Infoguerre : Centre de réflexion sur la guerre économique » France Europe Puissances http://www.infoguerre.fr Centre de réflexion sur la guerre économique Wed, 17 Dec 2014 09:31:32 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=4.0.1 La stratégie de l’Oréal pour conquérir le marche indien http://www.infoguerre.fr/matrices-strategiques/la-strategie-de-loreal-pour-conquerir-le-marche-indien-5500?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/matrices-strategiques/la-strategie-de-loreal-pour-conquerir-le-marche-indien-5500#comments Mon, 11 Aug 2014 07:00:31 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5500 ​Cette étude cherche à identifier et à analyser la stratégie mise en œuvre par l’Oréal en vue de conquérir le marché indien. Il s’agit de répondre aux questions suivantes : Comment le leader mondial des cosmétiques aborde-il un nouveau marché ? Quels sont les  ressorts qui lui ont permit de s’adapter aux exigences du consommateur indien ? L’Oréal […]

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l'orealCette étude cherche à identifier et à analyser la stratégie mise en œuvre par l’Oréal en vue de conquérir le marché indien. Il s’agit de répondre aux questions suivantes : Comment le leader mondial des cosmétiques aborde-il un nouveau marché ? Quels sont les  ressorts qui lui ont permit de s’adapter aux exigences du consommateur indien ? L’Oréal parvient-il à se différencier de ses concurrents en Inde ? Et quelles en sont les logiques? Pour ce faire il est nécessaire de clarifier les spécificités du marché des cosmétiques indiens puis d’identifier, analyser et cartographier les différents vecteurs de leur stratégie d’implantation de sa conception aux premières étapes de sa mise en œuvre.

Notre approche se concentre sur les enjeux stratégiques de la pénétration d’un nouveau marché, particulièrement imperméable. Tout au long de l’étude, le principe de la triangulation a été appliqué à la collecte d'informations. Plutôt que de s'appuyer sur une source unique de données, l'information est généralement recoupée par plusieurs sources différentes et indépendantes permettant un résultat plus solide et fiable. Les sources d'informations utilisées ont été les suivantes: les données primaires collectées par les statistiques officielles des organismes internationaux et nationaux; des revues universitaires, des livres et des articles scientifiques particulièrement en sciences-politiques, gestion et en commerce/marketing ; mais également des journaux spécialisés (finances, cosmétiques) et la presse quotidienne.

Le marché cosmétique indien est caractérisé par des contraintes réglementaires faibles, une taxation à l’import dissuasive, une forte concurrence et un système de distribution éloigné des standards occidentaux. Il apparaît clairement que la majorité voir la totalité des produits cosmétiques occidentaux contiennent des substances animales dont l’usage autant que leur origine vont à l’encontre des principes de l’Hindouisme. De plus, les rituels  de beauté indiens appartiennent à une tradition millénaire qui associe étroitement la beauté et l’équilibre intérieur issue de l’Ayurveda qui les rend asexués.

La stratégique concurrentielle de l’Oréal est fondé sur son service de veille très développé qui a permis au groupe d’envisager différents scénarii afin de se positionner en adéquation avec la demande mais également de façon différenciée vis-à-vis de ses concurrents. De plus, l’Oréal est un groupe fortement orienté vers l’innovation, son département de recherche et développement a développé plusieurs produits spécifiquement pour le marché indien s’inspirant des traditions de beauté locales. Le groupe a associé à ses innovations le développement d’une image verte et éthique de produits composés uniquement d’éléments naturels et respectant la nature afin de répondre aux exigences indiennes.

La stratégie d’implantation du groupe en Inde est différente de celle développée dans les autres pays d’Asie. En effet, Le marché indien se distingue des autres marché asiatiques, où l’Oréal peut s’implanter en premier lieu par ses marques de luxe, il lui a fallut penser son implantation avec ses marques de milieu de gamme se fondant sur l’éducation du consommateur.  De plus, le marché des produits capillaires professionnels était quasi inexistant en Inde au milieu des années 1990, l’Oréal a donc mis en œuvre une stratégie d’influence à long terme pour créer une fidélité à ses marques tout en développant le secteur. Enfin, le groupe se distingue de ses concurrents par sa stratégie de communication différencié sur le marché indien.

Floriane Galeazzi

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La stratégie de l’Oréal pour conquérir le marche indien

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Les géants du Web et la cybercriminalité http://www.infoguerre.fr/infolabo/geants-du-web-et-la-cybercriminalite-5466?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/infolabo/geants-du-web-et-la-cybercriminalite-5466#comments Mon, 30 Jun 2014 12:43:00 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5466 Les géants du Web se positionnent aujourd’hui comme les fervents défenseurs d’un monde numérique plus sûr, et mettent au coeur de leur priorité une lutte acharnée contre la cybercriminalité. Cependant, le tsunami causé par Edward Snowden et les révélations du programme PRISM ont mis à mal la réputation des mastodontes du Net. Google, Facebook, Apple, […]

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cybercriminaliteLes géants du Web se positionnent aujourd’hui comme les fervents défenseurs d’un monde numérique plus sûr, et mettent au coeur de leur priorité une lutte acharnée contre la cybercriminalité. Cependant, le tsunami causé par Edward Snowden et les révélations du programme PRISM ont mis à mal la réputation des mastodontes du Net. Google, Facebook, Apple, Microsoft, autant de sociétés qui ont été montrées du doigt par les internautes, qui se sont sentis trahis, perdant toute confiance envers ceux qui s’autoproclamaient gardiens d’un Internet respectueux des données et de la vie privée des utilisateurs.

De plus, si la lutte contre la cybercriminalité est une cause noble, elle n’en reste pas moins un segment très rentable pour l’économie dont les géants du Web ne se privent pas, puisqu’ils restent avant tout des compétiteurs dont le profit est le leitmotiv.
Ce leitmotiv pousse ces firmes américaines à conquérir de nouveaux marchés, afin de fuir la saturation des réseaux en Occident. Mais les pays émergents accusent un retard conséquent dans l’intégration des nouvelles technologies à leur société. Les géants du Web n’ont alors qu’un pas à faire pour s’engouffrer dans la brèche de la fracture numérique, et se posent alors comme les sauveurs de ses sociétés où beaucoup reste à faire en matière de numérique. Tout cela au risque de déployer un peu plus le cyberespace et ainsi d’offrir un terrain de jeu encore plus attrayant pour les cybercriminels.

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La France, bientôt une « non-puissance » de premier plan ? http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/france-bientot-non-puissance-de-premier-plan-5458?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/france-bientot-non-puissance-de-premier-plan-5458#comments Wed, 11 Jun 2014 16:36:50 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5458 ​Christian Harbulot signe une tribune sur Atlantico.fr sur l'avenir de la France en tant que puissance mondiale. Le constat est alarmant. "François Hollande débute ce jeudi 5 juin une journée qui pourrait être historique alors qu'il reçoit successivement la Reine d'Angleterre, Barack Obama, puis Vladimir Poutine en fin de soirée. Le pays des Droits de […]

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rtrpe7gChristian Harbulot signe une tribune sur Atlantico.fr sur l'avenir de la France en tant que puissance mondiale. Le constat est alarmant.

"François Hollande débute ce jeudi 5 juin une journée qui pourrait être historique alors qu'il reçoit successivement la Reine d'Angleterre, Barack Obama, puis Vladimir Poutine en fin de soirée. Le pays des Droits de l'Homme a pourtant peu de chances de faire entendre sa voix alors que sa puissance morale, militaire et économique ne cesse de décliner au fil des ans."

Retrouvez l'intégralité de l'article sur Atlantico.fr

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La France, les Etats-Unis et l’Allemagne face aux investissements étrangers http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/france-etats-unis-allemagne-face-aux-investissements-etrangers-5436?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/france-etats-unis-allemagne-face-aux-investissements-etrangers-5436#comments Wed, 21 May 2014 07:34:15 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5436 ​Les années 1980 ont vu la naissance d’une convergence des Etats considérant qu’au regard de la croissance et de l’innovation, le libéralisme est à privilégier par rapport au protectionnisme. L’article de Williamson, « consensus de Washington » édicte les principes libéraux qui dominent aujourd’hui dans la politique économique internationale, notamment concernant les investissements étrangers. Ce consensus promeut […]

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investisseurs-etrangersLes années 1980 ont vu la naissance d’une convergence des Etats considérant qu’au regard de la croissance et de l’innovation, le libéralisme est à privilégier par rapport au protectionnisme.
L’article de Williamson, « consensus de Washington » édicte les principes libéraux qui dominent aujourd’hui dans la politique économique internationale, notamment concernant les investissements étrangers. Ce consensus promeut l’investissement international, pour générer la libre circulation des capitaux afin d’engendrer un climat favorable aux affaires et à la croissance.

Cependant, ce consensus auto déclaré n’est généralement pas suivi d’un principe obligatoire de la part des états, ces derniers restants souverains dans les décisions qui concernent les investissements sur leur territoire et leur espace économique.
Dans les faits, beaucoup d’états ont encore une politique protectionniste. En 2008, un rapport du « Government accountability office » montrait que sur neuf partenaires commerciaux des Etats-Unis, au moins huit avaient des mesures pour surveiller les investissements étrangers sur leur territoire. Le rapport stipule même que ces pays ont durci leur politique entre 1999 et 2008, à un moment où l’ouverture des marchés battait son plein. Dans la majorité des cas, les pays avancent des raisons de sécurité nationale afin de justifier ces mesures, même si dans le faits, les limites ne s’arrêtent pas au secteur de la défense et permettent de se prémunir plus largement des entreprises étrangères ou des fonds souverains.

Les prises de participations d’intérêts étrangers se font soit par le biais de fonds souverain, soit par le biais d’une Offre publique d’achat (OPA). Les OPA visent en général à étendre le pouvoir des acteurs dominants ou encore à maintenir une position acceptable dans un marché de plus en plus en plus consolidé.  La consolidation d’un secteur et la taille des entreprises qui la domine auront un impact sur les emplois, et augmentera le pouvoir de négociation sur les fournisseurs et les clients. Ainsi l’accroissement de la taille d’un acteur d’un marché est-il de plus en plus stratégique pour les intérêts des nations et les états ont tout intérêt à ce que certains secteurs stratégiques ou économiquement fort restent dans le giron de leur pays. Les entreprises doivent leur survie à une marche forcée sur le segment des fusions-acquisitions, sur le principe de « grossir pour ne pas être mangé » et rester un acteur qui compte dans le secteur d’activité auquel elles appartiennent.  Il est donc vital pour un pays d’essayer d’héberger un des champions mondiaux du secteur dit, afin de ne pas perdre un secteur industriel. Des coûts de recherche élevés (pharmacie)  ou encore la nécessité d’accroitre des volumes de productions pour rester dans la course (automobile) obligent les entreprises à atteindre une taille minimale. Ce constat explique la course aux investissements étrangers, dans un monde globalisé où les frontières n’ont plus lieu d’être. Nous allons voir à travers les exemples de la France, des Etats-Unis et de l’Allemagne comment ils se défendent et quelle est leur appréhension des capitaux étrangers sur leur territoire.

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Accords de libre-échange Transatlantique : Quid de la perte de souveraineté des Etats européens ? http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/accords-libre-echange-transatlantique-quid-perte-souverainete-etats-europeens-5417?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/accords-libre-echange-transatlantique-quid-perte-souverainete-etats-europeens-5417#comments Wed, 07 May 2014 08:02:39 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5417 ​Dans la continuité de l’ALENA et de feu l’AMI (accord multilatéral sur l’investissement), le plus grand accord commercial bilatéral au monde (TTIP) se négocie  actuellement dans une grande discrétion entre l’Europe et les Etats-Unis sur fond de discordes, notamment sur des sujets comme la Culture, l’Agro-alimentaire ou l’audiovisuel. Cependant, les américains  ont  une lecture sous-jacente […]

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atlantismeDans la continuité de l’ALENA et de feu l’AMI (accord multilatéral sur l’investissement), le plus grand accord commercial bilatéral au monde (TTIP) se négocie  actuellement dans une grande discrétion entre l’Europe et les Etats-Unis sur fond de discordes, notamment sur des sujets comme la Culture, l’Agro-alimentaire ou l’audiovisuel. Cependant, les américains  ont  une lecture sous-jacente du dit traité, caractérisée par leur approche sur la protection de leurs investisseurs face aux conflits commerciaux.

Le piège du tribunal arbitral
En effet, dans la gestion des conflits commerciaux, les Tribunaux nationaux et internationaux d'arbitrages (CIRDI OU CNUDCI, entre autres) donnent aux entreprises la possibilité d’attaquer des Etats. En notant, que les sentences rendues par ces tribunaux sont exutoires devant les tribunaux nationaux. Ce qui confère aux Entreprises autant de pouvoir que les Etats, Etats qui n’ont plus la liberté de modifier les législations ou les lois au détriment des intérêts de ces mêmes Entreprises, sans se voir condamner devant une cour internationale. Et pour cause, les multinationales américaines ont une puissance de lobbying et un pouvoir d'influence tentaculaire. Elles exercent leur puissance sur les organisations internationales, notamment sur le terrain du Droit (Common Law- DPI). Cette influence s'étendant jusqu'à leur implication dans l'élaboration des textes législatifs votés par des élus, ces derniers défendant les intérêts des bailleurs de fonds de leur campagne électorale. On retrouve également  cette influence jusqu' au niveau des Agences  de Réglementations, ayant normalement un rôle de défense de la sécurité publique, mais où le conflit d'intérêt est flagrant au vu des travaux rémunérés qu'elles réalisent au profit de ces mêmes multinationales. Et enfin, une influence financière, puisque les états Unis finance en grande partie la Banque mondiale et désigne son Président.

L’encerclement par la connaissance
Ce pouvoir d’influence a été rendu possible grâce au développement depuis le début des années 70, d’une expertise, d’une expérience et d’une grande maitrise dans des négociations comme celle du TTIP.
Pour cela, les américains ont développé dans le monde un réseau très important et influent de Cabinets d’Avocats Anglo-saxons. Pour qu'aujourd'hui, ils représentent plus de 70% du marché  avec au TOP20 exclusivement ces mêmes Cabinets, qui toutes ont au moins une adresse en France ! C’est la conclusion qui ressort du classement réalisé par la firme de sondage Acritas (Sharplegal 2013 Global Elite Brand Index) sur la base de critères comme la force de leur Réputation et de leur Marque. Ces cabinets adoptant une posture protectionniste au profit des États Unis, au grand Dam de la France qui elle ne dispose que d’une masse critique très faible. En notant que quand dans l'Europe des 28, la France se bat individuellement sur des sujets précis et techniques, les Etats-Uniens eux se battent en meute sur des sujets beaucoup plus stratégiques et d'avenir (en exemple le monde immatériel de l’internet et du numérique).

Le précédent de l’ALENA
Pour illustrer cela, il suffit de se pencher sur l'accord de libre échange ALENA entre les USA et le Mexique-Canada, pour constater toute la puissance Américaine dans la défense des intérêts de ses multinationales. Comme le souligne l’étude réalisé par le Centre de Recherche sur l’Amérique Latine (CNRS):”le Droit des investissements dans l’ALENA”, nous sommes passés de la “protection” à la “sécurité” des investissements, puisque le traité a permis une interprétation laxiste de la protection.  En allant sur le site NAFTA du secrétariat de l’ALENA on y trouve “les dispositions relatives au règlement des différents”, parfaitement transposable à l’accord transatlantique actuel. Avec deux principes forts, l'un sur " le traitement national",  et l'autre "celui de "la nation la plus favorisée". Ce qui interdit toute aide (financière ou règlementaire) ciblée de l'Etat vis à vis d’entreprises nationales, tout en l'amenant à ouvrir son marché. Conséquence pratique : la condamnation du gouvernement canadien à verser 250 millions de dollars au profit de la multinationale pétrolière américaine Lone Pine, suite à un moratoire sur la fracturation hydraulique du gaz de schiste au Québec!
Une levée de bouclier contre cet accord, notamment ”Europe Ecologie- Les verts” ou l’AITEC (Association international de Techniciens, Experts et chercheurs), semblent laissé perplexe le commissaire européen en charge du commerce Krel De Gucht qui semble vouloir se dédouaner et partager la responsabilité dans la signature d’un tel traité, en lançant en ligne sur le site de la commission  européenne une consultation publique,  sur la protection des investisseurs dans le cadre du TTIP.

 

Quelques Sources:
Le Droit des investissements dans l ALENA alena –  colloque A Bello http://www.sciencespo.fr/opalc/sites/sciencespo.fr.opalc/files/Guy%20Mazet%20Le%20droit%20des%20investissements%20dans%20l'ALENA_0.pdf
Aperçu des dispositions relatives au règlement des différents dans le cadre de l ALENA
https://www.nafta-sec-alena.org/Default.aspx?tabid=137&language=fr-CA

Le rôle des juridictions étatiques devant l arbitrage commercial
http://eprints.ucm.es/6963/1/LE_R%C3%94LE_DES_JURISDICTIONS_%C3%89TATIQUES_DEVANT_L'ARBITRAGE.pdf

EUROPA – COMMUNIQUES DE PRESSE – Communiqué de presse – La Commission européenne lance une consultation publique en ligne sur la protection des investisseurs dans le cadre du TTIP
http://europa.eu/rapid/press-release_IP-14-292_fr.htm

Le développement des grands cabinets anglo-saxons d'audit en France
http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/58/27/58/PDF/COM021.PDF

Rapport de la firme de sondage ACRITAS-
http://www.droit-inc.fr/dl601

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L’Ukraine sur le chemin de l’Union européenne ? http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/ukraine-sur-chemin-union-europeenne-5170?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/ukraine-sur-chemin-union-europeenne-5170#comments Tue, 12 Nov 2013 07:24:00 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5170 ​Devenue indépendante le 24 août 1991, l'Ukraine a été rapidement incluse dans le processus d'intégration européenne en signant un accord de partenariat et de coopération en octobre 1992. Ce même accord figurait comme la première étape vers l'adhésion à l'Union européenne et avait été ratifié par la Pologne et l'ensemble des autres pays de l'Europe […]

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ukraine_europeDevenue indépendante le 24 août 1991, l'Ukraine a été rapidement incluse dans le processus d'intégration européenne en signant un accord de partenariat et de coopération en octobre 1992.
Ce même accord figurait comme la première étape vers l'adhésion à l'Union européenne et avait été ratifié par la Pologne et l'ensemble des autres pays de l'Europe satellisés par l'Union soviétique. Il est à noter que la plupart de ces États sont devenus membres de l'UE à la différence de l'Ukraine.
Depuis l'indépendance de l'Ukraine, seize sommets Ukraine – UE se sont déroulés. A chaque fois, l'Ukraine a fait part de son désir de rapprochement avec l'Union européenne aussi bien qu'avec la Russie. La volonté d'adhérer à l'Union européenne fut formulée pour la première fois par le Président de la République Leonid Koutchma en 1998.

En 2003, le statut de candidat a été refusé par l'UE à l'Ukraine. L'arrivée au pouvoir de l'opposant pro-occidental Viktor Iouchtchenko en 2005 n'a pas permis la réalisation d'actes significatifs de rapprochement. Ce n'est qu'en février 2013 que la Commission européenne a donné son feu vert à l'approfondissement de ses rapports avec l'Ukraine.

I. Une conjoncture favorable au rapprochement de l'Ukraine avec l'Union européenne

La crise économique 2008 a mis un terme à une décennie de croissance économique pour l'Ukraine, mettant en relief les faiblesses structurelles dont elle souffre.
De même, la ré-émergence de la puissance russe a poussé les dirigeants ukrainiens à revoir leur traditionnelle politique multivectorielle en matière de relations extérieures.
Depuis 2008, la croissance ukrainienne s'est contractée de 15% avant de croître à nouveau pendant deux ans de 5% puis stagner depuis 2012.
Les points forts de l'économie ukrainienne comme l'acier ont vu l'émergence à l'échelle mondiale de concurrents plus compétitifs. Cette industrie motrice pour l’Ukraine est passée de la 8ème place à la 10ème au classement mondial, dans le même temps, le Hryvnia, devise ukrainienne, a perdu près de 40% de sa valeur en 2009. L'économie ukrainienne a donc besoin de s'ouvrir vers de nouveaux horizons qui pourraient lui apporter des investissements directs étrangers, de nouveaux débouchés permettant la réalisation d'économies d'échelle et à plus long terme des fonds structurels européens.

En parallèle, l'Ukraine fait l'objet de convoitise de la part de la Russie qui réaffirme son statut de puissance dominante sur ce qu'elle considère être sa zone d'influence naturelle.
Vladimir Poutine a décidé de créer l'Union eurasienne dans le but de réaffirmer ce statut vis-à-vis de la « zone d'influence naturelle russe », à savoir les membres de la CEI. Il demande aux États invités à adhérer (Biélorussie, Kazakhstan, Arménie, Azerbaïdjan et Ukraine) de renoncer à tout rapprochement avec l'Union européenne dans le même temps, mettant ainsi à mal « la stratégie d’État européen non-aligné », adoptée par l'Ukraine depuis 1991 et confirmée par Viktor Ianoukovitch en 2010. Les États qui ont déjà rejoint cette entité ont observé que la Russie ne jouait pas vraiment le jeu en pratiquant une forme de protectionnisme interne visant à protéger ses entreprises au sein d'une organisation qu'elle écrase de tout son poids. La Russie souhaite, par ce biais, prendre le contrôle des gazoducs ukrainiens qui constituent un enjeu considérable, d'un point de vue géopolitique et économique.
Ainsi les oligarques ukrainiens, figurant dans le premier cercle du Président de la République, œuvrent pour la signature d'un accord permettant de préserver leurs intérêts économiques et de les protéger de la concurrence russe, positionnée sur les mêmes secteurs d'activités … Ils poussent le pouvoir à réformer pour conclure l'accord.

Ce revirement qui peut paraître surprenant au premier abord s'explique par la déception des dirigeants actuels, de la politique menée par la Russie à l'égard de l'Ukraine.
Les accords de Kharkiv, signés en 2010, peu après le retour au pouvoir des « pro-russes » a marqué un changement de stratégie. En effet, l'Ukraine est resté le pays d'Europe payant le plus cher le gaz à la Russie, en dépit de la concession faite (sans contre-partie) avec le renouvellement du bail du port de Sebastopol jusqu'en 2042 au profit de la Marine russe. La dureté de la position russe à propos du prix du gaz handicape Rinat Akhmetov et Dmytro Firtach qui utilisent en grande quantité le gaz dans l'activité de leurs entreprises, ce qui a pour effet de les inciter à regarder vers l'UE.

II. La difficile conclusion d'un accord historique

L'accord d'association et de libre-échange n'est qu'une étape parmi tant d'autres sur le long chemin de l'adhésion à l'Union européenne. Les démocraties populaires et les pays baltes avaient dû attendre dix ans en moyenne pour intégrer l'UE.
Dans la situation actuelle, aucun élément ne permet de dire que l'Ukraine parviendra à rejoindre l'UE dans un délai plus court, premièrement par la nature des obstacles existant et deuxièmement par les schèmes de pensée des dirigeants ukrainiens actuels.

En septembre 2013, le ministre lituanien des affaires étrangères réaffirmait toute sa confiance concernant la signature de l'Accord d'association. Viktor Ianoukovitch a demandé aux députés d’accélérer le vote des réformes demandées avant le sommet de Vilnius pour conclure ce processus. En parallèle, il a nommé en 2012 l'expérimenté Anatololy Hrychtchenko vice-premier ministre. Celui-ci ayant pour seule tâche de mener à bien la conclusion de l'accord avec l'UE.
Toutefois, l'UE exige de l'Ukraine de mettre en place un véritable État de droit respectant le principe de l'égalité de tous devant la loi, une réforme du Code électoral permettant la tenue d'élections dénuées de fraudes ainsi qu'une résolution de l'Affaire Tymochenko.

La concrétisation de ces réformes entre en conflit avec la nature même du régime actuel dans la mesure où celui-ci n'a jamais adhéré aux valeurs de ces réformes. Elles mettent même en danger un système au sein duquel des anciens responsables du PCUS en Ukraine détiennent les richesses du pays. Le régime qui s'est instauré protège leurs positions sociales. Au sein de ce système, les oligarques utilisent le pouvoir politique auquel ils sont intimement liés (Pintchouk est le gendre de Koutchma, Oleksander Ianoukovitch le fils de l'actuel président et Akhmetov une connaissance de longue date) pour promouvoir leurs intérêts économiques. En outre, Viktor Ianoukovitch dépend grandement de leur soutien pour sa réélection en 2015. C'est leur lobbying intensif qui a incité Viktor Ianoukovitch à opter pour ce changement de cap historique. Ils activent également leurs réseaux européens pour forcer la signature de l'accord. Alexandre Kwasniewski, ancien président polonais et membre de la mission d'observation de l'UE en Ukraine pour les affaires concernant les opposants politiques emprisonnés, est également Président de l'ONG fondée par Viktor Pinchouk : « The Yalta European Strategy ».

Pour finir, le Partenariat oriental a été défini à son origine comme un instrument d'intégration d’États qui n'ont pas pour vocation d'intégrer l'Union européenne dans un futur proche. Cependant, ses seuls progrès significatifs se sont produits avec l'Ukraine et dans une moindre mesure la Moldavie et la Géorgie qui ambitionnent d'adhérer à l'Union européenne un jour. Il est intéressant de noter que ces pays ont également fait part, à une époque, de leur souhait de rejoindre l'OTAN, à la différence de ceux qui déclinent tout rapprochement (Azerbaïdjan, Biélorussie et Arménie). Cette stratégie fut employée par les anciennes démocraties populaires, ayant rejoint l'UE en 2004, pour se protéger vis-à-vis de la Russie.

III. Des raisons d'espérer à une adhésion future

Le rapprochement Ukraine – UE n'est pas seulement dû aux efforts ukrainiens. L’Union européenne n'a pas hésité à rechercher des compromis pour parvenir à la signature de cet accord.
Sur la question majeure des détenus politiques, Youri Loutsenko a été gracié en mars et l'Union européenne est prête à un compromis concernant le cas de Ioulia Tymochenko (possibilité de la soigner en Allemagne) afin d'arrimer l'Ukraine à la sphère d'influence de l'Union européenne.
A propos des autres réformes, le Ministre des affaires étrangères lituanien a évoqué la possibilité d'une signature permettant la mise en place de 90% de l'acte en attendant que le reste des réformes soit adopté par la Verkhovna Rada. Tout ceci accrédite fortement l'hypothèse d'une signature au Sommet de Vilnius en novembre. De plus, l'UE a promis d'offrir 45 millions d'euros pour accompagner les entreprises dans leur adaptation aux normes européennes.
Les mesures de rétorsion mises en œuvre par la Russie ont renforcé la volonté des dirigeants ukrainiens de se rapprocher de l'Union européenne et ont accru le soutien de la population à s'émanciper de la Russie, aussi bien à l'est du pays (orthodoxe) qu'à l'ouest (uniate).

Ils privilégient ainsi une ouverture sur un espace économique avec lequel les échanges commerciaux ont constamment augmenté depuis l'indépendance, au détriment de la Russie notamment, et davantage respectueux de la souveraineté ukrainienne. Par ailleurs, le fossé culturel séparant le pays tend à se résorber lorsque l'on analyse l'évolution des statistiques linguistiques (concernant la connaissance de la langue ukrainienne) et le fort attachement à la souveraineté de l'Ukraine. La jeunesse est majoritairement pro-UE dans les sondages
Ce rapprochement permet à Viktor Ianoukovitch de faire endosser à la Russie le rôle du responsable de la crise économique et ainsi à s'attirer un peu plus les faveurs de l'Ouest du pays ainsi que de la jeunesse, partisans de l'intégration européenne en vue de la Présidentielle. Les mesures de rétorsion russes ont contribué à rendre plus populaire la perspective d'une adhésion de la population à l'UE.

La découverte de réserves importantes de gaz de schiste dans les sous-sols européens et en Ukraine, contribue à rendre moins dépendante les deux entités de la Russie sur ce point. En outre, les européens se sont engagés à revendre du gaz à l'Ukraine en cas de rétorsion russe.
Les représailles russes semblent se limiter à des sanctions économiques comme celles concernant Roshen. Le Kremlin dispose en la personne de Viktor Medvedtchuk d'un candidat potentiel pour l'élection de 2015, mais il ne semble pas disposer d'un poids politique suffisant pour être élu.

La possibilité d'une alternance politique à la présidence en 2015 pourrait accélérer la marche de l'Ukraine par un rapprochement politique de la législation ukrainienne avec celle de l'UE.
A l'heure actuelle, l'Ukraine peut compter sur le soutien effectif des pays nordiques mais aussi de ceux issus du Groupe de Visegrád désireux de ne plus constituer la frontière orientale de l'UE. Parmi eux, la Pologne souhaite retrouver le niveau d'échange qu'elle entretenait avec l'Ukraine avant son adhésion à l'espace Schengen. Ces États et leur statut croissant au sein de l'UE sont les meilleurs alliés d'une intégration future de l'Ukraine.

Anthony Pierini


Bibliographie (notée le 14/10/2013) :

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Les échanges franco-tchadiens après 1960 http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/echanges-franco-tchadiens-apres-1960-5164?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/echanges-franco-tchadiens-apres-1960-5164#comments Fri, 08 Nov 2013 13:16:57 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5164 Ancien membre de l’Afrique Equatoriale Française, le Tchad obtient son indépendance en 1960. Depuis, l’ex colonie traversa de nombreuses crises (politiques, diplomatiques, humanitaires, économiques) et fut souvent déstabilisée par des conflits armés. Les difficultés économiques rencontrées par le Tchad impactèrent les échanges commerciaux avec l’ancien colonisateur. 3ème plus grand client et 2ème plus grand fournisseur du […]

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TchadAncien membre de l’Afrique Equatoriale Française, le Tchad obtient son indépendance en 1960. Depuis, l’ex colonie traversa de nombreuses crises (politiques, diplomatiques, humanitaires, économiques) et fut souvent déstabilisée par des conflits armés. Les difficultés économiques rencontrées par le Tchad impactèrent les échanges commerciaux avec l’ancien colonisateur. 3ème plus grand client et 2ème plus grand fournisseur du Tchad en 2011, la France reste aujourd’hui un des principaux partenaires économiques de son ancienne colonie.

De l’indépendance du Tchad en 1960 au coup d’état de 1975
Dès l’indépendance du Tchad, Paris souhaite garder un lien privilégié avec N’Djamena. Les « accords franco-tchadiens » du 11 août 1960 et les « accords quadripartites » signés le 15 août de la même année ont partiellement pour objectif de perpétuer une relation économique et militaire entre la France et son ancienne colonie. Notons que l’utilisation du Franc CFA par cette dernière renforce sa dépendance économique vis-à-vis de l’ancien colonisateur. En 1960, le Tchad exporte essentiellement des matières premières issues de l’agriculture et de l’élevage : le coton correspond à 60-70% des exportations contrôlées, et la vente de produits issus de l’élevage correspond à 15-20% des exportations contrôlées.

Les accords précédemment cités permirent à des entreprises françaises de détenir des positions avantageuses, voire de véritables monopoles sur les matières premières exportées. Ainsi, la COTONFRAN, exportant majoritairement vers la France, réalise plus de la moitié du chiffre d’affaire total des sociétés productrices de coton. PRODEL, société française détient quant à elle le monopole du traitement et des exportations de la viande. Les exportations tchadiennes sont destinées en grande majorité vers la CEE. Au sein de la communauté européenne, ces exportations sont en grande partie destinées à la France jusqu’à 1975. Ainsi, entre 1964 et 1974, de 67,5% à 90,9% des marchandises tchadiennes seront exportées vers la CEE ; sur la même période, entre 44% et 80% de ces marchandises exportées vers la CEE rejoignent le territoire français.

La quasi-monoculture du coton contribue à rendre le Tchad dépendant des importations de produits manufacturés et biens de consommation courante. La France constitue encore une fois un partenaire privilégié pour les importations de son ancienne colonie : entre 1964 et 1974, de 44,5% à 74,1% des marchandises importées viennent de la CEE, parmi lesquelles 33% à 50% proviennent de l’Hexagone. L’invasion du Nord du Tchad et l’annexion de la Bande d’Aozou par la Lybie en 1973 ne viennent pas impacter les échanges franco-tchadiens : les produits exportés par le Tchad (comme le coton) provenant essentiellement des régions de la moitié sud du pays, et les voies commerciales reliant le Tchad à l’océan Atlantique n’étant pas coupées.
 

Du putsch du 13 avril 1975 à la restitution de la bande d’Aozou en 1994
Le coup d’état militaire du 13 avril 1975, contre lequel la France ne s’est pas opposée, ne constitue pas un tournant pour les échanges entre les deux pays. En revanche, la guerre civile faisant rage dans l’ancienne colonie et les ingérences libyennes au Tchad viennent directement impacter ces mêmes échanges. Dans notre analyse, nous ne nous penchons que sur les conséquences commerciales qui en découlent. Premièrement, notons que les incursions des troupes rebelles du FROLINAT (Front de Libération Nationale du Tchad) de Goukouni Oueddei, soutenues par les forces de Mouammar Kadhafi, impactent fortement le secteur agricole (coton, gomme arabique, etc.) ; le FROLINAT allant jusqu’à brûler les récoltes de coton ; les exportations du Tchad vers la France diminuent en conséquence. Entre 1977 et 1978 par exemple, celles-ci baissent de 59,2%. Jusqu’à 1984, l’ancien colonisateur restera le principal exportateur de produits manufacturés (83% en moyenne) vers le Tchad.

Un deuxième point majeur à soulever concerne les ventes d’armes de la France à son ancienne colonie de l’AEF. Dans le cadre des « accords de coopération militaire technique » conclus en 1976, Paris a donné son aval à l’aide française au renforcement des capacités militaires tchadiennes. En déclenchant les opérations Manta (1983-1984) et Epervier (débutée en 1986), le gouvernement français cherche à soutenir le gouvernement en place à N’Djamena face à une opération armée soutenue par la Lybie. Bien qu’incomplètes, les données fournies par SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) renseignent sur la vente de matériel militaire lourd et de nombreux missiles au Tchad entre 1980 et 1987 (vente de 400 missiles anti-char MILAN en 1986, livrés entre 1986 et 1987).

Le cessez-le-feu conclu en mars 1988 entre tchadiens et libyens marque une fin temporaire semble-t’il, selon ce même organisme, des livraisons d’armes française au régime de N’Djamena. Dès lors et jusqu’à la restitution de la bande d’Aozou en 1994, les exportations tchadiennes vers l’ancienne puissance coloniale progressent considérablement et de manière quasi-constante. Ainsi, entre 1987 et 1994, celles-ci progressent de plus de 15.000%, suivant la reprise de l’activité économique tchadienne ; les importations sont en revanche plus irrégulières et oscillent entre 56 M USD et 94 M USD (dollars courant).
 

De 1994 à aujourd’hui
Premièrement, notons que la fin des ingérences libyennes au Tchad n’implique pas la fin des troubles dans l’ancienne colonie ; il existe toujours une rébellion au régime en place à N’Djamena bénéficiant d’une aide soudanaise. Le président Tchadien Idriss Déby, de plus en plus impopulaire, aura notamment à faire face à une rébellion en 2008 visant à renverser le régime en place. Le soutien militaire français permit au président tchadien de rester en place. En termes d’échanges, ce soutien s’est notamment traduit par la livraison de 25 VTT VAB aux forces loyalistes. Après la fin de la guerre civile en 2010, les ventes d’armes effectuées avec N’Djamena n’ont pas cessé pour autant, comme le confirme l’achat par l’armée tchadienne de 22 Patsas Bastion en 2012.

Au niveau des matières premières, le Tchad s’est préparé dans les années 90 à l’exploitation de l’or noir. Les perspectives de disposer d’une compagnie française exploitant une partie du pétrole tchadien furent stoppées en 1999 lorsqu’Elf-Aquitaine se retira d’un consortium d’exploitants, formé avec Exxon et Shell en 1992 (la compagnie française avait alors racheté les parts de l’industriel américain Chevron). La France participa néanmoins à la construction de l’Oléoduc Tchad-Cameroun, inauguré en 2003 ; bien que les exportations françaises se limitent essentiellement jusque-là à la gomme arabique, l’Hexagone correspond au 1er partenaire économique du Tchad en 2003 : le montant des exportations vers la Métropole avoisine les 5,74 milliards de francs CFA, contre 98,27 milliards de francs CFA pour les importations. Cependant, la rente pétrolière attirant les investisseurs étrangers,  l’ancienne puissance coloniale s’est vue devancée au rang des importateurs de certaines matières premières comme le pétrole ou la gomme arabique, signe d’une perte progressive d’influence économique française (en 2004, le pétrole correspond à 81% des exportations tchadiennes). Ainsi, dans les années 2000, l’influence américaine se fait plus importante au Tchad : l’entourage pétrolier de G.W.Bush et la proximité du Soudan et de la Lybie font de l’ancienne colonie une zone stratégique pour les Etats-Unis. Aujourd’hui, l’or noir de Doba est toujours exploité par un consortium dont les parts sont détenues en majorité par des sociétés américaines.

En 2012, les échanges franco-tchadiens ont été marqués par une accentuation du déséquilibre de la balance commerciale : en arrêtant les importations de pétrole depuis le Tchad pour des raisons de stratégie économique, la France importe presque exclusivement de la gomme arabique depuis son ancienne colonie (à hauteur de 97% des importations). Les exportations françaises vers le Tchad restent bien plus diversifiées (biens d’équipement, instruments médicaux, etc.) et se chiffrent à 125 M EUR, contre 8,8M EUR pour les importations. Aujourd’hui, le développement de l’industrie tchadienne n’est pas en mesure de garantir une diversification des marchandises exportées vers la France. Ce manque de développement économique rend également le pays dépendant des importations de marchandises (instruments médicaux, etc.) provenant en grande partie de France.

Au final, le volume et la nature des échanges franco-tchadiens ne semble voués à évoluer que très lentement, en fonction du développement de l’économie tchadienne. La stratégie énergétique française et l’état de stabilité du régime du Président Idriss Déby constituent deux facteurs majeurs qui pourront fortement impacter le commerce bilatéral entre les deux Etats.

Pierre Bertin

Sources bibliographiques 

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Le Cloud à la française, une imposture ? http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/le-cloud-a-la-francaise-une-imposture-5118?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/le-cloud-a-la-francaise-une-imposture-5118#comments Thu, 05 Sep 2013 06:32:44 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5118 ​Le cloud computing peut être considéré comme une révolution numérique de par les perspectives de croissance annoncées (un marché en 2012 estimé à 65 milliard USD avec 15 à 20% de croissance par an jusqu’en 2020) mais aussi par son appropriation massive dans les milieux privé, public et également chez les particuliers. Ce marché est […]

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cloud_franceLe cloud computing peut être considéré comme une révolution numérique de par les perspectives de croissance annoncées (un marché en 2012 estimé à 65 milliard USD avec 15 à 20% de croissance par an jusqu’en 2020) mais aussi par son appropriation massive dans les milieux privé, public et également chez les particuliers. Ce marché est largement dominé par les acteurs américains qui occupent plus de 60% de part de marché. Seulement, même sans mentionner le risque de renseignement économique permis par le Patriot Act, les acteurs français l’utilisant sont dépendants de fournisseurs étrangers pour des données ou applications stockées dans le cloud.

Le cloud computing représente une évolution des systèmes d’information. Cette technologie est adaptée pour les grands groupes mais aussi pour les PME qui vont pouvoir s’offrir une très forte puissance de calcul à moindres coûts. Il va permettre des gains majeurs en termes de flexibilités des Systèmes d’Informations mais aussi permettre aux entreprises de se focaliser uniquement sur leur cœur de métier. Cependant, pour le moment, il existe encore des freins en termes de sécurité, de confidentialité, de réversibilité des données et de dépendances envers le fournisseur.

Cette évolution se traduit par un nouveau modèle économique et une chaîne de valeur ultra spécialisée garantissant des compétences pointues et spécialisés. Le cloud computing va également faire évoluer le rôle traditionnel de la DSI et nécessitera d’autres compétences pour appréhender le cloud dans l’entreprise. Malgré tout, les standards de sécurité n’étant pas encore clairement définis pour cette activité il est impératif de d’établir la criticité des données et des applications stockées dans le nuage. Le cloud devrait s’imposer comme nouvelle norme informatique à en croire les prévisions des différentes parties prenantes. Cela devrait se traduire, par de nouveaux emplois mais aussi une nouvelle dynamique industrielle à condition que les entreprises ou Etats ou l’Europe se lancent dans la construction de leurs propres infrastructures.

Un nouveau type de cloud a fait son apparition notamment en Europe, il s’agit du cloud souverain, où les infrastructures permettant de le faire fonctionner sont la propriété de l’Etat, non plus d’une entreprise privé. Cela peut permettre, comme c’est le cas au Royaume Uni ou en Allemagne, de moderniser le service public tout en dynamisant le tissu industriel local apportant croissance et emploi en temps de crise. Ces infrastructures souveraines permettent l’indépendance et la sécurité de données et applications stockées. Suivant une stratégie définie, ces clouds atteindront la taille critique nécessaire à la concurrence des fournisseurs déjà bien implantés sur le marché.

En France, contrairement à ces voisins allemand et britannique, le développement du cloud souverain se fait sans aucune vision stratégique. La Caisse des Dépôts a investi dans deux entités clairement concurrentes dont la rentabilité sera par nature discutable. Cette absence de stratégie ne permettra pas à l’Etat de moderniser ses infrastructures, passant à côté d’économies estimées à 5 milliards USD par nos voisins anglais. Enfin, ce manque de stratégie, en plus de ne pas dynamiser le tissu économique local, met les deux entreprises issues du cloud souverains à la merci d’une OPA.  

De nombreux organismes européens et internationaux travaillent à la standardisation du cloud computing (réversibilité, sécurité, interopérabilité des données mais aussi les appellations). Sur un marché où les prévisions atteignent plusieurs centaines de milliards USD dans les années à venir, remporter la bataille des normes permettra de changer la donne ou de protéger son marché intérieur (Europe, France) des concurrents étrangers déjà bien développés et implantés.

 

Cette étude conduit à 10 recommandations stratégiques pour l’Etat français:

  • Etablir un plan stratégique du cloud en France ;
  • Mutualiser les forces des 2 fournisseurs de cloud français ;
  • Cartographier les groupes de travail sur les normes et participer à ces groupes de travail ;
  • Accélérer le déploiement des produits et services du cloud souverain ;
  • Effectuer une veille permanente pour repérer des startups ou entreprises permettant au cloud français de se différencier ;
  • Développer une communication plus agressive sur le risque de fuite de données ;
  • L’Etat se doit de développer des golden share concernant ces 2 entreprises ;
  • Développer l’emploi et la formation dans ce domaine ;
  • Partir à la conquête des marchés.

Télécharger l'étude : Le Cloud à la française, une imposture ?

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Edito : MEDEF – Un patronat à la recherche d’une vision http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/edito-medef-patronat-a-la-recherche-vision-5114?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/edito-medef-patronat-a-la-recherche-vision-5114#comments Mon, 02 Sep 2013 13:20:00 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5114 ​L’université d’été du Medef de fin août 2013 est sortie de la sempiternelle querelle entre le monde de l’entreprise et le gouvernement sur la question des taxes patronales. La table ronde Tous sur le pont a donné lieu à des échanges de propos intéressants entre des chefs d’entreprise et une ancienne ministre gaulliste Michèle Alliot-Marie […]

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universite-ete-medefL’université d’été du Medef de fin août 2013 est sortie de la sempiternelle querelle entre le monde de l’entreprise et le gouvernement sur la question des taxes patronales. La table ronde Tous sur le pont a donné lieu à des échanges de propos intéressants entre des chefs d’entreprise et une ancienne ministre gaulliste Michèle Alliot-Marie qui représentait le monde politique. Après un risque d’enlisement du débat sur le thème « laissez-nous travailler tranquille et ne nous mêlez pas de nos affaires », la question essentielle a été abordé après une remarque de cadrage de Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de Guerre Economique qui a rappelé que les économies les plus compétitives présentaient la caractéristique commune d’être pilotées par une entente tacite des élites économiques et politiques sur les enjeux de la politique industrielle. Les chefs d’entreprise présents à cette table rebondirent sur ce point essentiel en interpelant le politique sur la nécessité de donner une vision à la France en termes de développement et de compétition.

Augustin Paluel-Marmont, co-fondateur et président de Michel et Augustin, a expliqué avec une extrême clarté ce qu’il attendait du politique dans sa définition d’une politique de puissance économique définie par une feuille de route rationnelle pointant des priorités échelonnées dans le temps sur des objectifs précis à atteindre. Ce jeune chef d’entreprise a déstabilisé Michèle Alliot-Marie qui mettait en avant l’unité nationale nécessaire pour une telle démarche mais qui ne savait pas lui répondre sur la méthode de gouvernance nécessaire pour aboutir à des résultats. Il ne s’agissait pas simplement de la dissonance de langage entre deux générations mais surtout de l’incompréhension du politique par rapport à ce qu’il serait logique d’exiger de lui pour se mettre dans la roue des économies de combat que sont les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne et qui ne dissocient pas la finalité de l’intérêt privé de l’intérêt national.

L’appel à plus de présence des chefs d’entreprise dans le jeu politique fut contré par les propos de Stephan Brousse (membre du conseil d’administration de Medef International, PDG de Broussevergez) qui estimait que chacun devait rester à sa place. Rien n’est moins sûr. La surreprésentation des fonctionnaires à l’Assemblée Nationale et l’empreinte de la technostructure dans les cabinets ministériels constituent un blocage majeur. La fonction publique est déconnectée de la mondialisation des échanges et vit dans un mode de perception hexagonal, coupé de la perception des enjeux économiques et surtout incapables de se projeter dans la définition des choix industriels à prendre pour sauver le positionnement à long terme de la France.

La salle et les autres interventions de cette table ronde validèrent le sentiment qu’il fallait une autre vision pour gagner des marchés et créer des emplois. Une nouvelle génération de chefs d’entreprise serait-elle en train de comprendre qu’il faut changer de modèle ? Ce serait une très bonne nouvelle. En revanche, ni la haute administration, ni la classe politique ne sont prêts à un tel changement de posture mentale. Trop ancrés dans la préservation de leurs intérêts personnels et rétifs à toute forme de prise de risque, ces élites bureaucratiques se contentent de gérer les affaires courantes. Comme le rappelait Alliot-Marie lorsqu’elle dirigeait le Ministère des Affaires Etrangères, les ambassadeurs ne comprirent pas la suggestion qu’elle leur fit de faire un stage d’immersion pour comprendre la réalité des entreprises.

La nécessité d’inventer des réponses hors du système est désormais une évidence. L’appareil est incapable de se réformer pour se mettre en ordre de marche afin de relever les défis des nouvelles puissances économiques et se mettre au service de l’intérêt collectif pour nous permettre d’affronter les économies de combat.

Une idée a été émise lors de cette table ronde. Elle avait été déjà été lancée lors d’un colloque organisé par les junior entreprises au siège national du Medef en 2013 : créer un site de remontée d’information pour mettre en avant nos victoires commerciales, la réussite de nos PME, les domaines où nous sommes en avance y compris sur les Etats-Unis. Un tel site doit être le fruit d’une dynamique hors système et s’inscrire dans la dynamique d’action souhaité par des chefs d’entreprise de la trempe d’Augustin Paluel-Marmont.

 

L’équipe d’Infoguerre

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Le numérique dans la guerre économique http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/numerique-dans-guerre-economique-5101?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/numerique-dans-guerre-economique-5101#comments Mon, 19 Aug 2013 16:00:44 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5101 ​Les exposés de la dernière journée nationale de l’intelligence économique méritent un écho particulier car il était question d’un sujet devenu omniprésent : la dimension numérique de la compétition mondiale. Le premier grand raté stratégique de l’industrie française  Les orateurs se sont accordés sur le fait que la France avait raté le virage du numérique compte […]

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NumeriqueLes exposés de la dernière journée nationale de l’intelligence économique méritent un écho particulier car il était question d’un sujet devenu omniprésent : la dimension numérique de la compétition mondiale.

Le premier grand raté stratégique de l’industrie française 

Les orateurs se sont accordés sur le fait que la France avait raté le virage du numérique compte tenu de la position désormais occupée par Google, Apple, Amazon, Microsoft, etc. Internet n’est pas un média de plus mais une plateforme révolutionnant l’économie et les domaines de la conflictualité. La plupart des secteurs d’activité vont être bouleversés par le cloud et par l’exploitation du big data. Faute d’avoir consacré les moyens suffisants à l’émergence d’un joueur mondial, la France en est à assister aux arbitrages juridiques et économiques majeurs qui vont s’opérer ailleurs sur les données individuelles et sur l’évolution des grands empires du numérique. Plusieurs intervenants ont souligné un fait majeur : l’une des implications majeures de l’économie numérique découle de l’opération d’extra territorialisation. Comment contrôler Apple et Microsoft qui sont extraterritoriaux ? C’est le fait accompli qui prévaut. Des flux à très haute valeur ajoutée se trouvent détournés hors des cadres habituels, ce dont tous les observateurs se sont rendus compte. Seuls des décisions antitrust de grande ampleur sont à même de bouleverser le rapport de forces établis.

Les géants du numérique pèsent aujourd’hui autant que le CAC 40
L’intervenant Jean-Yves Hepp a insisté sur le fait qu’un changement de première importance est en train de se produire avec le passage aux tablettes. Il est loin d’être neutre car une tablette n’est en rien assimilable à un PC. Les articles se sont multipliés sur la guerre des OS . L’OS détermine ce qui passe sur une tablette. Lorsque l’on sait que les tablettes risquent de se généraliser dans l’éducation et les usages culturels on voit les implications d’un arraisonnement du monde scolaire par les géants du numérique. A ce sujet, Christian Harbulot n’a pas hésité à parler de nécessaire guerre de résistance.
Le numérique représente aussi une révolution sur le plan managérial, ce qu’a commenté Michel Sasson. Le middle management de contrôle voit ses positions menacées par le numérique. Les acteurs du cloud vont tirer profit des limites des SSII qui ont bâti leur offre sur la vente de process, de contrôle et sur la représentation implicite de l’entreprise que cette offre véhiculait. Du point de vue de Michel Sasson, dans les années 80 on a lâché le sens dans le management au profit du contrôle.

D’une manière générale, « avec le numérique, le roi est nu » a-t-il affirmé. Il n’est plus possible de dissimuler ce qui auparavant, était dissimulable. En effet, les ruses habituelles du pouvoir pour contrôler les apparences sont caduques. Les médias classiques qui prétendaient refléter l’opinion se retrouvent désertés. Avec le numérique, l’audience et l’attention des foules est mesurable. Elle est capitalisable directement avec le recueil des données et des comportements personnels. Il n’est pas surprenant de lire aujourd’hui sur le site de l’OJIM: « Le journal Libération est en train de disparaître des points de ventes. Le numérique se porte bien (+39%) mais ne représente que 10% de la diffusion. La vente au numéro s’effondre, moins 32% sur la période janvier/mai et moins 44% sur le seul mois de mai. Les remous internes à la rédaction, les unes militantes n’ont guère encouragé les ventes. A ce rythme Libération va se transformer en quotidien vendu dans les 5ème et 6ème arrondissements de Paris, le reste sur internet ou remis gracieusement chez les coiffeurs à la mode.»
La vérité crue du numérique menace les rentiers traditionnels de l’économie du contrôle, y compris du contrôle des représentations. Au sujet de l’entreprise, Michel Sasson a développé l’analyse selon laquelle le numérique représente une révolution managériale, notamment dans l’organisation des modes de travail. L'Allemagne a vu internet comme une opportunité de changer cette organisation, la où la France l'a essentiellement appréhendé comme un média. 

Les intervenants de la journée ont souligné à quel point, sur le plan de la conflictualité, les guerres économiques devenaient souvent une guerre d’instruments ou de « contenants ». Pour Philippe Baumard, dans l’environnement actuel où la France a raté le virage industriel du numérique, les champs des affrontements économiques en cours se situe dans :

– la lutte entre les cadres de régulation, les BRICS n’ayant aucune intention de s’accommoder des cadres du « vieux monde » ;
– les conflits d’actifs, notamment des actifs supportant l’économie numérique ;
– la lutte pour la captation de l’épargne longue, ressource vitale.


Denis Vitel
Co-auteur de Le marché privé de l'information : enjeux et perspectives, Collection AEGE, 2013.

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Edito : La formation en Intelligence Economique à la croisée des chemins http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/edito-la-formation-en-intelligence-economique-a-la-croisee-des-chemins-5096?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/edito-la-formation-en-intelligence-economique-a-la-croisee-des-chemins-5096#comments Thu, 01 Aug 2013 07:37:14 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5096 ​Depuis vingt ans, nous cherchons à créer un état d’esprit favorable à une prise en compte de  l’usage de l’information. Si j’osais une comparaison historique un peu décalée, nous sommes encore loin d’égaler le niveau de ferveur des soldats de l’armée de l’an II. Or c’est justement la volonté de réagir sans trop savoir comment […]

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made-in-franceDepuis vingt ans, nous cherchons à créer un état d’esprit favorable à une prise en compte de  l’usage de l’information. Si j’osais une comparaison historique un peu décalée, nous sommes encore loin d’égaler le niveau de ferveur des soldats de l’armée de l’an II. Or c’est justement la volonté de réagir sans trop savoir comment et avec une minorité potentiellement agissante que l’armée de l’an II a pu se transformer en une force capable de rivaliser avec toute une partie de l’Europe de la fin du XVIIIe siècle. La France du XXIe siècle entame à peine cette mutation dans un contexte de guerre économique. Les pays qui sont très avancés dans un tel processus sont les nouveaux entrants à l’image de la Chine qui développe depuis  30 ans un modèle d’accroissement de puissance par l’économie, reprenant à son compte les fruits du modèle japonais et sud-coréen. Ces économies combattantes ne fonctionnent pas comme les acteurs économiques du monde occidental. Mais le résultat est là : la Chine est en train de devenir la partie la plus dynamique du monde.
Face à ce monde en mouvement, on ne ressent pas dans notre pays l’âme d’un peuple, ni le partage de valeurs communes pour un combat utile à l’intérêt général. La notion d’affrontement non militaire n’est prise réellement au sérieux que dans la gestion des parcours professionnels ou dans la vie privée. Par ailleurs, on voit apparaître un nouvel univers conflictuel, celui de la société d’information dont le cyberespace n’est qu’une toute petite partie par rapport à ce que cet univers représente.

Autrement dit, nous avons deux défis à relever :

  • L’élargissement du champ de vision de l’intelligence économique,
  • L’usage de la connaissance dans la société de l’information.

Imiter le réalisme américain
Récemment, un article dans le Figaro indiquait que le made in America commençait à porter ses fruits, dans un pays libéral où il y a une mobilisation des parties prenantes pour créer de l’emploi localisé, avec un objectif de 5 millions d’ici 2020. Le projet est défini par le Président des Etats-Unis et appuyé par le Congrès des Etats Unis. Notre pays phare, celui auquel notre élite se réfère depuis des dizaines d’années, agit et cela commence à engranger des bénéfices. Alors que nous, quand on parle du made in France, on en est encore à une publicité symbolisée par la marinière portée par le Ministre du Redressement productif. Il y a là un véritable problème. Avant tout c’est un problème de synchronisation de la réflexion stratégique car personne ne nous interdit d’imiter le modèle américain, que ce soit au niveau français ou au niveau européen.
Les Américains jouent sur tous les tableaux en plaidant à la fois l’ouverture des marchés tout en appliquant parallèlement des mesures protectionnistes, contrant l’appétit commercial du Japon au début des années 1990 pour ensuite lui faire de nouvelles concessions depuis un an à cause de la pression exercée par la Chine dans cette région du monde. Dans le même ordre d’idées, ils ouvrent leur marché intérieur à la Corée du Sud (menacée par la Corée du Nord communiste), alors qu’ils savent pertinemment que c’est un concurrent redoutable dans des secteurs industriels de pointe. Cette géométrie variable dans la gestion des affrontements nous sort des clichés habituels sur la mondialisation. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de grandes négociations entre les Américains et les Chinois, ni d’essor des échanges commerciaux.
Le problème de la France en 2013 réside dans son incapacité à engager ses forces vives dans des stratégies concertées de moyen/long terme. Mais aujourd’hui, nous n’avons plus le choix, et si les Etats-Unis nous montrent l’exemple, il suffit de les imiter. Notons à ce propos que la plupart des commentateurs en sont encore à ricaner sur le made in France.
Donc nous, Français, n’avons pas encore franchi le Rubicon. Tout reste à faire et la priorité absolue est de trouver les arguments légitimes afin de formaliser sur le terrain économique les bases d’une unité nationale.
Nous avons encore beaucoup de mal à rentrer dans ce mode de raisonnement. Et ce n’est certainement pas en concentrant les efforts sur la sécurité que l’on va répondre au besoin vital de stratégie de développement et de conquête de parts de marché. Mais pour se mettre en ordre de marche, encore faut-il savoir tirer certaines leçons tirées du passé ?

Eviter les pertes de mémoire
Dans un premier temps, il faut tirer le bilan du début de la Vème République. Le général de Gaulle n’a pas été suivi par sa majorité dans sa volonté de limiter la dépendance de la France vis-à-vis des Etats-Unis. Les traces de cette démarche ont été discontinues et trop peu suivies d’effets. Je pense notamment au rapport Made in France de Benjamin Coriat et Dominique Taddei publié en 1992 et cité dans les travaux de la commission Compétitivité du XIe Plan. Sur quelle mobilisation a-t-il débouché ? De plus, il a fallu que Louis Gallois, membre de cette commission, lève le doigt pour dire: « Cela serait bien d’ajouter une page sur le rôle de l’information dans la compétitivité». Il n’y avait aucune analyse du rôle stratégique de l’information dans le rapport de Coriat et Taddei.
Etrange rupture dans le cheminement de la connaissance dans la mesure où Jean Michel Treille qui travaillait au Commissariat général au Plan au début des années 1970, avait déjà bien avancé sur ce sujet. Il était chargé de développer le système d’information Mars qui avait pour vocation de permettre un échange d’informations entre les administrations, les grands groupes et les PME dans le cadre d’une politique industrielle concertée. En 1976, les pouvoirs publics ont mis fin à l’expérience. Dans un article du Monde paru à la même époque, il était précisé que certaines grandes entreprises du CAC 40 n’estimaient plus utiles de partager de l’information avec des PME. Cette remise en cause de la politique industrielle amorcée par Michel Debré en 1961 a marqué un coup d’arrêt à la réflexion sur le devenir de la puissance économique de la France. C’est sur la base de ces bilans qu’il faut reconstruire les points de repère d’une réflexion stratégique. Dans cette longue marche vers la recomposition de forces vives, le rapport Martre a donné l’exemple. Dans ce rapport, aurait dû figurer le bilan de l’échec de la vente du Mirage 2000-5 à la Finlande. Extraordinaire effort collectif de quatre industriels et de l’Etat pour tirer le bilan d’un échec commercial. Tout le monde avait été d’accord pour travailler sur ce bilan d’un échec, c’était pour une fois une rupture fondamentale avec les pratiques existantes. Hélas un incident anodin fit capoter la diffusion de cette étude de cas de plusieurs dizaines de transparents. Il faut remercier Henri Martre d’avoir pu nous permettre au moins d’entrer dans cette logique. Malheureusement, l’absence de trace écrite est très pénalisante.

Sortir la formation en IE de son isolement académique
Un autre problème se pose désormais de manière récurrente, celui de la formation. Nous savons pertinemment que le problème n’est pas résolu. Malgré les différentes lettres de mission de Premier ministres (Raffarin, Villepin, Fillion), la question de l’ancrage de l’intelligence économique n’est toujours pas résolue. Il existe des précédents sur la perte de savoir. L’école de la veille technologique née dans les années 1970/1980 a disparu, faute de successeurs aux pionniers universitaires comme Henri Dou et Humbert Lesca. D’autres écoles de pensée pourraient disparaitre de la même manière.
La question de la formation se pose à plusieurs niveaux :

  • Les classes préparatoires des lycées car c’est là que commence le processus de formation des élites. Le réseau Anteios a le mérite d’avoir publié des écrits sur la guerre économique pour sensibiliser les professeurs des classes préparatoires,
  • Les grandes écoles qui sont encore très peu impliquées dans une démarche volontariste de formation à l’intelligence économique.
  • L’université qui commence enfin à s’intéresser au sujet sans pour autant définir des cadres de recherche durables. La création d’un réseau d’enseignants chercheurs (idée portée par Nicolas Moinet, Professeur à l’IAE de Poitiers) et la reconnaissance de R2IE comme revue notée marqueraient une avancée significative.

Les entreprises ont aussi un rôle capital à jouer dans la consolidation du système de formation à l’intelligence économique. L’implication de cadres d’expérience dans la définition de programmes pédagogiques est requise pour donner du crédit aux enseignements à l’intelligence économique dont la très grande majorité reste encore beaucoup trop théorique et très faiblement productrice de connaissances.

Valoriser l’excellence française
Notre potentiel industriel est souvent méconnu par la population française. Nous sommes en avance sur les Etats-Unis dans certains domaines. A New York, par exemple, les blocs électrogènes ont été utilisés pendant des mois pour alimenter des immeubles privés de courant après les incidents dus à la tempête de l’hiver dernier. EDF et ERDF sont mille fois plus efficaces pour réparer le réseau dans des conditions similaires. Qui sait que nous avons dans le domaine de l’économie de l’électricité dix à quinze ans d’avance sur une partie des technologies utilisées dans le monde occidental.
Quand allons-nous le dire ?
Quand allons-nous le démontrer ?
Quand allons-nous le faire savoir à nos jeunes générations ?
Quand allons-nous leur donner l’envie de se battre ?
Pour eux, pour ce pays, et pour éventuellement l’Europe si l’Europe arrive à exister.
Voilà pour l’instant la priorité essentielle. Mais ce ne sont pas des individus isolés qui arriveront à gagner cette bataille. Ce ne peut être que le fruit d’une démarche collective qui exclut tout sectarisme.

Christian Harbulot

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france-puissanceEn 2003, Christian Harbulot décrivait les raisons et les manifestations de l’absence de pensée sur la puissance, en France. L’idée de déclin français est liée à la conception que les Français ont de la puissance. La puissance et l’accroissement de puissance sont mal considérés dans le pays des droits de l’homme et de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Depuis la Révolution, et le refus des élites d’assumer une politique de conquête, l’idée de puissance est marginale. La victoire stratégique remportée par les Etats-Unis, avec la disparition des empires coloniaux européens, n’a en rien modifié la conception française de la puissance.

Le gaullisme oublié
Le gaullisme fut une certaine idée de la puissance de la France, mais à partir de 1969, la classe politique française a réduit les ambitions gaullistes et repositionné la France dans le sillage des Etats- Unis. La menace principale restait l’URSS et figeait la réflexion stratégique. Pourtant, de nouveaux enjeux de puissance ont succédé à la guerre froide. L’émergence de l’Europe et de l’Asie avec deux pôles dominants, le Japon et la Chine, ont modifié les rapports de force internationaux. Ce nouveau monde est mené par la maîtrise du contrôle des technologies de l’information, de l’industrie de la connaissance, l’influence dans les organisations internationales qui complètent la réalité de la guerre économique, définie à l’origine, par la conquête commerciale, le contrôle des routes marchandes et la possession des matières premières.
Dès le début des années 1990, les Etats-Unis intègrent cette nouvelle réalité en déclarant en 1994, par la voix de Bill Clinton, que la défense des intérêts économiques est la priorité numéro un de la politique étrangère des Etats-Unis. Les élites françaises n’apportent pas de réponse décisive à ces nouveaux rapports de force entre puissances. Au début des années 2000, Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont certes affirmé une vision du monde différente de celle des Etats-Unis, mais aucune politique de puissance cohérente n’a été menée.

La non-vision sarkozyste
Après 2007, aucun changement notable n’a eu lieu, Nicolas Sarkozy a pu laisser croire pendant ses deux campagnes présidentielles qu’il avait compris que la recherche de la puissance était le moyen de redresser le pays. Sa volonté de renoncer à la politique européenne de la concurrence et d’ouverture sans protection, a été plusieurs fois exprimée. Mais aucune décision forte n’été prise pour renforcer les champions européennes et s’opposer à une conception européenne du commerce international dépassée. Malgré quelques réformes de structures sur le crédit d’impôt recherche, le Fonds stratégique d’investissement, OSEO, il n’y a pas eu de vision globale de ce que devait être la stratégie de la France. La diplomatie française a hésité pendant 5 ans, dans la plupart des grandes aires du monde, et dans ses relations avec les grandes puissances. La France est passée, sous Nicolas Sarkozy, d’une posture libérale à une politique de défense des intérêts nationaux brouillonne et opportuniste.
La politique chinoise du Président Sarkozy est peut-être la plus caricaturale de cette période. Nicolas Sarkozy avait déclaré dans sa campagne vouloir s’opposer à la realpolitik, qui dirigeait la politique étrangère chiraquienne, fondée sur les grands contrats. En 2008, alors que le pouvoir chinois réprime le Tibet, Sarkozy soutient le Tibet et menace de ne pas assister à l’ouverture des JO. Face aux réactions de Pékin, Sarkozy annonce finalement qu'il participera à la cérémonie d'ouverture et qu’il renonce à rencontrer le Dalaï-Lama. Après cela, le gouvernement fera toutes les démarches, visites après visites en Chine pour améliorer les relations commerciales et politiques. La France s’est affirmée pour ensuite se soumettre.    
La relation de la France avec la Russie fut fondée sur le même mouvement, d’une approche morale, inspiré par Glucksmann à une approche plus conciliante, incarnée par le rôle de la France dans la gestion du conflit géorgien, en 2008, qui s’est conclue plutôt favorablement à la Russie. Dans ses relations économiques et commerciales, la France est en retard par rapport à l’Allemagne dont les échanges avec la Russie sont trois fois plus importants que les échanges français. Si la France a réussi à vendre deux Mistral à la Russie et si la coopération militaire entre les deux pays s’approfondit, il n’y a pas de vision durable d’une coopération avec la Russie, au service des intérêts français. Avec la Turquie, la Lybie, et la Syrie c’est le mouvement inverse qui s’est produit, après une approche réaliste au début du mandat Sarkozy, la France a modifié ses principes en cédant à la communauté arménienne sur le génocide. En Lybie et en Syrie, en abattant ou demandant la fin de régimes que Nicolas Sarkozy avait soutenus.
Avec les Etats-Unis, la France depuis 2007 a conduit une politique de  rivalité/vassalité. Rivalité lorsque la France a mené les négociations après le confit russo-géorgien. Vassalité avec le retour de la France dans le gouvernement intégré de l’OTAN et prises de positions plus atlantistes que la politique américaine face à l’Iran. La France a continué de ne pas voir la défense des intérêts économiques qui fondent la politique des Etats-Unis et qui s’opposent souvent aux intérêts français. Les exemples pourraient être multipliés. Force est de constater qu’aucun principe n’a guidé cette politique, entre le droit d’ingérence et l’indépendance des nations, de Gaulle avait tracé une voix avec le discours de Phnom Penh, contre la guerre du Vietnam et son refus (caché par le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) de mener des guerres qui ne soient pas conformes à l’intérêt national. La politique de défense sacralisée par Jacques Chirac a été affaiblie sous la présidence Sarkozy, avec des réductions de poste sans visée stratégique et une division maintenue de notre industrie de défense. La faiblesse économique est certainement la raison de cet affaiblissement géopolitique français. La France a renoncé à la puissance et cherche en vain une influence dans le monde.

La France doit choisir
La situation actuelle de l’Union européenne illustre ce refus français de la puissance. La France est depuis la fin des années 80, la nation la plus favorable à l’intégration européenne et  ce alors que la plupart des Etats, à commencer par l’Allemagne ont une idée claire des intérêts nationaux qu’ils défendent au sein et en dehors de l’Union européenne. L’Allemagne s’est rapprochée de la Russie (accords gaziers, accord Siemens-Rosamtom face à Areva). Malgré une apparence attentive aux libertés du peuple chinois, l’Allemagne avance ses pions commerciaux en Chine. En Europe, l’Allemagne fonde ses excédents commerciaux sur les déficits de ses voisins, et profite d’une monnaie dont le niveau est déconnecté de la productivité réelle de nombreux pays disposant de l’Euro. Ce qui a créé la situation actuelle des pays d’Europe du Sud et affaiblit l’industrie française, toujours appuyée par une politique monétaire flexible.
Depuis le début de la crise économique la France, ne semble pas voir cette politique allemande d’intérêt national qui est aussi celle de tous les grands acteurs mondiaux. Si l’Allemagne ne souhaite pas que sa puissance soit au service de la puissance européenne commune, la France doit en tirer les conséquences, et affronter l’Allemagne en la contraignant à la coopération européenne ou mener sa propre politique. Sur l’ensemble de ces questions, il n’y a pas, pour l’instant, chez François Hollande, de vision stratégique claire. Comme l’écrivait Harbulot en 2003, les élites se sont enfermées dans une vision passéiste des enjeux, « la préservation des intérêts fondamentaux de la France et de l’Europe se fera par la renaissance de la pensée stratégique fondée sur la puissance ». Les principales puissances mondiales ont saisi cette réalité, la France a les moyens de cette politique, il lui suffit de le vouloir. 

Rémy Berthonneau

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La guerre de retard de la France dans le cloud http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/guerre-de-retard-france-cloud-5050?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/guerre-de-retard-france-cloud-5050#comments Tue, 21 May 2013 13:37:11 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5050 Le cloud computing ou  informatique nuagique, est décrit comme la nouvelle révolution du numérique.  Il peut être considéré comme la deuxième étape dans la tertiarisation de l’économie. Le marché est aujourd’hui dominé par des entreprises américaines (Microsoft, Amazon ou encore Google pour ne citer que les plus importantes) et il commence à se structurer dans […]

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cloud-computingLe cloud computing ou  informatique nuagique, est décrit comme la nouvelle révolution du numérique.  Il peut être considéré comme la deuxième étape dans la tertiarisation de l’économie. Le marché est aujourd’hui dominé par des entreprises américaines (Microsoft, Amazon ou encore Google pour ne citer que les plus importantes) et il commence à se structurer dans les pays industrialisés et les économies émergentes. Toutes ces entreprises sont soumises au Patriot Act mais aussi aux lois FISAA qui autorisent la NSA à lire les données stockées sur ces serveurs posant également des problèmes de confidentialité des données mais aussi revisitant le concept de frontières numériques ou de réversibilité et d’interopérabilité entre ces différents systèmes.

Le cloud implique donc une réflexion lucide sur la problématique de la protection de l'information stratégique, de la souveraineté nationale et de la sécurité-pays sur quatre points essentiels :

  • La préservation de la confidentialité des données
  • La perte de contrôle des données
  • La dépendance vis-à-vis du fournisseur
  • La géocalisation des données

La confidentialité des données ne voulant pas être assumée par les fournisseurs de cloud, le CIGREF dans son étude cloud computing et protection des données recommande de revoir la politique de gouvernance de la protection des données de l’entreprise et de choisir tel ou tel type de cloud en fonction de la sensibilité des données.

La banalisation du cloud
La plupart des internautes l’utilisent sans s’en rendre compte via, par exemple, leurs applications Gmail, des jeux en ligne ou encore par la synchronisation de leurs fichiers au travers des différents matériels qu’ils utilisent, le cloud est également un enjeu stratégique.
Certains députés français continuent à utilisent dropbox, un service de partage et de synchronisation de données sur différents supports basé sur la technologie du cloud computing. Dropbox est une entreprise basée à San Francisco dont le service est disponible depuis le 1er septembre 2008. Cette société américaine est par sa nationalité, soumise au Patriot Act, c’est-à-dire que le gouvernement américain peut, sur demande, accéder aux données stockées dans les serveurs Dropbox. Précisons qu’il existe une startup française, Wimi, qui propose une alternative tout à fait performante  si on la compare à Dropbox.

Un déni d’enjeu patriotique jusqu’au Parlement
La première chose qui choque lorsque l’on s’intéresse à la stratégie du cloud computing à la française, c’est qu’elle n’existe pas.  Il est impossible de trouver en France un document rédigé comme sur les modèles Américains, Britannique ou Allemand d’un document attestant de l’implication du gouvernement dans un cloud souverain ou même une quelconque stratégie des technologies de l’information.
La problématique est pourtant très sérieuse. Les députés rédigent des notes ou des rapports confidentiels et les hébergent dans un nuage dont l’infrastructure est hors du contrôle de l’Etat juridiquement et physiquement. Le Patriot Act permet aux services américains un accès illimité aux données lorsque celle-ci sont soupçonnées de pouvoir porter atteinte à la sécurité du pays (terrorisme), définition très vague. Selon Eric Caprioli, avocat à la Cours de Paris : « sur l’ensemble des activations du Patriot Act, seules 17% d’entre elles sont imputables à des actes de terrorisme ». Il est possible que les 83% restants soient utilisés à des fins d’espionnage économique ou de renseignement.  Le Patriot Act a été voté en 2001, Dropbox existe depuis 2008, les députés ne se préoccupent de la sécurité de leurs données qu’en 2013. La technique n’est certes pas leur cœur de métier, mais la confidentialité des données doit  être le  centre de leur préoccupation. Dès qu’on aborde la question du cloud à propos de la France, ce sont les questions qui l’emportent sur les réponses. Comment se fait-il que nos députés utilisent-ils des services étrangers alors que l’Etat a investi dans deux clouds souverains, Numergy et Cloudwatt, lancés en grande pompe en septembre 2012. Pourquoi la réponse à cette problématique n’est-elle pas mieux appréhendée ? Pourquoi ne vient-elle pas d’un Etat stratège introuvable ? Pourquoi Wimi ne fait-elle pas partie d’une stratégie de protection des données, gérée par l’Etat en partenariat avec les clouds souverains comme c’est le cas en Grande Bretagne ? 

L’exemple anglais
Si la Grande Bretagne est proche des Etats-Unis, les autorités de ce pays conservent une vision très lucide sur les rapports de force latents avec leurs alliés d’outre Atlantique, en particulier sur la question de la maîtrise de l’information. Encadré par l’Etat, le cloud anglais G cloud a développé une interface multifournisseur pour l’achat de services informatiques par des organismes publics et dans l’administration. Les objectifs sont clairs :

  • Accroître les économies d’échelle.
  • Délivrer un système d’information flexible et adapté aux demandes des politiques et stratégies gouvernementales.
  • Utiliser l’avantage des technologies pour accroître les bénéfices et réduire les coûts.
  • Atteindre les objectifs en termes de réduction d’émission carbone.
  • Permettre au gouvernement d’encourager et dynamiser le marché.

G-cloud est une interface multi fournisseur pour l’achat de services informatiques par des organismes publics, dans l’administration et le secteur public au sens large. Cette interface est gérée par le service des achats du gouvernement. Il s’agit d’un cloud open source et d’un magasin applicatif transversal aux administrations du pays. Interopérabilité, Open source, Agilité, mutualisation sont les maîtres mots en matière de mutualisation de l’informatique du gouvernement anglais. Lorsque l’on rentre sur le « CloudStore » qui est une base de données contenant 3500 services, on comprend mieux la stratégie de développement est derrière. Le cloud store la nouvelle voie choisir par le gouvernement pour l’achat de produits et services IT ». Les applications développées sur le cloud store sont le fruit de PME britanniques ou de grands groupes labellisées par les services informatique de la Grande Bretagne. La démarche suivie par la Grande Bretagne dans le cloud permet de dynamiser le tissu économique local, et d’augmenter l’efficacité des services publics en ce dont la France aurait bien besoin.

Un appareil d’Etat français aux abonnés absents
Quand est-ce que l’Etat français, déjà en retard dans son appréhension des technologies du numérique, va définir une stratégie numérique globale claire et efficace comme ont pu le faire nos voisins allemands et britanniques ou encore les Etats-Unis ?
L’information est aujourd’hui  le cœur de notre économie, ne pas maîtriser son cycle ou être dépendant d’un prestataire externe pouvant avoir accès à l’information confidentielle est inconcevable. La France a des outils dans lesquels elle a investi, mais leur utilisation n’étant pas encadré par une vision claire et stratégique, il y a peu de chance que leur potentiel soit exploité et qu’il y ait un retour sur investissement.

Antoine Laurent

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La promotion du vin français en Chine http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/promotion-vin-francais-en-chine-2-5000?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/promotion-vin-francais-en-chine-2-5000#comments Mon, 22 Apr 2013 07:05:20 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5000 ​L'exportation du vin en Chine est devenu un enjeu stratégique pour les producteurs français. Si ce marché devient chaque jour plus important, il s'avère pourtant complexe et difficile d'accès. Les vins français ont un avantage indéniable en matière d'image. Cependant, les vins locaux et étrangers, adversaires affichés, rattrapent aujourd'hui leur retard. Par exemple, le Parti […]

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#(4)CHINA-VALENTINE'S DAY-BUSINESS (CN)L'exportation du vin en Chine est devenu un enjeu stratégique pour les producteurs français. Si ce marché devient chaque jour plus important, il s'avère pourtant complexe et difficile d'accès. Les vins français ont un avantage indéniable en matière d'image. Cependant, les vins locaux et étrangers, adversaires affichés, rattrapent aujourd'hui leur retard. Par exemple, le Parti communiste chinois tend de plus en plus à favoriser la consommation du vin chinois face au vin français. Maîtriser les chaines décisionnelles et les relations d'influence restent donc le seul moyen d'espérer garder la main-mise sur le marché du vin en Chine. Pour ce faire, il faut connaître les caractéristiques du marché et étudier les acteurs en présence afin de donner des préconisations claires et efficaces. Cette étude a par conséquent pour ambition d'aider les producteurs français à mieux connaître le monde du vin chinois et à en esquiver les difficultés.

Télécharger l'étude : La promotion du vin français en Chine

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La Puissance : Histoire, Etats et souveraineté http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/puissance-histoire-etats-souverainete-4980?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/puissance-histoire-etats-souverainete-4980#comments Fri, 05 Apr 2013 07:45:44 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4980 Dans le domaine de la pensée, un des actes fondateurs de l’Occident est la rédaction de la Guerre du Péloponnèse. Laissant les dieux à leurs amourettes de nymphes entre les lauriers roses, Thucydide analyse les actes, les évènements, les rapports de forces. Il étudie les impératifs d’un Etat continental, les atouts d’une cité maritime. Il […]

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puissanceDans le domaine de la pensée, un des actes fondateurs de l’Occident est la rédaction de la Guerre du Péloponnèse. Laissant les dieux à leurs amourettes de nymphes entre les lauriers roses, Thucydide analyse les actes, les évènements, les rapports de forces. Il étudie les impératifs d’un Etat continental, les atouts d’une cité maritime. Il décrypte la volonté ou la démesure des hommes et s’incline devant l’imprévu. Il invente l’histoire. Or, celle-ci n’est qu’un nom de muse pour désigner le choc des puissances projeté dans le temps. La puissance n’a pas bonne presse en Europe. Elle évoque au mieux une époque révolue, au pire le souvenir des Grandes Guerres avec leur cortège de massacres, de misère et de destructions. C’est une erreur et nous voulons le démontrer. Une réflexion sur l’histoire s’impose en préalable, nous l’avons vu. Mais qui sont les acteurs de la puissance ? Les Etats-nations sont-ils encore des référents valables à l’heure de la globalisation ? Voilà qui pose la question de la souveraineté. Pour un pays comme la France, une stratégie de puissance autonome est-elle souhaitable ou même viable dans un monde de réseaux ? Surtout, l’impasse ne peut être faite sur la question de la légitimité qui conditionne toute action dans les sociétés démocratiques contemporaines. Nous tâcherons alors de définir la puissance avant d’en dégager les domaines d’application privilégiés. Quelles sont les conditions de la puissance et, enfin, comment un Etat peut-il accroître sa puissance ?

Puissance et Histoire

Puissance et arbitraire
Le prince disait « je veux ». Il était obéi. En fonction de ses intérêts, des opportunités ou de son caractère, il libérait ses énergies dans telle ou telle direction. Le fait du prince, c’est la force à l’état sauvage. Elle n’élevait de constructions politiques que de sable. Ainsi, à la mort de Clovis son œuvre disparut-elle dans d’interminables guerres successorales.
Certaines construction politiques solidement enracinées dans une terre donnée, appuyée sur un peuple ayant une vague conscience de lui-même étaient appelées à durer. Le passage d’une domination patrimoniale au sentiment d’un destin commun préparait l’avènement des nations. Un frémissement connu en est la bataille de Bouvines où milices bourgeoises et chevaliers combattirent l’étranger aux côté de leur souverain.
Lorsque Louis XIV agonisant déclare « je m’en vais mais l’Etat demeure » (Bluche) il annonce le temps où la Nation devient autonome, irréductible à la volonté du souverain, mais doit suivre ses intérêts propres dans un contexte stratégique et de valeurs particulier. (Drevillon) Cette mutation est globalement achevée sous Louis XVI où le discours stratégique français s’élabore sur la base de la liberté de circulation, sur les droits des nations, sur, enfin, un véritable ordre international fondé sur l’équilibre des forces et la concurrence économique (Poussou). La guerre même contre l’Angleterre ne se veut pas totale, elle n’est qu’un rééquilibrage. La dialectique de la liberté des mers permet de mobiliser les flottes européennes contre la Navy au nom du droit des gens. Les jeux de puissances interdisent l’idée liberticide d’empire.

La puissance comme bien commun
Après la Révolution et tout au long des deux siècles suivants, l’idée de droit des gens étendue aux relations internationales va déboucher sur celle de guerre juste. La conflictualité doit se justifier et les nations refusent de verser leur or et leur sang pour une cause qui n’en vaille pas la peine.
La politique de puissance des nations est dès lors subordonnée au bien commun, ou du moins à sa représentation collective. La nation exige des comptes. La politique de puissance d’un Etat de droit n’est ainsi que l’expression de la prise en main de son destin. « La liberté implique de se risquer au déploiement de la puissance. » (Forget).

L’histoire a-t-elle un sens ?
Le drame de la pensée européenne contemporaine vient de sa passion des modélisations qui parfois la distrait du réel. Depuis qu’elle a rejeté Dieu hors des limites du monde, elle lui cherche un remplaçant pour signifier le monde, lui donner un sens.
Le siècle des Lumières a inventé le culte de la Raison. Il s’est imaginé que le progrès des sciences et techniques se ferait au bénéfice de l’homme. Hegel a formalisé ce rêve en imaginant l’histoire sous forme d’ascension. La conscience de l’homme franchirait des étapes et s’éveillerait progressivement.
Marx, enfin, a cru mettre à jour le ressort de l’histoire qui serait la lutte des classes.
Toutes ces théories et leur postérité se fondent en une seule : celle d’une main invisible guidant la destinée de l’homme.
L’historien intervient ici avec sécheresse. Il voit des facteurs, des bouleversements, des Révolutions parfois. Des données nouvelles à assimiler, des contraintes inconnues à surmonter, des constantes lourdes à maîtriser. Mais la marche de l’histoire est un mythe. Poursuivant une fin, l’homme en atteint souvent une autre, c’est ce que Jules Monnerot nommait l’hétérotélie.
L’homme est capable de s’affranchir des facteurs rationnels et même des conditions de son bien propre. Les ressorts psychologiques des individus et des peuples confinent parfois à l’irrationnel, ainsi de la guerre suicidaire du Paraguay contre la coalition du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay où elle perdit héroïquement et sans profit les deux tiers de sa population de 1865 à 1870. Des individus, parfois, provoquent des ruptures. Alcibiade changeait, au gré de ses voltefaces, le destin de la guerre entre Athènes et Sparte plus sûrement qu’une flotte de trières en armes. Le génie de Napoléon valait 100 000 hommes. Un évènement anodin, parfois, met en branle les grandes tectoniques sociales et politiques. Il a suffi qu’un camelot désespéré s’immole par le feu en Tunisie pour bouleverser toute la sous-région.
L’histoire est donc constituée d’évènements prévisibles et de ruptures qui sont autant d’opportunités, exploitées ou non. S’il fallait lui donner un sens, ce serait celui de l’action, de l’interaction des communautés humaines. Il n’est d’autre destin que celui que l’on forge.

La fin de l’histoire ?
L’écroulement de l’URSS ouvrait l’ère de l’hégémonie américaine. En attendant que le monde nouveau se mette en place, les Etats-Unis n’avaient plus de compétiteur. La terre était appelée à devenir un immense marché où s’entendraient les démocraties. Les récalcitrants, dont Saddam Hussein fournit l’archétype, seraient punis. A la recherche de puissance succédait la coopétition économique. Francis Fukuyama pouvait avancer sa thèse de la « fin de l’histoire ». En France, Bertrand Badie le relayait à sa manière en proclamant  «l’impuissance de la puissance ». Leur songe brumeux s’est évaporé au soleil de la réalité. Le « Grand échiquier » s’est remis en place. La Chine s’est réveillée. La Russie est redevenue une puissance. La crédibilité militaire occidentale s’est émoussée en Afghanistan. Le déclin européen s’est poursuivi tandis que le pivot du monde a basculé de l’espace Atlantique à l’arc Pacifique. La compétition est plus que jamais rude entre les individus, les peuples, les puissances.
Certes, l’histoire est tragique, c’est un lieu commun que de le rappeler. Vouloir en sortir c’est pourtant quitter le domaine de la liberté humaine. C’est délaisser l’action et entrer de plein pied dans l‘Age du renoncement (Delsol).

Intérêt de milieu et intérêts de possession : la fin de la guerre ?
La puissance a longtemps été territoriale. Les bâtisseurs d’empires rassemblaient des terres et entraient dans l’histoire. La puissance territoriale était aussi un enjeu de prestige. Meurtrie par la perte de l’Alsace-Lorraine, la France de la IIIe République fit preuve d’une véritable boulimie, conquérant à peu près tout ce qu’elle pouvait. Les terres, les montagnes et les déserts. Nous savons depuis les travaux de Jacques Marseille que l’empire colonial français fut un gouffre financier. Il fut aussi un formidable multiplicateur de puissance, véritable assurance-vie de la nation. Si la France n’avait pas eu Dakar et Alger, elle n’aurait jamais siégé à la table des vainqueurs du second conflit mondial. Elle disposait grâce à l’empire d’une certaine marge de manœuvre, d’une liberté de mouvement relative.
Tout cela est passé. Les enjeux territoriaux ont perdu leur valeur. Les intérêts de milieu ont relégué les intérêts de possession en marges des vecteurs de puissance. Les rivalités s’articulent autour de flux et de réseaux. Il est vain de contrôler un territoire.  Au temps de la globalisation, le coût impérial est devenu prohibitif en termes financiers et de légitimité.
Certes, on trouve de remarquables exceptions, en Afrique notamment, et quelques tensions sporadiques en mer de Chine. Globalement, les grandes puissances ne s’affrontent plus pour une province. Elles se déchirent sur le terrain de l’économie. « Dans la mesure où la conquête géographique n’a plus vraiment de sens, n’étant plus la manifestation adéquate de la puissance et la mesure réelle du pouvoir, ces deux champs d’affrontement (l’économie et l’opinion) constituent en quelque sorte un autre moyen de faire la guerre […], d’imposer sa volonté aux autres – ce qui définit très exactement la puissance écrivait Raymond Aron » ( Delbecque).  Pour être devenue économique, la guerre n’en est pas moins acharnée entre les peuples. Les friches industrielles sont le pendant moderne des ruines de guerres. Les batailles perdues ne laissent plus de morts sur le terrain mais des cohortes de chômeurs sans avenir. Perdre un marché, une compétence ou un avantage concurrentiel est plus lourd de conséquences sur la collectivité qu’un revers lors des campagnes d’antan. Eric Delbecque a pu avancer que « L’histoire de la guerre se définit donc comme le récit des métamorphoses de la contrainte ».  Le monde contemporain est celui de la compétition tout azimut. Economique certes. Militaire, toujours. Mais aussi scientifique, sportive, culturelle…

Se réapproprier le temps long
La civilisation occidentale est essentiellement une civilisation historique. Elle se projette dans le temps, note ses actes, compulse ses archives. Elle se pense dans la durée – à l’inverse par exemple de l’aire de civilisation indienne (Angot).
C’est néanmoins en bousculant l’espace-temps qu’elle s’est rendue maîtresse du monde. La boussole et la caravelle ont aboli les distances, repoussé les limites du monde connu, aplani les contraintes, comprimé le temps, initiant le grand mouvement de la modernité – qui est le dépassement des déterminismes. Le formidable déséquilibre provoqué sur les sociétés traditionnelles a conduit à l’hégémonie européenne.
Mais l’Occident est désormais prisonnier du temps court. Il est mal armé pour appréhender, par exemple, la stratégie chinoise du long terme. Celle-ci est prête à renoncer à des avantages immédiats en vue d’un gain plus important. C’est, en échec, sacrifier un pion pour prendre une dame.
Aujourd’hui, son différentiel de puissance n’est plus tel que l’Occident puisse bousculer ses rivaux en les amenant sur son propre terrain d’espace-temps. Au contraire, il est arraché à son environnement privilégié. Il s’agit de réinvestir le temps long pour ne pas perdre les batailles de demain.

 

Etats et réseaux

Place des Etats dans le monde contemporain
Les relations internationales se sont longtemps articulées autour des seuls Etats. La modernité a bouleversé cet ordre. En Europe, le droit national s’efface devant le droit communautaire. Une entreprise de dimension mondiale comme Arcelor-Mittal peut défier l’Etat français.
Lorsque Maurras proclamait « la France seule » en pleine seconde guerre mondiale, il commettait déjà un anachronisme et faisait une grossière erreur d’analyse. La même proclamation aujourd’hui relèverait de la poésie surréaliste et serait à ranger au rayon des oranges bleues d’André Breton. Nous savons depuis Nye et quelques autres que le monde contemporain est celui l’interdépendance. Celle-ci « ne nie pas l’existence juridique des nations, ni les sentiments nationaux, ni les aspirations à la souveraineté, mais elle permet une lecture plus réaliste d’un monde où les flux d’échanges sont de plus en plus indépendants des organes d’administration des nations » (Baumard).
Les Etats ne sont plus les seuls acteurs de poids dans le monde global. Les entreprises ont atteint des dimensions critiques qui posent la question de la puissance privée (Buhler). Les organisations non-gouvernementales, les associations, plus globalement la société civile les contrebalancent.
Alors, l’Etat est-il encore l’unique source de stratégie de puissance nationale ? Non. Acteur de puissance, certes, il est aussi et surtout au service des acteurs de puissance nationaux. Il a un rôle de catalyseur. Enfin, en dernier ressort, il faut remarquer que les stratégies nationales s’effacent devant les stratégies concertées pour le rétablissement de l’ordre mais que ce n’est plus le cas dès que des intérêts vitaux sont en jeu (Razaux).
On a beaucoup glosé sur le déclin des Etats. La dernière crise financière a considérablement redoré leur blason. Ce sont eux qui ont sauvés banques et organismes financiers d’un naufrage global. La « main invisible du marché » chère à un certain libéralisme a pris la forme concrète d’un solide volontarisme étatique évitant l’effondrement global des économies mondiales.
Alors, quelle place pour l’Etat : facteur de puissance, énonciateur de la puissance ou interprète de la puissance ? Sans doute un peu des trois.

Le syndrome du pantalon rouge
La France souffre d’un handicap récurrent : le syndrome du pantalon rouge. En 1914, notre infanterie de ligne encaissa des pertes inouïes en vertu de deux principes. Premier principe : une armée démocratique doit pratiquer la charge populaire à la baïonnette. Tout autre mode d’action était réputé réactionnaire. Second principe : le pantalon rouge, c’est la France. Nos hommes vengeraient donc Sedan en culotte garance. Des uniformes du temps de Louis-Philippe !
Pendant ce temps, les Allemands dotaient leurs sections de mitrailleuses et leur apprenaient à creuser les tranchées où se fondraient leurs uniformes vert-de-gris.
Ces derniers cherchaient les points de convergence stratégique et tactiques leur permettant d’atteindre leur but. Ils avaient une stratégie, un plan d’opérations, le fameux plan Schlieffen. A l’inverse, passé le plan de mobilisation, il n’existait en France aucun plan stratégique contre l’Allemagne. Paris rêvait de batailles à l’arme blanche dans les champs de blé sans se soucier des moyens stratégiques de parvenir à ses buts de guerre -un peu comme les Chinois du XIXème siècle qui espéraient échapper à la tutelle occidentale en niant ses atouts pour ne pas remettre en cause le mandarinat et le magistère de l’empereur, fils du Ciel. Quelques officiers qui hurlaient dans le désert que « le feu tue » étaient regardés avec dédain.
Les convictions intimes sont infiniment respectables. Elles deviennent dangereuses lorsqu’elles deviennent des critères de choix stratégique. L’environnement ne se fantasme pas, il s’analyse. Quel que soit son niveau, tout décideur doit également partir du principe que l’adversaire lui est au moins égal par l’intelligence et la volonté et que chaque erreur de jugement se paiera au prix fort.
Il est ainsi économiquement suicidaire de croire à la neutralité de l’environnement concurrentiel, de s’imaginer que le produit le plus compétitif emportera la palme. La déstabilisation informationnelle, les pressions des Etats, l’espionnage industriel sont les gaz de combat et l’artillerie lourde d’un monde économique qui relève du champ de bataille et non de la partie sportive arbitrée.
Espérer conquérir des marchés ou maintenir notre niveau de vie sans une véritable stratégie de puissance économique, c’est monter au front en pantalon garance.

De la domination à l’influence
Le temps où les Etats occidentaux pouvaient mener leur politique sans guère tenir compte du reste du monde est révolu depuis longtemps – pour autant qu’il ait jamais vraiment existé. Ainsi, la France est-elle membre de l’OTAN et ne peut plus penser son outil militaire de manière autarcique. Membre de l’Union européenne, elle lui a délégué des pans entiers de sa souveraineté. Membre permanent du Conseil de sécurité, elle se veut garante du respect des traités multilatéraux.
Il n’est plus question de faire cavalier seul. Au contraire, c’est au sein même des alliances que peut se déployer une politique de puissance nationale.  «C’est une politique audacieuse et décomplexée d’influence accrue dans l’Alliance qui facilitera les efforts européens de la France » (Védrine). Dans une alliance, il y a forcément des leaderships, donc la nécessité d’une stratégie nationale forte pour dynamiser la relation multilatérale (Lequesne).
Par ailleurs, la domination n’est plus possible, si l’on excepte le cas douteux et chancelant des Etats-Unis. Pire encore. Trop visible, elle cristallise contre elle les oppositions. La domination s’affaiblit elle-même des réactions qu’elle suscite. Une politique de puissance sage jouera plutôt sur l’influence. Car l’affrontement des volontés se joue désormais essentiellement sur les perceptions des populations. Au lieu de contrer frontalement la volonté de l’adversaire, il s’agit d’opérer sur ses modes de pensée. Pour cela, les ressorts les plus efficaces sont ceux de la légitimité véhiculés par la société civile. Les populations ne subissent plus les volontés de puissance. Elles en sont de plus en plus l’enjeu.
« La stratégie d’influence se définit comme l’art d’organiser et d’utiliser les capacités diplomatiques, économiques, informationnelles, militaires et socioculturelles en vue de servir les intérêts d’un État, d’un groupe d’États ou de la communauté internationale en agissant dans les champs psychologiques et cognitifs » (Influence n°073/DEF/CICDE/NP du 31 mars 2012, p.17). Le reproche que l’on peut faire aux opérations d’influence serait de verser dans la manipulation. Elle en est l’opposé exact. La manipulation est une déformation de la vérité. Illégitime, elle est de surcroît de nature contre-productive. Dans le monde de l’information qui est le nôtre, une manipulation dévoilée coûte cher à ses auteurs.Le paradigme ancien consistant à convaincre est dépassé. La cible doit voir, analyser, comprendre le monde selon nos grilles de lecture. L’influence ne joue pas tant sur les faits que sur les leviers intellectuels et moraux permettant de les analyser.

Esprit munichois
Une politique à long terme implique trois facteurs : Ambition / vision de ses intérêts / moyens.
Qu’un seul de ces éléments fasse défaut et la politique menée sera celle du renoncement. Une politique d’influence réussie est celle qui modifiera les perceptions de la cible en fonction des intérêts de l’émetteur. Dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir, il était évident au vu de son programme politique que les Etats et valeurs de l’Ouest en feraient les frais. Jouant sur un réel désir de paix de ses interlocuteurs, s’appuyant sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, dénonçant sans relâche l’injustice du traité de Versailles, la diplomatie nazie parvint néanmoins à s’insérer dans le concert des nations et à donner mauvaise conscience aux vainqueurs de 1918. Chacune de ses agressions étaient présentée comme le redressement légitime d’un tort subit au traité de Versailles. Et puis tant que ces agressions ne concernaient que de petites puissances, il était facile de fermer les yeux en espérant être soi-même épargnés. Manquait à l’Ouest l’ambition de défendre l’ordre international ; la vision de ses intérêts évidents qui impliquaient la réconciliation avec l’Allemagne, certes, mais aussi de casser les reins de l’Etat totalitaire naissant ; enfin, les moyens manquaient, le corps expéditionnaire britannique embryonnaire ne pouvait changer le sort de la bataille et le commandement français n’avait su fournir l’effort conceptuel stratégique qui lui aurait permis de mener une guerre moderne.  Le poison le plus fort qui soit avait été distillé : l’esprit de renoncement. Nous en connaissons les conséquences effroyables. Il se présente d’autres défis, chaque jour, dans chaque domaine. L’esprit munichois est une tentation permanente. L’histoire nous apprend combien la guérison en est douloureuse. Il n’est d’antidote que dans une politique volontaire. Une politique de puissance.

 

Souveraineté et individualisme

Nation
La nation est-elle encore une notion de vie commune viable et désirable ?
La montée des communautarismes de toutes sortes, confessionnels, ethniques, sexuels, culturels etc. fragilise incontestablement la vieille idée de nation. A l’Etat-nation succèderaient de vastes espaces de vie commune où les communautés organisées en réseaux se côtoieraient. En Europe, la superstructure fédérale prendrait le relais des vieux Etats épuisés et vidés de leur substance.
Pourquoi pas. Mais certainement pas dans un avenir proche ou prévisible. Les communautarismes, même à vocation globale, se déploient dans les cadres étatiques et nationaux qu’ils bouleversent sans pouvoir les remplacer. L’impuissance de l’Union européenne se penser et à se constituer en tant que puissance lui interdit à ce jour d’incarner le destin des 500 millions d’Européens. Les affirmations identitaires, les crispations populaires, les constructions nationales se posent avec chaque jour plus d’acuité de par le monde. Les notions d’indépendance nationale et de souveraineté restent ainsi incontournables à ce jour (Manent).

Réseaux et souveraineté
Le XXIème siècle naissant apparaît comme l’âge des réseaux. Les circuits de d’information et de communication sont transfrontaliers. Les Etats les plus fermés eux-mêmes, tels que la Chine ou l’Iran, en ressentent une onde de choc.
Cela a conduit à des contresens. Michael Hardt et Antonio Negri se sont fait connaître par leurs très médiatiques erreurs d’appréciation. Ainsi ont-ils avancé que « la multitude doit aujourd’hui abolir la souveraineté au niveau global » (Hardt, Negri). La « destruction de la souveraineté » étant le préalable à l’avènement d’une démocratie mondiale. C’est là oublier un peu vite les avertissements d’Hannah Arendt quant à la nécessité d’une vie publique souveraine, espace privilégié de la liberté. C’est surtout se tromper – souverainement, sur la nature du monde des réseaux. Espace de liberté, certes, il est aussi un espace de confrontation et rarement les stratégies de puissance se sont-elles heurtées avec autant d’âpreté que dans la « guerre cognitive » contemporaine. Loin d’être rose et sirupeuse, la globalisation exacerbe les stratégies de puissance. La souveraineté nationale apparaît ainsi souvent comme le dernier rempart de la liberté politique individuelle. Les souverainetés ne sont pas démodées, ce qui l’est c’est l’exercice ancien de la souveraineté. Il s’agit de prendre en compte le fait nouveau de l’interdépendance théorisée par Robert Keohane et Joseph Nye. « Ceux-ci ont fait observer que l’arène internationale n’était plus le monopole des Etats, tant elle était investie par des entreprises multinationales, des groupes de pression et organisations non-gouvernementales à vocation transnationale, limitant l’autonomie des Etats et liant ceux-ci dans des réseaux complexes d’interdépendance et de processus d’intégration »  (Buhler).
La multiplication des acteurs et le croisement des dépendances n’annihilent nullement le jeu des rivalités, il en modifie juste certaines règles.

Produire le monde
C’est un des mystères de l’homme que son action ne soit pas neutre. Elle bouleverse les paysages et renverse les équilibres. Elle produit le monde.  Plus que jamais au temps de la globalisation et de l’explosion de l’information elle lui donne du sens. Au-delà des rivalités d’intérêt, les compétitions de puissance ont l’âme du monde pour enjeu. Quelle signification lui donner ? La vision individualiste moderne des puissances de l’Ouest n’est pas la seule en lice. Sa prétention à l’universalité de signifie pas son acceptation par le reste du monde. Entée dans l’ontologie, elle se heurte à l’imperméabilité de l’âme chinoise, par exemple, dont la langue ne possède aucun équivalent pour « être » (François Julien). Elle n’est souvent comprise qu’à travers la facette du consumérisme effréné, celle justement dont les Européens de l’Ouest reviennent !
Il n’est pas anecdotique de relever que le héros de cinéma américain est un individu  qui sort de la foule, la surplombe et n’hésite pas à bousculer ordre, codes et lois. A l’inverse, le héros du cinéma chinois (certes embryonnaire au regard d’Hollywood) ne se distingue que pour rétablir une harmonie troublée, il ne fait pas de choix d’individus mais suit la voie juste. A l’issue de son action, il retourne se fondre dans la foule.
Cet exemple tiré de l’industrie du loisir est moins trivial qu’il n’y paraît. Il illustre l’importance des enjeux. Ne pas défendre et promouvoir sa vision du monde et de l’homme, c’est s’exposer à recevoir celle des autres. « Comme il s’agit de produire le monde, celui qui cultive la puissance passive développe son impuissance historique. En même temps, il est utile à la puissance des autres puisqu’il la subit (Les chemins de la puissance, Forget, p. 83).

Puissance et hybris
Associer puissance et désir de domination universelle comme certains le font parfois est un contresens. Il est néanmoins bon de s’y arrêter pour dissiper toute ambiguïté.  Tout rêve universel est frappé du sceau de la démesure, l’hybris des Anciens, qui ruine la puissance vraie.
Athènes était puissante à la mort de Périclès. Elle détenait un capital moral immense issu des guerres médiques. Son influence était grande sur le monde des Hellènes, son prestige rayonnait au-delà. L’orgueilleuse Cité athénienne voulut alors l’empire mers et des îles. Elle perdit la notion du réel. Ce fut l’expédition de Sicile, absurde, démesurée. Elle y sacrifia 200 navires envoyés par le fond et 10 000 citoyens morts ou réduits à la honte de l’esclavage. Ruinée, elle perdit son indépendance et sa liberté.
L’hybris échappe à la volonté et entraîne un enchaînement mécanique de désastres. A l’inverse, une politique de puissance se veut rationnelle. Elle pèse le monde pour peser dessus. Elle s’oppose au rêve alexandrin, se heurte à l’idée d’empire, qui est un déploiement de force tout azimut, sans direction ciblée, se heurtant à l’environnement (humain, politique, social, physique…) au lieu de le maîtriser. L’idée de puissance telle qu’elle s’est élaborée en Europe s’articule sur celle d’équilibre et trouve sa pleine expression dans un monde multipolaire. Ainsi, et contrairement à ce qu’avance Kissinger dans son monumental ouvrage, Diplomatie, ce n’est pas le jeu des puissances qui a provoqué les guerres qui ont ruiné l’Europe et bouleversé le monde. C’est la volonté impériale. Les rêves démesurés d’uniformisation conduisent aux pires calamités. C’est ainsi que leur relatif affaiblissement est sans doute ce qui pouvait arriver de mieux à nos amis américains ; voilà qui les dispensera de rêver le monde et canalisera leur remarquable énergie vers des projets ancrés dans le réel.

 

Question de la légitimité

Puissance et violence
La puissance n’est pas le libre emploi de la violence. Dans l’Occident contemporain, elle ne peut d’ailleurs se déployer depuis les cabinets feutrés des ministères sans se légitimer. Dans nos démocraties participatives, les citoyens ont une exigence de transparence. L’utilisation de la violence au service d’une politique de puissance est excessivement coûteuse en termes d’image et de légitimité.
Certes, la possibilité de l’employer est essentielle pour crédibiliser le discours d’un Etat. En revanche, son emploi ne doit se faire que dans un cadre légitime et nécessaire. Si l’on ajoute la faible résilience des démocraties occidentales, le choix de la violence –de l’action militaire pour parler crûment, est risqué. Un conflit qui dure perd en légitimité. Les raisons de l’adhésion populaire initiale s’érodent au gré du coût financier, s’émoussent au fil des pertes humaines. Les inévitables bavures, exploités et médiatisées par l’ennemi, fissurent le cadre moral du déploiement.
Il ne faut pas négliger non plus la légitimité naturelle du faible dans l’inconscient collectif européen. Deux faits l’expliquent. L’héritage culturel chrétien de l’Europe qui veut que les « petits » soient chers au Père d’une part. D’autre part, l’idéal moderne de liberté aura tendance à assimiler toute contrainte à une tyrannie. L’usage de la force peut ainsi rapidement apparaître comme oppressif et perdre  tout soutien de l’opinion publique.
Certes, « La puissance est combat, car elle est l’affrontement de constructions politiques visant à la maîtrise de sa destinée ». Cependant, la confrontation entre puissances cherchera, autant que possible, à éviter le pic paroxystique de la violence et à explorer de nouvelles voies.

 

Puissance et sécurité

Il est souvent avancé que la problématique première des Etats ne serait pas la recherche de puissance mais la sécurité. C’est elle qui serait le moteur des relations internationales. Pourtant, les Etats réellement menacés dans leur existence sont peu nombreux aujourd’hui. Outre une réprobation universelle de l’idée de conquête, le nombre de puissances nucléaires est désormais porté à une dizaine d’Etats dans le monde, limitant de fait les confrontations militaire. L’Inde et le Pakistan peuvent bien se tuer quelques soldats sur la frontière kashmiri mais la guerre ouverte est désormais impossible sous peine d’annihilation réciproque. La rivalité sino-américaine n’a aucune chance de dégénérer un jour en conflit total pour les mêmes raisons. La sécurité étatique n’est un facteur déterminant que pour certains Etats placés dans une situation particulière. Israël dont le droit à l’existence est contesté par ses voisins, Taiwan dont la puissante Chine nie jusqu’à l’idée d’indépendance (nous écartons volontairement de notre propos les Etats menacés par une pression interne dont l’exemple récent du Mali fournit un exemple remarquable. Cependant, même dans ce cas,  un Etat au bord de l’implosion a été sauvé par l’intervention militaire d’un membre permanent du Conseil de sécurité avec la bénédiction de la plupart des grands acteurs internationaux).
Certes, les frictions se multiplient depuis la fin de la guerre froide et plus encore depuis les années 2000 mais paradoxalement, le monde n’a jamais été aussi sûr au niveau étatique. Pour la première fois de l’histoire peut-être, les Etats voient leur existence contre une agression garantie par le droit global. Par ailleurs, le nucléaire, égalisateur de puissance selon la formule du général Gallois, gèle bien des situations.
Le terrorisme islamiste sert d’exutoire à des populations frustrées et contribue surtout à armer moralement les Etats-Unis, mais pas seulement, en leur donnant un ennemi à combattre. Alexandre et César s’ennuieraient mortellement entre les frontières figées du XXIème siècle. Pour parler franchement, la sécurité des Etats est davantage un prétexte qu’un impératif. Un prétexte pour quoi ? Pour la défense de leurs intérêts de puissance. Car le monde est redevenu multipolaire et les rivalités en sont décuplées.
Les risques de tensions restent nombreux. Ainsi, les suites du printemps arabe sont-elles encore mystérieuses. Les nouveaux régimes parviendront-ils à concilier désir d’islam et bonne gouvernance ? Les rivalités pour l’accès aux ressources stratégiques débouchent sur un grand jeu à l’échelle mondiale où les Etats-Unis cherchent à accentuer la vulnérabilité énergétique chinoise tandis que les autres acteurs cherchent à se faire une place au soleil comme ils le peuvent. La pression démographique dans certaines régions risque de déboucher sur de véritables guerres de l’eau. Le surarmement de l’Asie où les budgets militaires sont tous en hausse est lourd de menaces. Mais, dans le cadre d’une rivalité globale, les risques d’explosion nous semblent néanmoins aujourd’hui contenus à des niveaux régionaux. En revanche, la sécurité économique des Etats n’a jamais été aussi volatile mais elle dépend d’une stratégie de puissance globale.

Individualisme et légitimité
On ne peut explorer les voies de la puissance sans s’interroger sur les sources de légitimité qui en sont devenus la condition. Il faut prendre conscience qu’elles ne sont pas forcément rationnelles ou objectives car les valeurs des citoyens individualistes post-modernes résultent d’une construction complexe. En tout état de cause, « […] les faits objectivement acquis seront probablement déformés par l’individu pour être compatibles avec ses croyances naïves les plus socialement et historiquement ancrées. De nombreux chercheurs ont ainsi souligné que les individus se satisfont d’une très faible cohérence interne, tout en désirant très fortement une lecture structurée du monde (Kaiser et al. 1992 ; Cooke & Breedin 1994). Les théories à propos du monde environnant sont donc construites « à la volée », et reposent à la fois sur un besoin vital d’articulation logique au monde, et sur la réduction des coûts psychologiques liés à la remise en cause de croyances fondatrices de l’individu » (Baumard).
La dimension spectaculaire d’un évènement prime largement sur sa portée rationnelle ou même ontologique. Voilà qui entraîne une conséquence inattendue : le spectacle s’accommode mal des subtilités et nuances du monde. L’évènement, comme les hommes, doit être bon ou mauvais. Il est souvent difficile de concilier ce manichéisme structurel et le besoin de vérité. La vérité et la justice ne passent pas tant par le prisme de la raison analytique que de la morale. Les éléments d’un évènement doivent être immédiatement perceptibles pour permettre un jugement. C’est ainsi que « Le sentiment de connaître de Koriat (1995) a certainement un pouvoir largement supérieur à l’incompressible part de liberté que réclament les individus » (Baumard). La légitimité réside dans le flux d’information qu’il devient nécessaire de contrôler. Ce contrôle exclu toute manipulation : elle serait tôt ou tard décelée et finalement coûteuse, on a ainsi vu les Etats-Unis durablement décrédibilisés par leurs fausses déclarations sur les armes de destruction massives de Saddam Hussein. En revanche, l’habileté spectaculaire devient une des clefs de la légitimité. L’artisan du spectacle doit se faire discret, le plus possible, pour laisser le spectateur exercer son propre jugement conformément  à la « […] volonté des individus de vouloir être les seuls auteurs de l’évaluation de ce qui est légitime et de ce qui ne l’est pas »  (Baumard).

L’ennemi
L’Europe rêvant de la fin de l’histoire, elle récuse la notion de confrontation et bannit celle d’ennemi – il n’est pas d’ennemi possible dans le monde fantasmé de la coopération globale. Ne pas désigner d’ennemi est non seulement très idéaliste mais aussi assez commode. Cela permet d’éviter de s’interroger clairement sur qui nous sommes et d’évacuer la question brûlante de la crise d’identité qui ravage les nations du vieux continent. Chacun se rappelle ainsi du débat sur l’identité française initié par le président Sarkozy à laquelle nul ne sut apporter de réponse et qu’il fallut finalement enterrer sans gloire.
Nier l’idée d’ennemi, c’est non seulement se nier soi-même mais aussi nier l’autre, le percevoir comme on voudrait qu’il soit et pas tel qu’il est réellement. Au nom d’une vision optimiste et unitaire de l’humanité, l’Europe récuse l’idée d’adversaire, plus encore d’ennemi. Cette incapacité européo centrée à penser l’altérité, la menace et la rivalité résulte également d’une erreur d’appréciation. L’Europe n’a pas fait sa révolution copernicienne. Elle se croit encore au temps où ses normes et ses valeurs n’avaient guère de compétiteurs. Or le caractère universel indiscutable de ses valeurs s’est évanoui avec sa puissance.
Le refus de la problématique d’ennemi peut ainsi se résumer à un déni stratégique (Col Goya). Tant que l’Union européenne en général et les nations européennes en particuliers n’auront pas appris à penser l’ennemi, elles demeureront incapables d’élaborer une pensée stratégique autonome. Or celle-ci n’est-elle pas un des noms de la liberté politique ?

Société civile et légitimité
Les Etats ont longtemps partagé le monopole de la légitimité avec les religions. Etait légitime ce que décidait le prince ou prescrivait le prêtre.
Dans le monde contemporain, la légitimité n’est plus acquise, nous l’avons vu. Elle doit être recherchée pour chaque nouvelle action. Les nouveaux prêtres en sont les membres de la société civile. Autrement dit les associations ou organisations non-gouvernementales dont les objectifs sont considérés comme suffisamment élevés et désintéressés pour leur donner un magistère moral sur l’action des acteurs de puissance traditionnels.
Ainsi de Human rights watch, Amnesty international, Médecins du monde etc. Une condamnation de leur part implique une réprobation instantanée d’une partie des opinions publiques. A ces acteurs se rajoutent des personnalités influentes, créateurs de blogs ou « intellectuels » dont les propos ont une force mobilisatrice sans proportion avec leurs faibles moyens.
Les instances internationales sont aussi, bien évidemment, des facteurs de légitimation de premier plan. De nouveaux acteurs surgissent sans cesse et pour n’importe quelle cause qu’une action spectaculaire bien menée peut propulser au premier rang des préoccupations publiques en quelques heures. L’Etat est en partie désarmé. S’il laisse faire et enfler la mobilisation autour du point de fixation créé par cette action médiatique, il risque d’être débordé et de devoir reculer. S’il tente une répression, elle risque d’être perçue comme illégitime faisant de ses opposants des victimes. Le tout en sachant que les opinions individualistes occidentales auront souvent tendance à considérer d’office l’Etat comme un oppresseur et les contestataires, indépendamment des positions défendues, comme des citoyens courageux « mobilisés » pour « résister » à une « injustice ». Ainsi, force est de reconnaître que « La morale devient […] un étalon des politiques étatiques » sous la pression de la société civile » (Buhler). La légitimité « procède d’abord de la capacité de l’Etat à produire la sécurité, intérieure et extérieure » (Buhler). On peut aller plus loin : la légitimité d’un Etat s’appuie théoriquement sur sa capacité à prévenir les conflits plus qu’à les résoudre. Ainsi, « […] la sphère du politique cesse d’être autonome, ordonnée par la « raison d’Etat », comme le postulait Morgenthau, indépendante de ces autres sphères de la vie sociale que sont la morale et le droit » (Buhler).

 

Définition de la puissance

Nous avons cerné l’environnement de la puissance et tenté de mettre en lumière certaines de ses conditions et contraintes. Il nous reste maintenant à la définir avant de nous projeter dans ses champs d’application.
Pour Raymond Aron, « Avant d’être une accumulation de moyens ou de forces, la puissance est […] volonté. » Philippe Baumard est plus précis en affirmant que « La puissance est la capacité à réitérer des schémas de pouvoir et à contraindre ou influencer, dans une logique de durée et d’espace, les leviers récurrents d’une assise durable » (Baumard). Pierre Buhler ne dit pas autre chose en écrivant « j’appelle puissance sur la scène internationale la capacité d’une unité politique d’imposer sa volonté aux autres unités. En bref, la puissance n’est pas un absolu, mais une relation humaine.
Sans aller jusqu’à absolutiser la « volonté de puissance » comme Nietzsche,  il est bon de se souvenir que le « penchant universel de tout le genre humain [est] un désir inquiet d’acquérir puissance après puissance, désir qui ne cesse seulement qu’à la mort. » (HOBBES) Désir qui s’ajoute à la peur de la mort et au « désir des choses essentielles à une existence confortable, et l’espoir de les obtenir par leur activité » (Hobbes).
En résumé, on pourrait proposer la définition suivante : la puissance, c’est, tenant compte de la nécessité, l’effet de la projection d’une volonté raisonnée sur l’environnement.

Les douze apôtres de la puissance
Brzezinski avait noté que la superpuissance américaine reposait sur quatre piliers fondamentaux où s’exerçait sa supériorité : économie, technologie, militaire, culturel. Mais ces quatre piliers peuvent eux-mêmes être déclinés. Ainsi peut-on énumérer les douze apôtres de la puissance :

  • La cohésion interne 
  • La volonté et la puissance stratégique 
  • La puissance militaire
  • La puissance économique
  • La puissance financière
  • La puissance énergétique
  • La puissance primaire : la terre et l’eau
  • La puissance culturelle et morale
  • La puissance démographique
  • La puissance scientifique
  • La puissance cognitive
  • La puissance normative

 

La puissance par la cohésion interne 
Tournée vers l’extérieur, une politique de puissance sera d’autant plus efficace qu’elle ne sera pas parasitée par des troubles internes susceptibles non seulement de l’affaiblir mais de fournir des leviers d’action à ses rivaux.
Un peuple uni et se reconnaissant comme tel est donc la condition première d’une politique de puissance. D’où l’importance d’une histoire commune et de mythes fondateurs forts, intégrateurs. L’analyse du monde contemporain révèle la faiblesse des Etats multiconfessionnels ou multiethniques parcourus par des lignes de fractures fortes. Seules les démocraties occidentales surmontent à ce jour leur nouvelle structure multiethnique en fédérant leurs populations autour des valeurs fortes de démocratie et de droits de l’homme – au prix d’un lissage identitaire qui ne peut être transposé en l’état au reste du monde.
La question de la cohésion d’une communauté est le préalable à toute action car « un acteur ne peut savoir ce qu’il veut avant de savoir qui il est » observe Wendt avant de conclure : « les identités sont le fondement des intérêts (…) façonnés par ces normes et valeurs qui, partagées internationalement, structurent la vie internationale et lui donnent signification » (Buhler). Par ailleurs, une identité floue peut avoir des conséquences redoutables : « […] celui qui doute de ce qu’il est n’entrevoit le plus souvent comme solution que d’éradiquer l’altérité, c’est-à-dire ce qui apparaît comme solution comme une identité rivale mettant en lumière la fragilité que l’on essaye précisément de refouler » (Delbecque).

Volonté et puissance stratégique 
Pour avoir une volonté, il faut avoir confiance et croire en son destin car  Il faut aussi être capable de penser son avenir en termes de puissance. Un pays comme le Brésil, qui a bien pris en compte ses contraintes géopolitiques mais n’a pas pensé donc atteint le statut de puissance, reste ainsi relativement effacé. L’absence de pensée stratégique claire et durable nuit à la crédibilité. Le domaine des relations internationales est sans doute un des plus conservateurs et les acteurs traditionnels y occupent une place sur-proportionnée. Le poids de la diplomatie française en est la parfaite illustration.
Une pensée stratégique n’est pas velléitaire. Elle dit ce que nous sommes (Col Derieux) et implique un temps long. Malgré la volatilité du monde et des situations, elle ne doit pas être éphémère sous peine de se condamner. Viser un but impose des investissements donc de se dégager de l’immédiateté. Colbert faisait planter des forêts de chênes qu’il ne verrait jamais pour doter la marine française de bois de charpente au siècle suivant et rivaliser à terme avec les puissances maritimes !
La puissance stratégique, c’est aussi de pouvoir se déployer librement, avoir accès aux ressources, aux marchés et aux voies de communication. Ainsi, les Anglo-saxons privilégient-ils les grandes voies maritimes qu’ils dominent et maintiennent ouvertes. A l’inverse, des acteurs comme la Chine et la Russie ont tout intérêt à réhabiliter la vieille route de la soie traversant le heartland eurasiatique. L’enjeu, dans les deux cas, est d’éviter la marginalisation.
Il ne faut naturellement pas se leurrer sur la solidité d’une stratégie. Elle est un idéal type puisque toutes les données ne sont jamais maîtrisées. Elle consiste à définir des fins, des priorités, des moyens et à saisir des opportunités, à déployer son influence ; à agir aussi sur ce que l’on veut empêcher de faire. Mais, vivante, elle ne suit pas une ligne droite. Elle progresse dans une direction.
Enfin, une stratégie vivante sait s’affranchir des idées reçues : nous avons vu que la domination, voire même la présence, valaient bien moins que l’influence ; l’Union européenne s’est longtemps fixé pour objectif l’élargissement en l’assimilant à un accroissement de puissance alors que la paralysie qui en résulte produit l’effet inverse etc.
Une stratégie forte sous-tendue par une volonté sans faille peut produire des miracles. Ainsi, la création et le maintien de l’Etat d’Israël est-il le fruit d’une extraordinaire volonté stratégique malgré un environnement humain hostile sur une terre où le lait et miel avaient cessé de ruisseler depuis longtemps.
La puissance « est avant tout une stratégie qui a réussi » (Buhler), elle permet d’affirmer un « choix souverain ». Elle permet d’exister soi-même en agissant sur le monde et aux yeux des autres leur faisant reconnaître notre identité stratégique propre.

La puissance militaire 
L’utilité de la force ne réside pas dans son emploi mais dans la possibilité de le faire. Son effet est dissuasif. Il est aussi psychologique. Il donne du poids. « Quand les hommes de 80 kg parlent, ceux de 60 se taisent » rappelait Audiard. Aussi, il n’est pas de puissance sans force militaire.
Celle-ci repose sur deux piliers. Tout d’abord, la capacité à assurer sa défense de manière autonome. Elle implique clairement la maîtrise de l’armement nucléaire, niveleur de puissance et assurance-vie pour ses détenteurs (Gal Gallois). Aucun acteur ne peut prétendre à un rôle de leadership politique crédible s’il ne dispose pas de « la bombe ». C’est en partie pourquoi l’Iran, qui aspire à retrouver une place de pivot régional, s’accroche bec et ongles à l’atome malgré les sanctions internationales. Ce n’est pas un hasard si les 5 membres permanents du conseil de sécurité ont aussi été les 5 premières puissances à acquérir le feu nucléaire. Deuxième pilier, la capacité de projection. C’est une chose que d’être maître de son destin, s’en est une autre que de pouvoir se déployer pour défendre ses intérêts, ses valeurs, ses alliés. Pouvoir se projeter, c’est disposer d’un pouvoir de coercition et acquérir des responsabilités régionales ou globales. L’influence de la France en Afrique serait depuis longtemps partie en fumée sans sa capacité à y déployer ses hommes. Ses dernières interventions prouvent qu’elle est un partenaire de poids, crédible, et renforce d’autant plus son influence qu’elle prend soin de mettre les nations africaines en avant.
La puissance militaire procure un autre avantage, plus inattendu, lié à la volonté de prévenir toute surprise stratégique, au moins sur le plan technologique. Ainsi « […] c’est dans une interaction continue entre recherche de défense et recherche civile que l’Amérique a produit ces innovations appelées à devenir autant de briques de l’édifice des technologies de l’information. » (La puissance au XXIe siècle, BUHLER Pierre, CNRS éditions, Paris 2012, p.236). Internet n’est qu’une petite partie du transfert de technologies vers le civil développé par la recherche militaire américaine, lui procurant de formidables retombées économiques.
Les Etats doivent cependant garder à l’esprit qu’un outil militaire disproportionné avec leurs moyens ne peut qu’amoindrir leur potentiel de puissance au lieu de l’accentuer en accaparant une trop grande part des ressources nationales. De même, la guerre coûte cher pour des gains dérisoires. Elle ne peut pas être une option choisie à la légère et le rapport coût/efficacité doit être pensé.
On tombe alors sur un dilemme connu. Il n’est pas de puissance sans une belle armée. Mais lorsqu’on en dispose, de cette belle armée, la tentation n’est-elle pas forte d’en faire usage non par nécessité mais pour rentabiliser ou au moins justifier son entretien ? Les Allemands ont connu cette tentation au XXème siècle et, sans doute, les Américains aussi en Irak.

La puissance économique
La puissance économique est centrale, c’est l’évidence. Cela ne l’a pas toujours été. Le mépris des Anciens pour les boutiquiers et les raisonnements mercantilistes (BUHLER) a longtemps perduré et rejeté l’économie au rang des contingences annexes. « Ce n’est donc que tardivement que l’économie fut associée à l’idée de puissance » (Broda).
L’économie a aujourd’hui supplanté le territoire comme champ de déploiement des rivalités. C’est pourquoi les stratégies les plus dures s’y heurtent en une véritable guerre économique. Il ne faut pas trop se fier aux sirènes libérales en la demeure. Certes, l’économie mondiale est dominée par les grandes entreprises dites « multinationales ». Le terme a une petite connotation universelle qui sonne bien à l’oreille. Or « Une étude comparative entre des entreprises allemandes, américaines et japonaises démontre ainsi qu’elles restent profondément imprégnées de la histoire, de la culture et des système économiques de leurs origines» (Buhler). Ainsi, le terme même de « multinationales » fut créé par les Etats-Unis comme faux nez de leurs entreprises propres. Car, en dépit de l’ouverture de leur capital à l’étranger, les entreprises américaines bénéficient du marché de base américain dont la taille critique fait que les « multinationales » américaines restent nationales du fait de leurs intérêts sur leur marché principal.
Les Etats œuvrent également à conserver ou acquérir des positions fortes dans les secteurs stratégiques les plus critiques. Washington même oublie son credo libéral lorsque ses technologies stratégiques sont en jeu.
Aussi le terrain économique n’est-il  pas un libre jeu de saine concurrence où le plus méritant conquiert des marchés. Il est le théâtre d’une concurrence féroce où tous les coups sont permis.

La puissance financière et monétaire 
La puissance financière est une arme redoutable. Il faut avoir des capitaux pour investir, influencer  les pays où l’on investit, conserver son avance technologique etc. Se pose aujourd’hui la question des fonds d’investissements et fonds souverains « forme de capitalisme d’Etat» (Buhler) dont la Chine est le premier détenteur au monde. Le capital au service de la puissance d’un Etat représentant un cinquième de l’humanité, voilà qui nous éloigne des « lois du marché ». Peut-on sérieusement croire que tous les investissements de la formidable puissance financière des différents fonds d’investissements sont neutres ? L’exemple d’IN-Q-Tel, fond d’investissement de la CIA à but non lucratif répond à la question.
De même, la politique monétaire ne se règle pas « naturellement » mais de manière volontariste et les rapports de force y sont tout aussi prégnants. La position centrale du dollar comme monnaie d’échange permet ainsi aux Etats-Unis de faire financer leurs déficits par leurs partenaires commerciaux. Nous savons également les ravages que la sous-évaluation du Yuan cause aux industries occidentales.

La puissance énergétique 
Depuis que la machine a remplacé l’homme dans la plupart de ses travaux, la question de l’énergie est devenue incontournable dans les relations internationales.
Plus précieuses que l’or, les ressources énergétiques sont vitales pour les Etats. Charbon, gaz, pétrole, uranium, minerais rares indispensables à la science sont l’objet de compétitions farouches.
Pour assurer leur développement, les Etats doivent non seulement assurer leurs propres approvisionnements mais entraver ceux de leurs rivaux. C’est le grand jeu auquel se livrent les Etats-Unis face à la Chine, cherchant à augmenter sa dépendance stratégique, donc sa vulnérabilité.
Des stratégies de contournements sont possibles. La France a ainsi remarquablement réduit sa dépendance énergétique grâce au nucléaire, arme du pauvre en ressources. Les recherches sur les énergies dites propres pourraient à terme proposer de nouvelles alternatives mais aucune n’est à ce jour capable de supplanter le nucléaire comme les Allemands, qui ont choisi de renoncer à l’atome, le constatent cruellement.
Des ressources naturelles importantes sont certes un atout, prenons l’exemple-type du pétrole norvégien. Cependant, tous les analystes ont relevé le drame des Etats-rentiers qui s’enferrent dans la dépendance aux exportations et se révèlent incapables de développer une économie propre. Les rivalités internes autour de la maîtrise de ces ressources peuvent même déboucher sur une véritable « malédiction des ressources » (Buhler).

La puissance primaire : la terre et l’eau
La première source de richesse est venue de la terre. Terre giboyeuses pour nos plus lointains ancêtres. Terres fertiles au temps des sociétés agricoles.
Aujourd’hui encore, avoir une agriculture forte permet de nourrir sa population en se préservant des aléas du marché –la crise tunisienne par exemple a gonflé sur fond de flambée du prix des produits alimentaires- d’aménager et de mettre en valeur le territoire (Blanc). Les campagnes sont aussi souvent le conservatoire des traditions d’une communauté et participent ainsi à son identité de manière bien plus forte que ne le laisserait supposer leur poids économique et/ou démographique.
La PAC a ainsi servi de moteur à la construction européenne. Les nations qui avaient sacrifié tant d’hommes pour le contrôle de la terre s’entendaient pour l’exploiter au mieux avec tout le poids symbolique qu’une telle révolution impliquait. La représentation que l’on se fait du sol est souvent disproportionnée par rapport à son importance géopolitique réelle et cela doit être pris en compte.
Une autre nécessité vitale est l’eau. Or, elle se raréfie et les rivalités sont fortes autour des ressources hydrographiques. Les amis du Tibet libre comprendraient rapidement la vanité de leur combat en regardant une carte : le Mékong, le Brahmapoutre, le Yang-Tse-Kiang y prennent leur source. Le contrôle du château d’eau tibétain assure à la Chine le libre accès à ses propres ressources hydrographiques et fait peser une ombre sur celles de l’Inde et du sud-est asiatique (Chauprade). Si Israël s’accroche au plateau du Golan, ce n’est pas pour ennuyer la Syrie mais pour contrôler les sources du Jourdain. Les rivalités entre Etats riverains du Nil pour la répartition de ses eaux font rage.
La puissance du secteur primaire est ainsi une nécessité vitale pour éviter crises sociales voire émeutes de la faim. Quant à l’eau, elle devient si précieuse qu’il sera de moins en moins rare de voir verser le sang pour une source.
Enfin, la terre et l’eau et sont pas neutres et revêtent des formes géographiques qui influent sur les peuples et les rapports entre Etats. Certaines zones sont des lieux de passage et d’échanges. D’autres sont enclavés, isolés, défavorisés. Toute politique de puissance tient compte de la géographie.

La puissance culturelle et morale 
La France a longtemps bénéficié de l’universalité de sa culture. Au congrès de Vienne, les conférences de paix se tenaient en Français, ce qui permettait à Talleyrand de faire oublier son statut de représentant d’une puissance vaincue.
Aujourd’hui, la culture de masse est une des plus fantastiques armes des Etats-Unis. Articulée autour d’un principe facile à exporter, procurer une vie meilleure, elle consiste à imprégner partenaires, rivaux et adversaires d’un certain mode de pensée pour faire triompher son modèle. La Chine peut être un rival mais si les Chinois se mettent à regarder des films hollywoodiens, à boire des sodas et à rêver d’une société de consommation libre, le rival ne deviendrait-il pas un simple de décalque du modèle américain ?
La culture est au cœur des systèmes de représentation, des perceptions. Aucune politique de puissance ne peut faire l’économie d’une véritable analyse géopolitique des perceptions
La culture, c’est aussi une manière de diriger ses actions, un mode de pensée et de représentation. « […] certains auteurs comme David Landes associent la supériorité économique de l’Occident principalement à des facteurs culturels. La distance entre la puissance de l’économie et ses déterminants est alors incommensurable » (Broda).
La culture est aussi un formidable catalyseur de forces. L’utilisation du pantouranisme par l’Etat turc en est un exemple. La démocratie américaine en est le paradigme, les valeurs libérales étant prétexte et source de pouvoir par leur prétention universelle. Il est certes plus simple d’imposer sa volonté lorsqu’on est persuadé d’incarner le bien. La culture est au cœur de ce que Robert Nye appelle le soft power. Nous avons vu le poids croissant des acteurs de la société civile et des grandes ONG. Les principales sont américaines. Les Etats-Unis sont loin d’être exempts de tout reproche sur les plans du droit et de la morale. Pourtant, ils subissent beaucoup moins les foudres de ces acteurs que le reste du monde, leurs principaux alliés y compris. On aurait tôt fait de conclure à la manipulation et au complot. C’est oublier que pour un américain, les Etats-Unis, malgré leurs imperfections, restent l’incarnation de la liberté et de la démocratie. Leurs atteintes à la morale et au droit ne sont dès lors considérées que comme des anomalies conjoncturelles. Les mêmes travers dans les autres Etats sont eux perçus comme des menaces systémiques. Si l’on fait fi ce de contexte culturel, on s’expose à ne pas comprendre les actions et jugements d’un certain d’organismes et d’associations à rayonnement mondial. Ils sont une des marques les plus flagrantes de la formidable réussite culturelle américaine et de sa traduction instantanée en termes d’influence.

La puissance démographique 
Jadis, le prince qui avait beaucoup d’hommes avait beaucoup de soldat. Il était fort. Aujourd’hui l’Etat fortement peuplé dispose d’un marché important, d’une réserve potentielle de cerveaux. Les Etats faiblement peuplés cherchent à annuler cette faille en mutualisant leurs forces, c’est ce que fait l’Union Européenne.
Prenant l’exemple des petits pays riches tels que Luxembourg, Norvège, Islande, Danemark, Philippe Broda relève ainsi que « L’époque des républiques maritimes de Gênes et de Venise est cependant bien révolue. Ces pays ne dominent pas l’économie mondiale : aucun d’entre eux excepté la Suisse n’appartient au club des vingt plus grands producteurs de richesses au monde. Pour peser sur les affaires économiques du monde, la taille joue un rôle non négligeable » (Broda).Mais les questions démographiques ne se résument pas à l’effet de masse. L’âge d’une population doit, par exemple, être également pris en compte. Le vieillissement de la population, conséquence d’un affaiblissement démographique, a de lourdes conséquences pour un Etat. En augmentant la part des inactifs, il augmente mécaniquement la part des prélèvements de la richesse nationale pour subvenir à leurs besoins. Les conséquences sont également politiques, les troisième et quatrième âges n’étant pas ceux des révolutions mais du conservatisme et de la prudence.
A l’inverse, nous savons que la Révolution industrielle européenne s’est accompagnée d’un formidable accroissement démographique. A un marché en croissance se couplait un rajeunissement de la société engendrant dynamisme, curiosité, créativité.
Comme rien n’est jamais simple en sciences sociales, notons que de nos jours, les Etats disposants de nombreuses masses de jeunes gens inemployés et sans avenir en raison du contexte économique s’exposent à de graves troubles sociaux. Gaston Bouthoul a ainsi avancé une thèse célèbre corrélant la proportion d’hommes jeunes et le risque de guerre.  
Les facteurs démographiques doivent également prendre en compte la santé, l’espérance de vie, « la mortalité, la mortalité infantile, la natalité, la fécondité ou, en affinant un peu l’analyse, le nombre de médecins pour dix mille habitants et le pourcentage d’enfants d’un an vaccinés contre tel type de maladie. Le lien avec l’économique est direct puisque la politique de santé publique, la part de ce poste dans le budget de l’Etat, constitue une de clefs de compréhension de ces chiffres » (Broda). Ces facteurs sont également un facteur de légitimité pour l’Etat car la puissance semblera d’autant plus illégitime qu’elle ne se traduira pas par des retombées directes sur les conditions de vie des habitants.
Donc, « […] le capital humain, qui est le stock de connaissance humaines économiquement productives, est susceptible d’augmenter grâce à des dépenses publiques dans l’éducation, la formation professionnelle, voire dans la santé. Sans ce genre d’investissement, il risque au contraire de se déprécier » (Broda). L’attractivité de ces dépenses et de leurs retombées est bien réelle et explique l’importance des investissements privés en Europe de l’Ouest malgré des taux de prélèvement plus élevés que dans le reste du monde.
Par ailleurs, le rapport entre territoire et population génère facilement des tensions entre puissances. Les espaces vides de l’Extrême-Orient russe côtoient les formidables densités chinoises ce qui ne manque pas d’inquiéter Moscou. Pleine comme un œuf, l’Afrique tourne les yeux vers les espaces prospères européens ce qui ne manque pas d’engendrer des frictions caractérisées par la montée des partis d’extrême droite dans l’Union européenne. L’arme démographique palestinienne face à l’Etat d’Israël est connue.
Enfin, dans un monde où la majorité des Etats les plus puissants se reconnait dans les valeurs démocratiques, le nombre en tant que tel a valeur de légitimité.

La puissance scientifique 
L’Europe a construit sa domination sur sa supériorité scientifique qui lui a assuré la maîtrise des espaces et celle de la puissance de feu. C’est ce que tentent de poursuivre les Etats-Unis en créant en leur faveur un décalage technologique (bouclier anti-missile, avions furtif). Par ailleurs, la maîtrise scientifique permet de développer de nouveaux produits stimulant l’économie surtout dans les secteurs les plus rémunérateurs (ex aéronautique, pharmacie…).
L’innovation technologique est l’une des clefs de la puissance. Elle crée un environnement nouveau, des besoins nouveaux, des dépendances nouvelles. Les investissements en recherche-développement permettent de créer des ressources. C’est qu’a compris un Etat comme Israël qui a consacré 4,9% de son PIB brut au R&D (recherche-développement) en 2008, offrant perspectives et débouchés à une économie enclavée dans une zone hostile. Précisons cependant que le R&D israélien bénéficie d’une recherche militaire surdéveloppée dans un Etat en partie en situation de forteresse assiégée.
Mais le monde scientifique n’est pas rose et certains Etats songent à faire l’économie d’investissements coûteux par le biais de l’espionnage industrielle. Le rattrapage technologique chinois par la copie et l’espionnage industriel est une réalité stratégique à un tel point que les entreprises nipponnes « doivent réduire leur investissement direct en Chine pour protéger leur avance technologique contre la copie » (Delbecque).  Les entreprises européennes, aveuglées par la perspectives de contrats à court terme devraient en tirer des leçons et se méfier de transferts technologiques qui pourraient s’avérer mortels à terme.
Enfin, une politique scientifique implique un système d’éducation et de recherche rodé. Le but étant évidemment de former les meilleurs chercheurs mais aussi de les garder. Les Etats-Unis restent ainsi en tête de la création scientifique par l’aspiration des élites mondiales.

La puissance cognitive 
Le savoir est une ressource mais la diffusion du savoir, de l’information en est aussi devenue une.
C’est ainsi que les Etats-Unis ont mené une stratégie globale de colonisation de la sphère des idées puisqu’ils sont actuellement les seuls à en avoir les moyens et qu’ils furent parmi les premiers à en saisir les enjeux.
L’information « est devenue la matière première des économies avancées, post-industrielles, et même, dans une proportion croissante, un produit fini » (Buhler) car, « dans son acception la plus large, celle d’un message véhiculé par un flux ordonné de signes, [elle] devient une matière première du système de production, source de gains de productivité dans quasiment tous les secteurs «  (Buhler). Enfin, dans un monde de réseaux, une stratégie cognitive globale –qui est au final une stratégie « d’utilisation de la connaissance », est la condition sine qua non d’une politique d’influence réussie. Il s’agit ainsi d’aller au-delà de la simple conquête « des cœurs et des esprits » (KISSINGER) mais bien de maîtriser une ressource propre pour créer un environnement favorable.
Nous renvoyons sur ce sujet à La Guerre cognitive publié en sous la direction de Christian Harbulot (Lavauzelle, 2004).

La puissance normative 
La meilleure manière de rafler la mise est encore de fixer soi-même les règles du jeu. La multiplication des échanges a entraîné celle des normes. La mondialisation débouche sur la mise en place de règles globales permettant de fluidifier les relations car « […] le droit a pour but d’introduire davantage de prévisibilité dans la vie internationale en fournissant aux conduites étatiques un cadre normatif, des termes de référence » (Buhler).
Donc, celui qui dit le droit fixe la conduite des Etats par rapport à ce droit même, amène l’adversaire sur son terrain ; l’oblige à penser comme lui.
Certes, les puissances garantes du droit international, à commencer par les Etats-Unis, peuvent s’en affranchir. Cela a un coût. En termes de légitimité tout d’abord. En vertu de la règle de la porte ouverte ensuite. Une loi violée pourra l’être à son tour par un adversaire stratégique. Celle de l’intangibilité des frontières par exemple : la reconnaissance de la proclamation unilatérale d’indépendance du Kosovo par la plupart des puissances occidentales a provoqué en écho celle de l’Ossétie et de l’Abkhazie par la Russie au détriment de la très pro-américaine Géorgie.
« En définitive, est puissant tout groupe humain qui produit le monde, le sien, celui des autres. Et la règle stratégique la plus essentielle pour obtenir la puissance est la suivante : qui détient les germes du futur et la science de leurs combinaisons, qui donc concentre le stock des normes temporelles et spatiales de la production mondiale, prend la clef de tous les possibles technologiques et de la domination planétaire. » (Forget). Ajoutons que « […] le mimétisme est une forme de dépendance » (Fayard, Moinet), proposition qu’illustre l’âge d’or de l’empire britannique au XIXème siècle, édictant les nouvelles règles de l’économie mondiale sur lesquels s’appuyait sa suprématie.

L’impossibilité européenne contemporaine à dire la puissance

L’impossibilité européenne actuelle à énoncer et mettre en œuvre une politique de puissance repose sur trois illusions ou points de blocage. Ceux-ci doivent être étudiés et analysés si la construction européenne veut se relancer et représenter l’avenir du continent. Il s’agit d’une tentation isolationniste, du mythe rassurant de la contagion du semblable et enfin de l’illusion du pouvoir normatif.

L’isolationnisme européen
Les européens sont une caricature des isolationnistes américains du XIXème siècle. L’Ouest est sûr, l’immensité Atlantique débouchant sur un continent ami. Les mondes africains et proche-oriental sont plus inquiétants mais, par bonheur, la Méditerranée est une défense et un filtre non négligeable contre des populations que l’on craint sans trop oser le dire. A l’Est, le repli russe a donné une profondeur stratégique rassurante à l’Europe de l’Ouest qui ne craint plus guère Moscou. Les enjeux énergétiques et rivalités territoriales ayant migré vers l’Asie, l’Europe peut se croire protégée des aléas du monde. Elle a acquis une mentalité insulaire.
Bénéficiant de l’ordre américain, elle s’offre le luxe de le critiquer d’abondance, un peu comme les Américains du XIXème siècle vouaient aux gémonies la diplomatie européenne qui pourtant assurait un monde sûr dont ils bénéficiaient. L’Europe s’est avisée un peu tard que la politique internationale était impure et a décidé d’y mettre bon ordre. Par son exemple et ses exordes, elle aspire à être le phare du monde, à faire rayonner la paix et la démocratie. Elle exprime un dégoût de plus en plus marqué pour les interventions militaires assimilées à des aventures et suspectes d’illégitimité dès leur déclenchement éventuel. Le mythe de la fin de l’histoire ne lui déplaît pas. Il permet de geler une situation plutôt favorable. Aux politiques de puissance devraient succéder la coopération entre les peuples et les Etats. C’est exactement le discours des isolationnistes américains.
L’Europe contemporaine est le meilleur élève de Wilson. A contretemps.
Les Etats-Unis restent mus par une formidable énergie morale due à la croyance inentamée en leur « destinée manifeste » mais ils ont fait sa part au réalisme géopolitique. Ils mènent sans états d’âme une politique de puissance qui n’a rien à envier à celle de l’Angleterre victorienne. Surtout, ils n’ont jamais, au cours de leur histoire, fait l’économie d’une politique de puissance. Quand le jeune Etat américain a prétendu se désintéresser du monde et récuser le jeu des confrontations de la vieille Europe il l’a fait au nom d’un idéalisme que sous-tendait un solide bon sens. La contrepartie de son effacement international était la doctrine Monroe interdisant aux Européens toute ambition sur le continent américain. Pendant son premier siècle d’existence, le jeune Etat fédéral s’est préoccupé de joindre l’océan Pacifique à l’Atlantique, ne négligeant pas de faire parler la poudre contre les peuplades indiennes qui le gênaient et de faire gronder le canon au Texas ou à Cuba. L’immensité américaine était un champ d’expansion à la mesure du dynamisme d’un peuple de colons qui n’avait rien à gagner à se confronter aux vieilles puissances européennes dans leurs prés carrés. L’isolationnisme américain était la gestation d’une puissance qui assurait son hégémonie régionale avant d’entrer dans l’arène mondiale.
L’isolationnisme européen actuel est quant à lui un reflux, un renoncement, une impuissance géronte. C’est le syndrome du pantalon rouge étendu à tout un continent. A l’inverse de l’Etat américain et de sa Constitution, fruits d’une lutte et d’une volonté collective, les institutions européennes sont encore perçues par les Européens eux-mêmes comme distantes, voire technocratique ou peu représentatives. L’euroscepticisme est couramment répandu sur le vieux continent. Les partisans de l’Europe l’acceptent généralement comme une nécessité, pas comme un projet enthousiasmant. Il lui manque une véritable adhésion populaire. Pourtant, l’Europe avance et se construit, c’est un fait. Mais vers quoi avance-t-elle ? Plusieurs projets européens s’affrontent, ce qui interdit la définition d’objectifs clairs, une fédération des opinions publiques et condamnent l’Union à l’impuissance.

Le mythe de la contagion du semblable
Tous les Etats européens peuvent faire le constat d’une remarquable indifférence de leurs nations aux questions militaires et stratégiques voire d’une véritable allergie aux problématiques de puissance. Incapable de penser l’ennemi et la confrontation, l’Europe a inventé le mythe de la « contagion du semblable ». A notre contact et à notre exemple, « l’autre » deviendrait « nous ».
Cette formidable négation de l’altérité des communautés humaines néglige totalement la manière dont nos nations et nos valeurs sont perçues en dehors de l’île européenne.
Le monde reste dangereux, il faut peser pour subsister. Les Européens en sont d’ailleurs vaguement conscients. Tout en misant sur le mythe de la contagion du semblable, ils s’appuient sur la solide garantie américaine pour assurer leur sécurité. Ce choix n’est pas neutre. « Pour la plupart des Européens, l’Amérique est un « égalisateur de puissance », qui envoie les Européens, dans leur ensemble, dans une catégorie distincte, beaucoup plus indifférenciée qu’elle ne le serait dans une Europe indépendante » (Buhler). Ainsi, derrière un discours humaniste neutre et la délégation de responsabilités à Washington, pointent les rivalités et méfiances nationales. Le désir inavoué de se fondre dans une indistinction qui gommerait les différentiels de puissance est un des plus grands obstacles à l’épanouissement d’une Europe forte. L’idée des Etats européens n’est donc malheureusement pas tant de mutualiser la puissance que de neutraliser le voisin.
Les désillusions pleuvent sur le faible messianisme européen. Certes la démocratie a paru s’étendre dans le monde, en particulier lors du « printemps arabe. » Las ! Aux yeux de l’Europe médusée, les révolutions fleuries débouchent démocratiquement sur des gouvernements islamistes aux valeurs radicalement opposés à celles du libéralisme politique. L’Europe doit impérativement changer la couleur de sa culotte, s’attacher à l’analyse des perceptions et cesser de vouloir comprendre le monde à partir de ses intentions propres.

Le pouvoir normatif européen
Il est un domaine dont l’Europe est fière, c’est son pouvoir normatif. Il s’applique à l’intérieur de l’Union, évoluant vers une convergence et une intégration toujours plus fortes. Il se manifeste également au niveau international. L’UE est la championne du droit des gens et vise à régler les conflits par les normes.
Le problème, c’est que l’UE est incapable de faire partager ses ambitions normatives « à des puissances qui n’ont cure de s’aligner sur les normes européennes lorsqu’elles n’y voient pas leur intérêt » (Buhler). Le nombre de normes inspirées par l’UE au niveau international ne doit pas faire illusion. Elles ne s’imposent pas dans les domaines qui comptent vraiment, ceux de la politique et de l’économie. Lorsque surviennent les crises, la voix européenne est inaudible. On écoute Madame Ashton par galanterie  sur les questions internationales mais on ne prend au sérieux que les ministres des affaires étrangères des nations qui comptent. Pour faire face à la crise financière, les chefs d’Etats et ministres des financent trouvent des accords mais la voix de l’Europe en tant qu’entité propre est inaudible.
Très clairement, et malgré quelques succès, le pouvoir normatif européen repose sur du vent. Pris isolément, il ne peut pallier l’absence d’une politique de puissance globale.

 

Comment accroître la puissance d’un Etat ?

Il n’est pas de remède miracle pour accroître la puissance d’un Etat. Cependant, le monde contemporain offre des opportunités à saisir. En particulier, la redistribution des cartes de la puissance est lourde de menaces mais offre aussi des possibilités de rééquilibrage à saisir. Les valeurs européennes sont fortes et disposent d’un véritable pouvoir d’attraction à condition d’être proposées sans naïveté à travers une stratégie d’influence. Eric Delbecque a soulevé la question de la création de dépendances auprès de nos rivaux. Liée à une véritable stratégie de puissance économique, elle pourrait offrir à la France et à l’Europe une place au soleil digne de ses valeurs et de ses aspirations.

La carte multipolaire
Les Etats-Unis connaissent un déclin relatif. La nouvelle puissance chinoise se déploie en Asie et jette ses rets sur l’Afrique. La Russie compte à nouveau dans le monde.  L’Inde attend son heure. De nouveaux acteurs font entendre leur voix et la crise économique qui a surtout ébranlé les vieilles économies dominantes n’a fait que confirmer la montée en puissance d’Etats dynamiques et ambitieux.
Le monde contemporain est en mouvement. Il est lourd de menaces, peut-être, mais aussi d’opportunités. Un pays comme la France, reconnu par Brzezinski comme « pivot géostratégique », a beaucoup à y gagner. La force de l’Europe a été le refus de l’empire. Structurellement, elle aspire à l’équilibre des puissances et récuse toute hégémonie. Or des équilibres nouveaux se créent où les Etats européens peuvent trouver une liberté d’action nouvelle. A condition de renoncer à certaines illusions.
Ainsi, un monde multipolaire n’est pas un monde unanimiste. Les nouveaux redéploiements de puissance paralysent les grands organes de concertation et on découvre la relativité des notions de bien et de mal au niveau des relations internationales. Seule une décision nationale énergique de la France a permis de contenir la crise malienne. Dans le même temps, les discussions à l’ONU autour de la crise syrienne n’aboutissent qu’au blocage et à une paralysie de la communauté internationale. La concertation trouve ses limites dans les intérêts de puissance rivaux.
Sans doute la France doit-elle garder en tête en en vue l’objectif d’une Europe-puissance. Cependant, celle-ci étant hors de portée à brève échéance, il s’agit parallèlement de repenser les marges de manœuvre nationales.

Une politique d’influence basée sur nos valeurs
La défense des droits fondamentaux de l’être humain et des libertés individuelles est au cœur du projet anthropologique européen et influence fortement sa politique étrangère. Elle ne peut cependant faire abstraction du réalisme politique. Les Etats-Unis ont donné l’exemple d’un affaiblissement du à une mauvaise analyse des réalités. Le projet de « nation building » en Irak et en Afghanistan est un échec malgré de belles prouesses militaires. Il a surtout montré que les nouveaux rapports de force interdisaient les victoires totales. Il n’est plus de capitulation sans condition de l’adversaire dans un monde de réseaux qui le rend difficilement saisissable. Les conflits ne peuvent se dénouer que par une paix de compromis. Cela implique soit de « composer avec le mal », soit de reconnaître –au prix d’une perte de légitimité, que l’adversaire ne représente pas le mal absolu.
La défense de nos idéaux implique forcément une politique de puissance. La cause du libéralisme politique n’a jamais autant reculé que depuis la crise financière dans laquelle se débattent les vieilles nations de l’Ouest. L’équation liant prospérité et libéralisme politique est remise en cause. La démocratisation du monde qui semblait inéluctable n’est plus qu’un des chemins possibles. La voie chinoise, sacrifiant les libertés politiques à la prospérité économique et à une relative liberté morale au nom du développement harmonieux de la communauté, a l’attrait de l’efficacité et il serait dangereux de le négliger. La démocratie autoritariste russe trouve également sa légitimité dans le spectaculaire redressement opéré par Moscou. De grandes démocraties émergentes comme le Brésil ou l’Inde, les géants de demain, récusent l’idée occidentale d’ingérence humanitaire au profit du principe de souveraineté des Etats.
L’Europe ne doit pas se leurrer : sa relative prospérité exerce un incontestable attrait mais il ne faut pas confondre le rêve d’une vie matérielle meilleure et l’adhésion à toutes nos valeurs. Par ailleurs, certains Etats et non des moindres affichent un mépris ouvert pour les valeurs du libéralisme politique ramené à un symptôme de la décadence européenne.
Seule une politique culturelle, une politique d’influence, une politique de puissance pourront appuyer la diffusion de nos idéaux et en assurer la pérennité.

Une stratégie de puissance économique
La France des 30 glorieuses a su canaliser ses efforts en vue de réalisations aussi fructueuses et célèbres qu’Ariane, Airbus ou le TGV.
Là réside le salut. Dans la maîtrise de pôles d’excellence stratégique appuyés par des crédits suffisants en R&D. Les entreprises doivent trouver intérêt au soutien de l’Etat. Dans le cadre de l’UE, il s‘agit de chercher des convergences et mutualisations, notamment avec les pays européens aux économies se rapprochant de la nôtre (Allemagne, Benelux, Italie par exemple). Un véritable partenariat public/privé doit se mettre en place non seulement au niveau national mais au niveau de l’Union, non plus sur certaines réussites élevées au rang de symboles (Airbus) mais à un niveau global. Les Etats-Unis ont ouvert la voie. Il ne s’agit pas de les imiter mais de mettre les institutions nationales et fédérales au service de nos entreprises dans la guerre économique globale qui fait rage.
Avons-nous été capables de créer des dépendances chez les autres ? Sommes-nous capables de le faire ? Faute de ressources, le salut pour l’Europe réside dans la recherche-développement. Un exemple de dépendance créée de toutes pièces et procurant un avantage substantiel à ses promoteurs est celui d’Internet dont toutes les clefs sont encore détenues par les Etats-Unis malgré les contestations impuissantes de ses rivaux stratégiques, Chine et Russie principalement.
Malheureusement, les chiffres de l’OCDE montrent que la part consacrée au R&D en Europe stagne à des niveaux faibles. La France y consacrait ainsi 2,26 % de son PIB en 2010 quand la Corée du sud était à 3,74%. Ce décrochement peut se comprendre dans un contexte difficile sous la pression d’opinions publiques privilégiant les dépenses sociales qui amortissent les effets d’une économie en souffrance.
Cependant, l’économie d’un gros effort dans ce domaine ne pourra être faite. Le coût du travail en Occident en général et en France en particulier est prohibitif par rapport au reste du monde. Il ne s’agit pas de démanteler un système social de protection et de redistribution fruit d’un large consensus au sein de l’opinion publique mais d’en assurer la pérennité. Pour cela, l’excellence technologique semble une voie prometteuse. Le développement de stratégies d’intelligence économique en Europe permettra également de limiter les conséquences des attaques en règles auxquelles sont soumises nos entreprises en quête de marchés.

 

Conclusion

Moteur de l’histoire, le jeu des puissances se déploie plus que jamais. Une politique de puissance est non seulement légitime mais nécessaire pour défendre les valeurs qui nous sont chères. L’avenir de notre continent en dépend.
Les rêves liés à une hypothétique fin de l’histoire se sont effondrés. Le monde des réseaux et des interdépendances n’a pas atténué les rivalités, il n’a fait qu’en modifier les règles et l’environnement. Un certain anarcho-libéralisme a fait long feu. Les Etats restent sur le devant de la scène même si de nouveaux acteurs perturbent les équilibres anciens. Les rivalités se déchaînent, notamment sur le plan économique. Nier la réalité de la guerre économique et négliger de mener une politique de puissance, c’est oublier que « le feu tue » et envoyer nos chefs d’entreprise en pantalon rouge à l’assaut des marchés les plus prometteurs. Enfin, les individus et leurs perceptions ne sont plus un facteur neutre dans le monde moderne ; l’information est passée du statut d’outil à celui de ressource. Les peuples qui ne s’adapteront pas aux règles nouvelles ne pourront qu’enfoncer dans un déclin sans fin.
La puissance est volonté. Elle s’appuie sur des piliers qui souvent s’épaulent, se croisent et se recoupent.
Dans cet univers particulier, des handicaps intellectuels minent l’Europe et sapent ses fondations. Elle doit maintenant se définir autrement que par défaut. Elle pourra alors se doter d’une stratégie qui ne soit pas un catalogue d’intentions humanistes mais un projet politique porteur.
Une solide politique nationale alimentant l’idée d’Europe puissance à laquelle nos partenaires sont encore réticents est porteuses de promesses.
Pour cela, une véritable réflexion doit être menée dans tous les domaines. Il s’agit d’analyser, comprendre, désarmer les résistances intellectuelles ; d’expliquer sans relâche et de démontrer sans concession l’intérêt d’une politique de puissance ; de décrypter le jeu mené par nos rivaux et adversaires pour le mettre sous les yeux de nos concitoyens. Quand la puissance publique se mettra discrètement mais efficacement au service de nos entreprises,  quand l’opinion européenne sera décomplexée sur les questions de puissance, quand des think-tanks influents œuvreront pour la constitution d’une Europe puissance, un grand pas aura été fait.
Avant de réaliser le dégel de la puissance européenne, il s’agit de le penser ! Alors, le vieux continent pourra reprendre le cours de son histoire avec une énergie et une jeunesse nouvelle.

 

Auteur de l’article : Raphaël Chauvancy
Ancien élève de l’Ecole de Guerre Economique de Paris, R. Chauvancy a également suivi des études en histoire et en philosophie à l’université Paris IV-Sorbonne. Il sert actuellement comme officier des armes dans les Troupes de marine.

 

Ouvrages utilisés pour l’article
Pierre Blanc,Proche-Orient, Le pouvoir, la terre et l’eau, Les presses de Sciences Po, Paris, 2012.
Pierre Buhler, La puissance au XXIe siècle, CNRS éditions, Paris 2012.
L’influence en appui aux engagements opérationnels, Concept interarmées, CICDE, 31 mars 2012.
Zaki Laïdi, La norme sans la force : l’énigme de l’impuissance européenne, Les presses de Sciences Po, Paris,  2005.
Michael Hardt et Antonio Negri, Multitude : guerre et démocratie à l’âge de l’Empire, Paris, Editions La Découverte, Paris, 2004.
Ouvrage collectif sous la direction de Christian Harbulot et Didier Lucas, Les chemins de la puissance, éditions Tatamis, 2007.
Rapport pour le Président de la République sur les conséquences du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, sur l’avenir de la relation transatlantique et les perspectives de l’Europe de la Défense, Hubert Védrine, 14 novembre 2012.
Qiao Liang et Wang XiangsuiLa guerre hors limites, éditions Payot et Rivages, Paris, 2003.

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la_tour_de_tremeLa Datar fête cette années ses cinquante ans et se voit proposer une mission d'une nature ambitieuse, au-delà de sa probable mue en Commissariat à l’égalité des territoires : l’égalité des territoires. 2013 sera, à en croire les acteurs étatiques, une année de réformes.  Déjà en 2009, la crise des subprimes a eu des effets sur la création de richesses, même si la consommation n’avait pas reculée. Des effets sur l’emploi (97% des pertes sont des métiers tenus par des hommes dans le privé- ouvriers, artisans, agriculteurs). Des effets sur les territoires , les métropoles s’en étant mieux sorties au détriment de certaines régions comme le Limousin, la Picardie, la Franche comte, la Champagne Ardenne…déjà en perte de vitesse, elles risquent fort, demain , de voir le mouvement s’accentuer.

Les fractures territoriales
Financées par le mécanisme de la péréquation, visant à redistribuer pour mieux réduire les écarts de richesse, elles ont plutôt favorisées la progression d’emplois publics. Mais la crise de la dette arrivant, ces mécanismes ayant joués un rôle d’amortisseur vont être la cible des politiques à venir. Le remède d’hier serait un poison demain. Et l’on risque bien d’avoir une forte accentuation de cette géographie de 2008-2009.

L’économie géographique et spatiale, emmenée par le prix Nobel Paul Krugman, nous démontre certes que les territoires sont des marchés et que plus ils sont peuplés, diversifiés, concentrés, plus il y a de productivité. C’est dans les métropoles que l’on observe les mises en valeur des facteurs de production les plus efficaces. La richesse va à la richesse.
Pour l’instant, L’acte III de la réforme de la décentralisation exprime et déconcerte les acteurs locaux notamment par le biais du transfert des compétences aux régions: le risque d'une aggravation « des fractures territoriales » au détriment des « espaces ruraux et périurbains » Pour l'AMF, la prééminence accordée à l'espace urbain ne signifie rien de bon. Et la fracture territoriale, déjà bien réelle, risque de s'aggraver, surtout avec le « transfert obligatoire et automatique de nouvelles compétences » à l'échelon communautaire.

Une vision jacobine contestable de la mobilité territoriale
Laurent Davezies relance le débat sur les territoires dans La crise qui vient: la nouvelle fracture territoriale (Seuil, octobre 2012). Ce professeur titulaire de la chaire « Economie et développement des territoires » au Conservatoire National des Arts et Métiers, n’hésite pas à conseiller aux territoires en stagnation ou déclin économique d’aider leurs jeunes à partir. Sa vision utilitariste fondée sur le bon sens ne tient pas compte d’autres impératifs : l’importance des racines culturelles, de la condition humaine dans des économies locales qui s’écroulent, de la sécurité des gens dans les territoires laissés pour compte. Le cas de la Nouvelle Orléans  touché par l’ouragan Katrina est cet égard un très bon contre exemple. Cette ville en partie détruite, fuie par une partie de sa population et sans grande perspective économique, est un ilot de résistance qui à la mobilité dont nous parle Davezies. La musique ancrée dans l’histoire territoriale de la Louisiane, la continuité indienne, si bien décrite dans la série télévisée Treme de  David Simon et Eric Overmyer, est aux antipodes de ce réflexe utilitariste jacobin. Les jeunes exclus de la Nouvelle Orléans survivent grâce à cette poésie urbaine (plus puissante d’un emploi jeune dans leur définition de l’identité sociale) que la pensée marxienne de Laurent Davezies a bien du mal à intégrer dans son champ de vision.

Les quatre France de Dabezies découlent de sa perception du cadre de vie de l’individu et non du sens culturel lié à un ancrage territorial qui va marque sa vie. Les territoires marchands en difficulté d'abord : la France de Montbéliard, de Roubaix, de Troyes ou d'Oyonnax, peuplée de jeunes, mais dont la tradition productive historique (automobile, textile, plastique…) est aujourd'hui en déclin. Ils risquent de rejoindre la catégorie des territoires « non marchands » en difficulté (Limoges, Béthune, Vitry-le-François…), cette France vieillissante qui a perdu le plus d'emplois depuis vingt ans. Dépendante des prestations sociales, elle souffre. A l’autre extrémité, la France des Métropoles. Une aggravation accrue par le transfert aux régions des fonds européens: la prééminence des métropoles et la question de la captation des fonds. Il y a et aura donc une source de déséquilibres qui est et sera accentuée par le ciblage des fonds européens sur une portion réduite du territoire. Les propositions de la Commission Wahl laissent penser que le milieu urbain va remporter l’essentiel des financements. 5 % des fonds Feder sont dédiés aux villes et 80 % doivent être consacrés aux entreprises, à la recherche et au développement durable. Compte tenu du PIB par habitant sur les espaces métropolitains, le territoire dans son ensemble risque d’être pénalisé au moment de la répartition des fonds. La plus vaste partie de la région, qui se situe en-deçà de la moyenne européenne, risque d’être désavantagée. Et l’utilisation des fonds européens pourrait se retourner contre la ruralité.  La stratégie de L’Etat est pour le moins confuse surtout quand madame la ministre Lebranchu dit fonder sa réforme en voulant « s’appuyer sur le fait urbain ».

Encore ne faut-il pas oublier "la participation structurante des villes moyennes à la métropolisation européenne", le fait qu’elle valorise le "rôle d'espace charnière entre urbain et rural" que jouent ces villes, et reconnaître l'importance des "espaces interstitiels" dans la structuration des territoires…comme le rappelle Christian Pierret, président de la Fédération des villes moyennes. Au risque de manquer d’audace et de ne faire de la décentralisation qu’un « transfert de compétences », car la décentralisation n’est pas qu’une aventure administrative.
La France est un petit pays. Sa force est la diversité de ses territoires, de ses reliefs, de ses populations. Les économistes n’ont jamais été à l’aise pour aborder cette notion de territoire qui dévient « à la mode » tout simplement parce qu’une partie d’entre eux sont menacés par l’effet domino de notre affaiblissement économique sous la pression des contraintes liées à la mondialisation et à la poussée conquérante des nouveaux entrants. Une politique territoriale ne dot pas être jacobine ou girondine, elle doit être d’abord et avant tout un combat pour la survie économique et culturelle afin de conserver à al France une identité qui ne se transforme pas en zones urbaines consuméristes entourée de parcs nationaux et de vide rural. Sans parler de l’exemple italien et de la catastrophe sociétale des régions du Sud  laissées aux mains des structures criminelles.

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La Pan-Europe de Coudenhove-Kalergi dans l’entre-deux-guerres : idée folle ou rendez-vous manqué ? La naïveté comme projet ! http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/pan-europe-coudenhove-kalergi-dans-entre-deux-guerres-idee-folle-ou-rendez-vous-manque-la-naivete-comme-projet-4927?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/pan-europe-coudenhove-kalergi-dans-entre-deux-guerres-idee-folle-ou-rendez-vous-manque-la-naivete-comme-projet-4927#comments Sun, 24 Feb 2013 07:15:32 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4927 Et si la naïveté était le trait commun des partisans d’une fédération européenne ? Près de 90 ans après la publication de Pan-Europe par le comte Coudenhove-Kalergi, en 1923, la question mérite d’être posée. Cette conception de l’Europe, portée dans l’entre-deux-guerres par Aristide Briand a été balayée par l’histoire. Richard de Coudenhove-Kalergi, fils d’un diplomate austro-hongrois […]

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EuropeEt si la naïveté était le trait commun des partisans d’une fédération européenne ? Près de 90 ans après la publication de Pan-Europe par le comte Coudenhove-Kalergi, en 1923, la question mérite d’être posée. Cette conception de l’Europe, portée dans l’entre-deux-guerres par Aristide Briand a été balayée par l’histoire. Richard de Coudenhove-Kalergi, fils d’un diplomate austro-hongrois et d’une Japonaise reçut, en Bohême, une éducation européenne et cosmopolite prolongée par des études au Thérésianum de Vienne. Devenu tchèque après la chute de l’Empire d’Autriche-Hongrie en 1919, il commence à réfléchir à la nécessité de créer un nouvel ordre européen. Il influence notamment le Président tchèque Masaryk pour rassembler l’Europe de l’Est dans une fédération mais se heurte, déjà, aux nationalismes. De ce projet, seule, restera la Petite entente. Face à l’émergence de grandes entités continentales, en Russie, aux Etats-Unis, face à la Grande-Bretagne et son vaste empire, pour Coudenhove-Kalergi, l’Europe doit s’unir et s’édifier selon quatre étapes autour des nations continentales. La première serait la mise en place d’une conférence paneuropéenne. La deuxième étape consisterait en l’établissement d’une cour d’arbitrage entre les Etats pour éviter les conflits. La troisième, la création d’une union économique paneuropéenne. Enfin, la quatrième étape serait la constitution de la Pan-Europe autour d’une Chambre des peuples et d’une Chambre des Etats de 26 représentants. En 1926, le premier congrès paneuropéen se réunit à Vienne. De nombreux intellectuels soutiennent le mouvement mais aussi des personnalités politiques comme Edouard Herriot et Aristide Briand.

Qui reprend et porte ce projet ?

Le même Aristide Briand, présente en 1929 un projet d’association européenne devant la Société des Nations, certes distinct du projet de Coudenhove-Kalergi mais portant les mêmes ambitions. Aristide Briand reprend la conception d’une Europe fédérée, sur le plan économique pour garantir la paix. L’homme des accords de Locarno de 1925, et du pacte Briand-Kellog qui veut « mettre la guerre hors-la-loi », veut essayer de mettre en œuvre ce projet d’ «Union européenne ». Atteint de  « pactomanie », cette manie de faire signer des pactes qui par leur nombre s’annulent et perdent toute valeur comme le décrit Bainville, citant le Daily Telegraph. Briand soutient, avec son Mémorandum sur l'organisation d'un régime d'union fédérale européenne, l’idée d’une Europe unie en niant les rapports de force à l’œuvre dans l’Europe de l’époque et ce depuis la signature du traité de Versailles. Cette utopie comme Coudenhove-Kalergi présente son projet dans l’introduction de son ouvrage élude plusieurs questions notamment celle des nationalismes, la question de la politique allemande et du double jeu anglais, occultées par Coudenhove-Kalergi comme Briand. Jacques Bainville écrit dans un article de 1929, paru dans l’Action Française : « ces messieurs sont des prophètes du passé. Entre l’Europe et le principe des nationalités, les démocraties avaient opté pour le principe de nationalités. L’Autriche-Hongrie a été vouée à la mort parce qu’elle était une mosaïque de nations. Au fond l’inspirateur doit être une espèce « d’Autrichien avant Sadowa » et M. Briand, un habsbourgeois qui s’ignore. ». Coudenhove-Kalergi cosmopolite et autrichien essaye de projeter la nature multinationale de l’ancienne Autriche-Hongrie, à l’échelle de l’Europe dans son ensemble, mais les peuples émancipés des empires rechignent à s’unir par un lien fédéral et le nationalisme allemand demeure.                   

L’accroissement de puissance allemand domine cette période.

« Ils sont vingt millions de trop » disait en 1919, Clemenceau à propos des Allemands. La France n’en a tiré aucune conséquence. Les tentatives sécessionnistes allemandes notamment dans la Sarre, n’ont pas été soutenues, et la politique du Bloc national portée par Poincaré, réalisée par l’invasion de la Ruhr ne fut pas poursuivie en raison de l’isolement de la France dans cette démarche et du changement politique en France, avec le cartel es gauches et l’action d’Aristide Briand. L’Allemagne refuse le traité de Versailles, dépouillée de certaines parties de son territoire, son Etat central demeure et l’immense majorité de sa population, soixante millions d’hommes, est rassemblée dans ses nouvelles frontières, ce qui donne encore un poids considérable au vaincu de 1918. Malgré les gages de bonne volonté, l’Allemagne républicaine, dont le nationalisme n’a pas  faibli depuis 1918, cherche à défendre ses intérêts économiques et territoriaux. L’Allemagne disposait d’un plan très clair, mené par Gustav Stresemann, l’homme qui domine l’Europe de cette période, et chef du parti conservateur dès 1917. Il appela avant la fin de la première guerre mondiale, l’Allemagne à accroitre son territoire à l’Est comme à l’Ouest. Il fut ensuite  ministre des affaires étrangères puis Chancelier de la République, son ambition : sortir l’Allemagne des contraintes de Versailles, et lui redonner son intégrité territoriale. Il met en œuvre sa « politique d’exécution » fondée sur la conciliation avec les vainqueurs pour renforcer l’Allemagne, au contraire de la politique agressive et inefficace de ses prédécesseurs. Face à lui une politique d’accroissement de faiblesse de Briand, le gouvernement français veut la paix sans savoir s’il s’agit de la paix de 1919, si imparfaite, ou de la paix tout court, celle qui conduit à ne pas irriter l’Allemagne et ne pas lui donner de motifs pour une guerre nouvelle.

La réconciliation des deux pays est privilégiée par Briand, soutenu par les élites françaises pacifistes, choisissant une posture défensive réalisée par la ligne Maginot, dont la construction débute en 1923. Le choix de la puissance était possible : la division de l’Allemagne ou du moins une démonstration de force vis-à-vis d’elle, et la garantie de l’indépendance des pays d’Europe centrale, par l’utilisation de la Rhénanie comme otage, ce qu’explique Kissinger. Voulant rassurer les nationalistes allemands et par patriotisme, Stresemann a utilisé cette faiblesse française pour atteindre ses ambitions. En 1925, l’occupation de la Ruhr est ainsi terminée, et le paiement des réparations retardé. En 1930 Mayence et la Rhénanie sont évacuées par l’armée française. Le réarmement de l’Allemagne débute secrètement dès 1920. Son outil industriel reste puissant, la parité politique voulue par Stresemann était le préalable de la parité militaire. Sans complexe en 1926, l’Allemagne avec l’Union soviétique signent un traité de neutralité et souhaite redéfinir ses frontières orientales contre la Pologne. Cette politique bismarckienne de Stresemann, objectivement admirable, fut indirectement soutenue par les puissances anglo-saxonnes.

Le double jeu de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

En 1929, le refus britannique de soutenir le plan fédéral de Briand et la mort de Stresemann – qui personnalisait la politique allemande et fondait la confiance des autres nations à l’égard de l’Allemagne – mettent un terme au projet européen de Briand, qui quitte ses fonctions en 1932, deux mois avant sa mort, alors que la crise économique débute. Ce refus illustre la politique britannique de cette période, ne voulant pas que la France joue le premier rôle en Europe, et elle fait pression sur elle pour qu’elle se retire de la Ruhr. Les Britanniques refusaient d’entrer dans le jeu d’alliance de la France avec les nouveaux Etats d’Europe centrale et étaient convaincus que l’Allemagne devait exister face à l’URSS. La politique étrangère britannique réclamait la parité franco-allemande fondée sur la conciliation de la France vis-à-vis de l’Allemagne et défend les règles de la SDN tout en ne voulant pas être le garant de l’organisation. A ce propos, Soutou écrit : « Certes la SDN était censée se substituer au Concert Européen. Mais ni les méthodes de travail, ni l’idéologie de la SDN, organisation d’ailleurs à vocation mondiale, ne lui permirent de remplacer vraiment celui-ci : l’Europe n’avait plus en 1919, d’organe de régulation ». La Grande-Bretagne a ainsi refusé son rôle de garante des équilibres européens qui fondait sa politique au moins depuis le congrès de Vienne. Austen Chamberlain, pourtant francophile, le demi-frère de Neville qui signa les accords de Munich, porte cette politique au milieu des années 20. En signant le traité de Locarno, utilisé par l’Allemagne pour revenir dans le concert des nations et retrouver ses frontières. Les plans de soutien financier Dawes en 1924, puis Young, en 1929, apportés à l’Allemagne, facilitent le paiement des réparations tout en redressant l’industrie allemande.

Entre 1924 et 1929, les Etats-Unis ont prêté 2 milliards de dollars à l’Allemagne dont la moitié seulement a correspondu au paiement des réparations. « Du fait de la coopération des deux puissances anglo-saxonnes, de la prise de distance de l’Italie à l’égard de la France, des forces se sont conjuguées pour créer une situation que la France ne sera pas en mesure de supporter à long terme. » écrit Stresemann, en 1923. La sécurité de la France ne pouvait être fondée que sur une discrimination de l’Allemagne, seule à vouloir cette politique au début des années 20. La France craignait d’être seule face à l’Allemagne, son traumatisme. Voyant cet affaiblissement Briand crut que seule la réconciliation avec l’Allemagne permettrait de garantir la sécurité du pays. Après Locarno, la France renonce à l’application réelle du Traité de Versailles, par faiblesse et sous la pression britannique et américaine. Les Etats-Unis financent le renouveau industriel de l’Allemagne, la commission de contrôle militaire interalliée sur l’Allemagne est supprimée en 1927. Ce désaccord entre les alliées du premier conflit s’exprime aussi à l’occasion de la signature du pacte Briand-Kellog en 1928, où les Etats-Unis élargissent la renonciation à la guerre à quinze Etats. Or, la France souhaitait invoquer la légitime défense et ses alliances, notamment à l’Est ; les Britanniques ne voulaient se priver d’aucun moyen pour maintenir l’ordre de leur empire, et les Etats-Unis le droit pour chaque état de déterminer sa défense, dans le cadre de la doctrine Monroe.

L’Allemagne a ainsi profité de la faiblesse française pour avancer ses pions. Hitler donna ensuite à la tactique de l’Allemagne de Stresemann – qui aurait pu devenir une stratégie de puissance – une réalité brutale et mortifère en affirmant que l’Allemagne étouffant dans ses frontières avait la nécessité d’accroitre son territoire. L’échec et la naïveté du projet de Coudenhove-Kalergi porté par Briand est sans appel : l’Europe était prisonnière des intérêts divergents des États, et une tentative de fonder une union européenne était utopique et elle le restera. En 1932, Herriot, qui ne tira aucune conséquence de ce qu’il voyait, disait : « Je n’ai pas d’illusions. Je suis convaincu que l’Allemagne veut réarmer. Jusqu’à maintenant, l’Allemagne a mené une politique de docilité. Aujourd’hui elle entame une politique d’affirmation, demain ce sera une politique d’exigence territoriale. » Cette époque n’est pas sans analogies avec la nôtre, la manie européenne de signer des pactes ou des accords qui s’additionnent sans avoir de portée réelle, le pacte de stabilité était déjà le nom du traité de Locarno, l’influence efficace de l’Allemagne, la naïveté des élites françaises. Bainville écrit : « Depuis que le monde est monde il se divise entre ceux qui disent que, pour avoir la paix, il faut être fort, se méfier, se faire respecter, et ceux qui disent que pour éviter une guerre il faut avoir confiance et dissoudre les régiments. » Il n’est pas étonnant qu’après la seconde guerre mondiale, les pères fondateurs de l’Europe aient donné à Gustav Stresemann le titre de « grand européen », la naïveté toujours.

Rémy BERTHONNEAU

Bibliographie :                                                   

  • ALLAIN Jean-Claude, GUILLEN Pierre, SOUTOU Georges-Henri, THEIS Laurent, VAISSE Maurice, Histoire de la diplomatie française : Tome 2, De 1815 à nos jours, Tempus, 2007.
  • BAINVILLE Jacques, la Monarchie des lettres, histoire, politique et littérature, Bouquins Robbert Laffont,  2011, Histoire de deux peuples, histoire de trois générations, article deux politiques 25 novembre 1926,  Europe, l’Action Française, 1929, 18 juillet.
  • BLAISE Ronan, Richard Coudenhove-Kalergi et la « Pan-Europe » Aux origines – mal connues – de l’actuelle UE, vendredi 10 août 2012. http://www.taurillon.org/Richard-Coudenhove-Kalergi-et-la-PanEurope,02294
  • Bulletin européen, numéro 8-9, tribune libre de l’européisme, Rome, Aout-septembre, 1953. http://www.fondazionedragan.org/media/08_09_1953_be_fr_agosto_settembre.pdf
  • GTANGET Cyrille, Richard Coudenhove-Kalergi La lutte pour les Etats-Unis d'Europe, 17 janvier 1995, http://iee.univ-paris8.fr/departement/eurofil9.html
  • KISSINGER Henri, Diplomatie, Fayard, 1994, Stresemann et la réémergence des vaincus.
  • LAMOTTE Virginie, Richard de Coudenhove-Kalergi : portrait d’un visionnaire paneuropéen, 27 mars 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/richard-de-coudenhove-kalergi-portrait-d-un-visionnaire-paneuropeen
  • MOUGEL François-Charles et PACTEAU Séverine, Histoire des relations internationales, 2010, Collection, Que sais-je ?, P.U.F.
  • SAINT-GILLES Anne-Marie, La « Pan-europe », un débat d’idées dans l’entre-deux guerres, Presses de l’Université de Paris Sorbonne, 2004.
  • SOUTOU Georges-Henri et BERANGER Jean, L’ordre européen du XVIème au XXème siècle, Paris, Presses de l’université de Paris Sorbonne, 1998.

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Google a-t-il piégé François Hollande ? http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/google-piege-francois-hollande-4923?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/google-piege-francois-hollande-4923#comments Fri, 22 Feb 2013 07:37:26 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4923 Google aurait-il réussi l’escroquerie de ce début d’année, avec l’aide de l’IPG (1),  sur le dos du contribuable français ? Au terme de plusieurs mois de négociations avec le géant américain de l’internet, menées avec l’aide d’un médiateur du cabinet Mazars, Marc Schwartz, et de Nathalie Collin (2), présidente de l’association IPG, entourés des 6 […]

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google-franceGoogle aurait-il réussi l’escroquerie de ce début d’année, avec l’aide de l’IPG (1),  sur le dos du contribuable français ? Au terme de plusieurs mois de négociations avec le géant américain de l’internet, menées avec l’aide d’un médiateur du cabinet Mazars, Marc Schwartz, et de Nathalie Collin (2), présidente de l’association IPG, entourés des 6 lobbyistes de Google pour la France, un accord qualifié « d’historique » a été conclu au terme duquel Google s’engage à verser 60 millions d’euros dans un fond destiné à financer des projets de développement du numérique pour la presse d’information politique et générale.

Accord historique ou écran de fumée ?
Cet accord qualifié d’historique par le gouvernement est dénoncé par la Fédération des Agences de Presse comme un « écran de fumée qui ne règle en rien la question du partage de valeur sur le web. Pire, cet accord fait fi des droits des auteurs et des droits des agences de presse qui fournissent du contenu, texte et images à ces mêmes éditeurs. » (3).
Google a manifestement mis toute son énergie pour éviter une Loi qui l’aurait contraint à verser une redevance sur ses revenus publicitaires, ou paiement au clic, principe défendu par les éditeurs français au départ, et retenu en Allemagne et en Suisse, puisque sans référencement gratuit des titres, pas de Google Actualités. De son côté, Philippe Martini, sénateur UMP, se déclare  « assez surpris que cet accord ait été signé comme si c'était un traité international, et au niveau du Président de la République. Surtout quand Eric Schmidt vient expliquer à l'Elysée ce qu'il fait pour le peuple français.(…). C'est quand même le même qui n'a cessé de revendiquer un modèle juridique et fiscal dont le principal effet est de diriger la quasi-totalité des produits de son groupe vers un paradis fiscal." (4)

Que recouvre réellement le volet commercial de l’accord dont personne ne parle ? 
Nathalie Collin indique que le volet commercial permettra aux titres qui le souhaitent « de commercialiser leurs inventaires publicitaires via Google. » Marc Schwartz ajoute que « cette partie est couverte par le secret des affaires puisque contrat privé, et est confidentielle (5).
Il s’agit d’un montant ridicule au regard des gains de Google et par rapport à ce qui a déjà été investi : 60 millions sur 3 ans, et après ? 60 millions au regard des 50 milliards de dollars de CA de Google et un bénéfice net de 10 milliards annoncé par la firme en 2012, cela paraît indiscutablement une bonne affaire pour le géant.  A titre de comparaison, le fond d’aide au développement des services de presse en ligne, le SPEL, créé en 2009, a dépensé près de 43, 5 millions d’euros en 3 ans. Le fond Google de 60 millions d’euros sera « géré par une gouvernance ouverte, avec un conseil d’administration composé de personnalités indépendantes. Ces membres du conseil sélectionneront ensuite divers projets présentés par la presse magazine ou quotidienne. Avec un critère principal : ces dossiers devront viser à faciliter la transition vers le numérique. » (6) On sait d’ores et déjà que Nathalie Collin fera partie des 9 administrateurs ainsi qu’un représentant de Google et la présidence a été proposée à Marc Schwartz.

Un tour de passe-passe pour éviter un redressement fiscal, avec la complicité de l’IPG ?
Pour la France, outre la question de l’éventuelle redevance, il est question de redressement fiscal pour un montant avoisinant le milliard d’euros. En effet, le chiffre d’affaires annuel français du moteur de recherche est estimé entre 800 millions et 1,5 milliard d’euros, avec un bénéfice opérationnel annuel de l’ordre de 200 à 350 millions d’euros. Pour l’année 2010, selon lexpress.fr Google France n’aurait déclaré que 68,7 millions d’euros. (7) Pour Olivier Tesquet de Telerama,(8) l’IPG « a transmis au gouvernement une proposition de projet de Loi visant à créer un système de droits voisins sur l’indexation des contenus. La terminologie est subtile : en réclamant une réforme du droit d’auteur, les éditeurs de presse essaient d’éviter une taxation fiscale qui ramènerait l’argent dans les poches de l’Etat plutôt que dans les leurs. »
Là encore, Nathalie Collin s'inscrit en faux. "Nous ne disons pas que c'est parfait, mais que c'est un accord qui n'est jamais arrivé avant. Par rapport aux relations avec Google, c'est un changement de prisme. Jamais Google n'avait fait un chèque pour aider les producteurs de contenus à se moderniser. C'est donc bien une reconnaissance des contenus." (9)
Le risque : que les concessions faites par Google agissent comme un "siège parisien" bis, éteignant la combativité du gouvernement face à l'optimisation fiscale largement pratiquée par Google. Reste qu'a priori, le contentieux entre le fisc français et le géant est toujours en cours, et porterait sur un montant de 1,7 milliard d'euros.(10)

Pourquoi accepter un accord qui exclut toute une partie de la presse française, au mépris du principe d’égalité des éditeurs ?
Quid de la presse spécialisée et professionnelle, qui est également indexée par Google, à l’instar de la presse d’information politique et générale. Doit-elle monter au créneauseule puisquel’IPG n’a négocié que pour son périmètre ? Amputée de toute une partie de la presse française, quelle sera sa marge de manœuvre ? Le risque de se voir déréférencé est lui bien réel, puisque Google a utilisé cette arme pour faire plier la presse belge en décembre 2012. Le montant de l’indemnisation négociée au terme d’un bras de fer n’a jamais été révélé.
Le Groupement des éditeurs de contenus et de services en ligne (Geste)souligne l’avancée de cet accord mais regrette qu’il « ne vaille que pour trois ans et ne consacre pas le principe d’une rémunération des sites au titre de l'indexation de leurs contenus par Google, alors que les négociations concernaient la répartition de la valeur sur le Web ». A ces critiques, Nathalie Collin, patronne du Nouvel Observateur et présidente de l’IPG, a répondu que cet accord était préférable à une confrontation. « Une guerre contre Google aurait forcément duré plusieurs années, et n'aurait été au bénéfice ni de Google, ni des éditeurs de presse, ni des internautes, qui auraient pu être éventuellement privés de contenus. »(11)

Une réaction internationale très critique
Pour Gérard Bessaye (12), «  la France s’est couchée.(…) Il faudra (aux éditeurs français)(…) plusieurs jours pour comprendre que la France n’a rien gagné ; Hollande en personne est intervenu dans l’accord avec Google et pour une somme symbolique de 60 millions.(…)Vu des Etats Unis cet accord est ridicule » (13)  Pour la Stampa italienne, l’accord est une « défaite culturelle (…) une débâcle, comme à Waterloo ». Gianni Riota titre « La France a vendu son avenir ». En Allemagne, les éditeurs refusent de signer un accord de ce type. « L'inconvénient, c'est que cela  ne s'applique qu'à un seul agrégateur, et prive les éditeurs français d'alternatives pour se défendre contre d'autres agrégateurs,  actuellement et à l'avenir ».(…) « En signant cet accord, les éditeurs français se privent de la possibilité d'obtenir un recours juridique contre les organisations qui regroupent leurs contenus sans leur consentement. Les autres agrégateurs sont peu susceptibles d'être menacés d'une similaire «taxe au lien »  par le gouvernement français, ce qui fait que le seul espoir des éditeurs réside dans la négociation. »
La « Lex Google » est un projet de Loi soutenu par les éditeurs de journaux et de presse magazine, qui permettrait aux éditeurs de taxer les moteurs de recherche pour la reproduction de courts extraits d’article de presse, qui doit être examinée par le Bundestag.Yahoo, Facebook et des startups numériques locales, suivent Google et rejettent cette proposition. Pour les éditeurs allemands, cette loi est indispensable « pour protéger les droits des éditeurs et fournir une base juridique pour interdire les utilisations indésirables et autoriser les usages souhaités de leur contenu. »
Google a commenté par mail le projet de loi en indiquant« qu'un droit voisin au copyright mettrait en danger l'un des principes fondamentaux d'Internet, à savoir la possibilité de partager et rechercher des informations par le biais de liens. La loi ferait en sorte que les utilisateurs ne trouvent pas toujours ce qu'ils recherchent. Ce serait néfaste pour l'emploi et la croissance en Allemagne alors que près de la moitié de l'économie allemande dépend déjà du Net » (14).
«Au niveau suisse, nous œuvrons pour un changement de la loi sur le droit d’auteur, via un groupe de travail (AGUR12), qui doit rendre un premier rapport en novembre. Cela prendra du temps, mais c’est la seule issue possible», affirme le représentant de Médias suisses. (15)
Le conseil européen des éditeurs de presse (EPC) demande à la société de MoutainView un accord similaire avec la presse européenne. Un de ses responsables expliquait à un reporter de Reuters qu’il fallait trouver une solution à l’utilisation des liens Google « sans l'autorisation des détenteurs des droits ou sans paiement en retour. »(…) dans une conjoncture très difficile pour la profession. La bataille se jouera-t-elle finalement à Bruxelles, où seuls les Allemands et les Suisses semblent être déterminés à ne pas brader leurs droits d’auteur ? Si Google a mis six lobbyistes pour la France, combien sont-ils à Bruxelles pour défendre les intérêts du géant américain ?

L’accord signé serait-il la partie émergée d’un accord global non communicable, ce qui pourrait expliquer le passage à l’Elysée d’Eric Schmitt ?  

Hasard du calendrier, ou pas. La signature de cet accord a suivi le règlement de la bataille sanglante entre Free et Google au cours de laquelle le fournisseur d’accès français avait bloqué les publicités de Google, et ce afin de pousser le géant à négocier. L’affaire a fait grand bruit dans l’hexagone et outre atlantique ou les Américains ont jugé les demandes du français recevables. Les deux parties sont parvenues à un accord privé s’entend. L’accord de 60 millions signé quelques semaines après alors que la situation avec les éditeurs paraissait sans issue est peut-être une petite partie d’un accord plus global.
 
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1. L’association IPG (information politique et générale) a été créée le 16 mai 2012. Elle a « pour vocation, (aux côtés des syndicats professionnels)  de participer à la concertation indispensable avec le nouveau gouvernement et l’ensemble des pouvoirs publics, pour avancer sur chacune des questions essentielles pour l’avenir de la presse nationale d’information politique et générale, dans un souci d’équilibre avec l’ensemble de la filière de la presse. L’un des enjeux les plus immédiats est de renforcer les conditions de la viabilité économique de la presse, dans un contexte où sa participation à l’intérêt général de notre société démocratique est essentielle, et s’accroît grâce au développement de son audience, notamment numérique ».(…) « Parmi les autres buts de l’association, la redistribution de la valeur dans l’économie numérique, la promotion des projets ambitieux de développement d’accès aux contenus de la presse dans le cadre d’accords équilibrés avec les grands acteurs technologiques (Apple, Google, FAI, télévisions connectées…). Autre sujet d’importance, celui des dispositifs d’aides à la presse, qui pour l’IPG doivent faire « l’objet d’une réflexion prospective avec les pouvoirs publics et les syndicats professionnels ». L’humanité.fr Claude Baudry 18/05/2012

2. Co présidente du directoire du groupe le Nouvel Observateur

3. Fédération des Agences de Presse, propos recueillis par Gibert Kallenborn pour 01net.com le 07/02/2013

4. Propos rapportés dans ZD Net par Antoine Duvauchelle 06/02/2012

5. Propos recueillis par Henri Jamal pour BFM Business le 06/02/2013

6. Pierre Fontaine 01net.com du 01/02/2013

7. Daniel Dussaussaye Presse Edition 06/02/2013

8. Article Telerama.fr du 21/09/2012

9. Antoine DuvauchelleZDnet 06/02/2013

10. ZDnet, Antoine Duvauchelle 06/02/2013

11. 01net.com,Pascal Samama 08/02/2013

12. Ingénieur expert consultant international, Président de l’institut prospective transport, ancien président du groupe transport du plan (ministère du plan), gbessay.unblog.fr 2013

13. Propos rapportés par Pascal Samama 01net.com du 04/02/2013

14. lemondeinformatique.fr Véronique Arène IDG NS 05/02/2013

15. Letemps.ch,AnouchSeydtaghia 07/02/2013

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Création d’un observatoire des industries stratégiques européennes (OISE) http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/creation-observatoire-industries-strategiques-europeennes-oise-4910?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/creation-observatoire-industries-strategiques-europeennes-oise-4910#comments Thu, 14 Feb 2013 15:23:02 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4910 En août 2012, l’OISE lance un nouveau site très discret (sans coordonnées ni contacts) consacré aux industries stratégiques européennes. Cet observatoire est adossé à une association du même nom, créée en 2005, par Franck-Emmanuel Caillaud (actuellement directeur général Analyses Stratégiques et Formations chez Risk&Co), Michael Hellerforth (Head of Competitive Intelligence, Janus Consulting GmbH) et Aude […]

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OISEEn août 2012, l’OISE lance un nouveau site très discret (sans coordonnées ni contacts) consacré aux industries stratégiques européennes.
Cet observatoire est adossé à une association du même nom, créée en 2005, par Franck-Emmanuel Caillaud (actuellement directeur général Analyses Stratégiques et Formations chez Risk&Co), Michael Hellerforth (Head of Competitive Intelligence, Janus Consulting GmbH) et Aude Vathère (aujourd’hui rédactrice au Centre de Crise du ministère des Affaires étrangères).

L’association a pour but de :

  • constituer un réseau de correspondants de plusieurs nationalités, regroupant de jeunes professionnels concernés par les questions à caractère international, qu'elles relèvent de la défense et de la sécurité ou des dimensions industrielles, financières et technologiques ;
  • faire progresser le débat européen sur ces thèmes, en fonction de la nécessité pour l'Europe et les Nations qui la composent de progresser dans la meilleure gestion de ses outils industriels d'importance stratégique, que ce soit du fait de leurs implications diplomatique et militaire, qu'économique, financière, technologique et sociale ;
  • produire des analyses, études, mises en perspective proposées aux cadres politiques, administratifs et économiques concernés ;
  • organiser des forums et débats à destination des professionnels ou du grand public.
 

S’il convient de saluer cette initiative destinée à promouvoir le débat sur les industries stratégiques en Europe, aujourd’hui très dépendantes de la politique européenne de la concurrence, il est dommage que les auteurs aient omis de s’identifier. Pour crédibiliser une telle entreprise, mieux vaut le faire en toute transparence.

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L’influence de Dagong sur la zone Euro http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/influence-dagong-sur-zone-euro-4862?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/influence-dagong-sur-zone-euro-4862#comments Mon, 17 Dec 2012 07:21:45 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4862 « Je pense que les agences internationales de notation devraient garantir la sécurité du système financier mondial » tels sont les mots du président, Guan Jianzhong, de l’agence de notation chinoise Dagong dans un contexte de crise financière globalisée. Les agences de notation sont des organismes indépendants spécialisés dans l’étude du risque de défaut. Les plus reconnues […]

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« Je pense que les agences internationales de notation devraient garantir la sécurité du système financier mondial » tels sont les mots du président, Guan Jianzhong, de l’agence de notation chinoise Dagong dans un contexte de crise financière globalisée. Les agences de notation sont des organismes indépendants spécialisés dans l’étude du risque de défaut. Les plus reconnues sont Fitch, Moody’s et Standard and Poor’s, agences de notation anglo-saxonnes, qui représentent à elles seules plus de 97% de la notation financière. Cet oligopole s’appuie sur une réputation bâtie depuis plus de 100 ans. L’agence Dagong, quant à elle, s’est développée dès 1994 sous l’impulsion de sept institutions étatiques chinoises (1). Son président, Guan Jianzhong, possède 60% des capitaux de l’agence, les 40% restants appartiendraient à l’un des fondateurs dont ne connaît pas l’identité. Guan Jianzhong a reçu, en janvier 2012, le prix du « Shangai leader talent ». Aujourd’hui l’agence compte 1 000 salariés répartis dans 34 succursales éparpillées sur le sol chinois. L’émergence d’une agence notation au sein du pays premier créancier de la planète change les codes d’une industrie jusqu’ici peu diversifiée. Selon le directeur de l’agence, nous sommes dans « une situation où les pays endettés dominent le système de notation et fournissent des informations qui leur sont favorables entraînant ainsi l’effondrement du rapport créancier/débiteur » (2).

En effet, contrairement aux pays occidentaux, la Chine n’a pas subi directement les conséquences de la crise financière et économique qui a éclaté en 2007. Elle avait déjà accumulé jusque-là une richesse sans précédent, la plaçant en seconde puissance économique mondiale. En 2011, l’excédent commercial s’élevait à 155,14 milliards de dollars. Ce surplus de richesse lui a permis d’investir dans d’autres pays  tels que les Etats-Unis. Ainsi la Chine détiendrait 8% de la dette américaine. Pour le président de l’agence Dagong, les agences Moody’s, Fitch et Standard & Poors continuent d’attribuer la note maximale aux Etats-Unis alors que, toujours selon lui, la capacité de ce dernier à rembourser sa dette est de plus en plus faible. On note bien de la part de Guan Jianzhong une certaine amertume à l’égard des agences de notations anglo-saxonnes et du principal rival de la Chine, le pays de l’oncle Sam. De surcroit, toujours selon le président de Dagong, il existe des différences de traitement entre la crise aux Etats-Unis et la crise en Europe (3). 

  • Une agence de notation avec une nouvelle vision du monde

Au-delà du cas particulier des Etats-Unis, le directeur de l’agence de notation chinoise reproche aux Big Three (4) de se focaliser essentiellement sur des critères politiques qu’elle qualifie même d’idéologiques tels que le degré d’ouverture à l’étranger ou encore le régime politique. Clément Lacombe, journaliste économique au Monde, explique qu’ « en Russie dans la fin des années 1990, il y a eu des débats entre les agences de notation au sujet de la notation au sujet du groupe pétrolier Ioukos qui était le grand groupe pétrolier de l’époque et qui présentait des résultats absolument fabuleux, une dette très faible etc…seulement il était en Russie, et à tout moment l’Etat peut décider de nationaliser les entreprises, il y avait donc un risque politique derrière » (5). On peut donc se demander si cette même société aurait obtenu la même note avec l’agence Dagong. A cela, nous pouvons ajouter que Dagong se distingue de ses concurrents par ses notations souvent moins bonnes que les anglo-saxonnes à l’égard des Etats-Unis et des pays de l’Union Européenne. Par exemple, la France obtient avec Dagong « A+ » alors que S&P lui attribue un « AA+ » sachant que les deux agences utilisent une grille de notation similaire. En outre, si l’on se focalise sur les méthodologies employées, Dagong cherche à se différencier de ses principaux concurrents par l’emploi beaucoup plus marqué de critères quantitatifs et particulièrement ceux  concernant  la création de valeur des économies. Dagong revendique une philosophie qui intègre le « potentiel de croissance des pays » (6). C’est pourquoi les économies émergentes, en forte croissance, obtiennent des notes supérieures aux européennes, en stagnation.

Dagong est l’unique agence de notation à disposer de capitaux 100% chinois. C’est également la seule agence non-occidentale à avoir émergé sur le marché de la notation. Malgré une volonté clairement affichée d’expansion de Dagong, cette dernière est entravée par de nombreux obstacles. L’agenceest suspectée d’entretenir des relations avec l’Etat chinois depuis sa fondation alors que son directeur prétend diriger un organisme privé et indépendant. Plusieurs arguments viennent appuyer cette thèse : Dagong a été fondée par des institutions étatiques et détient des partenariats avec la Banque populaire de Chine (7) et Xinhua, l’agence de presse chinoise très proche du pouvoir. Cette suspicion de lien tissé avec l’Etat chinois l’empêcha d’obtenir, en septembre 2010, l’accréditation de la Security and Exchange Commission (SEC), l’organe de contrôle et de régulation des marchés financiers américains. Ce refus de la SEC découle du fait que l’agence chinoise ne se conforme pas aux exigences des lois fédérales en terme de tenue de dossiers, de production et de contrôle. Or une agence qui ne dispose pas du statut Nationally Recognized Statistical Rating Organization (NRSRO), aura beaucoup  plus de difficultés à se développer au niveau international puisqu’elle ne sera pas prise aux sérieux par les investisseurs internationaux.

  • L’ambition de Dagong

Selon son président, Dagong a la « volonté de devenir une agence mondialement respectée et reconnue par le marché lui-même »(8). D’une part, dans un contexte de crise économique, la Chine semble encline à investir de plus en plus dans l’Union Européenne (UE) puisque celle-ci est la première terre d’exportation chinoise. Une diminution de la consommation européenne pourrait entraver inéluctablement sa production et donc son économie. D’autre part, il semble également pertinent de remarquer que nous sommes dans une période où l’endettement est devenu une quasi-norme dans notre société, surtout au sein de la zone euro. La notation financière représente un enjeu essentiel tant pour les Etats que les pour entreprises. Cette dernière peut avoir une influence sur la capacité d’emprunt, les dépenses, les recettes ainsi que le rayonnement à l’étranger de l’Etat ou de l’entreprise en question. Elle a donc un rôle non-négligeable. Ainsi, si la Chine a pour ambition d’investir en Europe par le biais des dettes, ce qu’elle fait d’ores et déjà, ce choix semble balancer en la faveur de Dagong. En faisant le choix stratégique d’investir en Europe, le gouvernement chinois préservera ses exportations, et permettra à l’agence Dagong de bénéficier d’une plus grande aura dans le périmètre de la zone euro voire même de l’UE. Ainsi, la vision du monde par Dagong aura peut-être plus d’impact que les Big Three, qui elles de plus, n’ont pas su prédire la crise des subprimes. Par ailleurs, pour remédier à une présence peu marquée d’analystes en Europe, l’agence de notation chinoise a la volonté de s’implanter physiquement sur cette zone qui reste dominée par Moody’s, Ficth et Standard & Poors.

Le 23 Octobre 2012, Dagong annonce sa fusion avec l’agence de notation russe, Rusratin, et l’agence américaine, Egan Jones, introduisant ainsi officiellement une véritable stratégie d’internationalisation. Rusrating a été créée en 2001 et Egan Jones en 1995. Cette dernière fut spécialement conçue pour minimiser les possibilités de conflits d’intérêts dans la notation de crédit comme le souligne le New York Times. De plus, à la  différence de Dagong, Egan Jones est reconnu par le « label » NRSRO qui la place comme l’unique agence de notation a être soutenu exclusivement par les investisseurs, à la différence des Big Three. Au nom d’Universal Credit Rating Group, l’agence, qui aura son siège établi à Hong Kong, a pour objectif de promouvoir un système international de supervision de la notation de crédits qui diffusera à travers le monde des notes impartiales (9). L’ambition d’Universal Credit Rating Group est d’établir de nouveaux critères internationaux de notation financière à la fois d’une manière innovante, technicienne, désintéressées et objectives. La création d’une nouvelle agence atténuera les suspicions de manque d’objectivité de Dagong. Reste à savoir si les notes, qui seront attribuées, seront le fruit d’un compromis ou pas. Dans tous les cas, une chose est sûre, Universal Credit Rating Group aura, elle, sa propre vision du monde.

Manon Vermenouze

 

1. la Société chinoise de banque et de finance, l’Académie des sciences sociales de Chine, le Comité scientifique et technologique de l’aéronautique et de l’astronautique chinoises, le Centre de recherche sur le développement du Conseil d’État, l’Association des entreprises chinoises, l’Association de management des entreprises chinoises et l’Université de commerce international.

2. GRACIET Catherine, « Interview de Guan Jianzhong, PDG de l’agence chinoise de notation Dagong », L’actuariel, magazine professionnel de l’actuariat, 26 octobre 2011,http://www.les-crises.fr/interview-guan-jianzhong/, [consulté le 20 octobre 2012].

3. CHINE PLUS : la revue de presse, Dette : la vision de la Chine, 30 avril 2012, interview, 3 min 30, http://www.chine-plus.com/videos/2012/0430/74.shtml [consulté le 20 octobre 2012].

4. Expression désignant Fitch, Moody’s et Standard & Poor’s.

5. Entretien avec Clément Lacombe,  Le Monde, Mars 2012.

6. GRESILLON Gabriel, « Le chinois Dagong veut jouer dans la cour des grands », Les Echos, 23 octobre 2012, HTML, [consulté le 23 octobre 2012].

7. La Banque populaire de Chine est la banque centrale de la République Populaire de Chine.

8. GRACIET Catherine, « Interview de Guan Jianzhong, PDG de l’agence chinoise de notation Dagong », L’actuariel, magazine professionnel de l’actuariat, 26 octobre 2011,http://www.les-crises.fr/interview-guan-jianzhong/, [consulté le 20 octobre 2012].

9. Rusrating, Establishment of a Multilateral, Independent, International Credit Rating Agency by Three Sponsors from China, USA and Russia, 24 octobre 2012, Company news.

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La stratégie européenne de Lisbonne avait mis en exergue l’importance de la santé vis à vis de l’économie et le troisième programme d’action de l’Union Européenne dans ce domaine (2014-2020) a renforcé le lien entre croissance économique et la bonne santé de la population (1). Bien que cette volonté soit affichée, l’UE a-t-elle réellement mis en place l’organisation nécessaire, d’une part, à la création d’un secteur de la santé cohérent et homogène et, d’autre part, susceptible d’apporter la puissance souhaitée par ses représentants ? L’objectif est-il atteint en terme de stratégie de puissance ?

Le secteur de la santé est reconnu comme stratégique par nature
Le secteur de la santé a un aspect polymorphe car la santé réfère à des concepts tant éthiques, moraux (la vie et la mort) qu’économiques. Elle « a un coût » mais « n’a pas de prix ! ». De fait, la santé a trait au particulier (car touchant à la vie et à l’état de bien-être) mais, en même temps, elle définit les contours d’une économie qui représente une part importante du PIB (entre 10 et 15% en Europe). L’OMS (2) définit d’ailleurs, en 1946, la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité », élargissant ainsi son champ d’application.
Au travers de l’histoire, la santé a été une préoccupation politique essentielle des sociétés pour diverses raisons :
• Limiter voire éviter la propagation des maladies et des épidémies et d’amoindrir les capacités de survie du territoire (cf. Grande Peste de l’an 1348) ;
• Augmenter la connaissance sur l’être humain afin d’augmenter la durée de vie (retenue comme 1er critère d’évaluation de la performance et théorie de la transition démographique) ;
• Garantir que les hommes de guerre soient en état de combattre contre les ennemis ;
Augmenter les capacités des travailleurs : travailler plus, plus longtemps (cf. Rapport de Villermé en 1841 et création du code du travail) ;
• Améliorer la santé par des actions sur les conditions de vie pour augmenter les facteurs de puissance économique de prospérité et de compétitivité (actions d’hygiène, d’aménagement des logements, de constructions environnementales, …) ;
• Diminuer la souffrance, devenue insupportable pour nos sociétés notamment, en fin de vie et rendre acceptable les impacts sociétaux d’un point de vue social (cf. acceptabilité du risque et principe de précaution) ;
• Gérer les dépenses de santé appelées à croître compte tenu des progrès techniques, du vieillissement de la population et de l’incidence de nouvelles pathologies.
En ce sens, « la santé » est un domaine stratégique en soi parce qu’il touche à la fois les conditions de survie de la population vis à vis des menaces potentielles qu’elles soient d’ordre naturel, guerrier ou économique. Cela justifie intrinsèquement que les Etats placent le secteur sous surveillance et doivent définir des politiques qui permettent d’atteindre des objectifs concrets répondant à leur volonté. C’est un élément essentiel de la protection sociale.

L’économie de la santé est complexe et la régulation du système de santé est diversifiée dans les Etats membres : « Vite, une harmonisation s’impose ! »
Ce qui pose problème, c’est l’évaluation de l’état de santé de la population et les modes d’action pour atteindre les objectifs. En effet, de nombreuses spécificités apparaissent dès lors qu’on tente de réaliser une approche économique et sociale du secteuri car sont impliqués les patients, le corps médical et les organismes de soins, les industries pharmaceutiques (médicaments et méthodes de soins), les industries chimiques (molécules de base), le marché de l’assurance (assurance maladie) et plus récemment, l’industrie alimentaire car les modes de vie modernes ont un impact sur la santé.
Le marché s’avère complexe car la relation offre/demande se fait à des niveaux sociologiques différents. Il est instable dans la demande, biaisé dans l’offre et l’information est asymétrique entre offreurs de soins et patients, entre assurés et assureurs. L’Etat a une action d’ingérence incontournable dans le fonctionnement économique du secteur. Il doit fixer le cap acceptable par tous, rôle que ne prend pas l’UE actuellement !
Les dispositifs de contrôle sur la fiabilité des produits mis sur le marché s’avèrent incapables de garantir l’efficience des soins apportés et l’intégrité des contrôleurs est remise en doute dans le cadre d’affaires de conflit d’intérêt avec les industries productrices des produits de santé (pharmaceutiques et chimiques).

Le secteur de la santé n’existe pas en tant que tel dans l’Union Européenne
L’UE a repris les valeurs de justice sociale, d’équité, d’universalité, de solidarité propres aux politiques de santé des états membres qu’ils soient adeptes des théories beveridgiennes ou bismarckiennesii. Elle a fortement affichée sa volonté de promouvoir les actions politiques sur la santé, instituant un droit européen à la santé pour ses concitoyensiii. Cependant, la santé n’est pas au premier rang des politiques publiques les plus intégrées dans l’UE et la compétence supranationale est extrêmement réduite.
L’UE a focalisée son action sur les maladies épidémiques (SIDA, SRAS, H1N1,…) laissant aux Etats membres le soin de gérer leur propre politique de santé sur le fondement du principe de subsidiarité. Seules certaines dispositionsiv permettent de déroger aux règles régissant le marché commun en matière de libre circulation des marchandises, de libres prestations de services ou de liberté d’établissement.
Elle affiche la volonté de la « réalisation d’un niveau élevé de protection de la santé ». Pour ce faire, certaines dispositions ont été créées :
Mise en œuvre des directives d’évaluation de la mise sur le marché des médicaments (EES (3))
Mise en œuvre de la directive REACHv qui inverse la responsabilité de la preuve sur le fabricant: Ce sont d’excellentes barrières à l’entrée qui devraient protéger les producteurs européens mais qui alourdissent les charges de recherche et de mise sur le marché propres à limiter leurs capacités d’exportation et d’incitation à innovervi ; faiblesse des organismes européens au regard des lois américaines ou chinoises.
Coordination entre les 27 pays de l’UE de la gestion des assurances maladies par la mise en circulation des cartes d’assurés sociaux qui favorisent la mobilité des patients dans le but de limiter les dépenses de soins : dispositif encore fragile.
Promotion de la recherche scientifique et médicale dans le cadre du 7ème plan sur la recherche…
L’attitude défensive de l’UE s’est caractérisée dans le domaine médical par la mise en œuvre d’une action d’évaluation de la pandémie de grippe aviaire ou d’une attaque terroriste biochimique. La démonstration a été faite à cette occasion de la dépendance vitale aux laboratoires préparant les vaccins et au manque d’autonomie de l’organisation des secours et des systèmes d’informations, essentiellement lié au peu de réactivité du tissu industriel (PME) et des services de soins. Le constat est fait. Où en est l’action préventive ?

Les industries stratégiques du secteur sont menacées par les pays émergents des BRICs
Il ne fait aucun doute que le secteur de la santé est un secteur stratégique car il fait l’objet d’offensives concurrentielles. Le secteur comprend en son seing des entreprises pharmaceutiquesvii employant à elles seules directement 640000 personnes et sans doute 3 à 4 fois plus en indirect. L’innovation y est un critère préférentiel de stratégie des entreprises (27 000 million d’€ investis en 2010) qui possèdent encore une avance probablement issue de la culture historique du secteur. La France, l’Allemagne et la Grande Bretagne ont, en effet, été des contributeurs insatiables pendant plus de 2 siècles et demi, fondés sur « une saine concurrence ».
Mais résisteront-elles à la pression croissante des attaques des entreprises des BRICs (marché en croissance de 20% en 2010 à comparer au 1.8% des entreprises européennes). Les USA, quant à eux, occupent 42,3% du marché des ventes de produits pharmaceutiques contre 22% en Europe.
L’industrie agroalimentaireviii européenne, confrontée au difficile problème de l’obésité et des maladies cardio-vasculaires, s’est positionnée dans le sens de la prévention primaire qui a eu des répercussions positives partout dans le monde. Une stratégie d’influence qui pourrait montrer la voie !
Mais la construction européenne saura-t-elle accepter cette démarche ? Les atermoiements de l’UE à mettre en place des règles harmonisées pour tous et plus souples pour les entreprises auront-ils raison des guerres que livrent les USA et la Chine pour prendre possession du secteur et en assurer la domination ? Aujourd’hui, la volonté affichée ne suffit pas pour définir une stratégie de puissance et des décisions doivent encore être prises en terme de responsabilisation des acteurs. L’efficience des soins et la gestion collective des dépenses doivent être vues dans le cadre de l’intérêt collectif et non individuel de chacun des acteurs. Réorienter le secteur vers la prévention primaire pourrait être un atout gagnant.

Marie-Christine MICHEL
 

BIBLIOGRAPHIE
i Sandrine CHAMBARETAUD (Commissaire Général au Plan) et Laurence HARTMANN, Revue de l’OFCE, octobre 2004, « Economie de la santé : Avancée Théoriques et opérationnelles »
ii ESPING-ANDERSEN,G.1998 »The three worlds of welfare capitalism.repr.Princeton, N.J. : Princeton University Press
iii Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne (2000/C364/01), JOCE du 18.12.2000, notamment son article 35
iv Thomas Kostera (2009) « La santé : nouvelle frontière de l’intégration européenne », Emulations url : http://www.revue-emulations.net/archives/h-6—regardds-sur-notre-europe-1/Kostera Editeur : Emulations – Revue des jeunes chercheurs en sciences sociales
v Olivier FUCHS, « REACH : a new paradigm for the management of chemical risks », compte rendu de discussion fermé de l’IFRI, Health ans environment report, n°4, déc 2009
vi Institut Economique MOLINARI : « risques et obstacles réglementaires pour les entreprises innovantes en Europe », Cahier de recherche de Valentin PETKANCHIN, Bruxelles, 2008
vii The pharmaceutical Industry in figures, EFPIA, European Federation of Pharmaceutical Industries and Associations, Key data, 2011 update.
viii ALLAL, DAUPHIN, DEVOS, DJOUMA, MONTEIRO, « La compétition mondiale dans l’industrie agro-alimentaire », Intelligence Economique, ESSEC
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1 Stratégie EUROPE 2020
2 OMS = Organisation Mondiale de la Santé
3 EES : exigences essentielles de sécurité

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L’Europe et la bataille de l’Arctique http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/europe-et-bataille-de-arctique-4829?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/europe-et-bataille-de-arctique-4829#comments Sat, 17 Nov 2012 07:26:04 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4829 La Bibliothèque nationale de France propose jusqu'en janvier 2013, une exposition intitulée "l'âge d'or des cartes marines – Quand l'Europe découvrait le monde". De quoi réfléchir sinon à son passé, davantage aux nouveaux enjeux maritimes, notamment celui de la région arctique. Les mers recelant 90% des richesses de l'avenir.  Sans aborder la question militaire, L'océan […]

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La Bibliothèque nationale de France propose jusqu'en janvier 2013, une exposition intitulée "l'âge d'or des cartes marines – Quand l'Europe découvrait le monde". De quoi réfléchir sinon à son passé, davantage aux nouveaux enjeux maritimes, notamment celui de la région arctique. Les mers recelant 90% des richesses de l'avenir. 
Sans aborder la question militaire, L'océan arctique, concentre la question de la nécessaire fluidité (concept opposé à l'espace solide), corollaire de la mondialisation. Elle est pour certains l'expression  d'une affirmation de puissance (la Russie par exemple) et pour d'autres une affirmation de présence et d'influence (la Chine). Thierry Garcin, directeur de séminaire au collège interarmées de défense délimite ce périmètre par le 66eme degré Nord. 
Réchauffement de la planète, rôle éminent des ressources naturelles (pétrole, gaz, terres rares), questions environnementales, litiges sur les délimitations maritimes, mouvements indépendantistes, importance de la région pour la mise en place d'un bouclier antimissile américain, font de cette région un espace géopolitique, géostratégique et géoéconomique. Ici se jouent la coopération par le respect du droit et la coopération internationale mais aussi des rivalités. Rivalités sur la plan juridique avec les possibles routes (Nord Est -Russie ou Nord Ouest – Canada) à emprunter; rivalités quant à la compétition pour les matières premières et ressources halieutiques; Et enfin la question du droit donné aux populations autochtones (Groenland) par le biais de l'autonomie renforcée et qui pourrait être une porte ouverte pour les revendications identitaires. 

Qui en sont les acteurs? 5 pays riverains sont concernés : La Russie, les Etats-Unis, la Norvège, le Danemark (Représentant le Groenland), le Canada. La déclaration d’Ilulissat rapproche ces pays pour ne pas « subir » un traité international en arctique. Tous siègent au Conseil de l'Arctique comme membres permanents, la France, l'Allemagne, le Royaume uni n'ayant qu'un rôle d'observateur. L'UE, En 2009, la posé sa candidature au statut d'observateur permanent du Conseil. Elle a été rejetée. Parallèlement, la Chine avance ses pions d’années en années arguant que l’arctique est la propriété de l’humanité (mais fait siennes les mers du sud). Le brise-glace chinois Xue Long a traversé en septembre l'océan Arctique en empruntant le passage du nord-est. La  présence de la Chine dans cette zone s’est effectuée à travers des liens avec L’Islande notamment. L’ambassade chinoise est la plus grande de toutes les ambassades implantées à Reykjavík. La Chine est venue au secours des banques islandaises en 2008. La visite du Premier ministre Wen Jiabao en Islande, fin avril, a aboutie à  la signature d'une « coopération dans le secteur énergétique dans l'Arctique ». Selon les analystes, l'intérêt chinois pour l'Arctique est essentiellement d'ordre environnemental, même si les considérations politiques ne sont jamais loin.  L'escale en Islande, elle, est peut-être motivée par des projets de recherche, mais surtout pour porter le drapeau. Bien que n’étant pas un pays riverain, Pékin s'active enfin sur le front diplomatique, en demandant un siège d'observateur permanent au Conseil de l'Arctique, où elle a été rejetée une première fois,  mais qui pourrait aboutir en mai 2013. Encore la stratégie du jeu de go.

Plus logiquement, mais tout aussi discutable, la position russe : Le tournant décisif d’août 2007 avec  une expédition russe à bord de l’Akademik Fedorov visant  à ramener des preuves pour montrer que la formation montagneuse sous-marine connue sous le nom de «dorsale de Lomonossov» dans le Grand Nord est une extension géologique du plateau continental russe. «L’Arctique est à nous et nous devrions montrer notre présence», avait alors déclaré le chef d’expédition. Jusqu’à l’alliance entre BP et Rosneft de ces jours derniers. Cette nouvelle voie du Nord Est (le long des cotes russes) représente un enjeu majeur puisqu’elle raccourcit les distances et qu’elle éloigne la question de la piraterie de l’océan indien. A l’Europe de faire prévaloir cette conception de ce que peuvent être les océans et du contrôle de la communauté internationale contrairement à la volonté des pays riverains, pressés d’en faire une zone économique exclusive, de prolongement du plateau continental. Principe de territorialisation puisqu’il y alors appropriation de la mer pour en faire un espace sécurisé ou un espace de ressources. L’Europe à ici une partie de sa croissance technologique. Le sommet de Rio à très peu évoqué les ZEE et la découverte de gisements pourrait faire accélérer la réflexion a moins que ce temps ne soit consacré à des moratoires. Dépendant largement des énergies fossiles pour son développement, l’Europe a une conscience aiguë des enjeux climatiques. Mais  Comment peut-elle se positionner en garante de la bonne gouvernance environnementale en n’étant même pas membre du Conseil de l'Arctique? Sans projet stratégique, la puissance est inconsistante.

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L’Union européenne meurt-elle de sa vassalité avec les Etats-Unis ? http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/union-europeenne-meurt-elle-de-sa-vassalite-avec-les-etats-unis-4826?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/union-europeenne-meurt-elle-de-sa-vassalite-avec-les-etats-unis-4826#comments Thu, 15 Nov 2012 09:25:27 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4826 Quelques évidences à rappeler L'Union européenne s'enferme dans un système de subventions avec des règles de marchés dont les effets sont très violents. Pendant ce temps de très nombreux Etats ont recours à des fonds souverains pour sécuriser leurs entreprises (surtout pour des marchés stratégiques).  L'Union européenne connait une crise majeure où les populations sont […]

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Quelques évidences à rappeler
L'Union européenne s'enferme dans un système de subventions avec des règles de marchés dont les effets sont très violents. Pendant ce temps de très nombreux Etats ont recours à des fonds souverains pour sécuriser leurs entreprises (surtout pour des marchés stratégiques). 
L'Union européenne connait une crise majeure où les populations sont étranglées par l'augmentation croissante des impôts et une récession grandissante. Est-il judicieux, normal, juste que les européens payent pour le développement des entreprises et économies étrangères ? Peut-on encore justifier les attaques (et souvent destructions) dont sont victimes les entreprises européennes, du fait des subventions, par les fonds d'investissements étrangers (souverains ou non) ? L'Europe peut-elle se permettre de fragiliser encore son tissu économique intérieur en étranglant les citoyens et en abandonnant les entreprises?
À l'heure de cette crise sans précédent, on est droit de s'interroger sur les choix économiques de l'Europe. L'industrie est en chute libre, le commerce extérieur des pays européens est plus que défaillant et le marché de l'emploi périclite dangereusement. L'usage de vingt années de marché commun démontre que le système économique (monnaie unique forte, cadre règlementaire européen de la concurrence, aides d'Etats, …) de l'Union avantage clairement le plus fort, ne laissant aux Etats membres restants d'autre choix que de creuser les déficits afin de maximiser le commerce extérieur du plus performant. Le dumping fiscal et social fausse la concurrence et met en péril toute l'économie européenne.

L’autisme entretenu par le discours libéral exporté des Etats-Unis
Face à des enjeux stratégiques de redéfinition de l'économie, le reste du monde s'arme et recourt massivement à un protectionnisme étatique, parfois à peine déguisé. La sécurisation des industries nationales devient une règle, les attaques de concurrents se font de plus en plus agressives et violentes. Pourtant l'Union européenne s'accroche, comme un naufragé à un morceau de plomb, à une politique économique intérieure suicidaire : le libre-échange extrême associé à une concurrence exacerbée et dangereuse pour les entreprises européennes.
En effet l'investissement et l'obtention de subventions sont régis par une logique de solidarité (sans doute justifiée si elle est réfléchie) entre les territoires. Tout cela implique que si les entreprises de l'ouest n'investissent pas dans les régions de l'est, le concurrent (pouvant être étranger à l'Europe!) obtient les subventions européennes s'il investit dans les pays de l'est de l'Europe, pouvant alors bénéficier de dumpings fiscaux et/ou sociaux. L'investisseur étranger bénéficie alors d'un avantage majeur pour attaquer les marchés intérieurs de ses concurrents de l'Europe de l'ouest sans aucune barrière douanière. Sous couvert de solidarité entre Etats membres, les contribuables de l'ouest financent généreusement les subventions et donc les investissements d'entreprises n'ayant aucun lien avec l'Europe. La Chine peut ainsi bénéficier de subventions européennes lorsqu'elle a investi, avec son fond souverain, en Europe de l'est. Il ne faut surtout pas oublier qu'une subvention n'est autre qu'une aide financière en don réel faites à partir des fonds publics, eux-mêmes entretenus par les contribuables européens. Ce système contre-productif est clairement une pure perte financière.
Il serait temps de profiter de cette crise pour faire évoluer les règles des aides d'Etat et autres carcans afin de permettre la construction de véritables politiques industrielles communes. La création d'un fond souverain européen ne peut-elle pas enfin être envisagée comme une solution pertinente et viable ?

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« Avec un allié économique comme l’Allemagne, nous n’avons plus besoin d’ennemi » http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/avec-un-allie-economique-comme-allemagne-nous-avons-plus-besoin-ennemi-4814?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/avec-un-allie-economique-comme-allemagne-nous-avons-plus-besoin-ennemi-4814#comments Thu, 18 Oct 2012 16:34:16 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4814 Dans un entretien publié, hier, par l'hebdomadaire Marianne, le politologue et démographe Emmanuel Todd décrit avec sa virulence habituelle les enjeux de la crise européenne actuelle. Sans dénoncer Hollande, après 6 mois d'exercice du pouvoir, il affirme : « La France est au bord du gouffre. La vérité d'Hollande, c'est que dans cinq ans il […]

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Dans un entretien publié, hier, par l'hebdomadaire Marianne, le politologue et démographe Emmanuel Todd décrit avec sa virulence habituelle les enjeux de la crise européenne actuelle. Sans dénoncer Hollande, après 6 mois d'exercice du pouvoir, il affirme : « La France est au bord du gouffre. La vérité d'Hollande, c'est que dans cinq ans il sera soit un géant, soit un nain. L'un ou l'autre, pas de destin moyen possible. » Dans ce long entretien, Todd aborde plusieurs sujets et abat les lieux communs de la pensée économique dominante, suivons-le dans ce réquisitoire éclaircissant.

L'échec des politiques de relance, pratiquées aux Etats-Unis et dans quelques pays d'Europe, notamment la France, après 2008. Ces politiques de quantitive easing ou de relance ne peuvent pas fonctionner en économie ouverte, elles n'ont fait qu'augmenter le déficit et la dette des Etats sans relancer la demande interne. Les banques et les prêteurs se sont engraissés. Et seuls la Chine, l'Allemagne et d'autres pays exportateurs qui ont comprimé leur demande nationale, ont bénéficié de cette relance absurde. Stiglitz et Krugman les principaux défenseurs de cette relance sont étrillés par Todd, selon lui, les deux économistes officiels de la gauche libérale décrivent l'insuffisance tendancielle de la demande mondiale mais oublient la conversion de Keynes au protectionnisme. Ainsi ceux qui réclament la relance pour la relance ne sont pas plus crédibles que les partisans de l'austérité aveugle.

L'échec de l'Euro. En accord avec les économistes anglo-saxons, Todd ne croit pas en l'avenir de l'Euro, porteur de dysfonctions et d'aberrations : les taux d'intérêt montent dans les pays faibles alors qu'il y a une surabondance d'épargne. « La déroute de l’industrie française, notre entrée en déficit commercial massif sont le produit de l'Euro, comment penser une politique industrielle si l'activité principale des gouvernements européens est de sauver une monnaie qui ne marche pas. L'euro ne marchera jamais, il faut être lâche, corrompu ou schizophrène pour ne pas l'admettre, la priorité c'est la fin de l'euro. Il y a deux conditions pour que la présidence socialiste ne soit pas un désastre : sortir de l’Euro et déclarer que des secteurs d’avenir technologiques, comme les énergies renouvelables, doivent être protégés comme des biens culturels. »
L'euro, instrument de la prédominance allemande en Europe. Renonçant à ses conceptions protectionnistes européennes permettant de protéger et de rassembler l’Europe, Emmanuel Todd estime que l’Allemagne est le problème de l’Europe : « Tout le monde n'a pas compris que l'euro, qui était censé mettre l'Allemagne en tutelle, est devenu l'instrument de son hégémonique et que l'euro transforme le système européen de nations libres et égales en un monstre hiérarchique. » Todd dénonce un lieu commun : l'Union fait la force, l’Europe serait plus puissante pour se défendre qu'un pays isolé. « C'est faux, la globalisation conduit à l'affrontement entre voisins : quand les allemands mènent une politique de compression salariale, pour abaisser le cout du travail, l'impact est nul sur l'économie chinoise, mais considérable pour ses partenaires de la zone. Quand la Chine manipule le yuan, c'est contre la Thaïlande, l'Indonésie ou le Brésil ses concurrents en main d'œuvre à bas coût. Ce que nous constatons c'est une tendance des émergents à se battre entre eux et des développés à s'exterminer industriellement entre eux. Ce mécanisme a fait de la zone euro un piège, avec l'Allemagne dont l'économie est la plus puissante, en renard dans le poulailler. »
- "L'amitié franco-allemande", l'autre nom de la névrose franco-allemande des classes supérieures françaises. « Dès que l'on commence à parler de l'Allemagne sur un mode pragmatique, en termes de rapports de force, on est accusé d'anti germanisme. On a le droit de critiquer les Anglais, les Grecs, ou les Italiens – nos proches culturels et nos vrais amis. Mais on ne pourrait plus rien dire des Allemands considérant qu'ils pourraient en souffrir compte tenu de leur pénible histoire. En somme l'Allemagne ayant massacré 6 millions de juifs, on ne peut plus la critiquer, elle a été sacralisée par la Shoah. C'est absurde, traitons l'Allemagne comme n'importe quel pays, elle se moque de nous. »
- La stratégie nationale de l'Allemagne contre l'Europe : « elle mène une politique strictement nationale, profite de l'Euro qui nous interdit de dévaluer et de faire baisser notre coût du travail, elle renonce au prix d'un partenariat énergétique avec la Russie à l'énergie nucléaire, en attendant une entente commerciale avec la Chine, le tout sans jamais consulter ses partenaires européens. Avec un allié économique comme l'Allemagne, nous n'avons plus besoin d'ennemi. On peut même se demander si sa stratégie ne consiste pas à faire perdurer l'euro encore cinq ans, en espérant qu'en 2017 il n'y aura plus d'industrie française. » Décrivant les faiblesses démographiques de l'Allemagne, les délocalisations de chaines de production en Europe de l'Est pour éviter une immigration de masse, Todd se demande pour quelles raisons l'Allemagne s'obstine à exiger de ses partenaires une rigueur qui va se retourner contre elle. « S'agit-il d'une priorité donnée à sa domination politique ? Ou de ce manque de souplesse, de ce rapport distant à la réalité qui est le style même de l'histoire allemande. »

En lisant cet entretien, nous retrouvons presque le Bainville des années 20 et 30, un des seuls à avoir estimé à sa juste valeur la menace allemande. Il ne s'agit pas ici de comparer les périodes, mais de préciser qu'il y a des permanences dans l'histoire et qu’il peut exister des ressemblances troublantes. Il y a près de 90 ans, dans un article publié dans l'Action Française le 25 novembre 1926, intitulé Les deux politiques, Bainville écrit : « L’Allemagne est demanderesse, ce qui est une position favorable [affranchissement du traité de Versailles et évacuation de la Ruhr en 1925]. L’Allemagne dispose d’un plan très clair, mené par M. Stresemann avec le maximum de souplesse dont peut disposer un allemand. [Face à cette politique discrète mais efficace], les conceptions du gouvernement français sont confuses et trahissent une certaine faiblesse, il n’est pas difficile de voir ou est la supériorité ni sur quel tableau doivent s’additionner les gains.» En 2012, ces avertissements ne doivent pas être oubliés.

Rémy Berthonneau

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Paru en 2012, « L’impardonnable défaite » n’a pas fait la une des journaux lors de sa parution. Et pourtant, il devrait être un manuel d’instruction civique pour les nouvelles générations. Son auteur, l’historien Claude Quétel, analyse les causes de l’effondrement militaire de la France face à l’Allemagne en mai 1940. Le sentiment que l’on ressent à la lecture de cet ouvrage est plus qu’un malaise, un dégoût lourd de sens.

La fausse victoire de 1945
La France ne devait pas figurer dans le camp des vainqueurs après la chute de l’Allemagne nazie. Ni les Etats-Unis, ni l’URSS ne le souhaitaient. La participation de notre pays à l’occupation de l’Allemagne vaincue fut imposée par Winston Churchill pour éviter la marginalisation de la Grande Bretagne par les deux superpuissances américaine et soviétique, Cette réhabilitation étrangère de notre statut de puissance a faussé le bilan réaliste qui aurait dû être fait sur la France aux lendemains de la seconde guerre mondiale. Le sacrifice des 92 000 soldats morts au combat lors de la campagne de France comme celui des milliers de résistants torturés, fusillés, exterminés durant l’occupation n’efface pas les marques indélébiles laissées par les causes de l’effondrement de juin 40 (sur les 1 800 000 prisonniers français faits par la Wehrmacht, 1 100 000 se son rendus entre les 17 et 25 juin). A la lecture de cet ouvrage, une évidence s’impose aux justifications de tous ordres : la très grande majorité de la France, de ses élites, de son peuple n’a pas su faire face à la menace.
Un mot-clé revient en boucle tout au long de ce réquisitoire historique : l’inertie. La France de Pétain n’a pas sauvé les meubles de l’empire. Elle a au contraire institutionnalisé la pire des solutions, un pacte de collaboration avec ce régime abjecte qu’était l’Allemagne nazie. La voix du général De Gaulle à Londres a masqué progressivement au fil du temps ce triste constat. Mais le passif demeure : l’absence de volonté, le refus de passer à l’offensive lorsque le régime nazi était encore faible militairement, le manque de courage d’un pays devant l’adversité.

Quel rapport avec la situation actuelle ?
L’inertie est la caractéristique des gouvernements qui se succèdent au pouvoir, quelle que soit leur tendance. La France doit se battre, elle n’a pas le choix. Il ne s’agit plus d’une guerre militaire (du moins pour l’instant) mais d’une guerre économique du temps de paix à laquelle s’agrègent des facteurs géopolitiques au Maghreb, en Afrique, au Moyen Orient, en Asie. Mais les élites françaises ont un point commun avec celles des années trente, elles ne veulent pas se battre. Elles voguent de compromis en compromis en croisant les doigts pour que le miracle arrive. Ce miracle s’appelle l’Europe politique. Pour l’instant il fait penser à l’espoir  non abouti d’une Société des Nations bloquant les manigances expansionnistes d’Adolf Hitler. Dans le passé, cette espérance stratégique s’est traduite par l’autodestruction de l’Europe et la disparition de la France comme acteur majeur de la scène internationale. Peut-elle réussir aujourd’hui dans un contexte pacifié à l’abri des totalitarismes ? Rien n’est moins sûr.
Devant la montée des périls de toutes sortes (succession de crises, affaiblissement du potentiel des puissances européennes, fragilisation des systèmes économiques occidentaux), les élites politiques campent sur les mêmes positions défensives. La haute administration est immuable dans son souci de ne surtout pas mettre un doigt dans le moindre engrenage qui l’amène à risquer sa carrière dans les sacrifices inévitables à accomplir pour sauver ce pays. La ligne Maginot est désormais une barrière mentale, plus discrète, moins voyante en termes d’aberration stratégique. La situation est pourtant limpide : les Etats-Unis roulent pour eux-mêmes et ont bien du mal à maintenir leur statut de superpuissance, l’Union européenne est un jeu de construction hasardeux en pleine déconfiture que seul un miracle peut sauver de l’implosion. Quant au reste du monde, il attend son heure en fonction de ses moyens et de ses dépendances multiples et variées.

Quelle est la marge de manœuvre de la France ?
La créativité tant attendue ne viendra certainement pas de l’issue des luttes fratricides intérieures. Les opportunistes de la droite forte comme les adeptes des rentes de situation de l’écologie fossile ou de la recherche du vrai grand soir humaniste, sont les caricatures usées à la corde des turbulences idéologiques qui ont miné la réflexion stratégique entre 1918 et 1945. Les partis traditionnels cultivent la prudence comme le faisaient les politiciens de la Troisième République.
Par réflexe de solidarité collective, on ne peut que leur souhaiter d’avoir la baraka, l’espoir d’un apaisement passager, le temps d’un mandat. Si ce n’est pas le cas, ils seront balayés et finiront dans le ridicule. Le problème est qu’ils n’ont même pas de plan B. Mais cette fois-ci, ils n’auront pas forcément un ersatz de Pétain pour masquer leur incompétence et passer entre les gouttes du jugement de l’histoire. Les peuples ne vont pas se contenter de regarder passer les trains de mesures fiscales ou de rigueur déguisée. Les effets du consumérisme s’estompent, faute de pouvoir d’achat maintenu à flot. Cette évidence-là devrait pourtant être un signal fort. Mais comme dans les années trente, on ne lit pas Mein Kampf, on s’empresse d’oublier que le magazine à fort tirage Match publiait en 1938 un reportage détaillé sur les premiers camps de concentration (oui, une partie de l’opinion publique savait avant même le début de la guerre que tout cela allait très mal tourner).
La politique de l’autruche est le nouvel art de la guerre français (pas celui décrit par le dernier prix Goncourt) : détourner le regard, ne pas se regarder en face, s’imaginer que la situation grecque, espagnole, italienne s’arrêtera à nos frontières comme le nuage de Tchernobyl. Douce France, pauvre France qui donne parfois l’impression fort désagréable de creuser doucement sa tombe en oubliant les leçons refoulées et jamais apprises d’un passé tragique.

 

Christian Harbulot

Références :

Claude Quétel, L’impardonnable défaite, éditions Perrin, collection tempus, 2012.

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Quelle stratégie de puissance de la France dans sa relation avec l’Inde ? http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/quelle-strategie-de-puissance-france-dans-relation-avec-inde-4686?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/quelle-strategie-de-puissance-france-dans-relation-avec-inde-4686#comments Fri, 18 May 2012 07:19:49 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4686 Le monde est entré dans une période de bouleversement d’une durée incertaine, avec un déplacement historique de la dynamique mondiale de l’Europe vers l’AsieLPacifique : nouveau centre de gravité économique mondial (3.5 Milliards d’hommes. 40 du PIB en 2025). L’ensemble des pays d’AsieLPacifique, EtatsLUnis compris, entendent s’inscrire dans la dynamique de croissance chinoise. Toute la […]

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Le monde est entré dans une période de bouleversement d’une durée incertaine, avec un déplacement historique de la dynamique mondiale de l’Europe vers l’AsieLPacifique : nouveau centre de gravité économique mondial (3.5 Milliards d’hommes. 40 du PIB en 2025).
L’ensemble des pays d’AsieLPacifique, EtatsLUnis compris, entendent s’inscrire dans la dynamique de croissance chinoise.
Toute la zone AsieLPacifique se réorganise autour de la montée en puissance de la Chine. Mais c’est dans la rencontre avec les visées des EtatsLUnis en AsieLPacifique que ce dilemme devient plus aigu. En effet, si de nombreux acteurs comme l’Inde partagent l’inquiétude face à l’émergence de la Chine et à la possibilité de son hégémonie dans la région, ils s’inquiètent aussi de l’avenir des relations entre Pékin et Washington. Une rivalité se profile entre les EtatsLUnis, hyperLpuissance d’aujourd’hui et la Chine aspirant au premier rang de demain. Cette situation crée un double paradoxe où chacun des joueurs se sent à la fois fort et vulnérable. Les EtatsLUnis semblent s’appuyer sur l’inquiétude chinoise pour se renforcer.
L’objectif de l’Inde est de maintenir un équilibre entre les grandes puissances pour conserver une marge de manœuvre. La France apparait peu influente dans cette région cruciale pour le futur.

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La dimension stratégique du gaz de Schiste en France http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/dimension-strategique-gaz-de-schiste-en-france-4664?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/dimension-strategique-gaz-de-schiste-en-france-4664#comments Thu, 03 May 2012 07:35:03 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4664 La loi du 13 juillet 2011, pour laquelle l'exploration et l'exploitation des mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux par des forages suivis de fracturation hydraulique de la roche sont interdites sur le territoire national, avait également scellé la création d'une Commission nationale d'orientation, de suivi et d'évaluation des techniques d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures liquides et […]

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La loi du 13 juillet 2011, pour laquelle l'exploration et l'exploitation des mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux par des forages suivis de fracturation hydraulique de la roche sont interdites sur le territoire national, avait également scellé la création d'une Commission nationale d'orientation, de suivi et d'évaluation des techniques d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux. D'autre part, la Ministre de l'écologie, du développement durable des transports et du logement (Nathalie Kosciusko-Morizet) et le ministre de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique (Éric Besson) avaient, par lettre du 4 février 2011, chargé le vice-président du Conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGIET) et le vice-président du Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) de diligenter une mission portant sur les hydrocarbures de roche-mère. Cette mission a remis sont rapport en février 2012 et il a été rendu public le 22 mars 2012.
Le rapport de la mission souligne l'intérêt du gaz et des huiles de schiste pour la France mais préconise toutefois un programme de recherches scientifiques afin de déterminer le potentiel des réserves d'un part et d'évaluer les risques relatifs à l'exploitation de celles-ci. Pour rappel, en avril 2011, des milliers de manifestants s'opposaient à l'exploitation des gaz et huiles de schiste en France. Le débat, ensuite largement politisé, avait conduit à l'adoption d la loi du 13 juillet 2011 citée ci-dessus. En juillet 2011, un rapport sur « L'intérêt du gaz de schiste pour la France – Analyse critique du débat sur le dossier gaz de schiste » avait été réalisé par des étudiants de l'École de Guerre Économique. Ceux-ci soulignaient l'importance des enjeux économiques et stratégiques de l'exploitation des réserves de gaz et huiles de schiste contenues dans le sous-sol français. Aujourd'hui, les conclusions de la mission sur « Les hydrocarbures de roche-mère en France » viennent confirmer les conclusions du rapport des étudiants de l'EGE précité. A titre d'exemple, voici quelques éléments de comparaison entre les deux documents :

Le rapport « Les hydrocarbures de roche-mère en France »
La comparaison avec les formations géologiques analogues exploitées en Amérique du nord laisse à penser que notre pays est parmi les pays les plus prometteurs au niveau européen en huiles dans le bassin parisien (estimation de 100 millions de m3 techniquement exploitables) et en gaz (5000 milliards de m3 techniquement exploitables). Les États-Unis estiment que la France et la Pologne détiennent les deux gisements les plus importants d’Europe. […] à partir de comparaisons avec les formations géologiques analogues exploitées en Amérique du Nord, 100 millions de mètres cube de réserves techniquement exploitables dans le bassin parisien, soit l’un des potentiels les plus prometteurs en Europe. […] Les régions françaises les plus propices à la présence de réserves exploitables de gaz non conventionnel sont situées dans le sud du pays.
L’intérêt que portent à notre pays les grands opérateurs pétroliers et gaziers et les compagnies nord-américaines spécialisées dans l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère, ainsi que les investissements qu’ils se proposent de consentir, attestent de l’ampleur du potentiel. D’un point de vue technique et économique, la probabilité que l’accès à ces gisements permette à notre pays, à un horizon temporel à préciser, de réduire très sensiblement ses importations d’hydrocarbures et de limiter d’autant le déficit de sa balance commerciale n’apparaît pas négligeable. Le Gouvernement avait-il prévenu que l’éventuelle production du gaz et de l’huile de schiste contenus dans le sol national viendrait en substitution des importations pour réduire la facture énergétique. Le centre d’analyse stratégique estime à 3 milliards d’euros le gain de l’opération pour le commerce extérieur national sans prendre en compte les créations d’emplois sur le territoire national.
Il serait dommageable, pour l’économie nationale et pour l’emploi, que notre pays aille jusqu’à s’interdire, sans pour autant préjuger des suites qu’il entend y donner, de disposer d’une évaluation approfondie de la richesse potentielle : accepter de rester dans l’ignorance d’un éventuel potentiel ne serait cohérent ni avec les objectifs de la loi POPE (loi de Programmation fixant les Orientations de la Politique Énergétique), ni avec le principe de précaution. Mais, pour ce faire, il est indispensable de réaliser des travaux de recherche et des tests d’exploration.
L’EFR étant la réouverture des explorations pour mesurer les conséquences sur l’environnement et le potentiel réel du gaz de schiste français, nous proposons de viser la mise en œuvre d’un processus déjà déployé au Canada sur le sujet : Une Evaluation Environnementale Stratégique (E.E.S.), à savoir, « …un processus dont la finalité est de fournir au preneur d’initiative (durant la formulation de la politique) et au décideur (au moment de l’approbation de la politique) une compréhension globale des implications environnementales et sociales de la politique proposée, élargissant la portée des enjeux bien au-delà des déterminants à l’origine de cette nouvelle politique» (Brown et Thérivel 2000).

Un intérêt stratégique majeur qui va relancer le débat
Quoiqu'il en soit, il semble que le rapport officiel de la mission portant sur les hydrocarbures de roche-mère prend en compte la dimension stratégique des gaz et huiles de schiste. Ce rapport va d'ailleurs très loin dans ses propositions puisqu'il notifie dans sa conclusion que « la mission préconise une révision de la fiscalité pétrolière de sorte que les collectivités locales trouvent un intérêt à une exploitation d'hydrocarbure sur leur territoire ».Il s'agit donc bien de mettre en place des outils destinés à attirer les investissements sur les plans de l'exploration et de d'exploitation des hydrocarbures de roche-mère. Un retour en arrière par rapport à la loi du 13 juillet 2011 semble donc s'opérer. La conclusion rapport complémentaire indique d'ailleurs à ce propos que l’irruption brutale et très médiatisée en France de la problématique des gaz de schiste, alors que cela faisait plus de quinze ans qu’on les exploitait aux Etats-Unis, entraînant un bouleversement de leurs équilibres énergétiques, n'a pas permis d’initier au rythme souhaitable un débat technique et démocratique serein. De plus, Un décret du 21 mars 2012  fixe la composition, les missions et les modalités de fonctionnement de la Commission nationale d'orientation, de suivi et d'évaluation des techniques d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux. Celui-ci confirme l’autorisation des techniques de fracturation hydraulique (tant critiquée au printemps 2011) dans le cadre « d’expérimentations scientifiques », le décret confirme une volonté d'avancer sur le dossier.
Au sein de l'Union Européenne, plusieurs États, dont Allemagne et le Royaume-Uni, se sont engagés dans des études pour estimer leurs réserves. La France est par conséquent obligée de s'aligner sur les décisions de ses partenaires européens si elle ne veut pas perdre la course énergétique que constitue les enjeux de l'exploitation des hydrocarbures non-conventionnels. Il en va de la crédibilité de l'État sur la scène internationale. En tout état de cause, il semble que les investisseurs se réorientent vers d'autres zones géographiques. Total, la major, a récemment créé une joint venture avec Chesepeak et EnerVest en vue de l'exploitation du gisement de gaz de schiste d'Utica aux États-Unis ; Total et Shell ont signé des accords dans le cadre de l'exploration et de l'exploitation de gisement de même type en Chine, respectivement avec SINOPEC et CNPC, les deux géants chinois du pétrole,… Aux États-Unis, comme le souligne Philippe Crouzet, PDG de Vallourec, grâce au gaz de schiste, on assiste à la relocaliation de nombreuses industries chimiques et pétrolières : une douzaine de projets significatifs de 4 à 5 milliards de dollars chacun y est actuellement portée par de grands pétrochimistes… Il est dès lors indéniable que l'énergie (dont les sources d'énergies non-conventionnelles) est aujourd'hui un facteur de poids dans la compétitivité entre les États comme en atteste l'exemple des Etats-Unis. La France doit-elle dès lors se passer non seulement d'une ressource énergétique domestique hautement stratégique mais aussi des retombées en termes d'emplois, de développement économique local,… ?
Le rapport officiel de la mission sur « Les hydrocarbures de roche-mère en France »  indique clairement que les enjeux du dossier « gaz et huiles de schiste » sont éminemment stratégiques. Le positionnement de la France sur ce dossier indiquera sa place future sur l'échiquier européen et mondial. L'enjeu a bien été pris en compte dans le rapport susmentionné puisque l’autorisation des techniques de fracturation hydraulique dans le cadre d’expérimentations scientifiques est inscrite dans le décret du 21 mars 2012. Cependant, cette initiative devrait raviver les craintes des opposants au gaz de schiste, ceux-là même dont le combat avait abouti à la loi du 13 juillet 2011 visant à interdire l'exploration et l'exploitation des mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux par fracturation hydraulique et à abroger les permis exclusifs de recherches comportant des projets ayant recours à cette technique.

Stéphane Mortier

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Sous-jacente au débat de fond qui a bien du mal à s’immiscer dans la campagne présidentielle, la question de la relance de la politique industrielle a donné lieu en 2012 à la publication de trois ouvrages qui aboutissent à la même conclusion : la nécessité de relancer une politique industrielle pour éviter à la France un déclin économique durable et particulièrement néfaste pour sa population.
Le premier ouvrage est signé par l'ancien PDG de Saint-Gobain, Jean-Louis Beffa (La France doit choisir, Seuil, janvier 2012). L’ancien dirigeant d’un groupe du CAC 40 prend le contrepied d’un certain nombre de ses pairs en souhaitant l’arrêt de la dérive de la France vers un modèle "libéral-financier" anglo-saxon qui serait à l’origine de notre impasse industrielle actuelle. Il rejoint sur ce point le constat que l’universitaire français Claude Rochet fait dans sa longue introduction au livre de l’économiste norvégien Eric Reinert (Comment les pays riches sont devenus riches, pourquoi les pays pauvres restent pauvres, éditions du Rocher, février 2012). Jean-Louis Beffa suggère de prendre sur le modèle « commercial-industriel » allemand afin de mettre fin à cette évolution négative de la France qui se traduit par la baisse du niveau de vie et l’appauvrissement d’une partie importante de sa population. Si les propositions de Beffa restent assez élémentaires (soutien à l’innovation, politique de réinvestissement à long terme) sa plaidoirie pour la responsabilité de l’Etat dans la mise en cohérence de l’environnement de nos entreprises de toutes tailles le démarque des chefs d’entreprise partisans de la marginalisation du rôle de l’Etat dans l’économie de marché.

L’ouvrage de Jean-Louis Levet (Réindustrialisation, j’écris ton nom, publié par la fondation Jean Jaurès en mars 2012) est le fruit d’une démarche collective d’une vingtaine de personnes couvrant l’ensemble du jeu des acteurs (monde de l’entreprise, finance, territoires, université, syndicalisme, conseil et haute administration). Cet ouvrage a le mérite de rentrer dans le vif du sujet en plaçant le débat au niveau de la stratégie qu’un pouvoir politique doit mettre en œuvre pour relever le défi de la production. Jean-Louis Levet est depuis la fin des années 80 l’un des rares experts français qui a toujours su maintenir le cap de la défense d’un modèle industriel compétitif pour la France. Edith Cresson, Premier Ministre, l’avait appelé à son cabinet pour initier de nouvelles pistes dont l’une sera l’émergence du concept d’intelligence économique. Le constat critique qu’il fait sur le « choix implicite d’une économie sans industrie » du monde occidental depuis trente ans recoupe les conclusions de Reinert et Beffa. En revanche, l’originalité de la démarche porte sur la cohésion du projet et le caractère global des propositions avancées par ce groupe de travail. Ils définissent une nouvelle vision de la politique industrielle qui implique une approche à plusieurs niveaux dont voici quelques extraits :

  • Union européenne. l’Union européenne a placé la concurrence comme une fin en soi, délaissant les moteurs de la croissance et les coopérations politiques. Il faut redéfinir le rôle de la Banque centrale européenne et modifier la gouvernance européenne. Un rééquilibrage géographique de la production est nécessaire en Europe et dans les pays situés à la périphérie de l’Union européenne.
  • France. Economie fondée sur une nouvelle approche des enjeux énergétiques, rééquilibrer les relations entre donneur d’ordre et sous-traitants, créer les conditions d’une croissance verte de dimension européenne.
  • Territoires L’action collective s’inscrit dans la durée et doit être fondée sur une véritable culture stratégique. Les autorités régionales interviennent pour mener une stratégie stimulée par dix à quinze grands projets territoriaux.

Le troisième ouvrage (L’urgence industrielle, éditions Le bord de l’eau collection retour à l’économie politique 2011) est le fruit de la réflexion de Gabriel Colletis, professeur d’économie à l’université de Toulouse 1. Ce dernier a d’ailleurs collaboré avec Jean-Louis Levet lorsqu’il était chef du service du développement technologique et industriel au Commissariat général du Plan entre mai 1992-juin 2001. Gabriel Colletis travaillait à cette époque sur le modèle de développement territorial allemand. Ses explications sur le déclin industriel de la France et sa critique du mythe d’une société de services s’inscrivent bien dans la ligne de pensée des auteurs précédents. L’apport de cet ouvrage réside dans l’interaction que Colletis établit entre le travail comme articulation du progrès social et du développement. C’est en ce sens qu’il définit les termes d’une démocratie industrielle qui maille une approche tactique de la protection, la localisation industrielle fondée sur une approche réaliste de l’activité économique et l’ancrage des territoires axé sur les entreprises (en particulier les PME) et non les groupes transnationaux qui sont devenus de plus en plus nomades dans la mondialisation des échanges.
Les auteurs qui travaillent sur la notion de politique industrielle sont aujourd’hui plus à gauche qu’à droite de l’échiquier politique. Cela s’explique par le bilan idéologique de la guerre froide. La droite est depuis la fin du XIXè siècle prisonnière d’un double carcan :

  • L’inféodation à un discours libéral articulé autour de la pensée de l’économiste et homme politique David Ricardo. Ce penseur britannique a contribué à masquer l’expression de la puissance économique et ses effets sur les autres nations par une démonstration scientifique sur les mécanismes bénéfiques du marché pour l’ensemble des parties prenantes.
  •  Une incapacité chronique à préciser le rôle de l’Etat stratège dans la définition économique de la puissance (excepté durant la période d’exercice du pouvoir par le général de Gaulle et son successeur Georges Pompidou). Mais la suite des évènements a démontré que le RPR et l’UMP ont été incapables de donner une suite logique et constructive à cette éphémère exception culturelle. Sur ce point précis, la droite dite nationale et l’extrême droite sont encore loin de la formulation d’une pensée théorique et ont encore plus de difficultés à définir une stratégie industrielle autonome découplée de l’acceptation tacite de l’influence des Etats-Unis sur le monde.

 

Ce double carcan explique aussi les analyses très épurées et souvent sophistes du cercle des économistes et l’incapacité du Medef à retrouver la lucidité du patronat français dans la première moitié du XIXè siècle. Il handicape lourdement et durablement cette partie de l’échiquier politique qui n’arrive pas à sortir de l’extrême confusion sur la lecture des rapports de force économiques. Les discours protectionnistes ne sont pas une fin en soi. Encore faut-il avoir la capacité de concevoir des stratégies de développement cohérentes et résistances à l’agressivité commerciale des nouveaux entrants. L’incapacité de Dominique de Villepin à faire passer le message sur le patriotisme économique lorsqu’il était Premier Ministre est un exemple illustratif de cet imbroglio. Seul le député du Tarn, Bernard Carayon, réussira à légitimer cette expression en mobilisant des parlementaires de toute tendance pour demander un rééquilibrage de la commande d’appareils d’Air France.
Mais le plus dur reste à faire car le discours libéral ne permet pas de faire le tri entre les enjeux de puissance des alliés/adversaires, les réalités contradictoires d’un marché mondial hétérogène et complexe et l’impérieuse obligation de développer les territoires pour ne pas sombrer dans des crises politiques internes majeures. Le vainqueur de la campagne  présidentielle n’aura pas d’autre choix que de s’appuyer sur une politique industrielle très démonstrative. Dans cette épreuve redoutable, les PME et les territoires ne doivent pas être des forces auxiliaires. C’est hélas pour l’instant le cas. Nicolas Sarkozy n’a pas su les intégrer dans une vision opérationnelle du développement de ce pays. Même les petits combats aussi symboliques soient-ils ont été perdus. Je pense par exemple à cette PME de l’avionique, GECI à qui le gouvernement actuel a promis l’aide du FSI pour partir à la conquête d’un marché d’un marché estimé à plusieurs centaines d’avion. Une fois de plus, les paroles n’ont pas été suivies d’actes et nous sommes à quelques jours du second tour de scrutin. Il en est de même pour les territoires que l’Etat continue à gérer en tirant profit de la capacité d’adaptation d’une poignée de préfets d’exception qui se débrouillent comme ils peuvent pour aider ou sauver des projets économiques locaux pertinents.

Christian Harbulot

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La fin d’un mythe…le port de commerce du Cotentin http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/fin-mythe-port-commerce-cotentin-4640?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/fin-mythe-port-commerce-cotentin-4640#comments Mon, 09 Apr 2012 07:22:23 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4640 Suite à la loi de décentralisation du 13 Août 2004, la propriété des ports d’intérêt national de CHERBOURG et CAEN-OUISTREHAM a été transférée à un Syndicat Mixte constitué entre la région de Basse-Normandie et les départements de la Manche et du Calvados. Ce syndicat, dénommé « Ports Normands Associés » (P.N.A.) et présidé par le […]

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Suite à la loi de décentralisation du 13 Août 2004, la propriété des ports d’intérêt national de CHERBOURG et CAEN-OUISTREHAM a été transférée à un Syndicat Mixte constitué entre la région de Basse-Normandie et les départements de la Manche et du Calvados. Ce syndicat, dénommé « Ports Normands Associés » (P.N.A.) et présidé par le Président du Conseil Régional, est désormais propriétaire et gestionnaire des deux ports dans un premier temps et il y a peu la CCI de Cherbourg a rétrocédé ses parts à l’armateur « Louis DREYFUS Armateur » ce qui fait de lui le seul et unique propriétaire du port de commerce à ce jour. Il a été constaté qu’au fil des années nous assistons en direct à la mort d’un mastodonte maritime qui jadis fut un des ports les plus prolifiques (à savoir…le port de Cherbourg dispose de la plus grande rade du monde et d'une histoire passionnante, puisqu'il fut créé sous l'ordre de Louis XVI puis relancé par Napoléon premier).

Le dernier projet en date devait être très prometteur. La création d’un terminal charbonnier, vaste projet et au demeurant très lucratif. Mais quand est-il aujourd’hui, le projet à prit l’eau comme la plupart des projets initiés par la CCI de Cherbourg. Il devait être un atout essentiel pour le redémarrage du développement économique de la région. La filière transmanche bénéficie d’un positionnement stratégique de par sa géolocalisation pour les échanges passagers et marchandises (exemples : nucléaire, défense, agroalimentaire, matériaux et autres) il permet d’alimenter l’économie touristique régionale (sites historiques de la seconde guerre mondiale) en est ainsi également des croisières en direction des «  iles Anglos normandes » et de l’Angleterre entre autre.
Mais quand est-il à ce jour, le port du Cotentin se meurt, il agonise et pourquoi cette situation. A qui la faute, dois-t-on se plaindre de nos élus, de nos politiques, de nos administrations de notre gouvernement. Certes, la concurrence infligée par les autres ports français (P.A.H et le Grand Port Maritime de Dunkerque) est rude, sans compter celle imposée par les autres moyens de transport qui engendrent un déclin et la mise à l’écart de celui-ci. Ilfaut bien reconnaitre que nous sommes à trois heures de Paris par le train (VGT et non TGV), il est vrai que l’autoroute A13 s’arrête à Caen, il est vrai que la liaison aérienne n’est plus. Les projets se succèdent sans succès et se ressemble tous. Nous qui nous gaussons d’être (premier département en France à être équipé en fibre optique)  à la pointe des TIC et de l’ère de la communication. Nous sommes restés malgré nous figés  dans une autre ère, celle de l’ère glaciaire. Attention au réchauffement climatique et ses conséquences sur l’environnement de certaines régions. Une des conséquences directe de ce constat alarmant est que l’argent mis dans les différentes « Story of a flop » manquera cruellement pour mettre en œuvre une véritable stratégie de développement accès sur le dynamisme et prenant en compte les intérêts du Cotentin et de ceux qui habitent, vivent et qui y travaillent.Car pour gagner il faut oser et tant que l’esprit de certains insulaires perdura nous ne pourrons  évoluer de façon significative, ceci  au détriment de la compétitivité denotre port de commerce et nos entreprises. En attendant, LDA à passer une commande de trente vraquiers et le tout doit être disponible avant 2013. Le phénix va-t-il renaitre de ses cendres comme le dit l’histoire et faire appel aux chants des sirènes.

Jean-Marie PFOHL

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Enjeux et failles des réseaux sociaux : l’exemple de Facebook en France http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/enjeux-et-failles-des-reseaux-sociaux-exemple-facebook-en-france-4621?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/enjeux-et-failles-des-reseaux-sociaux-exemple-facebook-en-france-4621#comments Mon, 26 Mar 2012 07:04:30 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4621 Facebook, en tant que premier réseau social au monde (800 millions de comptes aujourd’hui, 11% de la population mondiale), se trouve aujourd’hui au cœur des problématiques d’intelligence économique et stratégique auxquelles nos sociétés et nos Etats sont confrontés. Reposant sur un maillage quasi illimité d’individus et d’acteurs (associations, entreprises, administrations, collectivités, organismes publics ou parapublics, […]

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Facebook, en tant que premier réseau social au monde (800 millions de comptes aujourd’hui, 11% de la population mondiale), se trouve aujourd’hui au cœur des problématiques d’intelligence économique et stratégique auxquelles nos sociétés et nos Etats sont confrontés.
Reposant sur un maillage quasi illimité d’individus et d’acteurs (associations, entreprises, administrations, collectivités, organismes publics ou parapublics, etc.), sur l’instantanéité des échanges et sur l’ampleur de leur diffusion, Facebook cristallise des enjeux qu’il serait extrêmement risqué d’ignorer : enjeux de connaissance et d’information, enjeux de pouvoir voire de contre-pouvoir, enjeux de déstabilisation voire de désinformation.
Les opportunités offertes par Facebook sont en effet multiples, tant au niveau social, économique, marketing que politique et militaire, offrant de nouveaux horizons de dialogue, de progrès et de développement. Facebook est ainsi en train de révolutionner les relations interhumaines, en faisant passer de la relation « 1 to 1 » à la relation « 1 to x » en un simple clic. Ce nouveau champ des possibles est tel qu’il a permis le développement de tout un écosystème avec et autour de Facebook, générant un business direct et indirect très conséquent. Facebook valide ainsi un business model nouveau et très lucratif, fondé sur des formes innovantes de publicité, propres au web. Les effets de ces bouleversements ne sont pas neutres : tension extrême entre les acteurs majeurs de l’internet aujourd’hui (en particulier Google), concurrence impitoyable accentuée par le jeu des fusions/acquisitions, jusqu’à la survalorisation boursière des réseaux sociaux en général. En ce qui concerne la Politique et la Défense, Facebook se trouve également au centre des enjeux de bataille que se livrent les sociétés civiles, les mouvements politiques et les Etats (cyber-guerre). L’exemple récent du « Printemps arabe » montre que les lignes des rapports de force politiques évoluent, à la faveur notamment d’outils tels que Facebook.

Mais les risques engendrés par Facebook ne sont pas moins nombreux, remettant en cause la fiabilité, l’acceptabilité et la viabilité de l’outil à terme. Tout d’abord, Facebook conduit potentiellement à une surveillance généralisée de tous par tous, à une surexploitation sociale et économique des relations humaines, et à une extension de l’espace public au détriment de ce qui relevait jusque-là de la sphère strictement privée. Il n’est pas certain que les utilisateurs, de mieux en mieux informés, soient in fine prêts à payer ce prix pour bénéficier des possibilités offertes par Facebook. Par ailleurs, l’exploitation des failles de Facebook (techniques et fonctionnelles) permet de détourner l’outil pour servir des desseins plus ou moins éthiques ou malveillants et ce dans tous les domaines : social (violation de la vie privée, usurpation d’identité, diffamation, etc.), économique (rumeurs, dénigrement, usurpation, détournement de marques, etc.), politique (rumeurs, manipulation, incitations au rassemblement, etc.), et militaire (surveillance, désinformation, etc.). La cybercriminalité via Facebook est ainsi devenue un enjeu essentiel pour toutes les sociétés et les Etats, sur le plan sociétal, mais également économique, car extrêmement coûteux.

On assiste malgré tout aujourd’hui à une expansion de son utilisation par tous les acteurs et à une professionnalisation des usages de ce réseau social, tandis que des tentatives de réglementation se mettent en place pour tenter de protéger les intérêts des individus et des organisations, au niveau national (cf. CNIL) et international (Europe, conventions internationales).
Peut-on dire pour autant que Facebook est à la fois un outil unique, incontournable et viable à terme ? Non, car Facebook reste pour l’heure un outil non représentatif de la population (âge, socio-catégories, pays, etc.) : se contenter de Facebook pour faire du business ou de la politique est insuffisant, Facebook n’étant qu’un média parmi d’autres. Facebook s’est par ailleurs fortement décrédibilisé par son manque de protection des données privées et son incapacité à respecter le critère de l’interopérabilité des données : Facebook subit aujourd’hui la concurrence de nouveaux modèles de réseaux sociaux plus restrictifs en termes d’accès et recentrés sur la communauté. Les questions juridiques sont enfin très nombreuses et non résolues, se heurtant aux droits des différents Etats.

Les individus, les entreprises, les Etats continueront-ils à faire confiance à Facebook et à engager leur responsabilité au travers de ce média ? Pas sûr. Certaines entreprises ont déjà pris la décision de ne pas utiliser ce média et l’essoufflement de la croissance des profils dans les pays occidentaux montre un début de perte de confiance. Le besoin en investissement de Facebook fait par ailleurs intervenir des puissances financières (Russie, Chine…) qui met définitivement un terme à l’éventuelle neutralité de l’outil.

Plus globalement, les risques et les failles associés au premier réseau social se sont déplacés du côté des accès aux réseaux (physiques et virtuels) contrôlés par les opérateurs et les FAI, et du côté des instances internationales, plus ou moins neutres, qui continuent à contrôler le web en général, au détriment du principe de « neutralité » du web. Bloquer Facebook est en réalité un « jeu d’enfant » pour les Etats.
Il est donc certes impossible aujourd’hui d’ignorer Facebook lorsqu’on aborde des problématiques de veille et d’intelligence économique et stratégique, mais il est nécessaire de conserver une vision globale de ces problématiques, incluant l’intégralité des médias, qu’ils soient virtuels ou physiques. L’univers des réseaux sociaux et plus spécifiquement de Facebook étant en plein mouvement et structuration, leur rôle dans le domaine de l’intelligence économique et stratégique se redéfinit en permanence.

Télécharger l'étude complète : Enjeux et failles des réseaux sociaux : l’exemple de Facebook en France

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