Sébastien Demailly :
Quel est votre sentiment général sur la manière dont les médias traitent les défaites commerciales des entreprises françaises (PME/PMI notamment) à l’étranger ? Observez-vous une asymétrie de l’information de la part des médias entre les victoires et les défaites commerciales françaises à l’international ?
Alain Baron :
Je constate cette asymétrie de l’information effectivement. Je pense que cela est dû à un phénomène assez simple, c'est-à-dire que les entreprises sont très contentes de communiquer sur leurs succès, et par définition, sauf si c’est un grand contrat qui a été fortement médiatisé avant, quand elles échouent à des appels d’offres dont on n’a pas parlé dans la presse, elles n’ont tout simplement pas envie de communiquer dessus. Les entreprises sont extrêmement réticentes à parler des conditions de leurs défaites parce qu’il y a ce secret des affaires. Les entreprises n’aiment communiquer sur les détails d’une négociation, ne veulent pas dire pourquoi elles ont perdu un contrat parce que ça peut être une insuffisance de leur part. Elles peuvent plus facilement communiquer par exemple, quand elles subissent des pressions politiques. J’ai suivi beaucoup de voyages présidentiels, comme vous l’évoquiez tout à l’heure. Quand le Président se déplace on parle systématiquement des grands contrats d’armement, d’infrastructures, d’aéronautique, de centrales nucléaires etc. Il y a sur ces contrats un fort aspect politique. On connaît nos concurrents en général sur ces grands contrats : ce sont les Etats-Unis, la Chine, la Russie etc. Quand le Président français se déplace avec sa délégation, la visite est préparée en amont depuis longtemps, il y a de fortes pressions politiques qui s’exercent pour remporter ces gros contrats. Parfois ça marche et parfois non. Si ça ne marche pas, l’entreprise directement concernée par les négociations au niveau de l’Etat peut toujours dire qu’il y a eu une forte pression américaine ou russe déloyale etc. L’entreprise peut éventuellement communiquer sur cet aspect là mais pas sur les détails de sa défaite surtout si elle n’avait pas la meilleure offre.
Ca peut aussi être un cas où l’entreprise n’a pas été performante. Evidemment, dans ce cas l’entreprise n’a pas envie de communiquer là-dessus. Dans ce cas, si le journaliste, qui suit particulièrement l’entreprise en question ou le secteur d’activité de l’entreprise, obtient des informations en interne, il ne fera pas un papier dessus au journal le lendemain.
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