus, les producteurs am&eacute;ricains ont perdu une grosse partie du march&eacute; japonais &agrave; cause du poisson chilien, et ils ont &eacute;galement perdu le march&eacute; europ&eacute;en. Cela ressemble donc un peu &agrave; un cri d&rsquo;agonie, ils essaient de se battre pour survivre.  Mais il y a beaucoup d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments &agrave; prendre en compte. A l&rsquo;heure actuelle, on ne peut pas &ecirc;tre convaincu &agrave; cent pour cent d&rsquo;une tentative de d&eacute;stabilisation provenant des producteurs d&rsquo;Alaska. Il ne faut donc pas se pr&eacute;cipiter ou g&eacute;n&eacute;raliser, je sais que tous les producteurs d&rsquo;Alaska n&rsquo;ont pas particip&eacute; &agrave; cette campagne de d&eacute;nigrement, qui a pu n&rsquo;&ecirc;tre orchestr&eacute;e que par un nombre r&eacute;duit de ces producteurs.  </p>
<p style="text-align: justify;"><b>Il y a donc une proc&eacute;dure judiciaire qui a &eacute;t&eacute; lanc&eacute;e ? </b>  <br />
Oui, nous avons port&eacute; plainte pour d&eacute;nigrement, mais il y a peu de chances que cette proc&eacute;dure puisse aboutir. Il est difficile de prouver la r&eacute;alit&eacute; des faits. </p>
<p style="text-align: justify;"><b>Aviez-vous vu le reportage qui &eacute;tait pass&eacute; dans <i>Envoy&eacute; Sp&eacute;cial</i> au sujet de cette affaire ? <br />
</b>  Oui, nous y avons particip&eacute;, une partie se d&eacute;roulait m&ecirc;me &agrave; Boulogne. Ce reportage &eacute;tait tr&egrave;s bien fait, dans la mesure o&ugrave; il a essay&eacute; de r&eacute;pondre &agrave; certaines questions, et surtout &agrave; la principale : Est-ce que le saumon d&rsquo;&eacute;levage peut &ecirc;tre consomm&eacute; sans danger pour la sant&eacute; ? Ils y ont bien r&eacute;pondu gr&acirc;ce aux interviews de diff&eacute;rents scientifiques qui ont confirm&eacute; qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucun risque. En revanche, ils ont pr&eacute;f&eacute;r&eacute; laisser un point d&rsquo;interrogation sur les questions qui n&rsquo;avaient pas de r&eacute;ponse s&ucirc;re, comme le fait de savoir s&rsquo;il y avait eu une cabale d&rsquo;orchestr&eacute;e et si oui, par qui elle l&rsquo;avait &eacute;t&eacute;. Et leur r&eacute;action a &eacute;t&eacute; normale, car on n&rsquo;a pas vraiment de preuve irr&eacute;futable et on en n&rsquo;aura jamais. Cela peut &ecirc;tre une minorit&eacute; de producteurs d&rsquo;Alaska qui ont utilis&eacute; une position dans une fondation pour agir et tenter une d&eacute;stabilisation, mais cela est tr&egrave;s difficile &agrave; prouver. </p>
<p style="text-align: justify;"><b>Pensez-vous que d&rsquo;autres acteurs, comme les fournisseurs d&rsquo;huile v&eacute;g&eacute;tale pour la nourriture des poissons, pourraient &ecirc;tre impliqu&eacute;s ? </b>  <br />
Non, je ne vois pas l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t qu&rsquo;ils auraient trouv&eacute; dans l&rsquo;affaire. De toute fa&ccedil;on, nous utilisons d&eacute;j&agrave; de l&rsquo;huile v&eacute;g&eacute;tale pour nourrir les saumons (&agrave; hauteur de 40% de la nourriture totale). Les producteurs de saumon d&rsquo;&eacute;levage veulent m&ecirc;me en utiliser le maximum pour des raisons de disponibilit&eacute; (cette huile est moins ch&egrave;re et beaucoup plus abondante que l&rsquo;huile de poisson, qui est limit&eacute;e par les ressources maritimes). Je ne vois donc pas l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t, il vaut mieux pour eux que le saumon d&rsquo;&eacute;levage marche le mieux possible.   </p>
<p style="text-align: justify;"><b>Vous n&rsquo;avez pas vu ces acteurs se comporter diff&eacute;remment apr&egrave;s la parution de l&rsquo;article ? </b>  <br />
Non, vraiment pas. Ce qui est vrai, et dommageable pour nous, c&rsquo;est que cela a donn&eacute; un regain &agrave; la consommation de saumon sauvage. Il ne faut pas se m&eacute;prendre, il y a du tr&egrave;s bon saumon sauvage, comme c&rsquo;est le cas pour certaines esp&egrave;ces p&ecirc;ch&eacute;es au Canada, mais celui-ci n&rsquo;est consomm&eacute; qu&rsquo;au Japon ou sur le march&eacute; domestique. En Europe, nous n&rsquo;en voyons jamais la couleur. Le saumon sauvage pr&eacute;sent sur le march&eacute; europ&eacute;en est du saumon bas de gamme. Mais cela n&rsquo;emp&ecirc;che pas beaucoup d&rsquo;acteurs du surgel&eacute; d&rsquo;utiliser du sauvage plut&ocirc;t que du saumon d&rsquo;&eacute;levage suite &agrave; cette &eacute;tude, ce qui est p&eacute;nalisant pour le consommateur final car le produit est moins bon. Un plat surgel&eacute; fait avec du Pink d&rsquo;Alaska (sauvage) et un plat fait &agrave; partir de saumon d&rsquo;&eacute;levage du Chili, d&rsquo;Ecosse ou de Norv&egrave;ge, cela n&rsquo;a rien &agrave; voir ! D&rsquo;un cot&eacute;, on a un produit sec et fade, de l&rsquo;autre un produit moelleux et qui a du go&ucirc;t. Nous vendons du sauvage, mais on ne pousse pas ce produit car sa qualit&eacute; est inf&eacute;rieure &agrave; celle du saumon d&rsquo;&eacute;levage. Malgr&eacute; cela, certains clients pr&eacute;f&egrave;rent tout de m&ecirc;me le sauvage en se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; l&rsquo;article de <i>Science</i>. Il y a donc une recrudescence de la vente de sauvage en ce moment.  </p>
<p style="text-align: justify;"><b>Mais au niveau du grand public, on a l&rsquo;impression que c&rsquo;est la fili&egrave;re du saumon dans son ensemble, qu&rsquo;il soit sauvage ou d&rsquo;&eacute;levage, qui a &eacute;t&eacute; affect&eacute;e par les r&eacute;sultats de l&rsquo;&eacute;tude. Le consommateur va-t-il &agrave; l&rsquo;avenir plus s&rsquo;orienter vers le saumon sauvage ? </b>  <br />
Sur le march&eacute; int&eacute;rieur, la vente de saumon sauvage a connu un certain regain, mais cela devrait s&rsquo;&eacute;teindre comme un feu de paille. Aujourd&rsquo;hui, le consommateur est mieux inform&eacute; et mieux arm&eacute; pour juger du go&ucirc;t d&rsquo;un produit et de sa qualit&eacute;. Apr&egrave;s avoir essay&eacute; le sauvage, il devrait donc dans les mois &agrave; venir retourner vers le saumon d&rsquo;&eacute;levage, tout simplement parce qu&rsquo;il est meilleur. Il va se rendre compte qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; roul&eacute; dans la farine dans cette histoire.  </p>
<p style="text-align: justify;"><b>Vous avez v&eacute;cu aux Etats-Unis pendant dix ans. Aviez-vous d&eacute;j&agrave; eu vent de ce genre de tentative de d&eacute;stabilisation ? <br />
</b>  Oui. A titre d&rsquo;exemple, la publicit&eacute; comparative est interdite en France alors qu&rsquo;elle est utilis&eacute;e couramment aux Etats-Unis. Le d&eacute;nigrement du produit concurrent est constamment pratiqu&eacute;. C&rsquo;est une culture, le reflet d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; diff&eacute;rente de la n&ocirc;tre. Pour eux c&rsquo;est du business, pour nous c&rsquo;est immoral. Ils ne voient pas cela comme quelque chose de punissable et de bannissable, mais bien comme une mani&egrave;re de faire des affaires et de gagner de l&rsquo;argent. C&rsquo;est une culture diff&eacute;rente, avec des valeurs diff&eacute;rentes&hellip;  </p>
<p style="text-align: justify;"><b>Avez vous re&ccedil;u des propositions d&rsquo;aide au plus fort de la crise de la part d&rsquo;entreprises ou des pouvoirs publics ? </b>  <br />
Les pouvoirs publics ne nous ont pas aid&eacute;s, mais il n&rsquo;y  avait aucune raison &agrave; cela dans la mesure o&ugrave; la crise a &eacute;t&eacute; de courte dur&eacute;e. Les m&eacute;dias nous ont en revanche offert une aide pr&eacute;cieuse apr&egrave;s avoir fait &eacute;tat de la parution de l&rsquo;&eacute;tude. Il est vrai que le 8 janvier, le 20h de TF1 a descendu le saumon d&rsquo;&eacute;levage en rapportant les r&eacute;sultats de l&rsquo;&eacute;tude. Derri&egrave;re, ils ont &eacute;t&eacute; assez peu actifs dans la contre-campagne organis&eacute;e pour rassurer le consommateur et d&eacute;noncer le caract&egrave;re orient&eacute; de l&rsquo;&eacute;tude. Mais par la suite, nous avons re&ccedil;u de l&rsquo;aide de la part de France 2, France 3 et de Canal Plus o&ugrave; j&rsquo;ai pu participer &agrave; l&rsquo;&eacute;mission &laquo; Merci pour l&rsquo;info &raquo; et o&ugrave; on m&rsquo;a laiss&eacute; parler. On a &eacute;t&eacute; vraiment appuy&eacute;, on sentait bien que tous les journalistes comprenaient qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucune raison de descendre le saumon d&rsquo;&eacute;levage et que c&rsquo;&eacute;tait un produit sain. Derri&egrave;re, il y a donc eu un gros appui de tous les m&eacute;dias, que ce soit la presse &eacute;crite ou audiovisuelle. Cela a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s positif, car cela nous a permis de r&eacute;sorber rapidement la crise et de limiter son impact sur une p&eacute;riode tr&egrave;s courte. Nous avons pu ainsi &eacute;teindre le feu m&eacute;diatique tr&egrave;s vite, ce qui est capital dans ce genre de situation.  </p>
<p style="text-align: justify;"><b>Merci &agrave; Philippe Barbe d&rsquo;avoir r&eacute;pondu &agrave; nos questions. </b></p>
<p style="text-align: justify;">Propos recueillis par Nicolas Chazaud pour <span style="padding: 0pt; background-color: yellow; color: black; display: inline; font-size: inherit;" class="__mozilla-findbar-search">Infoguerre</span></p>
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</ol></p>]]></content:encoded>
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		<title>Pour maîtriser la technologie, il faut oser affronter la puissance américaine</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Sep 2003 09:28:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[Avec l'aimable autorisation du site <a  href="http://www.transfert.net" target="_blank"> tranfert.net</a> infoguerre reproduit <i>in extenso</i> l'interview accordé par Christian Harbulot à <a hef="http://www.transfert.net/a9231" target="_blank">tranfert.net</a>.
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Avec l&#8217;aimable autorisation du site <a  href="http://www.transfert.net" target="_blank"> tranfert.net</a> infoguerre reproduit <i>in extenso</i> l&#8217;interview accordé par Christian Harbulot à <a hef="http://www.transfert.net/a9231" target="_blank">tranfert.net</a>.<span id="more-604"></span>L&#8217;apôtre de la &laquo;&nbsp;guerre économique&nbsp;&raquo; réagit au rapport Carayon sur l&#8217;intelligence économique. Accablant.<br />
Bernard Carayon a rendu fin juin au Premier ministre un rapport intitulé &laquo;&nbsp;Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale&nbsp;&raquo;, rendu public dans le courant du mois d&#8217;août. Le député UMP avait pour mission de dresser &laquo;&nbsp;l&#8217;état des lieux de la façon dont notre pays intègre la fonction d&#8217;intelligence économique dans son système éducatif et de formation, dans son action publique et au sein du monde des entreprises&nbsp;&raquo;. Un site dédié équipé d&#8217;un forum ouvert aux internautes accompagne la sortie du document. </p>
<p>Sous les trois angles considérés, administration, formation et entreprises, le constat dressé par le rapport Carayon se révèle accablant. Le texte dénonce une pratique des stratégies au coup par coup issue de l&#8217;inexistence totale de doctrine officielle sur le sujet. Il pointe du doigt l&#8217;absence de volonté politique au plus haut niveau de l&#8217;Etat, qu&#8217;il tente de réveiller en des termes parfois cruels, comme lorsqu&#8217;il s&#8217;interroge dans son préambule sur la capacité française à &laquo;&nbsp;transmettre aux générations futures un pays qui soit autre chose qu&#8217;un hypermarché au centre d&#8217;un champ de ruines sociales&nbsp;&raquo;. Ou quand il pose la question : &laquo;&nbsp;Sommes-nous destinés à devenir un simple lieu mondial de villégiature ?&nbsp;&raquo; Des inquiétudes qui tranchent avec les déclarations de Jacques Chirac ou Jean-Pierre Raffarin sur les mesures à prendre pour améliorer la compétitivité française. </p>
<p>Pour remédier à une situation jugée désastreuse, le rapport Bernard Carayon formule 38 propositions concrètes qui, pour la plupart, visent à sensibliser, former et surtout ré-organiser les services de l&#8217;Etat autour du concept de &laquo;&nbsp;guerre économique&nbsp;&raquo;. S&#8217;inspirant du modèle de l&#8217;administration Clinton qui avait mis en place un National Economic Council dès 1993, le rapport propose la création d&#8217;un Conseil National pour la Compétitivité et la Sécurité Economique (CNCSE), placé sous l&#8217;autorité du Premier Ministre. &laquo;&nbsp;Son rôle est d&#8217;alerter le gouvernement sur les thèmes critiques (ruptures technologiques, thèmes de recherche, nouvelles pratiques économiques, problèmes de sécurité&#8230;)&nbsp;&raquo; précise le texte. </p>
<p>Au sujet des services existant, le rapport Carayon demande au Secrétariat général de la défense nationale (SGDN) de revoir ses procédures pour tout ce qui touche à la sécurité des systèmes d&#8217;information, l&#8217;accréditation et le suivi des personnels. La Direction de la sécurité du territoire (DST), confirmée comme maître-d&#8217;oeuvre de cette nouvelle croisade, devrait quant à elle porter une attention particulière aux activités des multiples officines qui font de près ou de loin commerce d&#8217;influence et de renseignement : cabinets de lobbying, d&#8217;avocats d&#8217;affaires, d&#8217;audit, agences de détectives, de relations publiques, consultants en management, etc. Et donc entrer de plein pied dans la société de l&#8217;information&#8230; </p>
<p>Après la sortie du rapport, Transfert a interrogé Christian Harbulot, auditionné dans le cadre du rapport Carayon et co-auteur du 1er rapport parlementaire sur le sujet (&laquo;&nbsp;Intelligence économique et stratégie des entreprises&nbsp;&raquo;, dit &laquo;&nbsp;rapport Martre&nbsp;&raquo; et publié en 1994). Après avoir milité au sein de la Gauche prolétarienne maoïste, il publia en 1990 un livre intitulé &laquo;&nbsp;Techniques offensives et guerre économique&nbsp;&raquo;, qui fut réédité par le Parti Communiste Vietnamien, et créa en 1997 l&#8217;Ecole de Guerre Economique (lire notre article) avec un ancien haut responsable des services de renseignement français. Harbulot, qui a depuis consacré plusieurs livres à la question, est l&#8217;un des principaux théoriciens français de la &laquo;&nbsp;guerre économique&nbsp;&raquo;, notamment &laquo;&nbsp;offensive&nbsp;&raquo;. Co-fondateur de C4iFr, société de services de &laquo;&nbsp;veille économique et stratégique, art de la contre-argumentation, perception management, guerre de l&#8217;information&nbsp;&raquo;, c&#8217;est aussi un farouche tenant du &laquo;&nbsp;patriotisme économique&nbsp;&raquo;. </p>
<p>Vous avez été l&#8217;un des auteurs du rapport Martre sur l&#8217;intelligence économique, prédécesseur du rapport Carayon. Qu&#8217;apporte ce nouveau rapport au constat que vous aviez dressé il y a presque 10 ans ?<br />
Christian Harbulot : Le rapport Carayon est intéressant parce qu&#8217;il donne deux éléments essentiels : premièrement, il parle de &laquo;&nbsp;patriotisme économique&nbsp;&raquo;. Cela peut faire sourire certains, cela peut paraître ringard, mais ça ne l&#8217;est absolument pas et rira bien qui rira le dernier&#8230; Pourquoi ? Parce qu&#8217;on ne peut pas élaborer une stratégie d&#8217;accroissement de puissance sans des individus prêts à prendre des risques dans leur parcours professionnel, de haute fonction publique. Et ça, ça ne veut pas dire le &laquo;&nbsp;Rainbow Warrior&nbsp;&raquo;&#8230; On a un gros problème avec la haute fonction publique : les patriotes, on les cherche, mais on n&#8217;en trouve pas.<br />
Si on fait quelque chose dans une logique d&#8217;accroissement de puissance, c&#8217;est évident que ça ne va pas se faire simplement, c&#8217;est évident qu&#8217;on va gêner d&#8217;autres forces, c&#8217;est évident qu&#8217;on va faire passer des avis qui sont contraires à d&#8217;autres intérêts, et que c&#8217;est dans une logique de conflit, pas simplement de compétition. Seulement, là où il y a une énorme changement par rapport à la Guerre Froide, c&#8217;est que ce conflit est un conflit dissimulé. C&#8217;est un conflit non avéré qui se situe dans ce que nous appellons un rapport &laquo;&nbsp;allié-adversaire&nbsp;&raquo; (entre Europe et Etats-Unis, Ndlr). </p>
<p>Pouvez-vous préciser pourquoi vous trouvez importante la notion de &laquo;&nbsp;logique de conflit&nbsp;&raquo; ?<br />
C&#8217;est le deuxième élément intéressant et novateur du rapport : il parle &laquo;&nbsp;d&#8217;affrontement économique&nbsp;&raquo; et utilise même l&#8217;expression de &laquo;&nbsp;guerre économique&nbsp;&raquo;. Je pense qu&#8217;on n&#8217;a pas encore assez dit et répété que l&#8217;après Guerre Froide, c&#8217;est la fin de Clausewitz : c&#8217;est-à-dire que nous ne sommes plus aujourd&#8217;hui dans &laquo;&nbsp;la guerre, continuation de la politique par d&#8217;autres moyens&nbsp;&raquo; mais, à l&#8217;inverse, dans une autre formule, qui veut que la guerre ce n&#8217;est plus la guerre militaire mais la perpétuation de la guerre par d&#8217;autres moyens. Alors, les principaux rapports de force se situent dans tout ce qui est informationnel, tout ce qui est lié aux opinions publiques et tout ce qui est lié aux enjeux économiques et tehcnologiques.<br />
Entre la volonté des Etats-Unis de contrôler les flux privés d&#8217;informations mondiaux et la destruction de régiments de la Garde Républicaine irakienne, vous avez bien compris que le plus important est dans le contrôle pérenne des flux informationnels privés, plutôt que dans la destruction ponctuelle de quelques régiments blindés irakiens. Et pourtant, ce différentiel-là n&#8217;est pas exprimé dans les médias. </p>
<p>Le terme de &laquo;&nbsp;cohésion sociale&nbsp;&raquo; figure dans le titre du rapport Carayon. Les opérations d&#8217;intoxication médiatique et de manipulation de l&#8217;opinion publique sont-elles à l&#8217;ordre du jour ? Pourquoi n&#8217;observe-t&#8217;on pas pour l&#8217;instant, face à des offensives américaines concertées qui touchent aux intérêts stratégiques comme le dossier OGM ou la brevetabilité du logiciel, d&#8217;efforts de &laquo;&nbsp;contre-intox&#8217;&nbsp;&raquo; officielle ?<br />
Parce qu&#8217;il n&#8217;y a pas de stratégie. Il est évident que, l&#8217;Europe devenant autre chose qu&#8217;un marché de libre-échange, elle doit avoir une indépendance et une large maîtrise de l&#8217;initiative dans les industries et les technologies de l&#8217;information.<br />
J&#8217;insiste : à ma connaissance, la France n&#8217;a pas défini de stratégie sur une question aussi vitale que &laquo;&nbsp;Faut-il oui ou non pour l&#8217;Europe une maîtrise des technologies de l&#8217;information ?&nbsp;&raquo; Je n&#8217;ai pas entendu un gouvernement émettre une stratégie sur ces questions. Ce qui explique pourquoi le patron de la DCSSI (Direction centrale de la sécurité des systèmes d&#8217;information, Ndlr), tout comme le SGDN (dont dépend la DCSSI, Ndlr), pilotent ça à vue et, enfin, pourquoi d&#8217;autres organismes n&#8217;ont pas de directives. </p>
<p>L&#8217;Europe coopère parfois dans des domaines stratégiques, ainsi du système Galileo, concurrent du GPS américain. Qu&#8217;est ce qui, selon vous, empêche l&#8217;émergence d&#8217;une stratégie plus générale ?<br />
On voit qu&#8217;il y a des vents contraires : les Etats-Unis ne veulent pas d&#8217;une Europe puissante, c&#8217;est évident. Donc à partir de là qu&#8217;est-ce qu&#8217;on fait ? Bercer les opinions publiques en leur faisant croire que si l&#8217;on endort un peu les Américains, on va aller à pas menus, en catimini, vers &laquo;&nbsp;l&#8217;Europe Puissance&nbsp;&raquo;, c&#8217;est prendre les gens pour des cons. Ce n&#8217;est pas vrai, ça ne se passera pas comme ça ! Donc, faire des gorges chaudes à propos de la mise en service de Galiléo, c&#8217;est oublier que les démonstrations militaires étaient si évidentes qu&#8217;on ne pouvait pas faire autrement. Mais sur les technologies de l&#8217;information et de la communication (TIC), le problème est beaucoup plus diffus, plus difficile à mettre en évidence&#8230; donc le truc passe.<br />
Et c&#8217;est là qu&#8217;on prend les gens pour des cons : l&#8217;Europe ne peut pas exister sans maîtrise des TIC, c&#8217;est impossible. Et avoir la velléité de prétendre maitrîser les TIC c&#8217;est s&#8217;affronter à Microsoft et IBM, donc à la superpuissance américaine. Et l&#8217;Europe actuelle n&#8217;est absolument pas prête à le faire. Elle n&#8217;en a ni le courage, ni la détermination stratégique, au sens d&#8217;un noyau dur de gouvernements. Donc on laisse ça en friche, ce qui donne le n&#8217;importe quoi sur les brevets logiciels, le n&#8217;importe quoi sur la sécurité des systèmes d&#8217;information ou la disparition de mots à la mode du type &laquo;&nbsp;système de tiers de confiance&nbsp;&raquo; : on en parle, on en parle plus&#8230;<br />
Il y a aussi le gros délire sur les systèmes de cryptographie : je vous renvoie à la sortie du général Desvignes (l&#8217;ancien chef du service central de la sécurité des systèmes d&#8217;information déplore qu&#8217;on ait focalisé le débat sur la cryptographie, au détriment d&#8217;autres problèmes de sécurité nationaux, Ndlr), je crois qu&#8217;il s&#8217;est bien exprimé là-dessus&#8230; Cet homme a eu le courage de parler. Bien sûr, en tant que militaire, il a dû attendre de ne plus être en activité pour le faire mais il l&#8217;a fait et c&#8217;est déja pas mal.<br />
Sur ces thèmes, le problème ne vient pas des sociétés stratégiques comme Thalès ou EADS, mais de la France et de l&#8217;Europe. Et ça n&#8217;a rien à voir, contrairement à ce que peuvent croire tous ces cadres dynamiques : Thalès et EADS sont des éléments intermédiaires. Et la statégie globale, comme c&#8217;est le cas aux Etats-Unis, ce n&#8217;est pas à Thalès et EADS de la définir dans leur jeux de lobbying au sein de la Direction générale de l&#8217;armement ou dans d&#8217;autres milieux. C&#8217;est le politique français et européen qui doit imposer une ligne de conduite à à Thalès ou EADS. </p>
<p>Est-ce vous sentez qu&#8217;entre le rapport Martre et le rapport Carayon la classe politique française est devenue plus sensible aux problématiques d&#8217;intelligence et de &laquo;&nbsp;guerre économique&nbsp;&raquo; ?<br />
Ce n&#8217;était pas le cas de Lionel Jospin, ça c&#8217;est clair. Mais il y a des gens qui y viennent. Entre Edith Cresson qui a tendu l&#8217;oreille à une époque et aujourd&#8217;hui des gens de droite qui commencent enfin à sortir de la bouillie Madelin et consorts (pro-libéralisme et favorable aux Etats-Unis, Ndlr), ça commence à évoluer&#8230; Je ne suis pas délibérement optimiste mais je dis qu&#8217;il y a aussi un contexte s&#8217;y prête admirablement bien : il y a trop de contradictions apparentes au sein du rapport &laquo;&nbsp;allié-adversaire&nbsp;&raquo; entre Europe et Etats-unis. Le renseignement russe, quant à lui, est à l&#8217;image du renseignement soviétique et continue à fonctionner comme tel, même si la Russie tend la main à la France pour se désencalver des Etats-Unis. On est dans un autre monde et on commence petit à petit à en mesurer les contours. On découvre vraiment aujourd&#8217;hui ce qu&#8217;est réellement l&#8217;après-Guerre froide.</p>
<p>Gabriel Pérat</p>
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		<title>Construisons l&#8217;Europe de la Défense</title>
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		<pubDate>Wed, 29 Jan 2003 07:40:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean-Baptiste JUSOT a rencontré Olivier VEDRINE, enseignant la géopolitique et les questions européennes dans le cadre de deux DESS de l'Université de Marne-la-Vallée.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Jean-Baptiste JUSOT a rencontré Olivier VEDRINE, enseignant la géopolitique et les questions européennes dans le cadre de deux DESS de l&#8217;Université de Marne-la-Vallée.<span id="more-443"></span><b>Jean-Baptiste JUSOT</b> : Il y a quelque temps l&#8217;armée de l&#8217;air polonaise a acheté 48 avions F-16 aux Américains. Quel est le sens de cette décision politique ?</p>
<p><b>Olivier VEDRINE</b> : Le message est clair, l&#8217;OTAN avant l&#8217;Europe ! <br />
C&#8217;est un avertissement pour nous, il va désormais falloir faire respecter l&#8217;Europe et surtout, il va nous falloir mieux l&#8217;expliquer aux nouveaux venus de l&#8217;aventure européenne. A l&#8217;Ouest, comme à l&#8217;Est, il n&#8217;y a pas eu de débat, personne n&#8217;a parlé de l&#8217;Europe, de sa construction, de son avenir et de ses enjeux.<br />
Avec les programmes européens, citons l&#8217;exemple de PHARE, on reconstruit et on finance et&#8230; ce sont les Américains qui récupèrent les marchés ! Il nous faut comprendre que lorsque l&#8217;on fait un chèque, on ne pose pas un acte politique ou un projet. Un acte politique fort, c&#8217;est par exemple proposer une défense et une sécurité commune européenne.</p>
<p>Autrefois, la raison d&#8217;exister de l&#8217;OTAN était de faire face à une menace de l&#8217;ex-URSS. Aujourd&#8217;hui, nous constatons que grâce à l&#8217;OTAN, les américains entretiennent un réseau d&#8217;amitié et d&#8217;influence en Europe. Ils usent de cette organisation à des fins d&#8217;intérêts nationaux et commerciaux.  </p>
<p><b>J.B J</b> : Quelle sont les conséquences de ce contrat de vente d&#8217;avions de chasse remporté par les Américains ?</p>
<p>Avec les avions viennent aussi les systèmes d&#8217;armement, l&#8217;électronique de bord, la maintenance, la formation, bref&#8230;  la dépendance vis à vis de l&#8217;armée et des industries américaines! L&#8217;Union Européenne est un frein à l&#8217;hégémonie américaine. Manifestement, Washington ne veut pas que nous réussissions notre unité car cela ferait notre force. Pourquoi à votre avis vendent-ils des avions aux Polonais et dans le même temps soutiennent-ils l&#8217;adhésion de la Turquie ? Uniquement pour affaiblir l&#8217;Europe qui se retrouve face à de multiples dissensions. Nous retrouvons ici une stratégie veille comme le monde mais terriblement efficace « diviser pour mieux régner ». </p>
<p>Pour la guerre en Irak, il s&#8217;agit de la même logique. Si l&#8217;Europe s&#8217;engage derrière les Etats-Unis elle se retrouvera face aux pays musulmans qui ne comprendront pas son attitude. En suivant les Américains, nous risquons de perdre nos amis historiques et nos partenaires financiers des pays arabes.</p>
<p><b>J.B J</b> : Alors, comment faire pour renforcer l&#8217;Europe ?</p>
<p>Avant tout je voudrais rappeler que l&#8217;on ne peut pas faire l&#8217;économie des Nations. Même si je n&#8217;appartiens pas au camp souverainiste, je pense que l&#8217;Europe doit respecter ses peuples pour leur imaginer un avenir commun. C&#8217;est un peu comme dans un régiment, il faut un chef de corps et ensuite des compagnies ayant chacune leur spécialité&#8230; le combat, le soutien, la logistique etc&#8230;  </p>
<p>Je pense qu&#8217;il faut des pays forts dans une Europe forte sans pour autant refuser tout idée de fédéralisme. Les pays européens doivent pouvoir utiliser au mieux leurs talents et leurs capacités, dans le cadre du développement de l&#8217;Union, sans pour autant tomber dans le travers de l&#8217;OTAN qui compartimente les taches de ses membres. </p>
<p><b>J.B J</b> : Quelle Europe proposez-vous ?</p>
<p><b>O.V</b> : Elle reste à inventer ensemble. Comme je l&#8217;ai dit, il faut se repartir les tâches et que chacun puisse s&#8217;exprimer et agir là où il est le meilleur. Par exemple, la France a une proximité avec les pays arabes et méditerranéens, l&#8217;Allemagne, elle, est très influente auprès des pays de l&#8217;Est et du centre de l&#8217;Europe. A nous de mettre en &#339;uvre nos qualités respectives dans un but commun. Pour l&#8217;Angleterre, elle doit faire son choix, elle ne peut être en dedans et en dehors de l&#8217;Europe en même temps ; les réticences de de Gaulle trouvent tout le sens aujourd&#8217;hui&#8230; Il est clair que l&#8217;Angleterre conserve toujours des relations spéciales avec les USA notamment dans les domaines financier, énergétiques ou encore dans l&#8217;établissement de leurs stratégies géopolitiques notamment au Moyen Orient. </p>
<p>Nous devons construire une société européenne plus humaniste et faire naître par ces valeurs une dynamique fédératrice. Celle-ci se différencie de la création des Etats Unis d&#8217;Amérique. l&#8217;Europe n&#8217;est pas un continent vierge mais un regroupement de membres d&#8217;une même famille déchirée et qui souhaitent se réunir afin de vivre en paix.</p>
<p>La volonté politique nous manque, mais je suis persuadé que nous avons tous les moyens pour devenir une puissance géopolitique, l&#8217;avenir nous le demande par les défis qu&#8217;il nous propose. La rédaction d&#8217;une constitution européenne est un pas symbolique qui deviendra un acte fort. </p>
<p>
Olivier VEDRINE est ancien auditeur de la 11ème session-jeune de l&#8217;IHEDN, ancien auditeur de la 141ème session régionale de l&#8217;IHEDN-Versailles et ancien cadre de comité de la 5ème session internationale Centre Europe, Etats baltes et Etats balkaniques.<br />
Il collabore actuellement avec le CESD, le Centre d&#8217;Etudes Scientifique de Défense de Marne-la-Vallée, dans le cadre de DESS.<br />
Le CESD, sous la présidence de l&#8217;amiral Pierre LACOSTE, est un laboratoire qui a pour vocation de susciter et de coordonner les études et recherches concernant les applications de l&#8217;information élaborée en particulier dans le domaine des Nouvelles Technologies.</p>
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		<title>Interview d’Emmanuel Todd</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Dec 2002 15:24:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="/images/user_pages/portraits/todd.jpg" align="left">Jean-Baptiste JUSOT et Eric DELBECQUE ont rencontré Emmanuel TODD auteur de l'ouvrage <i>"Après l’empire - Essai sur la décomposition du système américain"</i> publié chez Gallimard.
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img align="left" src="/images/user_pages/portraits/todd.jpg" alt="todd Interview d’Emmanuel Todd influence strategie"  title="Interview d’Emmanuel Todd influence strategie" />Jean-Baptiste JUSOT et Eric DELBECQUE ont rencontr&eacute; Emmanuel TODD auteur de l&#8217;ouvrage <i>&quot;Apr&egrave;s l&rsquo;empire &#8211; Essai sur la d&eacute;composition du syst&egrave;me am&eacute;ricain&quot;</i> publi&eacute; chez Gallimard.<span id="more-401"></span><br />
<b>Jean-Baptiste JUSOT / Eric DELBECQUE : R&eacute;cemment, Daniel Lindenberg  a dress&eacute; une liste des &laquo; nouveaux r&eacute;acs &raquo; : on pensait vous y trouver&#8230;</b></p>
<p>Emmanuel TODD : Il est assez normal que je n&rsquo;y figure pas. A part ma pubert&eacute; communiste, j&rsquo;ai toujours &eacute;t&eacute; un homme de centre gauche, favorable &agrave; un capitalisme r&eacute;gul&eacute; par l&rsquo;Etat. Un keyn&eacute;sien banal en somme&#8230;</p>
<p><b>Cela ne vous vexe pas ?</b></p>
<p>Pas du tout. Une partie de l&rsquo;intelligentsia fran&ccedil;aise semble en effet d&eacute;river &agrave; droite. Je trouve ce d&eacute;bat sur les nouveaux r&eacute;actionnaires int&eacute;ressant et utile. Peut-&ecirc;tre que notre soci&eacute;t&eacute; &eacute;volue vers la droite parce que la moyenne d&rsquo;&acirc;ge augmente ! Il faut se poser la question de savoir ce que devient le paysage intellectuel d&rsquo;un pays qui vieillit, et o&ugrave; montent les in&eacute;galit&eacute;s. </p>
<p><b>Depuis la sortie de votre dernier livre, Apr&egrave;s l&rsquo;Empire, certains vous accusent d&rsquo;&ecirc;tre anti-am&eacute;ricain.</b></p>
<p>Ils ont tort. Au cours des conf&eacute;rences que je peux donner, je suis d&rsquo;ailleurs souvent &laquo; agress&eacute; &raquo; par des gens qui ne me trouvent pas assez critique envers l&rsquo;Am&eacute;rique. En tout &eacute;tat de cause, il faut distinguer la prise de position id&eacute;ologique ou civique, et l&rsquo;analyse historique, &agrave; vis&eacute;e objective. A 95%, je suis un historien et un anthropologue : je me consid&egrave;re comme un scientifique, un chercheur. Ce qui se passe m&rsquo;int&eacute;resse&#8230; Et il y a 5 % o&ugrave;, effectivement, je dis ce que je pense : mais c&rsquo;est toujours tr&egrave;s explicite.</p>
<p><b>Et quand vous affirmez que les Etats-Unis sont pass&eacute;s du statut de solution &agrave; celui de probl&egrave;me, qu&rsquo;en est-il ?</b></p>
<p>Je suis surtout oppos&eacute; &agrave; la politique ext&eacute;rieure des Etats-Unis, que le reste du monde subit depuis plusieurs ann&eacute;es. Mais j&rsquo;explique aussi dans mon livre que, dans les ann&eacute;es cinquante, les Etats-Unis &eacute;taient l&rsquo;empire du &laquo; bien &raquo;. Je suis tr&egrave;s critiqu&eacute; dans les d&eacute;bats pour les choses aimables que je dis sur eux, bien plus que pour les choses d&eacute;sagr&eacute;ables (je ne parle toutefois pas de la presse et des m&eacute;dias, qui sont d&eacute;cal&eacute;s sur ces choses l&agrave;). L&agrave; n&rsquo;est pourtant pas mon propos : j&rsquo;essaie simplement de d&eacute;montrer qu&rsquo;un minimum d&rsquo;honn&ecirc;tet&eacute; intellectuelle doit nous inciter &agrave; dresser certains bilans, m&ecirc;me si l&rsquo;&eacute;volution de la r&eacute;alit&eacute; nous d&eacute;pla&icirc;t. </p>
<p><b>Selon vous, si l&rsquo;empire am&eacute;ricain se d&eacute;compose, peut-on imaginer l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;un nouveau syst&egrave;me de valeurs autour du p&ocirc;le francophone ?</b></p>
<p>Je ne crois pas &agrave; la francophonie comme nouvelle force de proposition. Je pense avoir d&eacute;montr&eacute; ces derni&egrave;res ann&eacute;es mon attachement &agrave; la nation : je me suis loyalement confront&eacute; &agrave; ceux qui croyaient que les nations n&rsquo;existaient plus, en particulier celle dans laquelle nous vivons. La question des langues ne m&rsquo;int&eacute;resse pas beaucoup. Je suis heureux que de nombreux pays parlent fran&ccedil;ais, mais pour moi le triomphe de l&rsquo;Anglais comme langue de communication internationale n&rsquo;est pas une mauvaise chose, puisqu&rsquo;il y aura m&ecirc;me un moment o&ugrave; l&rsquo;anglais &eacute;chappera aux anglo-saxons. De toute fa&ccedil;on, ce n&rsquo;est pas ma probl&eacute;matique. Le seul pays menac&eacute; par l&rsquo;Am&eacute;rique c&rsquo;est l&rsquo;Angleterre : parce que les Anglais parlent la m&ecirc;me langue. Mon dernier livre ne s&rsquo;articule pas sur la probl&eacute;matique fran&ccedil;aise : la France n&rsquo;y est d&rsquo;ailleurs pas d&eacute;sign&eacute;e comme un acteur majeur de la d&eacute;composition am&eacute;ricaine.</p>
<p><b>Alors, qui peut faire face &agrave; l&rsquo;Am&eacute;rique ?</b></p>
<p>La r&eacute;ponse peut venir de la mont&eacute;e de l&rsquo;anti-m&eacute;ricanisme en Allemagne et au Japon, les deux vaincus de la derni&egrave;re guerre. Voil&agrave; pourquoi c&rsquo;est au couple franco-allemand que je crois le plus. </p>
<p>Aujourd&rsquo;hui, on est emp&ecirc;tr&eacute; dans une situation ing&eacute;rable, car la l&eacute;gitimit&eacute; am&eacute;ricaine perdure gr&acirc;ce au souvenir de l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; elle &eacute;tait prosp&egrave;re. A partir du moment o&ugrave; l&rsquo;entente franco-allemande fonctionne, elle acquiert un haut niveau de l&eacute;gitimit&eacute;. L&eacute;gitimit&eacute; sur laquelle les deux pays peuvent s&rsquo;appuyer conjointement face &agrave; l&rsquo;Am&eacute;rique. Les Allemands ont une l&eacute;gitimit&eacute; &eacute;conomique formidable, et les Fran&ccedil;ais jouissent d&rsquo;un prestige d&rsquo;ordre id&eacute;ologique, li&eacute; &agrave; la R&eacute;volution fran&ccedil;aise et &agrave; son h&eacute;ritage. Quand les deux l&eacute;gitimit&eacute;s fonctionnent ensemble, on atteint un tr&egrave;s fort niveau de &laquo; soft power &raquo;&#8230; </p>
<p><b>N&rsquo;&ecirc;tes vous pas trop optimiste quand vous dites que c&rsquo;est &laquo; la force des choses &raquo; qui va faire comprendre aux Europ&eacute;ens que jouer la carte am&eacute;ricaine n&rsquo;est pas le meilleur des choix ?</b></p>
<p>Dans la mesure o&ugrave; mon livre est sorti d&eacute;but septembre, vous pouvez estimer que je suis optimiste. Il m&rsquo;arrive moi aussi de penser que je suis optimiste. Pourtant, les &eacute;v&eacute;nements auxquels on assiste depuis quelques semaines sugg&egrave;rent presque que je ne l&#8217;&eacute;tais pas assez. Quand on voit la vitesse &agrave; laquelle s&rsquo;effectue le rapprochement franco-allemand, et la capacit&eacute; des deux pays &agrave; s&rsquo;organiser pour r&eacute;sister aux pressions am&eacute;ricaines, ainsi que la prise de conscience de l&rsquo;importance des rapports entre Europ&eacute;ens et Russes (malgr&eacute; l&rsquo;affaire tch&eacute;tch&egrave;ne), on prend rapidement conscience que la r&eacute;alit&eacute; que je d&eacute;cris est d&eacute;j&agrave; l&agrave; ! </p>
<p>Le comportement du gouvernement des Etats-Unis est tellement erratique, tellement inqui&eacute;tant, que se produit une mont&eacute;e en puissance insigne de l&rsquo;antagonisme euro-am&eacute;ricain. Il y a eu un moment de cristallisation quand on a entendu tous ces discours sur l&rsquo;Am&eacute;rique se saisissant du sud de l&rsquo;Iraq. Les gens ont pris conscience que c&rsquo;&eacute;tait le p&eacute;trole des Europ&eacute;ens et des Japonais dont il s&rsquo;agissait, et pas de celui des Am&eacute;ricains. Il existe des &eacute;l&eacute;ments objectifs d&rsquo;antagonisme.</p>
<p><b>Dans Apr&egrave;s l&rsquo;Empire, vous affirmez aussi qu&rsquo;avec la &laquo; d&eacute;mocratisation &raquo; du monde, l&rsquo;Am&eacute;rique va devenir une d&eacute;mocratie parmi d&rsquo;autres, ce qu&rsquo;elle n&rsquo;accepte pas&#8230;</b></p>
<p>En fait, les Am&eacute;ricains ont tr&egrave;s vite compris que leur &laquo; sp&eacute;cialisation historique &raquo; et leur justification internationale, c&rsquo;&eacute;tait la d&eacute;fense de la d&eacute;mocratie &ndash; peu importe de savoir si c&rsquo;est un mythe ou non &ndash;, et que si cette derni&egrave;re se g&eacute;n&eacute;ralisait, ils ne serviraient plus &agrave; rien. Cela au moment m&ecirc;me o&ugrave; ils ont besoin &eacute;conomiquement du reste de la plan&egrave;te.</p>
<p><b>Cela revient-il &agrave; dire que l&rsquo;Am&eacute;rique entretient un certain climat international pour demeurer utile ?</b></p>
<p>La th&eacute;orie que je soutiens dans mon livre, c&rsquo;est que l&rsquo;Am&eacute;rique doit cr&eacute;er des probl&egrave;mes mineurs pour donner l&rsquo;impression de les r&eacute;soudre. La Cor&eacute;e, Cuba, l&rsquo;Iran et surtout l&rsquo;Iraq en fournissent l&rsquo;illustration. On ne sait pas encore si les probl&egrave;mes peuvent devenir majeurs. La question de savoir si les Am&eacute;ricains veulent r&eacute;ellement intervenir en Iraq n&rsquo;est pas r&eacute;gl&eacute;e. J&rsquo;ai peur qu&rsquo;ils ne le sachent pas eux-m&ecirc;mes. </p>
<p><b>Et la mobilisation de 10.000 r&eacute;servistes anglais ?</b></p>
<p>Quand on pr&eacute;pare la guerre, montre-t-on tous ses pr&eacute;paratifs ? Est-ce qu&rsquo;exhiber des porte-avions sortant de San Diego prouve qu&rsquo;on veut faire la guerre ? Les conflits se d&eacute;clenchent lorsque l&rsquo;on ne prend pas au s&eacute;rieux les intentions des acteurs. Il y a aussi un certain type de d&eacute;monstration militaire destin&eacute; &agrave; &eacute;viter l&rsquo;emploi de la violence. Est-ce s&eacute;rieux de discuter dans la presse de plans de guerre ? Quand on en poss&egrave;de vraiment un, on l&rsquo;applique !</p>
<p>Voir &eacute;galement la fiche de lecture du livre <a target="_blank" href="http://www.infoguerre.fr/?p=379">Apr&egrave;s l&#8217;empire</a>.</p>
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		<title>Interview de Patrice Ribeiro</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Nov 2002 08:44:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="/images/user_pages/ribeiro.jpg" align="right">Jean-Baptiste JUSOT a rencontré Patrice RIBEIRO, conseiller technique du syndicat de Police Synergie Officiers. A l’heure des menaces terroristes, de la cyber-criminalité et de la guerre économique, quel est le rôle joué par la police pour défendre nos intérêts vitaux...
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<b><i>« La défense de nos intérêts est l’affaire de tous&#8230; »</b></i></p>
<p><b>Jean-Baptiste JUSOT : Le frère de l’auteur présumé de l’attentat contre la synagogue de Djerba a été arrêté, et il est actuellement entre les mains du juge Bruguière. Comment la police française lutte-t-elle contre le terrorisme international ?</b></p>
<p><b>Patrice RIBEIRO :</b> Avant tout son travail est un rôle de renseignement avec différents moyens : outils du renseignement moderne, écoutes, interceptions des messages et des « constructions téléphoniques », c’est d’ailleurs comme ça que l’on a « accroché » la famille du terroriste présumé. La France a surtout une culture de source humaine. Dans l’affaire du 11 septembre, on a reproché aux Américains d’avoir abandonné ce terrain là, alors que nous (en France NDLR) faisons toujours ça : l’infiltration, le contact, le maillon humain&#8230; <br />
Il y a la Direction centrale des Renseignements Généraux (RG) et bien sûr la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) avec depuis peu une cellule judiciaire en son sein qui s’occupe justement de l’affaire de Djerba. </p>
<p><b>Avez-vous identifié en France des réseaux comme il en existe en Angleterre ?</b><br />
Il existe des réseaux mais ils ne sont pas spécifiquement français car ils entretiennent des relations avec d’autres pays d’Europe. En France, nous avons surtout à faire à des petites cellules qui peuvent s’activer seules et qui n’ont pas besoin de message pour le faire. Ce sont des gens qui prennent leur temps. Un magistrat anti-terroriste me disait qu’il était face à des gens beaucoup plus intelligents qu’avant, mieux formés et rompus à toutes les techniques d’infiltration et de clandestinité. Ce n’est plus quelqu’un avec une barbe et un keffieh, c’est au contraire un bon voisin, un gendre idéal, certains arrivent même à s’infiltrer dans la bourgeoisie ! Ces gens là peuvent s’activer d’eux-mêmes, ils ne sont pas pressés et peuvent se réveiller dans un an ou deux, sans nécessairement recevoir d’instructions. </p>
<p><b>Pensez-vous qu’il y a des menaces sur nos intérêts à l’intérieur de nos frontières, comme en 1995 ?</b><br />
Actuellement, ni plus ni moins qu’en 1995. Ces petites cellules indépendantes sont composées de religieux fanatiques pour qui la notion du temporel n’est pas la même que la nôtre ; ils n’ont pas un rapport au temps comme nous. En même temps, ce sont des individus qui sont de notre temps puisqu’ils connaissent tous les moyens techniques modernes. A la différence de 1995, ils sont de plus en plus cultivés, intelligents et formés.</p>
<p><b>Pensez-vous que les terroristes puissent utiliser de nouveaux moyens pour nous déstabiliser, comme Internet par exemple ?</b><br />
Nous accusons un certain retard face à cette nouvelle arme, bien que les RG aient une cellule Internet orientée sur la presse et les moyens d’information. A la DST, le problème est désormais pris en compte puisque des moyens ont été débloqués pour la formation des nouvelles recrues. Cette cellule travaille beaucoup avec les autres pays occidentaux, elle a des contacts avec tous nos voisins européens.</p>
<p><b>Il existe désormais une nouvelle menace sur nos intérêts économiques. Etes-vous sensibilisés à cette problématique, êtes-vous formés pour pouvoir lutter vous aussi dans la guerre économique ?</b><br />
La DST appelle ça la « protection du patrimoine ». Depuis plusieurs années, il y a une section qui s’occupe de cette question avec des spécialistes rompus à ces nouvelles menaces. La plupart d’entre eux sont recrutés dès la sorties des écoles de commerce ou directement dans le secteur privé car ils travaillent déjà dans ce domaine là. <br />
Le deuxième volet de cette lutte défensive passe aussi par un travail de formation auprès des grandes entreprises françaises comme L’Oréal pour ne pas la citer ou des entreprises d’électronique de défense par exemple.</p>
<p><b>Peut-on parler d’une prise de conscience générale en France sur ces menaces ?</b><br />
Oui. Même si cette section « Protection du patrimoine » de la DST existe depuis plusieurs années, de plus en plus de compatriotes sont sensibles à cette problématique. Cette prise de conscience est encore plus manifeste dans les secteurs fleurons de notre industrie et de notre économie. Nous commençons aujourd’hui à avoir de bons moyens de surveillance… des mini-réseaux Echelon comme les Américains.<br />
Il faut à présent que tous ceux qui détiennent des postes clés prennent conscience qu’ils peuvent agir à leur niveau dans ce sens là.</p>
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		<title>Révélation ! : Le plan allemand qui peut bouleverser l’Europe…</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Oct 2002 12:51:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[<a href="http://www.infoguerre.com/images/user_pages/Hillard_big.jpg" target="_blank"><img src="http://www.infoguerre.com/images/user_pages/Hillard_small.jpg" align=left></a><br />
Pierre Hillard, qui est historien, a réussi à se procurer des documents sur la future Europe des régions à base ethnique en gestation à Bruxelles. Dans son dernier livre <i>«Minorités et Régionalismes »</i> (3ème édition augmentée), il explique comment ces documents, édités sous l’égide officielle du Parlement Européen, corrigent les frontières de la France et de l’Angleterre au profit de l’Allemagne. Le plus inquiétant, c’est que ces éléments servent de base aux travaux actuels de la <i>Convention sur l’avenir de l’Europe</i> présidée par Valéry Giscard d’Estaing ; Convention dont la mission est de rédiger une constitution pour l’Union Européenne.<br />
A l’heure de l’élargissement il serait peut-être utile de mettre en garde nos voisins d’Europe centrale sur l’Europe qui les attend. Il semblerait que l’on soit loin du rêve de Jean Monnet...<br />
Interview par J-B Jusot.
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Pierre Hillard, qui est historien, a réussi à se procurer des documents sur la future Europe des régions à base ethnique en gestation à Bruxelles. Dans son dernier livre <i>«Minorités et Régionalismes »</i> (3ème édition augmentée), il explique comment ces documents, édités sous l’égide officielle du Parlement Européen, corrigent les frontières de la France et de l’Angleterre au profit de l’Allemagne. Le plus inquiétant, c’est que ces éléments servent de base aux travaux actuels de la <i>Convention sur l’avenir de l’Europe</i> présidée par Valéry Giscard d’Estaing ; Convention dont la mission est de rédiger une constitution pour l’Union Européenne.<br />
A l’heure de l’élargissement il serait peut-être utile de mettre en garde nos voisins d’Europe centrale sur l’Europe qui les attend. Il semblerait que l’on soit loin du rêve de Jean Monnet&#8230;<br />
Interview par J-B Jusot.<span id="more-373"></span><br/><br />
<b>Jean-Baptiste JUSOT </b>: Pensez-vous vraiment que la France soit menacée de disparition ?<br />
<b>Pierre HILLARD</b> : Dans le cadre de la construction européenne, oui ! Surtout quand on sait ce que nous prépare la Convention pour l’Avenir de l’Europe avec la future <i>«Constitution européenne »</i>. Je n’invente rien, relisez la Charte de Droits Fondamentaux signée à l’issue du sommet de Nice en décembre 2000. Dans son article 21, le texte dit ceci : <i>« (&#8230;) toutes les discriminations d’ordre ethnique, religieuse, sexuelle et linguistique sont interdites. »</i><br/>  </p>
<p><b>JB.J </b> : Quelles en sont alors les conséquences pour notre souveraineté ?<br />
<b>P.H</b>: Ce texte sert actuellement de base à la future «constitution». Avec ceux-ci, les groupes basques, alsaciens ou corses pourront revendiquer une existence autonome, portant ainsi atteinte à l’unité nationale. </p>
<p><b>JB.J </b>: Comment expliquez vous qu’il y ait si peu d’étude sur cette vision ethno-culturelle allemande sur l’Europe que vous dénoncez dans votre ouvrage  ?<br />
<b>P.H</b>: Très peu hélas. Une personne, Yvonne Bollmann, a écrit un livre, <i>La tentation allemande</i> en 1997. Cette alsacienne évoquait cette version allemande de l’Europe. Elle apportait des indices sérieux, de fortes présomptions, des faits troublants. Du coup, les esprits malhonnêtes parlaient à l’époque de fantaisies et de fantasmes germanophobes. Deux allemands ont eux aussi soulevé ce problème dans un ouvrage intitulé <i>De la guerre à la guerre</i>, mais là encore sans suffisamment de preuves&#8230; </p>
<p><b>JB.J </b>: Et vous, quelles sont vos preuves ?<br />
<b>P.H</b> : Tout mon étude s’appuie sur cinq textes officiels. Mon livre est avant fait pour décortiquer et expliquer ces textes. Ces documents préparent en fait l’Etat européen des régions à base ethnique. Il s’agit de la <i>Charte de l’autonomie locale (fin des années 1980), de la charte de l&#8217;autonomie régionale (1997), de la Charte de Madrid sur les Eurorégions (fin des années 80), de la Charte des langues régionales ou minoritaires (1988 entrée en vigueur en 1998) et de la Convention-cadre pour la protection des minorités (1994 entrée en vigueur en 1998</i>). Vous pouvez consulter tous ces textes sur le site du conseil de l’Europe. Une fois encore je le répète, je n’invente rien. Tous ces textes d’inspiration allemande servent de base même aux travaux de la Convention sur l’avenir de l’Europe. </p>
<p><b>JB.J </b>: Selon vous, cette <i>Europe Fédérale des Régions</i>  que les <i>eurocrates</i> nous préparent n’est pas le fruit du hasard ou une invention du jour. Pour vous elle est le résultat d’un lent processus. Qu’est ce qui vous permet d’avancer cette thèse ?<br />
<b>P.H</b>: L’Allemagne, quand elle est rentrée dans la CEE, a joué la comédie de la modestie forcée à cause de son lourd passé. Mais, les Allemands ont réussi à imposer leur philosophie de l’Europe. Déjà en 1963 ils avaient réussi à introduire certains principes dans la Convention Européenne des Droits de l’homme. A partir de la réunification ce processus c’est emballé. </p>
<p><b>JB.J </b>: A l’inverse existe-t-il une vision française de l’Europe ?<br />
<b>P.H</b>: La seule qu’il y ait eu c’est celle de Jean Monnet,  mais il s’agissait essentiellement d’une vision économique. S’il y en a une aujourd’hui elle est bien cachée&#8230; </p>
<p><b>JB.J </b>: Dans votre livre <i>Minorités et Régionalisme dans l’Europe Fédérale des Régions</i>, on a l’impression que l’Allemagne prend un peu sa revanche, car deux fois au siècle dernier le continent européen s’est organisé à ses dépends. Pour l’Europe, le XXI ème siècle sera-t-il le siècle allemand ? <br />
<b>P.H</b> : Joshka Fisher, le ministre Vert allemand avait dit en 1995 dans son livre <i>Le Risque Allemagne : « L’Allemagne va obtenir une hégémonie douce sur l’Europe, chose que les deux guerres mondiales n’ont pas pu apporter »</i>. Il n’est pas le seul à partager cette opinion. Dans la revue n°90 de la fondation Robert Schumann, j’ai découvert un article qui s&#8217;appuie sur les propos tenus par un professeur allemand de sciences politiques à l&#8217;université Goethe à Francfort, Gunther Hellmann, dans le Herald Tribune du 20 septembre dernier. Ce professeur dit en effet ceci : i>« L&#8217;Union européenne restera clairement la priorité de tout gouvernement allemand, mais comme un instrument pour gouverner le continent et non plus comme un instrument permettant de rassurer les voisins de l&#8217;Allemagne sur les bonnes intentions de la 1ère puissance européenne ».</i> D’autres preuves ne sont pas nécessaires, je suppose ? </p>
<p><b>JB.J </b>: Vous allez plus loin puisque vous affirmez que le ministère de l’intérieur allemand financerait les mouvements régionalistes, ces mêmes mouvements basques, corses, savoyard ou alsaciens qui vont à l’encontre des intérêts de puissance de la France ?<br />
<b>P.H</b>: Je me base une fois encore sur des documents officiels, ceux du ministère allemand de l’intérieur. Toutes ces preuves sont en indexe de mon livre. J’ai découvert dans mes recherches, un organisme qui s’appelle l’<i>Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes</i> qui est financé par les crédits du ministère de l’intérieur. Sachez aussi qu’il existe une fondation allemande appelée <i>Hermann-Niermann</i>, dont je ne sais pas encore d’où viennent les fonds. Cette fondation finance des projets d’écoles, des crèches, de jardins d’enfants et de centres culturels, à destination des minorités germaniques de l’Europe de l’Est, et de l’Ouest aussi !&#8230; puisqu’en 1993 cette fondation a construit un <i></i>kindergarden en Alsace. </p>
<p><b>JB.J</b>: Vous ajoutez à votre étude de nombreux documents dont <a  href="http://www.infoguerre.com/images/user_pages/carte_waffen_big.jpg" target="_blank">la carte des régions de la Waffen SS de 1944</a> qui semble avoir inspirée <a  href="http://www.infoguerre.com/images/user_pages/carte_europa_big.jpg" target="_blank"> la carte des régions éthniques européennes</a> éditée par le Parti Démocratique des Peuples d’Europe alliés des Verts. Pensez-vous que cette vision ethno-culturelle soit une constante dans la politique européenne des Allemands ?<br/></p>
<p><b>P.H</b>: Bien sur, regardez l’Allemagne sur les deux derniers siècles. Au XIXème siècle cette vision ethnique s’appliquait principalement aux minorités germaniques d’Europe de l’Est et de Russie. En 1849, la Constitution du Reich englobe toutes les populations allemandes même en dehors des frontières. Au XXème siècle tous les régimes ont fait pareil, le deuxième Reich, Weimar ou les Nazis, que ce soit de manière politique, juridique ou militaire. La seule exception notable vient de Bismarck qui préférait rester fidèle à la Prusse et à sa dynastie. Chez les Allemands il y a toujours la hantise de l’encerclement, la crainte de la <i>Mittelage</i>, la situation du milieu. Pour éviter cela il faut affaiblir ses voisins par la division et le morcellement. </p>
<p><b>JB.J </b>: Comment expliquez vous que certains libéraux européens soient aux côtés du Parti Démocratique des Peuples d’Europe – Alliance Libre Européenne, dont fait parti Daniel Cohen-Bendit, pour défendre cette Europe là ?<br />
P.H : Chacun y trouve son compte, je pense même qu’il y a un fond commun entre les libéraux et les libertaires. Une espèce d’utopie, une idéologie où tout le monde s’aimerait, ce serait l’amitié entre les peuples pour pouvoir commercer et échanger loin des Etats-Nations. </p>
<p><b>JB.J </b>: Y a-t-il une certaine volonté de nous cacher la vérité pour pouvoir mettre en place ce plan européen d’inspiration allemande ?<br />
<b>P.H</b>: Oui et non. Non, il n’y a pas volonté de cacher réellement car tous les fondements de cette Europe là, sont des textes officiels. Dans ce sens là il n’y a pas de complot. Par contre ce qui est très inquiétant c’est la méconnaissance de ces textes par les peuples européens eux-mêmes.  Edouard Husson, spécialiste de l&#8217;Allemagne, a accepté de faire la postface de mon livre.<br />
En fait, il y a tellement de documentation qu’il est très difficile de se tenir au courant de tout. En août 1990 par exemple, Elmut Kohl a fait un discours devant les réfugiés allemands d’Europe de l’Est ; le discours fait plus de 15 pages. J’ai réussi à me procurer ce texte,  et ce n’est qu’à l’avant-dernière page de ce discours que l’ancien chancelier parle de <i>«remplacer les frontières politiques existantes par des frontières administratives plus faciles à déplacer »</i> !<br />
Quand Jean-Pierre Raffarin parle de régionalisation et de <i>«droit à l’expérimentation »</i> pour les Corses, il s’inscrit dans cette même logique. Mais, qui lit les discours de Jean-Pierre Raffarin ?<br />
Pour François-Georges Dreyfus, ancien directeur du centre germanique de Strasbourg, ma thèse est irréfutable. </p>
<p><b>JB.J </b>: Comment ont réagit les hommes politique français en lisant votre ouvrage ? <br />
<b>P.H</b>:  (rires&#8230;) Deux hommes politiques seulement m’ont répondu; Philippe de Villiers et Valéry Giscard d’Estaing en m’adressant de simples formules de politesse. Aucun des grands représentant officilement souverainniste, patriote ou républicain, de Droite comme de Gauche, n’a osé me soutenir. </p>
<p><b>JB.J </b>: La France, dans ses traditions politiques, son enracinement et sa place historique au cœur de l’Europe serait donc le principale obstacle à ce que vous appelez <i>«l’Europe des Tribus ? »</i><br />
<b>P.H</b>: Oui, la France est le prototype même de l’Etat-Nation. Ce modèle est opposé à toute forme de découpage ethno-culturel. L’objectif des <i>européistes</i> est de casser ce prototype. Aujourd’hui, il faut que nos concitoyens, ainsi que toute les nations d’Europe, connaissent la portée des 5 documents dont j’ai parlé. Il ne faut pas céder à la germanophobie mais il faut être réaliste et courageux. Vous savez, même en Allemagne de nombreuses voix s’élèvent contre cette vision ethnique, qui est dangereuse  pour la stabilité du continent. Le fédéralisme régional va nous conduire à un Kosovo-bis ! </p>
<p><b>JB.J</b>: Il n’y a plus d’espoir ?<br />
<b>P.H</b>: Notre seul espoir c’est que les intérêts allemands entre en conflit avec ceux des américains, mais là nous serions entre le marteau et l’enclume. Sinon, vous n’avez qu’à lire la dernière phrase de mon livre (rires&#8230;).<br/></p>
<p><a  href="http://www.infoguerre.com/images/user_pages/carte_europa_big.jpg" target="_blank"> visualiser la carte des régions éthniques européennes, reconnue par le Parlement Européen</a><br/></p>
<p><a  href="http://www.infoguerre.com/images/user_pages/carte_waffen_big.jpg" target="_blank"> visualiser la carte de l&#8217;Europe des waffen SS (1944)</a><br/></p>
<p>Pierre HILLARD est né le 21 /01/1966.  Après des études d’histoire et de sciences politiques puis des études de stratégie et de politique de défense, il est actuellement professeur d’Histoire Géographie.<br />
Il collabore à de nombreuses publications comme « conflits actuels », « géostratégiques », « Balkans-infos », <a  href="http://www.jeune-France.org" target="_blank"> www.jeune-France.org</a>, « intelligence et sécurité », « politique magazine ».<br />
Il est l’auteur de : « Minorités et régionalisme, enquête sur le plan allemand qui va bouleverser l’Europe » paru aux éditions François-Xavier de Guibert. (3ème édition augmentée 2002).</p>
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		<item>
		<title>Interview de Thierry Mariani  &#8211; 10 octobre 2002</title>
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		<pubDate>Sat, 19 Oct 2002 14:23:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean-Baptiste Jusot a interviewé pour Infoguerre.com, le député du Vaucluse Thierry Mariani peu après son retour d'Irak.
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Jean-Baptiste Jusot a interview&eacute; pour Infoguerre, le d&eacute;put&eacute; du Vaucluse Thierry Mariani peu apr&egrave;s son retour d&#8217;Irak.<span id="more-366"></span></p>
<p><b>Jean-Baptiste JUSOT</b> : Vous revenez d&#8217;Irak o&ugrave; vous avez visit&eacute; avec Didier Julia et Eric Diard des sites industriels consid&eacute;r&eacute;s comme suspects. Comment expliquez vous la controverse qu&#8217;il y a eu autour de votre initiative, dans les rangs m&ecirc;me de votre famille politique ?</p>
<p><b>Thierry MARIANI</b> : Le quai d&#8217;Orsay ne m&#8217;a jamais soutenu. Monsieur de Villepin pense que les d&eacute;put&eacute;s n&#8217;ont pas &agrave; s&#8217;occuper de politique &eacute;trang&egrave;re. Il ne sait pas ce qu&#8217;est un parlementaire car il ne l&#8217;a jamais &eacute;t&eacute;. De toute fa&ccedil;on, tout le monde savait qu&#8217;on y allait alors je ne comprends pas pourquoi ils ont &eacute;t&eacute; &eacute;tonn&eacute;s. <br />
En 10 ans il y a du y avoir 7 avions Paris-Bagdad. M&ecirc;me vos confr&egrave;res du Canard Encha&icirc;n&eacute; ont r&eacute;ussi &agrave; se procurer le formulaire d&#8217;embarquement sign&eacute; par le quai d&#8217;Orsay ! Au minist&egrave;re des Affaires Etrang&egrave;res on ma dit qu&#8217;il n&#8217;y avait &laquo;ni feu rouge, ni feu vert &raquo;. <br />
Vous savez quand il y a feu orange il y a ceux qui s&#8217;arr&ecirc;tent et ceux qui acc&eacute;l&egrave;rent, moi j&#8217;ai acc&eacute;l&eacute;r&eacute;. Avec nous il y avait deux &eacute;quipes de t&eacute;l&eacute;vision, si on avait dit des conneries, la France enti&egrave;re l&#8217;aurait su. De toute fa&ccedil;on notre d&eacute;marche s&#8217;inscrit dans la droite ligne du pr&eacute;sident Jacques Chirac.</p>
<p><b>JB.J</b> : A part les &eacute;quipes de journalistes qui vous accompagnaient lors de votre voyage ? Y avait-il en Irak d&#8217;autres parlementaires britanniques ou am&eacute;ricains comme l&#8217;on affirm&eacute; certains m&eacute;dias ?</p>
<p><b>T.M</b> : Nous &eacute;tions accompagn&eacute;s d&#8217;une dizaine de ministres et d&#8217;anciens ministres irakiens, dont l&#8217;actuel vice-Premier ministre chr&eacute;tien, Tarek Aziz.<br />
Par contre, &agrave; notre h&ocirc;tel &agrave; Bagdad nous avons vu des parlementaires occidentaux et russes. Comme il ne reste plus qu&#8217;un h&ocirc;tel correct qui est l&#8217;h&ocirc;tel Rachid tous les &eacute;trangers descendent dans le m&ecirc;me, et effectivement nous avons vu des d&eacute;put&eacute;s britanniques, am&eacute;ricains, russes et d&#8217;autres encore. En tout il y avait plus de dix nationalit&eacute;s.</p>
<p><b>JB.J</b> :Aujourd&#8217;hui, la classe politique est quasiment unanime pour refuser la guerre. Existe-t-il une volont&eacute; fran&ccedil;aise de s&#8217;opposer &agrave; l&#8217;unilat&eacute;ralisme am&eacute;ricain ? </p>
<p><b>T.M</b>:Je pense qu&#8217;il y a une certaine sinc&eacute;rit&eacute; des hommes politiques fran&ccedil;ais dans le refus de l&#8217;unilat&eacute;ralisme mais il n&#8217;y a pas de r&eacute;elle prise de conscience. Tous n&#8217;ont pas pris la mesure de la toute puissance am&eacute;ricaine. Pourtant, je n&#8217;ai pas peur de le dire, nous sommes &eacute;conomiquement en guerre contre les Etats-Unis, leurs m&eacute;thodes sont guerri&egrave;res.</p>
<p><b>JB.J</b>:Votre d&eacute;marche s&#8217;inscrivait aussi dans une logique d&#8217;offensive &eacute;conomique ?</p>
<p><b>T.M</b> :Bien sur ! Nous avons une carte &agrave; jouer aupr&egrave;s des pays du golfe et particuli&egrave;rement en Irak. Vous savez les autres ne se g&ecirc;nent pas, et je pr&eacute;f&egrave;re qu&#8217;on ait des rapports avec l&#8217;Irak plut&ocirc;t qu&#8217;avec l&#8217;Arabie Saoudite. Entre deux dictatures je pr&eacute;f&egrave;re une dictature la&iuml;que &agrave; un r&eacute;gime islamiste et totalitaire. <br />
A Bagdad, j&#8217;ai pu rencontrer le repr&eacute;sentant du Vatican, l&#8217;abb&eacute; Lanthaume, qui nous a accueilli dans sa grande soutane blanche. En Irak il n&#8217;a jamais eu aucun probl&egrave;me &agrave; cause de sa foi. <br />
Il y a quelques semaines en Arabie Saoudite, un pr&ecirc;tre a &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute; parce qu&#8217;il transportait des hosties. Les Fran&ccedil;ais ne savent pas tout &ccedil;a.</p>
<p><b>JB.J</b> :La France a-t-elle une r&eacute;elle strat&eacute;gie de puissance concert&eacute;e ou s&#8217;agit-il d&#8217;initiatives personnelles ?</p>
<p><b>T.M</b> :Malheureusement la France n&#8217;a pas de r&eacute;elle strat&eacute;gie de puissance, car elle n&#8217;a plus de politique de puissance. Regardez en C&ocirc;te d&#8217;Ivoire, on aurait du s&#8217;imposer sans laisser les Am&eacute;ricains se m&ecirc;ler de cette histoire. L&#8217;Afrique c&#8217;est un peu notre jardin, pas le leur !</p>
<p><b>JB.J</b>:Votre visite en Irak, avec d&#8217;autres parlementaires peut-elle &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute; comme la compr&eacute;hension par une jeune classe politique de la notion d&#8217;int&eacute;r&ecirc;t de puissance ? </p>
<p><b>T.M</b>: Notre g&eacute;n&eacute;ration n&#8217;a pas connu la guerre, moi je suis n&eacute; en 1958. Par contre nous avons &agrave; mener un combat dans la guerre &eacute;conomique que nous livrent les Etats-Unis. Ce que nous voulons c&#8217;est d&eacute;fendre la place de la France. Nous ne sommes pas la voix de la France, nous somme une voix parmi d&#8217;autres qui veut se faire entendre. <br />
Je ne crois pas que la France soit morte, elle a son r&ocirc;le &agrave; jouer. Avec mes coll&egrave;gues Julia et Diard nous en avons la conviction. Notre crime a &eacute;t&eacute; de vouloir v&eacute;rifier les informations am&eacute;ricaines, nous ne sommes pas des b&eacute;nis oui-oui.</p>
<p><b>JB.J</b> :L&#8217;alternative que repr&eacute;sente la France dans la r&eacute;solution du conflit Etats-Unis/Irak marque-t-elle un repositionnement de la France dans le concert mondial des Nations ? </p>
<p><b>T.M</b> : Pour qu&#8217;une nation perdure, il faut qu&#8217;il y ait une volont&eacute; d&#8217;exister, en toute libert&eacute; et ind&eacute;pendance. Regardez les Anglais ils ne s&#8217;emmerdent pas avec l&#8217;Europe. Quand leurs int&eacute;r&ecirc;ts l&#8217;exigent, ils foncent. En France, nous demandons syst&eacute;matiquement &agrave; l&#8217;Union Europ&eacute;enne. Pour nous faire entendre, nous devons faire autrement.<br />
Tenez par exemple, Tarek Aziz voulait venir en France et il n&#8217;a pas eu de visa. En fait, il en avait demand&eacute; un &agrave; l&#8217;Italie et un &agrave; l&#8217;Allemagne. <br />
Comme ces deux pays ont refus&eacute;, la France s&#8217;est sentie oblig&eacute;e de faire pareil.</p>
<p><b>JB.J</b> :Mais alors, pourra-t-on &eacute;viter une nouvelle guerre aux cons&eacute;quences incertaines ?</p>
<p><b>T.M</b>:Si vous m&#8217;aviez demand&eacute; il y a quinze je vous aurais dit que la guerre &eacute;tait in&eacute;vitable, aujourd&#8217;hui je pense que c&#8217;est du 50/50. J&#8217;ai pass&eacute; 48h00 avec le docteur Amer As-Sa&#8217;di qui est le n&eacute;gociateur irakien &agrave; Vienne avec l&#8217;ONU. <br />
Il n&#8217;a rien d&#8217;un int&eacute;griste ou d&#8217;un va-t-en guerre. C&#8217;est un mod&eacute;r&eacute;, mari&eacute; &agrave; une Allemande et je pense que ce genre de type peuvent faire avancer les choses dans le bon sens, celui de la paix. </p>
<p><b>JB.J</b>: Vous y &ecirc;tes peut-&ecirc;tre pour quelque chose ?</p>
<p><b>T.M</b>:Je ne sais pas mais je suis sur d&#8217;une chose, notre voyage est loin d&#8217;avoir &eacute;t&eacute; inutile. L&#8217;action du Pr&eacute;sident Chirac est exemplaire sur ce dossier et si nous avons pu gripper le processus am&eacute;ricain qui paraissait si bien huil&eacute;, et bien tant mieux !</p>
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		<title>Entretien exclusif avec le Général Michel Aoun</title>
		<link>http://www.infoguerre.fr/interviews/entretien-exclusif-avec-le-general-michel-aoun/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=rss</link>
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		<pubDate>Wed, 25 Sep 2002 17:01:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="http://www.infoguerre.com/images/user_pages/michel aoun.jpg" align="left" border="1"><br />
Jean-Baptiste Jusot, journaliste, a réalisé pour infoguerre.com un entretien exclusif de l'ancien Chef d'Etat libanais.<br />
Michel Aoun nous fait part de son analyse sur les boulversements géostratégiques actuels, et nous donne son avis sur ce que certains appellent le Choc des Civilisations.
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Jean-Baptiste Jusot, journaliste, a réalisé pour infoguerre.com un entretien exclusif de l&#8217;ancien Chef d&#8217;Etat libanais.<br />
Michel Aoun nous fait part de son analyse sur les boulversements géostratégiques actuels, et nous donne son avis sur ce que certains appellent le Choc des Civilisations.<span id="more-358"></span>ENTRETIEN AVEC LE GENERAL AOUN &#8211; 24 SEPTEMBRE 2002</p>
<p><b>Jean-Baptiste JUSOT</b>: Monsieur le président, vous qui avez été le chef de l&#8217;Etat Libanais, selon vous qu&#8217;est ce la puissance pour un Etat et sur quoi repose-t-elle ?<br />
<b>Michel AOUN</b>: Un Etat repose sur la puissance matérielle et la puissance morale. Ce qui constitue la puissance matérielle c&#8217;est la politique, l&#8217;économie et la force militaire. La puissance morale elle, est composée du rayonnement culturel, de la richesse intellectuelle et de la force spirituelle<br/></p>
<p><b>JB. J</b>: Même aujourd&#8217;hui, le spirituel et le culturel ont encore leur place ?<br />
<b>M.A</b>: Evidemment, on ne peut pas construire un nouvel ordre mondial sans le spirituel, la culture ou l&#8217;art. La seule répartition des richesses ne fait pas la paix, il faut une autre dimension.<br />
Lors d&#8217;une conférence j&#8217;avais appelé ça les 3 D : démocratisation, désarmement des terroristes, et développement. La démocratisation sous-entend le respect des différences, l&#8217;acceptation de l&#8217;autre, de sa culture et de sa foi, ensuite seulement vient la recherche de la prospérité.<br/></p>
<p><b>JB.J</b>: Depuis 1990, vous êtes réfugié en France&#8230;La France est-elle, au regard de ce que vous venez de dire, toujours une grande puissance ?<br />
<b>M.A</b>:A l&#8217;époque des deux blocs, le monde s&#8217;était équilibré, et la France et les Etats-Unis vivaient dans une communauté de valeurs. Depuis l&#8217;effondrement du système soviétique, la France n&#8217;a pas retrouvé une réelle indépendance et elle vit actuellement de plus en pus sous domination américaine.<br/></p>
<p><b>JB.J</b>: Qu&#8217;elle devrait être, selon vous, la stratégie de puissance de la France, sur quoi  devrait elle s&#8217;appuyer ? <br />
<b>M.A</b>: Un chef, un peuple. Il lui faut avant tout un leader visionnaire, libre et réaliste. Quand je dis libre je veux dire qui se fiche pas mal des sondages et de la pression médiatique. Réaliste cela signifie qu&#8217;il n&#8217;est pas utopiste, il faut qu&#8217;il comprenne l&#8217;histoire, qu&#8217;il vive le présent et qu&#8217;il prépare l&#8217;avenir.<br />
Il doit motiver son peuple, écouter ses aspirations. Le peuple doit  se reconnaître dans le projet de son chef. De Gaulle disait en substance, « suivez moi, voilà ce que je veux pour vous, voilà comment je vois notre avenir ». Quand il s&#8217;est considéré comme minoritaire il est parti, il ne voulait pas aller contre son peuple. Il ne voulait pas le pouvoir il voulait servir. C&#8217;était un grand homme d&#8217;Etat, pour moi c&#8217;est un géant de l&#8217;histoire !<br/></p>
<p><b>JB.J</b>: Quand on est a la tête d&#8217;un Etat, comme vous le fûtes au Liban jusqu&#8217;en 1990, comment fait-on pour mobiliser les forces vives (intellectuels, universitaires, média, chefs d&#8217;entreprise, classe politique&#8230;) autour de ce projet de stratégie de puissance ?<br />
<b>M.A</b>: Avant tout il faut bien se dire qu&#8217;il n&#8217;y a pas de peuple médiocre ou de peuple supérieur, il faut en fait la rencontre d&#8217;un chef et de son peuple. Si le peuple se reconnaît dans son chef alors il le suivra. Le problème de la France et des sociétés de loisir et de plaisir, c&#8217;est que les normes, les limites et les valeurs sont systématiquement détruites, du coup le peuple ne s&#8217;identifie plus dans son chef. Mais ces situations de crise font souvent sortir de grands chefs&#8230;<br/></p>
<p><b>JB.J</b>: Pour en revenir à l&#8217;actualité .Dominique de Villepin a rencontré son homologue irakien, Jacques Chirac s&#8217;est exprimé dans les journaux américains, Thierry Mariani s&#8217;est rendu en visite en Irak&#8230; L&#8217;alternative que  représente la France dans la résolution du différend  Etats-Unis/Irak marque-t-elle un repositionnement de la France dans le concert mondial des Nations ? <br />
<b>M.A</b>: Je commencerai à croire à un nouveau positionnement de la France quand son action s&#8217;inscrira dans la durée. Ce qui caractérisait la politique du général de Gaulle c&#8217;est la persévérance. L&#8217;attitude actuelle est plaisante mais elle laisse des interrogations. En 1990, la France a réagi à l&#8217;invasion du Koweït, à la même époque j&#8217;étais à  Baâbda (palais présidentiel de Beyrouth) sous les bombes. C&#8217;est vrai qu&#8217;il n&#8217;y a pas de pétrole au Liban ! <br/></p>
<p><b>JB.J</b>: La France a-t-elle les moyens de jouer au Proche-Orient, une partition différente de celle des Etats-Unis ?<br />
<b>M.A</b>: Si vous voulez mon sentiment, je voudrais que la France persévère dans sa démarche indépendante et courageuse. Ce serait la Force du Droit face au droit de la force. Il faut des attitudes fermes et claires et ne rien légitimer. La France peut, je pense défendre une force morale en réagissant systématiquement.<br/></p>
<p><b>JB.J</b>: Huttington a parlé de « Choc des Civilisations » entre l&#8217;occident et l&#8217;Islam. Vous qui avez vécu dans votre pays, l&#8217;affrontement entre les civilisations chrétienne et musulmane, pensez vous que ce clash soit inévitable au niveau planétaire ?<br />
<b>M.A</b>: Le premier des conflits c&#8217;est entre l&#8217;Islam et l&#8217;islam, regardez l&#8217;Algérie, la Syrie, l&#8217;Egypte, l&#8217;Arabie Saoudite&#8230;Ce n&#8217;est pas pour faire plaisir aux USA que Affez el Assad ou le roi Fad d&#8217;Arabie Saoudite dénoncent les intégristes, c&#8217;est avant tout pour sauver leur régime et conserver le pouvoir. Il y a l&#8217;axe Téhéran-Damas-Beyrouth pour le chiisme et l&#8217;Arabie saoudite, ses satellites et les Palestiniens pour le sunnisme. L&#8217;Islam est tout d&#8217;abord en guerre contre lui-même. Pour en revenir à votre question, le problème de l&#8217;Islam c&#8217;est quand il est en position de force. Quand il domine il ne peut être tolérant dans sa forme actuelle. Je parle sans aucune réserve. Regardez l&#8217;Arabie Saoudite, c&#8217;est pire que l&#8217;Afrique du Sud, les non-musulmans sont des sous-hommes qui ne peuvent devenir citoyens, qui ne peuvent aller à la Mecque ou à Médine qui ne peuvent même pas emprunter la route qui y conduit. Quand le pape est en photo sur une revue on met un coup de marqueur. Mais l&#8217;occident est quelque part responsable de cette situation en soutenant ces régimes. L&#8217;Occident n&#8217;a pas aidé à installer la Démocratie dans ces pays .Il faut démocratiser l&#8217;Islam, car si les musulmans acceptent la démocratie chez eux, c&#8217;est à dire le droit des femmes, la liberté de conscience, l&#8217;égalité des hommes sans distinction de religion etc&#8230;, alors ils accepteront la démocratie chez vous. Il faut purifier l&#8217;eau à la source !<br/><br />
Je me souviens il y a quelques années de l&#8217;inauguration de la mosquée de Châlons-sur-Marne. Le maire parlait à l&#8217;époque des «musulmans français» ce à quoi l&#8217;imam avait répondu les «musulmans de France». Il y a donc un risque de clash si l&#8217;Islam refuse de se démocratiser et de s&#8217;adapter. Il sera alors facteur d&#8217;instabilité pour la France et l&#8217;Occident en général. L&#8217;intégration ne se fera pas économiquement. L&#8217;économie sert à intégrer des classes sociales dans une division horizontale de la société, quand il s&#8217;agit des convictions religieuses il y a une séparation verticale. La prospérité économique permet de calmer mais non de régler les problèmes. Il faut une adhésion du c&#339;ur pour pouvoir se fondre dans la société. <br />
En 1989, lorsque j&#8217;étais président du Liban,  j&#8217;avais écris une lettre à votre président monsieur Mitterrand. Dans cette lettre j&#8217;avais écris ceci : «<i>Une des grandes affaires de notre siècle finissant sera à n&#8217;en pas douter la confrontation entre l&#8217;Islam et la Chrétienté</i>», c&#8217;était en 1989&#8230;<br/></p>
<p><b>JB.J</b>: Le Liban a connu plusieurs décennies de paix avec ses communautés chrétienne, sunnite et chiite&#8230; Quelle était la recette de cette harmonie, de cette paix qu&#8217;a connu votre pays avant 1975&#8230; peut-être doit-on s&#8217;en inspirer aujourd&#8217;hui ?<br />
<b>M.A</b>: Vous savez ce qui a causé la guerre ce sont des éléments étrangers. Les Etats voisins ont fait la guerre chez nous. Ils nous ont ensuite empêché de dialoguer. La Syrie sème encore la discorde en soulevant des questions religieuses mais tout le monde en a assez de la guerre. Même le Hezbollah en a marre. La recette c&#8217;est avant tout le dialogue. Chez nous il y avait beaucoup de musulmans dans les lycées chrétiens, avec mes amis musulmans on se respectait on s&#8217;appréciait. Accepter la disparition du Liban c&#8217;est se priver d&#8217;une terre où le dialogue a été plus qu&#8217;un réalité quotidienne, une culture constituée, une façon de se présenter devant le reste du monde. Toutes les communautés du Liban ont été des communautés qui ont souffert dans l&#8217;histoire et qui sont venues chercher dans ce pays la Paix. Elles sont arrivées au Liban à cause de leur quête de liberté. Au Liban la tolérance était un mode de vie !<br/></p>
<p><b>JB.J</b>: La paix est donc possible alors&#8230; <br />
<b>M.A</b>: Evidement&#8230; Si l&#8217;Occident a des chefs visionnaires et réalistes et si l&#8217;Islam accepte et respecte les droits de l&#8217;Homme. Mais vous savez, tout ce que je vous dis n&#8217;est pas une analyse c&#8217;est avant tout un témoignage.<br/></p>
<p><b>JB.J</b>: Alors, merci monsieur le président pour ce témoignage.</p>
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		<title>Entretien : Hollywood et la sécurité nationale</title>
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		<pubDate>Thu, 25 Jul 2002 18:57:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[Interview de Monsieur J-M Valantin, Chercheur en Sociologie.
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</ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Interview de Monsieur J-M Valantin, Chercheur en Sociologie.<span id="more-352"></span><b>Infoguerre</b>. Suite &agrave; l&rsquo;article du Monde &laquo; Comment la CIA &eacute;crit les films d&rsquo;Hollywood &raquo; (edition du 23/0702), la r&eacute;daction d&rsquo;Infoguerre tient &agrave; rappeler que cette probl&eacute;matique avait d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; &eacute;voqu&eacute;e dans l&rsquo;ouvrage collectif La guerre cognitive paru en Mai 2002 aux &eacute;ditions Lavauzelle.<br />
Dans cet ouvrage, M. Jean Michel Valantin, chercheur en sociologie apportait certains &eacute;clairages dans son article intitul&eacute; : <i>Shaping the mind , strat&eacute;gie globale et colonisation de la sph&egrave;re des id&eacute;es</i> .</p>
<p><b>J.M. Valantin</b>. Au Etats-Unis, le cin&eacute;ma n&rsquo;est pas consid&eacute;r&eacute; comme en France comme une esp&egrave;ce d&rsquo;art mineur ; le cin&eacute;ma est un m&eacute;dium de la construction de l&rsquo;identit&eacute; nationale am&eacute;ricaine, et est consid&eacute;r&eacute; comme une forme de la puissance am&eacute;ricaine.<br />
En 1942, au moment de la guerre contre le Japon, le minist&egrave;re de la guerre a fait installer un bureau de liaison en plein c&oelig;ur d&rsquo;Hollywood, de mani&egrave;re &agrave; ce que la puissance de l&rsquo;industrie cin&eacute;matographique puisse &ecirc;tre ajust&eacute;e &agrave; la puissance politique et militaire des Etats Unis. <br />
Le r&ocirc;le de ce bureau de liaison &agrave; ce moment &eacute;tait la mobilisation de la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine toute enti&egrave;re dans l&rsquo;effort de guerre.<br />
Par ailleurs, dans la mesure o&ugrave; il ne faut jamais oublier que les Am&eacute;ricains ne sont en guerre qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur de leur pays, le cin&eacute;ma avait aussi pour r&ocirc;le d&rsquo;h&eacute;ro&iuml;ser la pratique am&eacute;ricaine de projection de force.</p>
<p>A partir de 1942, une partie du secteur de l&rsquo;industrie cin&eacute;matographique am&eacute;ricaine est ainsi devenue un prolongement du complexe militaro-industriel. <br />
Ce bureau de liaison a encourag&eacute; les productions consid&eacute;r&eacute;es comme importantes dans le contexte du soutien &agrave; l&rsquo;effort de guerre et a procur&eacute; des conseillers militaires, des uniformes, des &eacute;quipements, des mat&eacute;riels, des conseillers op&eacute;rationnels.<br />
Avec la fin de la guerre, cette coop&eacute;ration n&rsquo;a pas cess&eacute;e. Elle s&rsquo;est au contraire accrue au cours des premi&egrave;res ann&eacute;es de la guerre froide et a jou&eacute;e un r&ocirc;le mobilisateur important contre la menace sovi&eacute;tique.<br />
Cette coop&eacute;ration s&rsquo;est interrompue en 1968 avec la guerre du Vietnam. Effectivement, l&rsquo;industrie cin&eacute;matographique qui reste une industrie, a suivie sa client&egrave;le. Or &agrave; cette &eacute;poque, l&rsquo;opinion publique contestait l&rsquo;intervention am&eacute;ricaine au Vietnam.<br />
Une fois la guerre du Vietnam termin&eacute;e, le Pentagone a tout de m&ecirc;me continu&eacute; &agrave; appuyer tr&egrave;s mod&eacute;r&eacute;ment certaines productions cin&eacute;matographiques critiques &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de ce conflit.<br />
On peut citer l&rsquo;anecdote suivante : en 1978; la Navy qui avait de gros probl&egrave;mes de recrutement a pr&ecirc;t&eacute; un destroyer au groupe Village People afin qu&rsquo;il puisse tourner le clip <i>in the navy..</i>. </p>
<p>Il faudra ensuite attendre les ann&eacute;es Reagan pour que se renoue un cycle de coop&eacute;ration entre l&rsquo;industrie cin&eacute;matographique et les institutions. A cette &eacute;poque, l&rsquo;administration Reagan, relance le conflit Est/Ouest, au niveau symbolique et id&eacute;ologique; le cin&eacute;ma devient d&egrave;s lors tr&egrave;s important notamment parce qu&rsquo;il r&eacute;&eacute;crit l&rsquo;histoire strat&eacute;gique des vingt derni&egrave;res ann&eacute;es, de mani&egrave;re &agrave; permettre au public am&eacute;ricain de retrouver une l&eacute;gitimit&eacute; dans la projection de forces &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur du pays. Cette coop&eacute;ration a de nouveau &eacute;t&eacute; mise &agrave; mal de 1988 au milieu des ann&eacute;es 90.</p>
<p><b>Infoguerre</b>. Est-ce li&eacute; avec le fin de la guerre froide ?</p>
<p><b>JM V</b>. La fin de la guerre froide ayant fait dispara&icirc;tre la menace principale, le cin&eacute;ma de s&eacute;curit&eacute; nationale est entr&eacute; dans une crise que la guerre du Golfe a amplifi&eacute;e. Effectivement, le cin&eacute;ma am&eacute;ricain ne fonctionnant que sur l&rsquo;h&eacute;ro&iuml;sation, l&rsquo;op&eacute;ration strictement h&eacute;g&eacute;monique et imp&eacute;riale de reconstruction de l&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie p&eacute;troli&egrave;re am&eacute;ricaine dans le golfe n&rsquo;a suscit&eacute; aucune inspiration aux sc&eacute;naristes d&rsquo;Hollywood.</p>
<p>Les autres interventions ext&eacute;rieures am&eacute;ricaines de l&rsquo;apr&egrave;s guerre du Golfe n&rsquo;ont pas non plus &eacute;t&eacute; mises en sc&egrave;ne. Les sc&eacute;naristes d&rsquo;Hollywood ont &eacute;t&eacute; incapables de r&eacute;pondre &agrave; la question : &laquo; Que fait-on de nos victoires ? &raquo;<br />
Ainsi, l&rsquo;intervention au Kosovo, qui a &eacute;t&eacute; une victoire technologique des Etats-Unis, n&rsquo;a fait l&rsquo;objet d&rsquo; aucun film.</p>
<p>A partir de 2000 nous avons une r&eacute;surgence progressive de ce cin&eacute;ma de <i>s&eacute;curit&eacute; nationale</i>.<br />
<i>&laquo; Il faut sauver le Soldat Ryan &raquo;</i> en est l&rsquo;illustration parfaite et est tr&egrave;s importante &agrave; plus d&rsquo;un titre:<br />
Tout d&rsquo;abord, il faut s&rsquo;int&eacute;resser dans ce film &agrave; la fa&ccedil;on de filmer l&rsquo;espace. Tout au long du filme, on nous montre des Am&eacute;ricains affrontant des Allemands dans un espace vide, un no man&rsquo;s land o&ugrave; il n&rsquo;y a rien ni personne, tout juste une famille fran&ccedil;aise destin&eacute;e &agrave; faire couleur locale. <br />
Cette fa&ccedil;on de filmer traduit le sentiment selon lequel les Am&eacute;ricains consid&egrave;rent le monde comme un espace vide sur lequel peuvent &ecirc;tre projet&eacute;es les forces am&eacute;ricaines. <br />
Ensuite, on remarquera dans ce film l&rsquo;absence de dimension politique. On voit au d&eacute;but du film, le G&eacute;n&eacute;ral Marshall d&eacute;cider seul d&rsquo;une op&eacute;ration tactique, mais on ne sait pas pourquoi les Etats-Unis se battent. En d&rsquo;autres termes, la guerre est consid&eacute;r&eacute;e comme un &eacute;tat normal des forces am&eacute;ricaines &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur du territoire am&eacute;ricain. <br />
On ne peux pas s&rsquo;emp&ecirc;cher de faire un lien entre cette fa&ccedil;on apolitique de filmer la guerre dans Soldat Ryan et l&rsquo;id&eacute;ologie strat&eacute;gique actuelle de la fameuse <i> &raquo;guerre contre le terrorism &raquo;</i>e.</p>
<p><b>Infoguerre</b>. La guerre contre le terrorisme, qu&rsquo;est-cela veut dire ?:</p>
<p><b>JM V</b>. Cela veut dire que le syst&egrave;me am&eacute;ricain est en Etat de guerre perp&eacute;tuel contre n&rsquo;importe qui, n&rsquo;importe quand, de n&rsquo;importe quelle mani&egrave;re.<br />
Cela veut aussi dire que tout espace non am&eacute;ricain est un espace ou l&rsquo;Am&eacute;rique peut l&eacute;gitimement intervenir.<br />
C&rsquo;est l&agrave; que le r&ocirc;le du cin&eacute;ma est important car il permet de symboliser et de l&eacute;gitimer cette potentialit&eacute; d&rsquo;intervention constante.<br />
La fonction du cin&eacute;ma de <i>s&eacute;curit&eacute; nationale</i> est une fonction de l&eacute;gitimation.</p>
<p>Cependant, la th&eacute;orie du complot que sous entend le quotidien Le monde &raquo; en titrant son article : &laquo;comment la CIA &eacute;crit les films d&rsquo; hollywood &raquo; rel&egrave;ve du phantasme. La CIA n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;&eacute;crire les sc&eacute;narios des films hollywoodiens car les sc&eacute;naristes am&eacute;ricains comme les agents de la CIA ou d&rsquo;autres agences du Pentagone, partagent la m&ecirc;me culture de la menace et sont issus de la m&ecirc;me civilisation d&eacute;mocratique. Il n&rsquo;y a pas de complot, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une synergie des formes de la puissance.<br />
L&rsquo;article du Monde pr&eacute;cise d&rsquo;ailleurs que dans les jours qui ont suivis le 11 septembre, ce sont les repr&eacute;sentants des plus importants syndicats hollywoodiens qui ont invit&eacute; le porte parole de la Maison Blanche; et non l&rsquo;inverse.</p>
<p>
<b>Infoguerre</b>.  L&rsquo;industrie cin&eacute;matographique ne serait donc pas l&rsquo;instrument des agences ?&#8230;</p>
<p><b>JM V</b>. Non, il y a simplement une coop&eacute;ration qui s&rsquo;op&egrave;re en temps de crise, qui permet l&rsquo;ajustement des diff&eacute;rents p&ocirc;le de la puissance dans le but commun de savoir contre qui et contre quoi on se bat afin de mobiliser la puissance et le pouvoir n&eacute;cessaires contre la menace d&eacute;sign&eacute;e. C&rsquo;est dans leur culture.</p>
<p>L&rsquo;id&eacute;ologie dominante qui permet actuellement de coordonner les diff&eacute;rentes agences est l&rsquo;id&eacute;ologie de la guerre contre le terrorisme, nous allons sous peu &ecirc;tre inond&eacute;s de films sur ce th&egrave;me l&agrave;.</p>
<p><b>Infoguerre</b>. Un autre film est int&eacute;ressant &agrave; d&eacute;crypter : <i> &raquo;La chute du Faucon noir &raquo;.</i>.</p>
<p><b>JM V</b>. Ce film nous montre pr&eacute;sente les soldats am&eacute;ricains sous l&rsquo;image de saints et martyrs. On note aussi dans ce film l&rsquo;absence de justification strat&eacute;gique; les acteurs de la trag&eacute;die qui se d&eacute;roule sous les yeux du spectateur, ne savent pas pourquoi ils sont l&agrave;. <br />
La seule justification de leur pr&eacute;sence est de dire &agrave; la fin du film qu&rsquo;ils sont l&agrave; parce qu&rsquo;ils prot&egrave;gent le gars dans le trou d&rsquo;&agrave; c&ocirc;t&eacute; qui lui-m&ecirc;me les prot&egrave;ge. Ils sont l&agrave; pour &ecirc;tre avec les copains, parce qu&rsquo;ils sont entre fr&egrave;res.<br />
On peut noter l&agrave; de nouveau l&rsquo;&eacute;vacuation du niveau politique.<br />
L&rsquo;analyse de ce film quant &agrave; son contenu op&eacute;rationnel est aussi tr&egrave;s r&eacute;v&eacute;lateur de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;esprit am&eacute;ricain. L&rsquo;action du film se situe lors d&rsquo;une op&eacute;ration urbaine &agrave; laquelle les Am&eacute;ricains n&rsquo;&eacute;taient pas pr&eacute;par&eacute;s et qui leur co&ucirc;te des pertes humaines (18 en tout). <br />
La fin du film est un plaidoyer pour l&rsquo;airpower et l&rsquo;interop&eacute;rabilit&eacute; entre les forces terrestres et le soutien a&eacute;rien condition sine qua none de la victoire.</p>
<p><b>Infoguerre</b>. Un autre aspect tr&egrave;s r&eacute;v&eacute;lateur de la vision am&eacute;ricaine du conflit r&eacute;side dans le fait qu&rsquo;on ne voit jamais l&rsquo;ennemi. Les soldats tirent sur des ombres comme dans un jeu vid&eacute;o; il peut ainsi appara&icirc;tre l&eacute;gitime de flinguer n&rsquo;importe qui.</p>
<p><b>Infoguerre</b>. C&rsquo;est l&agrave; la repr&eacute;sentation qu&rsquo;ont les Etats-Unis du monde ext&eacute;rieur. De fait, dans l&rsquo;inconscient collectif am&eacute;ricain, tout ce qui est &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur est une zone d&rsquo;ombre hostile.<br />
Ce sentiment s&rsquo;exprime &agrave; travers la dichotomie entre le camp des Rangers qui repr&eacute;sente la civilisation et la ville qui repr&eacute;sente la barbarie, o&ugrave; l&rsquo;indig&egrave;ne est potentiellement dangereux.<br />
Les Am&eacute;ricains vont donc l&eacute;gitimer l&rsquo;utilisation de la violence arm&eacute;e &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur du camp, afin de r&eacute;g&eacute;n&eacute;rer par la projection de force l&rsquo;identit&eacute; am&eacute;ricaine.</p>
<p>Ce film comme tous les films am&eacute;ricain du m&ecirc;me type pass&eacute;s et &agrave; venir n&rsquo;est possible que parce que du producteur au r&eacute;alisateur, en passant par les techniciens jusqu&rsquo;aux acteurs, tous sont impr&eacute;gn&eacute;s et p&eacute;tris de cette culture et de cette mythologie que partagent les militaires selon laquelle le monde ext&eacute;rieure est hostile.</p>
<p>Le titre de l&rsquo;article du Monde ne refl&egrave;te donc aucunement la r&eacute;alit&eacute; de la mentalit&eacute; et la culture am&eacute;ricaine. C&rsquo;est par la synergie et l&rsquo;interop&eacute;rabilit&eacute; qui s&rsquo;op&egrave;rent entre les p&ocirc;les de puissance que les Etats-Unis sont capables de faire de tels films. On ne peut pas dire qu&rsquo;Hollywood est occup&eacute; par la CIA !</p>
<p><b>Infoguerre</b>. Vous vous &ecirc;tes d&eacute;j&agrave; exprim&eacute; sur ce th&egrave;me dans l&rsquo;ouvrage collectif <i> &raquo;La guerre cognitive &raquo;</i>, publi&eacute; sous la direction du laboratoire de l&rsquo;Ecole de guerre &eacute;conomique. Voil&agrave; cinq ans que vous travaillez sur cette th&eacute;matique et tout cela n&rsquo;est pas nouveau contrairement &agrave; ce que semble penser le Monde.</p>
<p><b>JM. V</b>. Le d&eacute;faut de fond majeur des m&eacute;dias fran&ccedil;ais et des Fran&ccedil;ais lorsqu&rsquo;ils commentent l&rsquo;actualit&eacute; des Etats-Unis est avant tout une m&eacute;compr&eacute;hension totale du syst&egrave;me am&eacute;ricain. L&rsquo;article mentionne par exemple le dernier film am&eacute;ricain qui vient de sortir La somme de toute les peurs et le journaliste pr&eacute;cise que le sc&eacute;nario amalgame &laquo; un agent secret de la CIA avec un boy scout, propre, cultiv&eacute;, remplit de bonne volont&eacute;&hellip; &raquo;</p>
<p>Mais les agents de la CIA sont comme &ccedil;a. Ils sont form&eacute;s comme &ccedil;a, tout simplement parce que le CIA est une &eacute;manation de la bonne soci&eacute;t&eacute; WASP de la c&ocirc;te EST.</p>
<p><b>Infoguerre</b>. Ce sont en fait les goods Guy de l&rsquo;establishment.</p>
<p>
<b>JM. V</b>. Exatement. Le fait qu&rsquo;ils articulent tr&egrave;s bien : bonne volont&eacute; , cynisme et violence extr&ecirc;me n&rsquo;est en aucun cas une contradiction dans la culture am&eacute;ricaine. Cette fa&ccedil;on d&rsquo;agir et de penser n&rsquo;est per&ccedil;ue comme une contradiction que par nous Fran&ccedil;ais. <br />
Pour les Am&eacute;ricains qui se sentent vuln&eacute;rables, qui se voient vuln&eacute;rables, c&rsquo;est au contraire tout &agrave; fait coh&eacute;rent; surtout en p&eacute;riode de crise comme en ce moment.<br />
Dans un tel contexte, leur objectif est de ne pas se sentir submerg&eacute;s par ce sentiment de vuln&eacute;rabilit&eacute;. C&rsquo;est pour &ccedil;a que, sans pour autant qu&rsquo;il n&rsquo;y ait jamais aucun conflit d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t ou identitaire, les diff&eacute;rentes agences, Washington et Hollywood savent travailler main dans la main, en compl&egrave;te connivence. Ce qui soit dit en passant, est loin d&rsquo;&ecirc;tre le cas en France.<br />
En France on ne veut pas comprendre &agrave; quel point les institutions de la puissance am&eacute;ricaine sont en perp&eacute;tuelle comp&eacute;tition, mais en m&ecirc;me temps en perp&eacute;tuelle synergie. Il n&rsquo;y a l&agrave; aucune contradiction. Pour le comprendre et l&rsquo;analyser, il faut cesser de plaquer la grille de lecture franco-fran&ccedil;aise sur le mod&egrave;le am&eacute;ricain.<br />
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