Infoguerre : Centre de réflexion sur la guerre économique » Edito http://www.infoguerre.fr Centre de réflexion sur la guerre économique Fri, 19 Sep 2014 16:47:35 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=4.0 Edito : Influence, l’exception culturelle française http://www.infoguerre.fr/edito/edito-influence-lexception-culturelle-francaise/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-influence-lexception-culturelle-francaise/#comments Fri, 19 Sep 2014 16:47:35 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5528 Articles similaires :
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Influence, l'exception française

Les Français se rendent compte régulièrement que leur culture de l’influence commerciale est infiniment moins développée que celle de leurs voisins britanniques.

Cette constatation débouche généralement sur la recommandation suivante : la France doit rattraper rapidement le retard pris au cours des années afin d’être enfin à la hauteur de ses alliées ultramarines. C’est peut être oublier ici que les stratégies d’influence, loin d’être nées du hasard, sont les témoins d’une culture très ancienne qu’il serait parfaitement vain de prétendre redresser à l’aune des modes du temps.

Si l’on considère les stratégies françaises de l’influence, il s’avère que celles-ci ont été parfaitement efficaces dans deux domaines : la sphère culturelle et le champs politique. Même si l’on peut distinguer les hommes qui exercent effectivement le pouvoir de ceux qui soufflent leurs pensées à d’autres, le pouvoir et l’influence sont intimement liés. Ils s’inscrivent surtout dans une culture profonde. Celle-ci est militaire et aristocratique en France. Ceci explique que les Français aient excellé dans les cabales et intrigues littéraires d’une part et dans les camarillas politiques de l’autre.

Il n’est que de dresser le tableau des cabales en France pour s’en rendre compte. Celles-ci s’inscrivent dans deux espaces majeurs : le théâtre et la Cour. D’un côté la cabale contre Phèdre de Racine (1677), de l’autre la cabale des Importants (1643).

Les Français conspirent admirablement dans les loges de l’opéra de Paris et au Congrès de Vienne, quant aux affaires commerciales, elles sont traitées avec un parfait mépris.

Or, d’un point de vue historiques, les monarchies militaires du continent ont été doublées par les républiques marchandes qu’il s’agisse de la Hollande, de l’Angleterre où des Etats-Unis. C’est donc la culture d’influence des commis-voyageurs qui a fini par triompher. Comme ceux-ci ont favorisé l’avènement politique de ploutocraties – à peine déguisées en démocraties – afin que les marchandises puissent s’échanger sans aucune entrave, la nécessité de l’influence s’est fait sentir de façon accrue.

En premier lieu au sein des parlements nationaux, puis au sein des instances internationales, au fur et à mesure que celles-ci dépossédaient les représentations nationales, et enfin au sein des comités opaques édictant les normes infra-législatives, qui pour être discrètes n’en sont pas moins infiniment plus puissantes que les lois.

Dans ces circonstances, fallait-il que les Français courussent après une culture de l’influence commerciale qui n’était pas la leur où à l’inverse renouassent avec leur culture de l’intrigue politique afin de gagner d’une main ce qu’ils avaient perdu de l’autre ?

Il ne fait guère de doute que la seconde solution s’imposait : peut on forcer sa nature ?

Thomas Flichy de La Neuville
Professseur à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

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Edito : La dimension géoéconomique de Taiwan http://www.infoguerre.fr/edito/edito-la-dimension-geoeconomique-de-taiwan/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-la-dimension-geoeconomique-de-taiwan/#comments Tue, 02 Sep 2014 23:08:57 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5520 Articles similaires :
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Dimension géoéconmique du taiwan La République de Chine a été fondée en Chine continentale en 1912. Elle est battue par l’armée communiste de Mao Zedong qui proclame la création de la Chine Populaire en octobre 1949. Chiang Kaï-chek, le Président, son gouvernement et les adhérents du parti politique Kuomintang (KMT) se replient alors sur l’’île de Taïwan reprise au Japon 4 ans plus tôt.

Cette petite île de 36.000 km2 est en 1949 l’un des pays les plus pauvres du monde. Aujourd’hui, avec ses 23 millions d’habitants, Taïwan est devenue la 6ème économie en Asie et la 24ème économie mondiale. Avec un PIB de 474 milliards USD en 2012 soit un PIB/hab en parité de pouvoir d’achat de 38.500 USD, supérieur à celui de la France (35.520 USD), Taïwan compte parmi les économies les plus avancées.

Taïwan, la Corée du Sud, Hong-Kong, et Singapour sont les « 4 dragons asiatiques » qui se sont industrialisés de façon accélérée depuis 1950 et ont connu une croissance spectaculaire grâce au commerce extérieur.

La République de Chine a conservé une indépendance de fait mais Pékin n’a pas renoncée à réunifier Taïwan à la Chine Populaire. En plus d’une pression militaire croissante, la politique irrédentiste de Pékin a misé sur l’intégration économique en offrant des opportunités aux industriels qui ont alors délocalisé sur le continent.

Historique

Les années 40-50 correspondent à la période de reconstruction économique. Taïwan n’a pas de ressources naturelles, le gouvernement a développé l’agriculture et l’industrie. La priorité a été donnée au développement du textile et des industries électriques pour accroître l’agriculture et la production industrielle.

Dans les années 60-70 les exportations sont encouragées. Après les exportations des biens de consommation et textiles, ce sont les entreprises dans l’électromécanique et l’électricité qui connaissent la plus forte production.

À partir de 1979 mise en place des plans économiques décennaux pour augmenter la part de l’industrie dans l’économie, en développant des secteurs de haute technologie et à forte valeur ajoutée: technologie de l’information et de la communication (TIC), électronique, construction mécanique et transport.

Depuis 2000, les innovations et R&D sont les maîtres mots.

Des années 50 à aujourd’hui, l’économie de Taïwan a progressé en moyenne de 7,3% par an (de 1952 à 2012), en passant d’une économie agraire à une puissance mondiale dans les TIC. La politique industrielle a tenu une part importante dans cette progression : en 1950, les petites entreprises de moins de 10 personnes qui représentaient 90% du total ont chuté à 70%, laissant 25% aux moyennes entreprises, et 5% aux grandes dans les années 70.

Cette industrialisation est liée à la Chine continentale. En effet en 1960, le gouvernement Taïwanais a encouragé les exportations, mais également les investissements directs étrangers. Taïwan offre une main d’œuvre peu coûteuse et des conditions d’investissement préférentielles au moment ou l’environnement économique en Amérique Latine se dégrade. Les PME ont été les bénéficiaires des investissements étrangers à Taïwan et la croissance du secteur privé est dû à leur multiplication : elles sont devenues le premier employeur du pays faisant travailler 21,5% de la population active en 1961, mais 42,6% en 1981. Dans la même période, leur nombre est passé de 1.400 à 11.400.

Entre 1965 et 1984, au sein des exportations, la part des produits agricoles ou agro- alimentaires, est passée de 54% à 6,1% ; celle des produits industriels de 46% à 93,9%. Le PIB augmente en moyenne de 7,2% entre 1953 et 1962 et de 10,4% entre 1963 et 1972. Cette forte croissance se traduit par une augmentation du revenu par habitant qui passe de 132 USD en 1952 à 700 USD en 1975, malgré un doublement de la population (de 8,1 millions à 16,1 millions).

Plus de 70% du total des exportations industrielles sont assurés par les PME. En 1980, Taïwan est la 16ème puissance exportatrice mondiale ; le secteur des PME est bien l’acteur de la croissance taïwanaise. Le poids des PME a rendu l’économie de l’île fortement dépendante du marché mondial, des entreprises donneuses d’ordre américaines en particulier. En effet, les PME ont opéré dans le cadre du système dit OEM (Original Equipment and Manufacturer), fabricant des produits pour un client étranger qui le commercialise ensuite sous sa propre marque : cela a empêché le développement des marques taïwanaises. Mais les PME travaillant principalement pour les firmes américaines, les échanges extérieurs de l’île ont été déséquilibrés. En 74, plus d’1/3 des exportations étaient destinées aux États-Unis, 1/3 des importations venaient du Japon. Les échanges avec l’Europe représentaient moins de 15% du commerce extérieur.

En 1987, Taïwan autorise ses entreprises à investir sur le continent. Les entreprises ont investi massivement le marché chinois en profitant de l’absence de réglementation et en négociant des protections avec les bureaucraties locales, souvent par l’intermédiaire d’association de taishang1. Les PME, puis les grandes entreprises du secteur privé, les industries à faible valeur ajoutée, puis les industries de pointe du secteur tertiaire, voulaient demeurer concurrentielles sur le marché mondial, mais aussi s’implanter durablement sur le marché chinois. La délocalisation des PME opérant dans des secteurs peu capitalistiques – prêt à porter, chaussure, maroquinerie, jouet, mais aussi électro manager et poste radio – a été massive : en 1992, plus de 80% des 800 fabricants taïwanais de chaussures, avaient délocalisé leur production sur le contient. Ces PME ont continué à produire pour des donneurs d’ordre étrangers en appliquant le schéma dit des « 2 bouts à l’extérieur2 » : importer les équipements et matières premières, attirer les capitaux étrangers et exporter les produits transformés en Chine sur le marché mondial. Les commandent étaient traitées à Taïwan au siège de l’entreprise, qui importait les matériaux de l’île pour faire fabriquer les produits par de la main d’œuvre continentale. Les exportations se faisaient généralement via Hong Kong où se trouvait le compte sur lequel étaient virés les fonds, pour éviter le problème du rapatriement des profits.

L’industrie agro-alimentaire a été la première à conquérir le marché chinois, suivi par tous les autres secteurs. En 2004, la moitié des entreprises étrangères figurant parmi les 100 premières entreprises exportatrices de Chine étaient taïwanaises.

Les industries de main d’œuvre, de pointe, mais également le secteur tertiaire a investi en Chine (immobilier, hôtellerie, entreprises de consultance ou de relations publiques, enseignement privé…).

La répartition sectorielle des investissements en 2007 est la suivante : électronique 34,2%, chimie-plasturgie 11,5%, équipement électrique 9,9%, métallurgie 9,4%. Il s’agit des secteurs clés de l’industrie taïwanaise.

Mais c’est à partir de 1998 que les taishang ont investi massivement via des entreprises de l’ombre enregistrées dans des paradis fiscaux (Îles Caïman, Panama, Îles Vierges, Samoa et Bermudes). Cette pratique devenue courante surtout dans le secteur des technologies de l’information, permet aux entreprises d’échapper au fisc taïwanais en versant tout ou partie des profits et salaires sur les comptes dans les paradis fiscaux. En effet, faute d’un accord sur la double imposition, les particuliers et les entreprises sont imposables à Taïwan sur les revenus/bénéfices perçus en Chine.

La principale cause de délocalisation est la maximisation du profit par la réduction des coûts de production, et la conquête de nouvelles parts de marché.

En 2012, parmi les 51 industriels étrangers les plus fortunés de Chine, 26 étaient Taïwanais, venait ensuite les Hongkongais puis les Américains.

En Chine, les taishang ont un statut « d’entre deux », ni complétement étranger, ni complétement chinois. Ils vont profiter de ce statut qui leur accorde les avantages réservés aux étrangers, comme des réductions d’impôts ou la possibilité de rapatrier les bénéfices qu’ils tirent de leurs investissements, mais également profiter d’un « traitement citoyen3 », c’est-à-dire payer les biens et services au même titre que les chinois qu’il s’agisse des marchandises, billets d’avion ou de train, location d’un appartement. Ils ont même la possibilité de demander un passeport de la RPC ou de s’inscrire sur les listes électorales afin de participer aux élections locales. Mais la protection de l’investissement taïwanais en Chine repose surtout sur les relations personnelles, donc le clientélisme, c’est-à-dire la capacité pour les taishang de négocier avec les administrations locales qui bénéficient depuis le début des années 80 d’une large autonomie dans la gestion des ressources économiques. Les taishang ont donc sélectionné leurs implantions en fonction des faveurs « youhui4 » qu’ils ont obtenu des bureaucrates locaux : financement des prêts à faible taux d’intérêt, accès facilité et moins coûteux aux terrains et à l’approvisionnement en eau et électricité…

En délocalisant leurs entreprises sur le continent, les taishang ont reproduit le modèle relation patron-employé qui existait à Taïwan : système paternaliste mettant l’accent sur l’autorité, la hiérarchie, la discipline, et la soumission de toute ambition personnelle au profit du développement de l’entreprise.

La relation reliant Taïwan et la Chine continentale est une illustration du « circuit intégré asiatique », c’est-à-dire le partage de la production, suivant les avantages comparatifs de chaque pays reliés par des échanges intra-entreprises et intra-sociétés.

Depuis 1987, les entreprises taïwanaises ont investi entre 100 et 200 milliards USD. Taïwan est le premier investisseur en Chine continentale. Après les industries de main d’œuvre (vêtement, plastique), les investissements se sont développés dans les industries à contenu technologique. En stock, la Chine héberge 50% de l’investissement taïwanais à l’étranger.

En Chine, il y a 75.000 entreprises taïwanaises qui emploient 2 millions de taïwanais expatriés et 23 millions d’employés locaux, soit l’équivalent de la population de l’île.

La Chine est le premier partenaire commercial de Taïwan : 1er client (avec Hong-Kong, elle absorbe 40% des exportations taïwanaises) et 2ème fournisseur (avec 15% des importations taïwanaises). La Chine est aussi le 1er excédent bilatéral avec 40 milliards USD par an.

En termes de sources d’activité économique, la forte concentration de Taïwan sur des secteurs d’excellence, lui confère une grande influence. On estime que les entreprises à capitaux taïwanais contribuent à plus de la moitié des exportations de produits électroniques et à 25% des exportations chinoises. Tous secteurs confondus, 7 des 15 premières entreprises exportatrices chinoises en 2010 étaient taïwanaises.

État de l’économie taïwanaise

Après 2 années de croissance modeste (1,3% en 2012 et 2,13% en 2013), le PIB devrait progresser de 3% en 2014. La reprise aux États-Unis et en Europe devrait influer sur la croissance car ces marchés sont les destinations finales des exportations taïwanaises (via la Chine continentale notamment). L’économie de l’île s’améliore au rythme de la reprise mondiale. Le commerce extérieur reste, proportionnellement, le principal moteur de l’économie, surtout grâce au secteur électronique, qui est le plus grand bénéficiaire des investissements américains. En 2012, l’électronique et les produits TIC restent le 1er poste d’exportation taïwanais (99 milliards USD, soit 33% du total des exportations), en baisse significative (-4,6%) par rapport à 2011 en raison de la conjoncture européenne et américaine. Reflétant la spécialisation de l’île sur trois grandes industries (électronique, chimie, mécanique et métallurgie), le second poste d’exportation est la métallurgie (28 milliards USD en 2011, – 7%), suivi de la plasturgie (24 milliards USD, -4%). À titre d’exemple, Taïwan compte parmi les cinq premiers exportateurs de machines-outils. Les minerais et hydrocarbures constituent le premier poste d’importation (27,4% du total, en hausse de +8,5%). Étape sur la chaîne de valeur allant des pays plus avancés (Japon) aux pays à faible coût de main d’œuvre (Chine continentale, Vietnam, Indonésie, etc.), Taïwan importe en quantités importantes des équipements, matériaux et composants pour ses trois grandes industries : électronique (17,9 % des importations, en baisse de -6%), chimie (11,1 %, en baisse de -11,5%), métallurgie (8,5%, en baisse de -14,4%).

Le Japon reste le 1er fournisseur de Taïwan avec un montant d’importations japonaises de 47,6 milliards USD (en baisse de -8,8%), mais pourrait être prochainement dépassé par la Chine, sa part de marché continuant de baisser (17,6% en 2012, contre 18,5% en 2011). Le Japon est le 1er déficit commercial (-28 milliards USD) de Taïwan. Les États-Unis continuent de voir leur part de marché reculer (8,7% contre 10,1% en 2010). Celle de l’Union Européenne baisse également à 8,3% (22.5 milliards USD).

La relation commerciale avec la Chine continentale progresse : les exportations vers la Chine (+ Hong-Kong) ont progressées de 2,2% en 2013, mais elles ont tendance à se diversifier vers les pays émergents, notamment de l’Asie du Sud-Est. L’année 2013 a mis en évidence une sensibilité du commerce extérieur taïwanais à la conjoncture économique dans l’ASEAN (2ème partenaire commercial avec 87 milliards USD d’échanges en 2012 devant le Japon, les États-Unis et l’Union Européenne).

L’Asie représente 70% des clients et 54% des fournisseurs de Taïwan. Le système de production taïwanais passe par d’importants investissements dans la zone, en premier lieu en Chine continentale (estimés entre 100 et 200 milliards USD, en stock), mais aussi, de manière croissante, au Vietnam, en Indonésie et en Malaisie. Taïwan conserve les secteurs sensibles, à forte valeur ajoutée et nécessitant une maîtrise technologique. Les entreprises taïwanaises concentrent dans les pays à bas coût les activités intensives en main d’oeuvre. Un exemple connu est celui de la société Foxconn (Hon Hai), qui produit en Chine des ordinateurs et téléphones portables pour de grandes marques occidentales

L’appareil productif se caractérise par une forte capacité d’ajustement aux cycles économiques, d’où un excédent commercial structurel qui était en 2013 de 35,4 milliards USD (soit 7,2% du PIB), en progression de 15,2% par rapport à 2012. L’économie de Taïwan dépend surtout des exportations des TIC, qui sont responsables de 40,6% du total des exports ; ce qui représente 74% de son PIB en 2012. La part de marché mondiale de Taïwan dans les cartes mères et les notes book est de 95% si on inclut les produits fabriqués en Chine par les entreprises taïwanaises. Les exportations sont partagées entre les États-Unis, le Japon, la Chine et les pays de l’ASEAN. Entre 2000 et 2012, on note une baisse des exportations avec les États-Unis qui passent de 23,42% à 10,9%, alors que celles avec la Chine (Hong-Kong inclus) augmentent de 24,44% à 39,4%. De même, les exportations avec l’ASEAN 6 passent de 12,2% à 18,5%.

La politique industrielle

Taïwan est le leader dans l’industrie des semi-conducteurs avec des entreprises de rang mondial telles que Taïwan Semiconductor Manufacturing Corporation TSMC. La politique de « libéralisation et globalisation » a été primordiale : la libéralisation du marché a permis la réduction des coûts et la globalisation a permis eux entreprises de profiter des économies d’échelle malgré la taille de l’économie. L’île a maintenant quelques entreprises d’envergure internationale : Formosa Plastic, TSMC, Acer, Asus, BenQ, HTC, Evergreen et Taïwan Hong-Hai. Taïwan est le plus grand fournisseur au monde de puces informatiques et est le principal fabricant de panneaux d’affichage à cristaux liquides, mémoire informatique DRAM, équipement en réseau informatique, et est à la fois concepteur et fabricant en électronique du consommateur.

La compétitivité de Taïwan lui permet de gagner des parts de marché en Chine. Comme le note Thierry Apoteker, fondateur de TAC, un cabinet spécialisé dans l’évaluation des risques, « le commerce avec la Chine se réintensifie ». La Chine absorbe près de 40% des exportations de Taïwan, les flux en prévenance de l’île progressent de 22% alors que la moyenne des autres pays est de 6,5%. De même, les flux vers Taïwan progressent de 20%, contre 8% pour les échanges globaux. Le gouvernement consacre plus de 3% du PIB à la R&D et les 3⁄4 de ce pourcentage sont destinés aux entreprises, ce qui explique que l’électronique représente 1/3 de la valeur des exportations taïwanaises qui se classe au 4ème rang mondial au niveau de ce secteur. Taïwan a été classé en 2012 par l’OMC 17ème exportateur mondial et 18ème importateur.

Au niveau des finances

Le déficit budgétaire se résorbe depuis 2009, les coffres de la banque centrale abritent 416,9 milliards USD en janvier 2014. Ces réserves sont les 4èmes mondiales en valeur et permettent à Taïwan de traverser la crise financière sans risquer de perdre sa souveraineté. Seul bémol : l'île souffre d'un excès de crédits octroyés aux entreprises aussi bien qu'aux particuliers, excès qui pourrait fragiliser les banques en cas de retournement de conjoncture. De la même manière, outre la pression politique forte de Pékin, la Chine voisine agit comme un aimant. La présence à Shanghai des 500 plus grandes entreprises mondiales assèche l'île de ses talents. Cela accélère du même coup le vieillissement de la population. Celle-ci devrait connaître un pic en 2025 avec 23,7 millions de personnes avant d'entamer son déclin. En 2060, la population ne serait alors plus que de 18,92 millions pour une moyenne d'âge de 57,4 ans.

La politique extérieure : commerce et diplomatie

En octobre 1971, la République de Chine qui était soutenue par les États-Unis et le monde non communiste, doit laisser son siège à l’ONU à la Chine Populaire. Elle perd également son droit de veto au Conseil de Sécurité, et doit se retirer de toutes les organisations interétatiques. Cependant, la République de Chine maintient des bureaux culturels et de commerce dans plus de 60 pays, avec lesquels elle n’a pas de relations officielles pour représenter les intérêts taïwanais.

De fait, la diplomatie de Taïwan est essentiellement basée sur ses liens économiques. Elle peut se résumer en une phrase prononcée par le Président Ma Ying-Jeou5 : « D’un côté, nous cherchons à renforcer nos échanges avec la Chine, et de l’autre, nous travaillons à la conclusion d’accords de libre-échange avec d’autres partenaires commerciaux ».

En 1994, a été signé le plus important accord pour les relations économiques entre Taïwan et les États-Unis, le Trade and Investment Framework Agreement (TIFA). Suspendu en 2007 (dispute pour l’entrée de porc et de bœuf américain), cet accord a été repris en 2013. 5 autres FTAs6 ont été ratifiés : Panama en 2004, Guatemala en 2005, Nicaragua, Salvador et Honduras en 2008.
Les relations avec la Chine se sont amplifiées avec la mise en place de liaisons directes aériennes, maritimes et postales et la permission pour les touristes chinois de visiter l’île (+2,5 millions en 2012). Depuis 2008, Taïwan et la Chine ont signé 16 accords dont l’ECFA7 en 2010, qui a créé un cadre institutionnel – coopération financière, sécurité sanitaire, propriété intellectuelle – visant à normaliser leurs relations commerciales. Cette détente a aussi permis aux pays tiers de promouvoir échange et coopération avec Taïwan sans provoquer Pékin. C’est dans ce contexte que l’Union Européenne favorise l’entrée sans visa aux taïwanais, elle est suive par 80 états. Enfin la détente à attirer les capitaux internationaux ; les grandes entreprises peuvent investir à Taïwan et exploiter le marché chinois à partir de l’île.

En septembre 2011, Taïwan et le Japon signent le BIA8 qui permet la libéralisation des échanges en matière d’investissement.

En 2012, est signé un accord sur les investissements avec la Chine.

Toujours dans le domaine économique, en 2013, des accords sont signés avec la Nouvelle Zélande et Singapour.

Un accord sur les servies avec la Chine est un suspens depuis juin 2013.

Taitra, agence en charge du développement du commerce extérieur de Taïwan a organisé le 18 février 2014 le départ d’une mission pour la Tunisie, l’Égypte, le Burkina-Faso, et l’Ouganda. Il s’agit de la délégation commerciale 4 Afrique. Ces 4 pays représentent un marché de 150 millions de personnes. La délégation comprend les représentants d’une vingtaine d’entreprises, surtout des PME. Taïwan va également participer à la biennale au Burkina-Faso, Africallia 2014. En 2012, l’île avait été le seul pays d’Asie à participer à cet événement. Le continent africain est une cible prioritaire pour les entreprises taïwanaises car c’est là-bas que l’on enregistre les plus fortes croissances économiques dans le monde après l’Asie.
Plus largement, Taïwan est membre de la Banque Asiatique de Développement sous le nom de Taipei Chinoise, et du forum de Coopération Économique pour l’Asie Pacifique APEC. Il est également observateur à l’Organisation de coopération et de développement économiques OCDE.

En tant qu’économie indépendante, Taïwan est devenue en janvier 2002 membre de l’OMC « territoire douanier séparé de Taïwan, Penghu, Kinmen et Matsu », nom souvent raccourci en « Taipei Chinoise ».

D’ici la fin 2015, un accord de libre de libre-échange devrait être conclu dans le cadre de l’ASEAN (RCEP9) et Taïwan devrait rejoindre le Transpacific Partnership avant 2020 dans le cadre de l’APEC.

En conclusion

Taïwan est un pays qui, malgré des difficultés d’ordre géographique et politique, arrive à être un acteur important de la communauté internationale. Modèle de démocratie pour la région, l’île assure sa défense face à la menace chinoise en misant tout sur l’économie comme arme diplomatique. Paradoxalement, la Chine, bien qu’incontournable sur la scène politique au niveau mondial, base elle aussi très fortement sa diplomatie sur sa puissance économique.

A l’heure actuelle, bien que la politique du Président Ma semblait rapprocher fortement les deux rives du détroit de Taïwan, l’actualité montre que le chemin d’une réunification n’est ni simple, ni inéluctable. Avec l’accord sur la libéralisation des services entre Taïwan et Pékin, le Président Kuomintang pensait que les bénéfices économiques présentés permettraient sans effort l’adoption du texte par le Yuan Législatif10.

Néanmoins, l’occupation depuis plusieurs semaines, par les étudiants taïwanais du parlement à Taipei, symbolise le refus d’une partie de la population de brader la démocratie et les intérêts de l’île au libre- échange potentiellement dangereux pour la souveraineté de fait du pays. Pour certains taïwanais, ce genre d’accord créerait une dépendance trop forte à la Chine, et la crainte de se faire aspirer comme Hong-Kong et Macao est palpable. La Révolution des Tournesols est unique dans l’histoire de Taïwan, et les 500.000 manifestants dans les rues de la capitale montrent que la question des relations Taïwan-Chine reste plus que jamais au cœur des préoccupations des habitants, mettant en avant la nécessité pour l’île d’être une puissance géoéconomique afin de conserver le statu-quo cher à la majorité de la population.

Jean-Laurent FRANCESCHI

1 台商 tái shāng : hommes d’affaires de Taïwan
2 两头在外 liǎng tóu zài wài – Théorie de Zhao Ziyang
3 国民待遇 guó mín dài yù
4 优惠 yōu huì
5 马英九 Mǎ Yīng-Jiǔ – Membre du parti KMT, Président de la République de Chine depuis 2008
6 Free Trade Agreement 7 Economic Cooperation Framework Agreement 8 Bilateral Investment Agreement
9 Regional Comprehensive Economic Partnership

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Edito : Les dérives du traitement de l’émotion populaire par la Loi http://www.infoguerre.fr/edito/edito-les-derives-du-traitement-de-lemotion-populaire-par-la-loi/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-les-derives-du-traitement-de-lemotion-populaire-par-la-loi/#comments Fri, 25 Jul 2014 14:31:05 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5489 Articles similaires :
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propagande-webLe non lieu prononcé fin mai 2014 dans l’affaire du naufrage du Bugaled Breizh, exacerbe les tensions.  Après dix années de procédure, les circonstances de la disparition des cinq membres d’équipage du chalutier breton restent une énigme. Mais ce qui provoque l’étonnement, c’est le combat  porté par  l’association « SOS Bugaled Breizh » créée par Jacques Losay en novembre 2013. En effet au-delà du soutien aux proches des marins disparus, l’objectif est « de promouvoir la réforme de nos Constitutions en vue d’assurer une meilleure protection des citoyens dans les procès impliquant des agents des forces armées ou de l’Administration… » . Et cette demande a trouvé un écho auprès de la sénatrice Leila Aichi  qui précise qu’une réflexion sur la levée « du secret défense » doit être engagée. Pour elle, « la transparence doit aujourd’hui prévaloir sur la raison d’Etat » avec par exemple la mise en place d’une responsabilité sans faute de l’Etat.
Comment peut-on passer d’un accident de pêche, aussi terrible soit il, à une demande de réforme de nos constitutions et institutions ? Ce n’est pas la première fois que cela se produit. Cette affaire illustre parfaitement une tendance apparue depuis une vingtaine d’années qui veut qu’à chaque drame médiatisé, une réponse législative est proposée suivant le modèle : « un drame, une Loi ». Après le Bugaled Breizh, nous verrons que trois autres exemples permettent de mieux comprendre ce type de mécanique.  

La polémique sur le naufrage du chalutier Bugaled Breizh
Dès le 16 janvier 2004, lendemain du naufrage du Bugaled Breizh, la Préfecture maritime de l’atlantique indique qu’un exercice sous marin de l’Otan est en cours, mais qu’il a débuté le matin même, donc un jour après la perte du chalutier. De plus aucun des sous marins en plongée et participant n’était à moins de 60 kms du lieu du drame, ce que confirmeront les cartes fournies par les différentes autorités maritimes sollicitées. Le « Bureau Enquêtes après Accident de Mer » (organisme public) ouvre une enquête dès le 17 janvier et une inspection sous marine de l’épave est diligentée le 18 janvier. La thèse d’une collision avec le porte-containeurs Seattle Trader est alors présentée comme la plus probable par les juges d’instruction  nommés et le secrétaire d’Etat aux transports et à la mer, M Dominique Bussereau. Tout semble donc avoir été mis en œuvre très rapidement afin de comprendre les circonstances du naufrage. Six mois plus tard la piste du porte-containeurs, à laquelle les familles n’ont pas vraiment cru, se révèle fausse. Dès lors, l’affaire va prendre une tournure désastreuse. Des journalistes révèlent que le jour du naufrage et dans sa zone se déroulait, comme chaque semaine, un  « Thursday War », exercice britannique de sous marins. Les autorités françaises sont accusées par les familles d’avoir tu cette information capitale et de refuser de communiquer les journaux de bords des sous marins, alors même qu’elles se sont engagées à collaborer. Dans le milieu des marins, dès le départ,  la thèse d’un accrochage avec un sous marin apparait comme la plus vraisemblable. Entre 1987 et 1991, le ministère de la défense a répertorié quatre accrochages entre chalutiers et sous marins français, onze depuis 1971. Pourtant le BEA mer conclut en novembre 2006 à un accident de pêche dû à « une croche molle ». L’exaspération et les soupçons grandissent chez les familles des marins, tandis que l’Ifremer réfute cette théorie en décembre 2007 et que les juges concluent, contre l’avis du Parquet,  que la croche avec un sous marin est « l’hypothèse la plus sérieuse en l’état du dossier ».  Les médias se sont emparés de l’affaire et pointent, y compris dans un livre (« Le Bugaled Breizh : secrets d’états autour d’un naufrage », de Laurent Richard et Sébastien Turay), les incohérences du dossier, laissant planer la théorie du complot. Certains, comme le journaliste Daniel Schneidermann fustige la manière dont JT et télévisions ont soutenu « les délires de persécution des familles ». Pourtant  l’émoi des familles, relayé par l’écrivain Yann Queffelec, gagne progressivement la classe politique alertée sur ce combat pour la vérité du faible contre le fort. En cause, la « Grande Muette » et le ministère des Armées qui s’abriteraient derrière la séparation des pouvoirs et le « secret défense » y compris étranger pour justifier leurs réserves quant au dossier. La résistance s’organise avec des projections régulières,  notamment au Sénat, du film « The Silent Killer » réalisé par Jacques Losay, le beau père du fils de l’un des marins naufragés, Georges Lemetayer. Le Ministre des Armées, M Le Drian est plusieurs fois interpellé par des députés et sénateurs. Il faudra attendre août 2013 pour qu’une clarification soit faite par son ministère révélant que les journaux de bords des sous marins nucléaires français ont été donnés aux juges d’instruction dès novembre 2005. Les avocats des familles qui les réclamaient depuis plusieurs années ne le savaient pas et la seconde équipe de juges d’instruction ignorait leur présence dans le volumineux dossier.  Incompréhension mutuelle qu’une simple communication aurait pu éviter ? Mais il est trop tard pour gommer l’impression de mépris  produit par le mutisme des autorités, d’autant plus que la procureure, Brigitte Lamy, relayant les conclusions de deux nouvelles expertises écarte l’hypothèse d’une croche avec un sous marin, a fortiori avec le sous marin britannique suspecté, le Turbulent. Les familles sont dès lors persuadées que la révélation de la vérité est entravée par «  le secret défense » et le souci diplomatique d’épargner notre allié.  Face aux menaces de clôture de l’instruction qui ressurgissent, Jacques Losay crée en juin 2013 le site officiel du Bugaled Breizh, puis en novembre 2013  l’association « SOS Bugaled Breizh ». Au-delà du soutien aux proches des marins disparus, l’objectif est « de promouvoir la réforme de nos Constitutions en vue d’assurer une meilleure protection des citoyens dans les procès impliquant des agents des forces armées ou de l’Administration… » . Et la demande, relayée par la sénatrice Leila Aichi, d’une réflexion sur la levée « du secret défense » et la mise en place d’une responsabilité sans faute de l’Etat a officiellement été exprimée lorsque M Le Drian a reçu les familles en mars 2014. La députée Annick Le Loch à l’initiative de cette rencontre, retient la clarté de  l’action du Ministre et sa volonté que la lumière soit faite.
Le 26 mai 2014, les juges prononcent une ordonnance de non lieu au motif qu’ils n’avaient aucun élément pour connaitre l’origine de l’accident du 15 janvier 2004. Ils  indiquent qu’à leurs yeux l’hypothèse d’un secret d’Etat relève d’un « fantasme savamment entretenu ». Les avocats des familles qualifient d’indécent le non lieu et déclarent immédiatement qu’ils vont faire appel et relancer la procédure initiée en Grande Bretagne. Sur le site de l’association, les motifs du combat ont désormais un sens plus général que précédemment : « le but est double, continuer le combat pour la vérité et d’obtenir la réforme de notre système judiciaire pour une meilleure protection des citoyens ».Le président de l’association, Dominique Launay, souligne le caractère « universelle » de l’association et rapporte que « des parlementaires » (non nommés) ont compris l’enjeu de leur combat et seraient prêts à travailler à l’élaboration d’un texte législatif instituant une « responsabilité sans faute » . « L’association… entend mobiliser toutes les énergies pour parvenir à cette avancée qui manque à notre démocratie ». Outre le fait qu’il existe déjà en droit administratif français depuis deux siècles une responsabilité de l’administration sans faute pour les risques courus par les tiers, sous réserve de  prouver l’implication de l’administration, on peut s’interroger sur le lien entre la survenance d’un drame et les velléités d’en tirer une loi. Trois autres « affaires » illustrent cette récurrence.

Le débat sur le coût des soins aux handicapés
En 1983, Nicolas Perruche vient au monde lourdement handicapé. Sa mère a contracté pendant sa grossesse une rubéole qui n’a pas été correctement diagnostiquée. Dans le cas contraire, la famille aurait fait pratiquer une IVG, l’enfant à venir ne pouvant qu’être atteint de très lourds handicaps. Après 11 ans de procédure, la Cour de Cassation en Assemblée plénière, dans un arrêt du 17 novembre 2000, consacre le droit pour un enfant à être indemnisé de son propre préjudice, résultant du handicap provoqué par les fautes retenues (erreur de diagnostique). Cette décision provoque un vif émoi, la Cour de Cassation étant accusée d’avoir considéré le seul fait d’être né comme un  préjudice. L’UNAPEI (première fédération d’associations françaises de représentation et de défense des intérêts  des personnes handicapées) reproche à la Cour une approche technique du cas, dénuée de toute « considération éthique ». La haute juridiction, qui en l’espèce répare non pas la vie reçue, mais le handicap qui génère un dommage pour Nicolas, est également vivement critiquée par les praticiens et le monde médical. Le débat dépassant la responsabilité médicale pour être étendu aux questions du handicap, de l’eugénisme et de l’avortement entraine de vives réactions. Le CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français) condamne ce qui est d’après lui une obligation de résultat dans la pratique du diagnostique prénatal et les conséquences délétères qui en découleront, comme la baisse annoncée du nombre de vocation. Roger Bessis, le Président du Collège Français de l’Echographie Fœtale , CFEF,  se faisant le porte-parole de ses collègues,  parle « d’un véritable cataclysme ». Il refuse que les médecins soient rendus responsables « des erreurs de la nature » et dénonce la tentation de conseiller au moindre doute aux parents un avortement médical. La profession menace de cesser le suivi prénatal. Le CFJD, (Centre Français pour la Justice et les Droits fondamentaux), branche française d’une association américaine (ACLJ) à la pointe du combat des  « pro-life », revendique le lobbying fait auprès des sénateurs et députés pour qu’une loi « anti Perruche »  soit votée. Le 3 décembre 2001, Jean François Mattéi propose une  loi spécifique concernant l’indemnisation de tels cas. Reprise par la Loi Kouchner du 4 mars 2002, devenue l’article  L 114-5 du code de l’action sociale et des familles, la loi déclare qu’il n’est pas possible d’être indemnisé pour le préjudice d’être né et pose le principe selon lequel le coût des soins aux handicapés devrait être pris en charge par la solidarité nationale. Comme le spécifie Bernard Kouchner, qui relève que la presse et les commentateurs ont dénoncé l’arrêt en parlant d’eugénisme, de discrimination, d’handiphobie,  « ce projet de loi est né de cette émotion ». Mais votée dans l’urgence afin de mettre un terme au débat public qui a entouré la position de la Cour de Cassation, la loi n’a pas supprimé le malaise des praticiens qui appellent toujours à une réflexion plus approfondie sur les pratiques qui entourent la naissance. Elle a valu à la France en octobre 2005, deux condamnations de la Cour Européenne des droits de l’homme, à l’unanimité des 17 juges formant la grande chambre, pour l’application rétroactive de la loi « anti-perruche » aux affaires en cours à l’époque. La Cour n’a pas manqué de souligner également le fait que depuis 2002, l’engagement de l’Etat de prendre en charge le coût lié à une naissance handicapée n’avait pas été tenu . Après l’introduction en mars 2010  d’une  « question prioritaire de constitutionnalité », le Conseil Constitutionnel a quant à lui  sanctionné partiellement la loi, pour sa portée rétroactive qui violait l’un des grands principes généraux du droit. .  

La controverse sur la récidive
Autre drame, autre Loi. Le 16 novembre 2011, Agnès Marin âgée de 13 ans est violée, tuée et son corps est brulé par un camarade du pensionnat dans lequel elle suit sa scolarité. Très rapidement appréhendé, le suspect lui-même mineur, se révèle être l’auteur un an auparavant d’un autre viol, dont le mode opératoire est le même. Arrêté après ce premier crime, Matthieu est incarcéré trois mois et demi, puis il bénéficie d’une liberté conditionnelle assortie d’un contrôle judiciaire compte tenu d’une expertise psychiatrique favorable. Le meurtre de la jeune Agnés va dès lors susciter  une vive émotion et une polémique non moins vive sur la récidive,  le suivi des délinquants et la validité des expertises psychiatriques. Les parents et grands parents d’Agnès voudraient que le procès de son meurtrier soit celui des « dysfonctionnements ». Ceux de la justice, des experts et du Lycée qui n’ont pas creusé la question des antécédents avant d’admettre Matthieu. Sept jours après le drame, Jean Marie Angelini, responsable de l’unité de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) chargée de suivre l’adolescent témoigne du caractère très particulier et exceptionnel de Matthieu. Alors qu’il travaille depuis 40 ans à la PJJ, c’est la première fois qu’il rencontre un jeune qui commet de tels actes. Pourtant les medias reflètent l’opinion générale d’une mort qui aurait pu être évitée. Dès le 21 novembre 2011, le ministre de l’intérieur fustige le dysfonctionnement et déclare qu’une réforme de la justice des mineurs et de l’ordonnance de 1945 devra être une des priorités après les élections présidentielles et législatives à venir. Et le 30 novembre, un amendement législatif est adopté en conseil des Ministres pour améliorer les conditions d’évaluations de la dangerosité des jeunes et rendre obligatoire le placement en centre éducatif fermé des jeunes auteurs de faits graves. Pourtant des voix s’élèvent pour douter de l’efficacité de la Loi votée dans l’urgence. Ainsi, Jean Pierre Rosenczveig, Président du Tribunal pour enfants de Bobigny,  dans le blog qu’il anime dans les pages web du Monde, fustige la règle du « un drame, une loi ». Il décortique les mesures annoncées et conclut sur le fait « qu’une Loi ne suffira pas à régler les problèmes soulevés par le drame de Chambon–sur-Lignon » et « qu’il ne faut pas répondre avant d’avoir analysé». Il n’est pas le seul à s’inquiéter. Dès novembre 2009, Christophe Regnard, Président de l’Union Syndicale des magistrats, lors du congrès de l’USM, interpelle la Ministre de la Justice et les parlementaires : «  dans le même temps, il suffit de quelques faits divers tragiques et médiatisés  pour que des pans entiers du Droit s’effondrent pour que des principes qui fondent la tradition démocratique de notre pays soient remis en cause ». Il dénombre de 1998 à 2009 pas moins de 10 lois qui modifient le code de procédure pénale.

Les incohérences sur l’indemnisation des victimes
Autre drame, autres lois. En février 2007, Irène Frachon, pneumologue à Brest alerte l’Afssaps sur les risques d’accidents cardiaques liés à la consommation du médicament commercialisé sous le nom de Médiator par les laboratoires Servier. L’antidiabétique, utilisé comme coupe faim, est retiré par les laboratoires  Servier des marchés suisse (1998), espagnol (2003) et italien (2004), officiellement pour des raisons commerciales, mais son principal composant, le benfluorex est interdit en France dans les préparations pharmaceutiques dès 1995. Il faudra cependant attendre le 30 novembre 2009 pour que l’antidiabétique soit retiré du marché, alors que l’Afssaps avait émis en 2007 une simple recommandation de ne pas l’utiliser comme coupe-faim.  En octobre 2010, la CNAM conclut une étude, réalisée auprès d’un million de diabétiques, en constatant  une multiplication par quatre du nombre de valvulopathies chez les patients traités avec le Médiator tandis que l’Inserm et l’épidémiologiste Agnés Fournier, chiffrent le bilan portant sur la période de 1976 à 2009 ( dates de début et fin de commercialisation du médicament) à 1300 morts et 3100 hospitalisations, tout en précisant « qu’il s’agit vraisemblablement d’une sous-estimation » . Jacques Servier, fondateur des laboratoires, se défend : « C’est à se demander si cette affaire est une fabrication ». Le but serait « d’embêter le gouvernement ». Mais  les révélations se succèdent.
Face à l’ampleur du désastre sanitaire qui s’annonce, le Ministre du travail, de l’emploi et de la santé Xavier Bertrand  saisit le 29 novembre 2010, l’inspection générale des affaires sociales d’une mission d’enquête relative au Médiator. 6 semaines plus tard, les conclusions relèvent la lourde responsabilité des laboratoires Servier qui ont dès l’origine poursuivi le positionnement du Médiator comme coupe-faim, en décalage avec sa réalité pharmacologique. Mais l’IGAS condamne également le comportement de l’Afssaps qui a été « inexplicablement tolérante à l’égard d’un médicament sans efficacité thérapeutique réelle »,  tout en fustigeant le système de pharmacovigilance qui s’est montré « incapable d’analyser les graves risques apparus en termes de cardiotoxicité du Médiator ».
Suite à ce rapport, Xavier Bertrand promet en janvier 2011 une réforme du système de pharmacovigilance.  Dès juin 2011, un projet de Loi est déposé, qui deviendra le Loi du 29 décembre 2011 relative au renforcement sur la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé. Ce texte réforme l’Afssaps qui devient l’ANSM, l’agence Nationale de Sécurité du Médicament et sera désormais financée par l’Etat, afin d’éviter tout soupçon de collusion. Ses prérogatives seront modifiées. Une déclaration d’intérêt publique pour tous les acteurs de la santé est instituée. Elle permettra de mettre à jour leurs liens éventuels avec les industries pharmaceutiques.   Une révision complète de la pharmacopée accompagnera la loi, afin de simplifier et rationaliser l’existant. Enfin un professionnel de la santé qui alerterait les pouvoirs publics, sera protégé de toute sanction ou discrimination, en particulier de la part de son employeur. En parallèle, la Loi du 29 juillet 2011 et le décret du 1 août 2011 mettent en place un nouveau dispositif géré par l’Office National d’Indemnisation des accidents médicaux (l’ONIAM). Le dispositif prévoit la création d’un collège d’experts qui évaluera le préjudice subit par les victimes du Médiator, afin de faciliter l’indemnisation et gérera le fond créé à cet effet.
Pourtant, si les mesures prises sont énergiques et le discours volontariste, quelques mois plus tard un second scandale sera dénoncé par les associations d’aide aux victimes (Cadus et Avim). En effet, en décembre 2012, dans une conférence de presse organisée dans les locaux du journal « Prescrire » et en présence du Dr Iréne Frachon, Jacqueline Houdayer (Présidente de Cadus) et Dominique Courtois (Président de l’Avim) dénoncent les pratiques du Comité d’experts mis en place par la Loi. Présidé par Roger Beauvois, par ailleurs Président de la Chambre honoraire de la Cour de Cassation, le collège se montre très strict quant aux preuves que doivent apportées les victimes, trop strict.  Et contrairement aux déclarations des deux ministres de la Santé  successifs,  Xavier Bertrand et Marisol Touraine, le doute ne bénéficie jamais à la victime. Dès le 3 octobre 2012, le journal Le Parisien affirmait que 85% des dossiers des victimes seraient jugés irrecevables.
Ces chiffres ressortaient de l’examen de 831 dossiers médicaux  traités (sur les 7500 dossiers parvenus  aux experts chargés du fond d’indemnisation) et s’appuyaient sur les déclarations du Président de l’ONIAM, Dominique Martin. Celui-ci prenait position dès la mise en place du fond pour la nécessité d’un lien de causalité clairement établi entre les dommages fonctionnels et la prise du Médiator. Or dans certains cas, les preuves sont difficiles à apporter aussi explicitement. En juin 2013, le nouveau Président du collège d’experts, lui aussi magistrat, apportera un assouplissement significatif dans le traitement des dossiers. Déclarant s’appuyer sur la jurisprudence la plus récente (2008), il indique qu’il sera possible d’indemniser les victimes sur la base de présomptions, pourvu qu’elles soient graves, précises et concordantes. Comme le résume Irène Frachon : « deux ans de bataille ….. Auparavant le doute ne profitait pas à la victime, ce qui est un contresens : la loi de 2011 est une loi de solidarité et de réparation, pas une loi votée pour infliger un deuxième calvaire en exigeant des preuves impossibles à fournir. Parvenir à trouver un lien de causalité certain, c’est juste irréalisable ; mais une forte présomption d’imputabilité est en réalité dans le raisonnement médical l’équivalent d’un lien direct et certain ».
Malgré cette avancée, Jacqueline Houdayer rappelle toutefois que pour chaque avis d’indemnisation positif, les experts font « une évaluation du préjudice subi » mais celle-ci n’est  « pas chiffrée ». Et c’est ensuite à Servier de faire une proposition d’indemnisation à la victime. Dès lors « cela reste un problème, car si la victime refuse l’offre de Servier, elle se met dans une situation difficile : elle doit tout reprendre seule et payer tous les frais de dossier. C’est pour cela que toutes les victimes acceptent ».  Ainsi, malgré la Loi, il revient au fautif de fixer l’indemnisation de sa victime.
Quant à la Loi sur la Sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé, elle n’empêchera pas début 2013,  que l’affaire des pilules de 3éme et 4éme génération, baptisée « l’affaire Diane 35 », donne l’impression d’être une variante de l’affaire du Médiator. Initialement retirée du marché en 2013 pour une utilisation en tant qu’anti acnéique, non conforme à son autorisation de mise sur le marché,  qui aurait entrainé des décès,  Diane 35 sera réintroduite en 2014 après une condamnation de la France par la Commission européenne. Le gouvernement,  s’appuyant sur  les avis de l’ANSM avait appliqué le principe de précaution. Il sera critiqué pour sa gestion anxiogène de l’affaire.  

L’instrumentalisation de la Loi
Guy Carcassonne, éminent professeur de Droit Public rappelle : « Pour penser la Loi il faut du temps ». Et il déplore que trop souvent, les drames engendrent des Lois. « Légiférer est devenu un réflexe, souvent conditionné par la télévision. Tout sujet d’un vingt heures est virtuellement une loi. Un fait divers quelconque, mais aussi un problème tangible provoquent une démangeaison législative plus ou moins rapide. La loi est une réponse, à défaut d’être une solution. On légifère d’abord puis, rarement et seulement si on n’a rien de plus rentable à faire, on réfléchit ensuite. »
Il est rejoint dans cette vision sévère du travail législatif par d’autres juristes : « Les Lois doivent tenir compte des besoins de la société pour s’y adapter. En revanche, ce qui est préjudiciable à l’Etat de droit et à la sacralité de la Loi au sens générique du terme reste et demeure la banalisation et la succession des initiatives législatives, sans même prendre le temps et le soin d’évaluer sereinement,  donc objectivement, l’impact des précédentes initiatives. »  Jean Baptiste Kleberson.  Et si l’explication venait du fait que la Loi n’est plus aujourd’hui un acte normatif pensé et muri dans l’optique de gouverner la Cité, au sens grec du terme, mais davantage une mesure de gouvernement conçue pour juguler nos peurs et nos colères ?

Isabelle Lhermite

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Edito : La propagande à l’heure du Web http://www.infoguerre.fr/edito/edito-la-propagande-a-l-heure-du-web/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-la-propagande-a-l-heure-du-web/#comments Fri, 18 Jul 2014 12:36:04 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5485 Articles similaires :
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propagande-webPeut-être avez vous remarqué sur vos journaux en ligne que les articles sur le conflit israélo-palestinien de ces derniers jours étaient largement commentés et parfois de façon assez virulente. Les modérateurs des médias en ligne sont en tout cas sur le pied de guerre pour ne pas laisser passer trop de propos incitant à la haine ou illégaux. Sur les médias participatifs, les commentaires sont beaucoup plus nombreux et beaucoup plus virulents car souvent modérés à postériori et par l'ensemble de la communauté. C'est le cas d'Agoravox, par exemple, où le sujet pro ou antisioniste revient d'ailleurs très souvent dans les commentaires, et ce, quel que soit le sujet de l'article.

Mais il semblerait pourtant que ces commentaires ne soient pas tous spontanés et que nombre d'entre eux soient quelque peu aidés voire suscités … Il s'agirait en effet plus d'actions de propagande que de commentaires spontanés. La propagande consiste à organiser "ce qui doit être propagé", il s'agit d'un ensemble d'actions menées auprès de la population, afin de l'influencer. Ainsi, ces actions se distinguent des initiatives spontanées car elles sont préparées et coordonnées tout comme elles différent des actions de publicité et de marketing qui visent à promouvoir un produit ou une marque commerciale (parfois avec les mêmes procédés …) Le succès d'une propagande réside tant dans les actions menées, les contenus diffusés que dans la discrétion de l'organisation et des dispositifs mis en place.

Une école israélienne, IDC Herslia – Raphael Recanati  International School, se targue d'avoir mis en place une war room (appelée advocacy room) pour défendre en ligne les intérêtes d'Israël et publier des commentaires, articles, etc. Cette cellule de crise est montrée par un des étudiants qui a mis en ligne une vidéo.

Depuis plusieurs années un groupe d'étudiants, Israël Under Fire qui réunit sur sa page Facebook plus de 60.000 fans propose "des articles, images, gifs, témoignages et bien plus encore, que vous pourrez partager et télécharger afin de propager le bon mot", "sans aucune propagande, (…) surenchère ni de mensonge". Cela s'inscrit dans la stratégie de "Hasbara" initiée par le Ministère des affaires étrangères israélien qui propose des cours en ligne d'explication ou d'éclaircissement pour défendre le point de vue et la politique de l’État d’Israël auprès de l’opinion publique internationale.

Si nous n'avons pas clairement identifié de dispositif similaire du côté palestinien, les résultats de campagne de désinformations sont visibles sur le Net. Vous trouverez ainsi une photo d'une petite fille déchiquetée et dont la légende attribue la mort à un raid de l'armée de l'air israélienne. Cette image provient pourtant d'un film (The Final Destination).

Il existe aujourd'hui plusieurs façons de mener de la cyber-propagande : Former des activistes déjà actifs ou non, disposant déjà de réseau d'influence ou pas ; Leur expliquer comment fonctionnent les réseaux, les persona et les signatures, les sensibiliser sur les pièges à éviter (traces laissées en ligne, IP, avatars, adresses mails, redondance syntaxiques, etc.) et les former sur le contenu à diffuser. Si le panel des activistes est varié vous obtiendrez une armée de rédacteurs diffusant des contenus variés (commentaires, articles, vidéos, images, …) avec leur style, leur origine géographique, leur histoire, etc. Ces réseaux ainsi créés sont très difficilement détectables, car une fois chaque individu formé, il repart sans aucun lien avec les autres. Parfois, des sites internet, des forums ou groupes de discussions fermés ou encore des échanges de mails diffusent à tous quelques instructions ou actions à mener. Mais cela multiplie les risques de rendre visible le réseau en créant des point de connexion entre les membres. Ce type de réseau est très difficilement contrôlable puisque composé d'internautes indépendants minimisant les rencontres ou les échanges.

Une autre possibilité est de rassembler en un même lieu, une war room, des activistes venant d'horizons différents et d'influences variées. Le principal avantage de cette solution est créer une synergie, rassembler ses forces en multipliant les échanges entres les membres présents sans que ces connexions soient visibles sur le web. Plusieurs équipes voient souvent le jour dans ces war-room : veille, production de contenu, traduction, graphisme et retouche d'images, diffusion et influence, attaque et dénonciation, etc. La seule précaution à prendre est de rendre cette war-room la plus discrète possible. Tout d'abord en veillant à ce que toutes les publications ne viennent pas de la même adresse IP mais aussi en tâchant de ne pas ébruiter le procédé pour éviter, comme évoqué plus haut, que son efficacité ne soit atteinte.

En conclusion, la propagande ne s'est donc jamais arrêtée, elle est facilitée par l'ère numérique et la démocratisation de l'accès à l'information. Hier, le citoyen accédait à l'information par le biais d'intermédiaire (les médias notamment) qui faisait un travail de vérification et de recoupement de l'information (Ne soyons pas trop sévère, quelques journaliste le font encore aujourd'hui). De nos jours, l'internaute cherche par lui même l'information, sans avoir été formé, comme l'étaient les documentalistes pour trouver les sources pertinentes avec des méthodes efficaces via des outils professionnels, ni comme le sont les journalistes pour recouper l'information. L'internaute utilise des outils (voire un seul) qui fonctionnent sur le bruit et non sur la pertinence. Ces moteurs ne font donc que renforcer les actions de propagande.

(vous pouvez retrouver cet article sur http://fjb.blogs.com/)

François JEANNE-BEYLOT

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Edito : La conflictualité clausewitzienne en guerre économique http://www.infoguerre.fr/edito/edito-conflictualite-clausewitzienne-en-guerre-economique/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-conflictualite-clausewitzienne-en-guerre-economique/#comments Thu, 03 Jul 2014 09:24:19 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5470 Articles similaires :
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Carl_von_ClausewitzCarl Von Clausewitz (1780-1831), général de l’armée prussienne, occupe une place particulière parmi les auteurs militaires. Son Traité De la guerre, paru en 1832, conserve une étonnante modernité, tant sur le plan de la pensée militaire théorique qu’au titre de la stratégie économique des puissances actuelles. Examinons ici en quoi la doctrine stratégique élaborée par Clausewitz peut nous éclairer sur la conflictualité dont est empreinte la guerre économique qui se joue à notre époque.

La guerre, qu’elle soit de nature économique ou militaire, peut être définie par sa finalité. Clausewitz nous apprend qu’elle est un duel, « un acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté », en commençant par désarmer l’ennemi. D’autres auteurs évoquent « la capacité de plier l’autre à sa volonté » à travers des axes de conquête et de domination. Nous constatons donc que les finalités de l’une et de l’autre se rejoignent, se superposent, et que s’exprime dans les deux domaines « la collision de deux éléments fondamentalement destructifs » (chapitre 2 de l’esquisse du livre VIII relatif au plan de guerre).

Clausewitz précise que, si le désarmement de l’adversaire est l’objectif théorique des opérations de guerre, des objectifs intermédiaires sont toutefois assignés aux belligérants : destruction des forces ennemies (soit pour anéantir l’adversaire principal, soit pour lui faire sentir notre supériorité), conquête de ses provinces (pour le priver de ressources), action politique visant à agir sur ses alliances (et conduisant parfois à leur retournement). La définition et la réalisation de ces buts intermédiaires vont inspirer les décisions et actions des décideurs économiques et stratégiques des entreprises, celles qui toucheront in fine le centre de gravité de l’adversaire et le feront vaciller, ou le mettront à terre.

En effet, de semblables situations conflictuelles sont assez aisément transposables à la guerre économique. Ainsi nous apprenions récemment que General Motors, géant américain de l’automobile, avait noué depuis plusieurs mois des contacts avec l’Iran afin de s’y réimplanter, au détriment de ses concurrents français Peugeot et Renault. Ces deux dernières sociétés travaillaient avec Iran Khodro (IKCO), constructeur automobile iranien, avant la décision occidentale d’infliger des sanctions à Téhéran pour contrer ses ambitions nucléaires. La multinationale de Detroit, voulant marquer sa supériorité sur ses concurrents, a décidé d’exporter vers l’Iran des véhicules (modèle Camaro), via l’Azerbaïdjan. La subtilité, pour ne pas dire la ruse, qu’il convient de souligner est que l’initiative commerciale de GM, appuyée politiquement par le gouvernement américain, ne viole cependant pas l’Executive Order Act 13645 signé le 3 juin 2013 par Barack OBAMA. En effet, ce décret présidentiel sanctionne toute entité étrangère qui vend ou fournit des pièces ou des services au secteur automobile iranien mais ne proscrit pas la fourniture de véhicules.
La destruction des forces ennemies (concurrentes) dont parle Clausewitz trouve ici une illustration ; Renault étant le principal opérateur étranger avec 90 000 véhicules produits en 2012, le décret américain vise clairement les intérêts de la France. En outre, le 16 juillet dernier, un puissant lobby américain (United Against Nuclear Iran) a adressé à Carlos GHOSN, Pdg de Renault, une sommation de se retirer d’Iran sous peine de sanctions américaines.

Le « théâtre de guerre » (Livre VI du Traité) dans lequel les entreprises françaises essaient de tirer leur épingle du jeu a préalablement subi plusieurs offensives orchestrées par GM (à moins que ce ne soit par l’administration américaine ?) : pour sensibiliser les Iraniens à son retour, le constructeur automobile s’est offert en 2012 une campagne de publicité dans plusieurs journaux iraniens, via un grand cabinet d’avocats d’affaires internationaux. D’autre part, très discrètement, des cabinets américains de chasseurs de têtes ont approché des cadres binationaux en Iran (y compris le Franco-iranien représentant Renault), probablement dans l’intention de se constituer une « armée » opérationnelle au cœur de ce marché porteur.
Clausewitz aurait pu voir dans ce type d’actions (lobbying, publicité, pré-recrutements) des formes variées d’emploi des corps avancés, qui « non seulement obligent l’ennemi à se découvrir mais permettent aussi de gagner du temps (…) L’efficacité des corps avancés consiste dans leur présence plutôt que dans la force réellement déployée qu’ils représentent, dans la possibilité des engagements qu’ils pourraient livrer plutôt que dans ceux qu’ils livrent réellement » (Livre V, chapitre 8).

Le jeu en sous-main de l’administration américaine dans cette offensive est pourtant clair et doit nous alerter sur les points suivants :

  • Les ententes diplomatiques (entre Etats) et économiques (entres sociétés commerciales) évoluent au gré des intérêts propres de chaque belligérant/concurrent ; les affrontements économiques ne connaissent pas de règles intangibles. Exemple : en 2009, l’Allemand Siemens rompt subitement avec son partenaire français Areva pour s’allier avec le russe Rosatom.
  • Les Etats font corps avec leurs entreprises ressortissantes pour les aider à conquérir de nouveaux marchés ou à maintenir leur avantage compétitif face à la concurrence étrangère. « Chaque Etat est comme une grande entreprise » disait l’ancien président américain Clinton en décembre 1992 à Little Rock.

Ce monde économique hyperconcurrentiel prend les attributs d’une guerre totale qui concentre toutes les forces de la bataille : entre firmes multinationales (brésiliennes : Petrobras et Embraer ; chinoises : Cnooc et Petrochina ; russes : Rosneft et Gazprom), entre entreprises de taille moyenne ou modeste, entre grandes nations industrialisées (Etats-Unis, Russie, Chine…) et pays émergents voire émergés (Inde, Brésil). Les affrontements sont parfois symétriques quand les adversaires sont de force équivalente, parfois déséquilibrés quand les capacités d’actions et/ou de défense sont inégaux (guerre dissymétrique). L’infographie reproduite ci-dessous en donne une illustration.

NOMBRE~1

La guerre réelle (Livre VIII) théorisée par Clausewitz se mue en guerre économique, avec ses acteurs, ses phases, ses techniques. Les troupes sont désormais les firmes multinationales, les territoires à conquérir ou à défendre sont des parts de marchés ou des débouchés, la logistique est dorénavant matérialisée par internet, les armes tout aussi destructrices prennent la forme de boycotts, d’embargos, les opérations d’influence et de désinformation ont remplacé la ruse. Clausewitz la décrit en ces termes : « La ruse ressemble à une imposture ; elle suppose une intention dissimulée et s’oppose à l’intention droite et directe. Celui qui l’emploie laisse celui qu’il veut tromper commettre lui-même les erreurs ».
L’apport théorique du traité de Clausewitz est précieux pour ses fondements sur la nature de la guerre, ses rapports de force, ses modes opératoires. Aux décideurs de notre temps de s’en inspirer pour savoir défendre leurs intérêts et gagner les guerres d’aujourd’hui et de demain.

Pierre Vincent – Ecole de Guerre Economique

Bibliographie

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Edito : L’émergence d’une contre-culture sur le management http://www.infoguerre.fr/edito/edito-emergence-contre-culture-sur-management/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-emergence-contre-culture-sur-management/#comments Mon, 02 Jun 2014 07:58:46 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5446 Articles similaires :
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contre-culture-managementLa littérature anglo-saxonne sur le monde des entreprises est-elle en train de sortir des sentiers battus du politiquement correct ? L’ouvrage Light Footprint Management (LFM) du consultant Charles Edouard Bouée ouvre la voie à une nouvelle approche de l’approche managériale occidentale dans un monde qualifié de Volatile, Uncertain, Complex, Ambiguous (VUCA). Le monde est volatile et incertain: les évènements deviennent plus ou moins incontrôlables. La crise financière en est un exemple typique. Le changement climatique accentue les critères d’incertitude. Le monde est de plus en plus complexe à cause de la croissance des interconnections entre les chaînes logistiques et la densité des communications. Le monde est plus ambigu et rend plus difficile les procédures de contrôle. Les frontières entre les alliés et les adversaires sont de plus en plus floues. Les évènements inattendus et leurs conséquences imprévisibles sont devenus une caractéristique de notre ère.

L’auteur qui préside la branche Asie du cabinet Roland Berger Strategy Consultants, tente une fusion conceptuelle entre la doctrine militaire d’Obama et la révolution managériale chinoise.  Le thème central de l’ouvrage est l’adaptation des managers à un monde difficile et de plus en plus complexe à analyser. L’intention est louable et particulièrement intéressante dans la recherche de solutions où la légèreté et l’agilité (souvent liée à la ruse et à la capacité de sortir vainqueur d’un rapport de force) sont les qualités requises pour bâtir la vision du futur du manager et la conception des actions qui en découlent.

L’art de la guerre ne remplace pas les grilles de lecture
Le premier chapitre est un rappel du cheminement de la pensée managériale à travers les âges. Mais cette partie assez classique est intéressante car elle révèle le mode de pensée de l’auteur. Ce dernier se focalise sur ce qu’il définit comme le Multi-Unit Business Entreprise qui se développe avec la construction de l’économie de marché américaine. Mais cette approche comporte une lacune ou une omission : l’absence totale de grille de lecture sur la place qu’occupent les rapports de force économiques entre puissances conquérantes ainsi que la dimension spécifique des stratégies de nature géoéconomiques (captation des ressources et des matières premières, prise de contrôle de secteurs-clés industriels en affaiblissant les économies nationales concurrentes, contrôle des règles de l’échange, pressions monétaires, chantage financier).
Les stratégies d’accroissement de puissance par l’économie échappent aux règles du management. Les pays qui ont cherché à éviter la suprématie du monde occidental depuis le début de la colonisation ont appliqué des politiques de raccourcis dans un contexte VUCA, bien avant qu’il ne soit théorisé par les penseurs politico-militaires puis économiques du monde anglo-saxon. Pour sauver son indépendance, le Japon de l’ère Meiji a dû tenir à distance l’appétit des pays occidentaux, en gérant l’incertitude, la complexité et l’ambigüité en permanence (pressions de tous ordres, chantage aux accords pétroliers, ruse pour acquérir les techniques industrielles les plus en pointe par transfert ou par espionnage, création de nouveaux modèles de conquête commerciale comme la compagnie de chemin de fer du Mandchoukouo). Autrement dit, l’exemple de la Chine de 1978 citée à juste titre dans cet ouvrage n’est qu’un bis repetita de démarches plus anciennes.

La conduite subversive des affaires par le commandement politique
Le Parti Communiste Chinois a su tirer les leçons de la stratégie de puissance nipponne et sud-coréenne. Ce qui n’est pas analysé dans l’ouvrage de Bouée est la manière dont ces pays ont tiré profit des rivalités entre les puissances dominantes de l’époque pour se donner les moyens d’exister économiquement. Dans le même ordre d’idées, sont passées sous silence l’impact des concessions (notamment l’accès au marché nord-américain) accordées par les Etats-Unis au Japon entre la fin des années 40 et la chute du Mur pour éviter qu’il ne bascule dans le camp soviétique. Cette aide au développement des infrastructures industrielles et à la création d’entreprises compétitives a bénéficié aussi à la Corée du Sud qui met en avant le danger militaire que représente la Corée du Nord et indirectement la Chine. Les avantages commerciaux hérités des contradictions géopolitiques ne relèvent pas des techniques de management. Il serait pertinent d’en mesurer les retombées non négligeables sur la structuration des économies émergentes.
Si les managers chinois ont appris les techniques de management américaines, l’Etat chinois a su construire un modèle d’économie de marché différent de celui du monde occidental. L’approche des pays africains est conditionnée par les priorités de la Chine dans sa quête des matières premières, des terres rares et des espaces agricoles. Plus qu’une tradition mercantile, il s’agit avant tout de l’orchestration d’une politique de puissance. Le mélange de sagesse orientale, de pratiques opérationnelles occidentales et du marketing global ne suffit pas à expliquer la manière dont la Chine définit sa ligne de conduite pour tirer son épingle du jeu sur des dossiers stratégiques.

Une approche syncrétique
Ces omissions relativisent partiellement la portée de la grille de lecture que Charles Edouard Bouée formule à partir des nouvelles stratégies politico-militaires appliquées par Obama notamment dans sa stratégie de frappe de cibles terroristes par les drones : supériorité en information, frappes chirurgicales, minimum de pertes humaines, minimisation des coûts. Pour l’auteur, le management de crise est devenu le mode de management dominant.
L’approche Light Footprint Managementest est fondamentalement « guerrière » et s’inspire de l’esprit des nouvelles formes américaines de guerre militaire. Cette méthode de management prône la discrétion, une posture résolument offensive fondée sur l’attaque surprise, la capacité à rendre coup pour coup et à se faire pardonner. Comme le précise l’auteur, les entreprises LFP n’ont pas de stratégies détaillées ou de plan de bataille susceptible de tomber dans les mains d’un concurrent mais elle aura des échappatoires et ne s’inscrira pas dans la tendance actuelle de la recherche de la transparence absolue.
L’ouvrage de Charles Edouard Bouée pose les jalons d’un management syncrétique de combat. Il est à contre-courant de la littérature qui prévaut depuis des décennies sur le management stratégique. En affichant une vision aussi réaliste de la nécessité d’aller à l’affrontement, Charles Edouard Bouée brise un tabou sans le vouloir, celui de la loi du silence qui prévaut sur la nature des affrontements économiques. Centré sur la conquête de marchés par les entreprises, le Light Footprint Management intègre bien les deux dimensions du monde matériel et du monde immatériel. Il invite les chefs d’entreprise et particulièrement, celles de petite taille, à révolutionner leur mode de pensée en recherchant la souplesse de réaction et l’agilité dans l’art de la manœuvre en refusant la soumission et une pseudo pacification des échanges qui sert avant tout les stratégies des grands prédateurs.

 

Christian Harbulot

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Edito : United Against Nuclear Iran : Une arme informationnelle pour la conquête du marché iranien ? http://www.infoguerre.fr/edito/edito-united-against-nuclear-iran-arme-informationnelle-pour-conquete-marche-iranien/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-united-against-nuclear-iran-arme-informationnelle-pour-conquete-marche-iranien/#comments Fri, 02 May 2014 07:29:35 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5410 Articles similaires :
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UANIAu lendemain du voyage de prospection en Iran organisé par le MEDEF et auquel ont participé plus d’une centaine d’entreprises françaises, l’organisation United Against Nuclear Iran a lancé une campagne de dénonciations et de menaces à l’encontre des principales entreprises ayant participé à ce voyage ( France Campaign ). Cette campagne est une attaque informationnelle, assumée par l’ONG, visant à empêcher toute implantation ou prospection d’entreprise étrangère en Iran dans le but affiché du respect des sanctions internationales imposées à l’Iran. Cependant, à l’heure où l’Iran multiplie les signes de bonne volonté et de coopération à l’égard de la communauté internationale, il convient de décrypter les objectifs réels de cette organisation et son rôle dans la conquête du marché iranien.

L’offensive informationnelle par le biais d’une ONG
United Against Nuclear Iran est une ONG américaine fondée en 2008 en amont de la visite du Président Mahmoud Ahmadinejad au siège de l’ONU. Elle se présente comme une organisation de conseil non partisane à but non-lucratif dont l’objectif premier est de lutter contre l’acquisition par l’Iran de la bombe atomique. Son action vise à sensibiliser sur les risques de la prolifération nucléaire en Iran et à dénoncer les atteintes aux Droits de l’Homme du régime iranien et son financement du terrorisme international. Quatre types d’actions sont principalement menées : soutien aux ONG américaines locales souhaitant mener des actions contre le régime iranien : (« Grassroots advocacy »), lobbying politique et juridique afin de renforcer les lois et sanctions à l’égard de l’Iran (« Legislation »), publication de rapports et de données sur le régime iranien (« Ressources ») et une large campagne contre les entreprises implantées ou cherchant à s’implanter en Iran (« Corporate Campaign »).
Cette campagne qui comprend la « France campaign » actuellement en cours, s’appuie sur le principe d’action «Name and Shame » visant à dénoncer et menacer publiquement toute entreprise implantée ou ayant des projets d’implantation en Iran. Depuis la création de UANI plus de 21 campagnes ont été menées obligeant, selon le site de l’UANI, plus de 50 entreprises à se retirer ou à suspendre leurs activités ou projets d’implantation en Iran dont Shell, Caterpillar, KPMG, ABB,  Peugeot, Renault etc. Le mode opératoire de cette campagne consiste à envoyer une lettre personnalisée aux principaux dirigeants des entreprises ciblées et à communiquer publiquement et a posteriori autour de cet envoi. L’argumentaire est toujours le même. Il rappelle les sanctions internationales à l’encontre de l’Iran et dénonce les manquements aux Droits de l’Homme du régime iranien ainsi que les liens et financements  de ce dernier au terrorisme international. A travers ce qui peut apparaître comme une diabolisation de l’Iran, l’UANI souligne les risques à la réputation pour les entreprises visées et menace les intérêts et activités de celles-ci sur le territoire américain. 
Dans le cadre de la « France Campaign » lancée en février 2014, l’UANI attaque, à l’heure actuelle et selon son site, onze entreprises: Veolia, GDF Suez, Alstom, Alcatel-Lucent, Peugeot, Renault, NFM, Safran, CGA-CGM, Bureau Veritas, Aquiva. Quatre de ces entreprises ont déjà répondu à la lettre dont trois annonçant qu’elles suspendent leurs prospections ou rompent leurs contrats avec l’Iran (CMA-CGM, Bureau Veritas, Safran).  Cette ONG est ainsi suffisamment puissante pour parvenir à détourner nombres d’entreprise de leurs ambitions iraniennes.

UANI : Bras armé de Washington ?
Alors que les sanctions contre l’Iran ont été partiellement levées pour une durée de 6 mois le 20 janvier 2014 et qu’un accord définitif sur le nucléaire iranien permettant la levée totale de ces sanctions est attendu d’ici le 20 juillet 2014, les menaces et actions menées par cette ONG sont de nature à ralentir fortement toute pénétration française, et plus largement non-américaine, sur le marché iranien. Cet obstacle affiché pose la question de la partialité de cette organisation et des finalités réelles de son action. A ce titre, certaines sources dénoncent les relations fortes de l’ONG avec l’administration américaine et l’accuse de n’être que le « bras armé » de Washington pour la préservation des intérêts économiques américains en Iran. En effet, la direction de l’UANI est principalement composée d’anciens membres de l’administration Bush et des services de renseignement américains, britanniques et israéliens. Le président, Mike Wallace, est l'ancien ambassadeur des États-Unis à l'ONU, sous le président Georges W. Bush. Parmi les membres de son conseil consultatif, se trouve notamment James Woolsey, directeur de la CIA du président Bill Clinton et sous-secrétaire de l'US Navy sous le président Jimmy Carter; ainsi que Meïr Dagan, chef du Mossad sous trois Premier ministres d'Israël. Par ailleurs, les actions menées dans le cadre de la « Corporate campaign » visent majoritairement des entreprises non-américaines. Enfin, alors que plusieurs entreprises européennes et japonaises ont annoncé leur retrait ou la rupture de leurs contrats et prospections en Iran, certaines entreprises américaines pénètrent et se développent discrètement sur le marché iranien. En effet, alors que Peugeot a dû suspendre, en 2012, sous la pression de l’UANI ses activités avec son partenaire « Iran Khodro », General Motors est entré en contact fin 2013 avec ce même partenaire, « Iran Khodro » et serait, selon des sources locales, en train de négocier des contrats de partenariat pour le marché iranien. De même, le 5 avril dernier Washington a autorisé Boeing à vendre des pièces détachées d’avion de ligne à l’Iran. Boeing serait également en train de se positionner pour le remplacement de la flotte d’Iran Air.

La montée en puissance de l’influence informationnelle
Ainsi, l’ouverture du marché iranien est lancée et apparaît inéluctable. La levée progressive des sanctions ouvre des perspectives pour un marché de 80 millions de consommateurs. Plusieurs délégations européennes (anglaises, allemandes, italiennes, belges….) ont effectué récemment des voyages de prospections en Iran afin de tisser des liens commerciaux en vue d’une levée complète des sanctions. De son côté, l’Iran multiplie les signes de bonne volonté dans la progression des négociations autour du nucléaire. Le 9 avril dernier, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khameni a renouvelé son soutien aux négociations nucléaires et rappelé que la politique irrévocable de la République Islamique est de ne pas posséder d’armes nucléaires. Le 14 avril, en pleine crise ukrainienne, le Premier ministre iranien s’est présenté comme un partenaire potentiel  pour les approvisionnements en gaz de l’Europe : « L’Iran peut être un partenaire fiable, sûr et de long terme de l’Europe […] nous avons les réserves énergétiques et nous avons les plans pour une telle coopération ». L’Iran est en passe de devenir non seulement incontournable en raison des débouchés qu’elle offre mais potentiellement stratégique pour l’Europe. La question n’est plus dès lors « doit-on y aller ? » mais déjà « quelle stratégie de développement en Iran ? »1. Or c’est en autre au travers de l’arme informationnelle utilisée de manière directe ou indirecte par les sphères économique, politique et sociale que se joue d’ores et déjà la partition du gâteau économique iranien.

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Edito : Convergence IFRS : une guerre économique toujours active http://www.infoguerre.fr/edito/edito-convergence-ifrs-une-guerre-economique-toujours-active/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-convergence-ifrs-une-guerre-economique-toujours-active/#comments Wed, 02 Apr 2014 09:16:02 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5376 Articles similaires :
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ifrs-comptabiliteLa normalisation comptable internationale IFRS visant à renforcer la comparabilité des états financiers pour mesurer la performance économique réelle des entreprises n’en finit pas de faire débat.

Une polémique qui prend de l’ampleur
D’un côté, le cadre conceptuel des principes comptables américains US-GAAP édictés par le FASB (Financial Accounting Standards Board), à dominante américaine et incluant des représentants de la SEC (Securities Exchange Commission), des principaux cabinets d’audit anglo-saxons, de sociétés américaines cotées, banques ou encore du CFA (Chartered Financial Analyst Society) (cf. note 1). Une vision de la comptabilité destinée aux actionnaires, qui prend en compte la règle de la fair value, la valeur de marché de l’entreprise, variable par définition dans le temps en fonction des conditions de marché.

De l’autre, le cadre des normes internationales IFRS conçues par l’IASB (International Accounting Standards Board), fondé à Londres et composé de 16 membres géographiquement répartis « équitablement » (cf. note 2) :

  • 4 Etats-Unis,
  • 4 Asie/Océanie,
  • 4 Europe, 1 Afrique,
  • 1 Amérique du Sud et
  • 2 « autres ».

Les travaux de l’IASB sont supervisés par les 21 membres (6 Amérique du Nord, 6 Europe, 6 Asie-Pacifique, 3 autres) de l’IFRS Foundation, où l’on voit également l’influence anglo-saxonne et présidée depuis 2012 par Michel Prada, ancien Président de l’Autorité des Marchés Financiers en France.

La soumission de la France
La France a adopté ce référentiel IFRS par une décision de convergence dès 2005, abdiquant de fait une tradition historique de principe de prudence et de calcul de valorisation d’une entreprise sur le long terme pour une vision économique à la «valeur de marché » mesurée à l’instant T (cf. note 3). Cette approche économique reposant sur une présentation détaillée des comptes financiers et des engagements stratégiques (contrats – projets – clients) des entreprises cotées.
Les IFRS sont aujourd’hui appliquées par 120 pays (cf. note 2) alors que la convergence mondiale devait être effective en 2011. Le report d’application des IFRS par les Etats-Unis en juin 2011 et la volonté de la FASB d’imposer une nouvelle « période de transition » de 5 à 7 ans (cf. note 4) remet en lumière les contradictions idéologiques et leurs sous-jacents, les questions de gouvernance, l’influence politique,  et de distorsion de concurrence avec le modèle US-GAAP : la normalisation est redevenue (restée ?) un enjeu de puissance dans lequel la définition des règles, des normes conduit de facto à une position dominante.

L’influence déterminante des Etats-Unis
Les Etats-Unis, qui n’appliquent pas les IFRS, sont un acteur majeur de la gouvernance de l’IASB avec 25% des voix, ce qui affaiblit la position européenne. De plus, parmi les principaux contributeurs financiers, les grands cabinets d’audit américains représentent près de 29 % du financement de l’institution auxquels s’ajoutent les 6 % des Etats-Unis (contre 34% pour les pays européens, Commission Européenne comprise). La France, quant à elle, ne contribue qu’à hauteur de 3,9%. Il faut noter qu’aucune grande entreprise française n’est présente parmi les bailleurs de fonds (cf. note 2).
Par le jeu des financements, de l’implication des entreprises nationales et des firmes comptables, les Etats-Unis exercent donc une influence politique majeure au sein de l’IASB, sans contrepartie, qui leur permet de défendre leurs intérêts économiques et financiers de manière unilatérale.
Les normes IFRS obligent les entreprises à fournir une très grande profondeur d’informations financières, économiques et stratégiques pour justifier leurs choix comptables, ce qui n’est pas
le cas des entreprises américaines, soumises aux US-GAAP. Les acteurs économiques américains bénéficient donc d’un avantage considérable en ayant accès aux données stratégiques fournies par les entreprises européennes cotées sur les marchés américains d’une part, mais aussi sur celles qui sont auditées par un cabinet américain par le biais de l’application du Patriot Act en 2001 et de la loi Sarbanes-Oxley depuis 2005.

Une réaction européenne ?
L’Europe a pris conscience de sa vulnérabilité dans le jeu des rapports de force qui prévalent dans la conception des normes comptables. La Commission Européenne a récemment chargé l’ancien Président de la BEI, Philippe Maystadt, de mener une réflexion pour renforcer la mise en place des normes IFRS et restaurer la souveraineté de l’Europe au sein des instances de normalisation (cf. note 5).

Colette Aubry

 

Sources

(1) : Rapport Annuel 2012 FASB
(2) : Rapport Annuel 2012 IASB
(3) : France Culture – Interview Michel Haas Président Autorité des Normes Comptables 6 décembre 2012
(4) : SEC 26 Mai 2011
(5) : Commission Européenne – Communiqué 4 Février 2014

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Edito : L’évolution de la nature stratégique des entreprises http://www.infoguerre.fr/edito/edito-evolution-nature-strategique-des-entreprises/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-evolution-nature-strategique-des-entreprises/#comments Sat, 01 Mar 2014 20:15:09 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5281 Articles similaires :
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strategies-entreprisesLa définition d’une entreprise stratégique n’est pas un exercice facile au niveau national comme au niveau local. Plusieurs notions se télescopent : la sécurité, l’attractivité, l’intérêt national, les intérêts très variés et contrastés des territoires. La mondialisation est passée par là mais aussi l’émergence de nouvelles problématiques liées à la particularité des économies émergentes centrées avant tout sur la conquête des marchés extérieurs. Cette question délicate du sens à donner à l’adjectif « stratégique » ne se résume plus à l’accord des représentants de l’administration sur le contenu d’une liste mais plutôt sur leur capacité à s’entendre sur une grille de lecture commune. Le besoin de cerner clairement la hiérarchie des enjeux et des priorités se fait d’autant plus sentir aujourd’hui lors des réunions organisées par les préfets dans les départements et les régions. La base de réflexion des fonctionnaires repose très largement sur la liste élaborée par les services spécialisés qui sont chargés de la protection du patrimoine. Leurs critères de choix correspondent à la grille de lecture que l’administration a élaborée à partir du XXe siècle pour faire face aux ingérences étrangères qui menaçaient les secrets de notre industrie de défense. Cette perception des risques a évolué en fonction de la nature du contexte conflictuel, de sa durée et de la typologie des ennemis comme des adversaires potentiels. Il est indéniable que les mesures prises contre l’Allemagne nazie marquèrent moins les esprits que la lutte contre l’espionnage industriel et le pillage technologique développé par l’URSS et les pays du pacte de Varsovie.

L’empreinte durable de la guerre froide
Dès le lendemain de la Révolution russe, est apparu un nouveau type de menace qui sortait des sentiers battus par les rivalités entre les Etats Nations. Au début des années 20, la direction de la Troisième Internationale a demandé aux partis communistes de créer des réseaux de correspondants ouvriers (les rabcors) dans les usines des pays industrialisés. Le travail des rabcors ne se limitait pas à l’agitation syndicale, les plus motivés d’entre eux « remontaient» aussi de l’information sur les innovations industrielles dont l’URSS avait un besoin urgent pour développer son complexe militaro-industriel.
Cette nouvelle forme d’agression économique a fait muter la notion d’entreprise stratégique désormais fortement marquée par l’affrontement entre le monde capitaliste et le monde communiste. La crainte des exactions du Bloc de l’Est sur l’Occident est à l’origine de la notion de défense économique décrite dans l’ordonnance de 1959. La défense économique, prioritairement conçue dans le cadre de la prévention d’un conflit militaire, a été pensée pour préserver le fonctionnement des centres économiques vitaux du pays. En charge de cette mission, le Secrétariat de la Défense Nationale différencia trois types d’entreprises :

  • Les entreprises ordinaires (99% des entreprises). Totalement libres de s’ouvrir au public. Le SGDN leur conseillait de s’organiser pour préserver leurs patrimoines informationnels.
  • Les Etablissements à Accès Surveillé (E.A.S) regroupaient les établissements, quel qu’en soit le statut, détenant du patrimoine scientifique et technique, dont l’activité justifie la prise de précautions particulières.
  • Les Etablissements à Régime Restrictif (E.R.R).
  •  

Cette doctrine fonctionnait dans le cadre du secret. Les textes produits par le SGDN n’étaient connus que des intéressés. Il fallut attendre l’année 1981 et la résonance médiatique de l’affaire Farewell (cf. note 1) pour que l’opinion publique ait une idée de l’étendue du pillage technologique mené par l’URSS et ses alliés contre le monde occidental.

La nouvelle menace des nouveaux entrants
Dès la fin des années 70, la notion de défense économique, telle qu’elle avait été pensée dans les premières décennies du XXe siècle, était incomplète car elle ne prenait pas en compte la dimension stratégique des politiques de raccourcis mises en œuvre par certains pays émergents. Rappelons pour mémoire qu’une politique du raccourci consiste à identifier (par la veille ou le renseignement) puis à assimiler le niveau le plus élevé de la connaissance technique dans les pays industrialisés. Cette démarche a été systématisée avec la montée en puissance des nouvelles technologies. Il ne s’agit donc pas seulement d’une politique de rattrapage mais plutôt d’une volonté de tirer le maximum d’avantage des transferts de technologie afin d’égaler puis éventuellement de dépasser les compétiteurs occidentaux. Le Japon, puis la Corée du Sud et enfin la Chine sont devenus les pays les plus créatifs dans ce type de captation de la connaissance étrangère au profit de leurs entreprises naissantes. Les Etats-Unis ont élaboré leur doctrine de sécurité des années 90 en accordant une priorité à cette nouvelle forme de menaces.
La France a suivi le mouvement en élargissant progressivement sa doctrine de défense économique à quatorze secteurs stratégiques qui recouvrent les technologies de souveraineté, essentielles à la prévention des intérêts vitaux de notre pays, ainsi que sur le suivi et la sécurisation des pôles de compétitivité. Mais les débats ont été rudes avec la Commission européenne dans la mesure où cette dernière a une vision très restrictive des intérêts stratégiques de nature économique. Comme le précisait une note de veille du Comité d’Analyse Stratégique en 2009 : « La proposition d’une norme communautaire posant le principe de la protection d’intérêts stratégiques communs vis-à-vis de certains investissements étrangers s’est à ce stade heurtée à une fin de non-recevoir des autorités communautaires. Elle nécessiterait un consensus sur l’identification des secteurs considérés stratégiques, encore difficile à établir en dehors de secteurs comme la défense ou l’énergie ». Les contraintes européennes expliquent les restrictions que s’est imposé l’Etat français dans sa rédaction du décret de décembre 2005 (cf.note 3).

Les limites de la vision sécuritaire
La vision sécuritaire s’est donc bloquée dans son schéma d’application à cause de la formulation des traités européens. Cette vision restrictive a été amplifiée par les contradictions des intérêts nationaux ainsi que les jeux d’influence extérieure exprimés par le biais de certains pays membres. Les secteurs stratégiques furent donc contenus dans le périmètre de la défense et de la sécurité intérieure exprimée en termes de maintien de l’ordre public. Autrement dit, l’Union Européenne ne chercha pas à se donner une grille de lecture sur l’accroissement de puissance par des stratégies de conquête ou de prédation économique. Contrairement à des pays comme les Etats-Unis, la Chine, la Russie ou la Corée du Sud qui en font un des fondements de leur politique de puissance.
L’élargissement de l’application de cette doctrine de vision sécuritaire à la défense des emplois sur un territoire ne lui a pas donné plus d’amplitude. Les réserves sur le projet de loi Florange illustrent bien la manière dont le pouvoir politique français est limité dans ses marges de manœuvre par l’esprit libéral de la Constitution de 1958. Lors des élections présidentielles de 2012, le candidat Hollande avait souhaité obliger les entreprises qui voulaient quitter la France à céder leurs sites rentables. Confrontée au risque d'inconstitutionnalité de cette promesse électorale, la majorité a opté pour une dissuasion financière visant à durcir le processus de fermetures de site industriel sur le territoire national mais aussi à limiter les actions hostiles dans les prises de contrôle d’entreprises lors d’opérations publiques d'achat (OPA).
Pour contourner les limites de la vision sécuritaire classique, le débat se déplace aujourd’hui sur d’autres terrains. Le Parlement européen a adopté le mardi 25 février 2014 sa position sur la révision du système européen des marques. Les députés européens réunis en plénière se sont exprimés en faveur d’un contrôle des marchandises qui transitent sur le territoire de l’Union européenne (UE). La hausse croissante des contrefaçons sur des gammes élargies de produits et la qualité contestée de produits importés mettent en perspective une autre dimension de la défense économique. L’Europe est un des plus grands pourvoyeurs de marques dans le monde. Elle ne peut pas se permettre d’être déstabilisée sur un terrain aussi sensible que les marques dans la mesure où c’est un de ses atouts commerciaux les plus importants (les entreprises européennes utilisatrices de marques représentent environ 34 % du PIB et 21% des emplois de l'UE).

La fixation sur l’attractivité
Les sous préfets sont les premiers à rappeler l’importance des emplois locaux gérés par des entreprises étrangères. Dans ce contexte de crise économique, l’importance de cette main d’œuvre a pris une dimension stratégique nouvelle soulignée par la baisse très importante des investissements étrangers en 2013. L’apport du capital étranger dans l’activité économique du pays est un des constantes de la politique gouvernementale depuis le départ du général de Gaulle. Ce qui est jugé par certains pays du monde occidental comme un risque de dépendance est considéré en France comme un signe de bonne santé économique. Cette différence mériterait un débat plus poussé que les considérations rassurantes des économistes qui s’expriment régulièrement sur le sujet. L’attractivité des territoires n’est pas la seule voie en termes de développement. Il est au moins aussi important de penser la localisation d’activités à partir de dynamiques d’origine locale, régionale ou nationale. Et c’est justement là que se situe le plus grand déficit en termes de pensée stratégique.
La prise en compte tardive des enjeux du monde immatériel ne s’est pas traduite pour autant par une grande stratégie de la France dans l’économie numérique. Si des pépinières de start up commencent à voir le jour, notamment en Ile de France, les projets plus ambitieux bloquent parfois à cause de l’incapacité des politiques à concevoir un programme ambitieux à un niveau local. Le projet de faire de la région Rhône Alpes un pôle mondial de l’industrie de la sécurité est un exemple parmi d’autres. Cette région a tous les atouts locaux pour se lancer dans cette démarche, il lui manque notamment pour voir le jour le déblocage des crédits du Conseil Régional à l’intérieur duquel des élus écologistes font une résistance d’autant plus incompréhensible qu’elle bloque le développement d’activités nouvelles et la création d’emplois dans le monde matériel et immatériel.

La relance d’une approche nationale
Le gouvernement français si décrié ces derniers temps a pourtant pris une décision qui dépasse le cadre symbolique. Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a  annoncé la renaissance d'une Compagnie nationale des mines de France (CMF). Cette nouvelle entreprise publique va fédérer l'agence des participations de l'Etat et le bureau des recherches géologiques minières (BRGM). Elle seradotée d'un budget de 200 à 400 millions d'euros afin d'explorer les sous-sols français et étrangers. Une telle décision remet en perspective le rôle stratégique que l’Etat doit impérativement avoir sur des questions d’intérêt national.

 

Christian Harbulot

Notes

  • A la fin des années 70, la Direction de la Surveillance du Territoire (devenue par la suite DCRI) profita de la défection d’un officier du KGB pour démontrer, preuves à l’appui, comment procédaient les services de l’Est pour s’emparer d’une multitude de connaissances industrielles au sein du monde occidental.
  • Les secteurs protégés par le décret français n° 2005-1739 du 30 décembre 2005

– Activités réglementées de sécurité privée / Activités de services d'évaluation et de certification de la sécurité offerte par les produits et les systèmes des technologies de l'information / Secteur de la sécurité des systèmes d'information d'une entreprise liée par contrat passé avec un opérateur public ou privé gérant des installations critiques.
– Activités portant sur les matériels conçus pour l'interception des correspondances et la détection à distance des conversations / Services de cryptologie.
– Activités de recherche, de développement ou de production relatives aux moyens destinés à faire face à l'utilisation illicite d'agents pathogènes ou toxiques / Activités relatives à certains biens et technologies à double usage.
– Activités exercées par les entreprises dépositaires de secrets de la défense nationale / Activités de recherche, de production ou de commerce d'armes, de munitions, de poudres et substances explosives destinées à des fins militaires / Activités exercées par les entreprises ayant conclu un contrat d'étude ou de fourniture d'équipements au profit du ministère français de la Défense.
– Jeux d'argent.

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Edito : Le piège informationnel se referme sur la théorie du genre http://www.infoguerre.fr/edito/edito-piege-informationnel-se-referme-sur-theorie-du-genre/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-piege-informationnel-se-referme-sur-theorie-du-genre/#comments Fri, 31 Jan 2014 07:49:59 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5254 Articles similaires :
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theorie-du-genreL’affaire de la théorie du genre médiatisé par le retrait par des parents protestataires de leurs enfants de l’école, à la suite d’une campagne initiée par Farida Belgouhl, est un cas d’école en matière de guerre de l’information. De la fin 2012 à juin 2013, les animateurs de la Manif pour tous ont organisé plusieurs manifestations qui ont réuni à chaque fois des centaines de milliers de personnes sans réussir à faire reculer le gouvernement sur le mariage gay et encore moins à freiner le gouvernement sur sa volonté d’introduire un programme de sensibilisation sur la sexualité dans l’enseignement scolaire.

Les effets d’une frappe informationnelle
Il a fallu une seule opération réussie de retrait d’enfants des écoles pour déstabiliser le pouvoir en place. L’opération retrait des écoles a mis en lumière le refus d’assumer les idées sur le genre (gender) par les membres du gouvernement qui ont pris la parole sur le sujet. Les idées sur la théorie du genre sont véhiculées depuis des années par des membres du gouvernement ainsi qu’un certain nombre de cercles de réflexion au sein du Parti Socialiste. Pour preuve, citons l’interview que Najat Vallaud-Belkacem a donné le 31 août 2011 au quotidien 20 minutes dans lequel elle légitimait clairement la théorie du genre. A la question « En quoi la «théorie du genre» peut-elle aider à changer la société ? », Najat Vallaud-Belkacem a répondu : « La théorie du genre, qui explique l'identité sexuelle des individus autant par le contexte socioculturel que par la biologie, a pour vertu d'aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l'homosexualité, et de faire œuvre de pédagogie sur ces sujets ».

Dans le même ordre d’idées, lorsque Vincent Peillon déclare que la théorie du genre n’existe pas, il commet l’erreur de se laisser entraîner sur un terrain très glissant. Comment expliquer dans ce cas l’existence au sein du CNRS d’un Institut du Genre qui ne se contente pas de faire des recherches sur le genre mais qui fait au contraire la promotion de cette forme de pensée. Dans sa lettre d’information trimestrielle, l’Institut du Genre précise son parti pris dans les termes suivants : « Enfin, bonne nouvelle pour les enseignant-e-s chercheur-e-s de notre  champ: le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche va bien inclure les études de genre dans la nouvelle nomenclature  répertoriant les formations et les diplômes reconnus nationalement. Il reste à s’assurer que le ministère consacre bien la transversalité  scientifique de ces études en ne les restreignant pas aux seules  sciences humaines et sociales ». Cette déclaration relève plus du langage militant que du style académique qui prévaut au sein de la communauté des chercheurs. En niant l’évidence, ces deux membres du gouvernement risquent d’être accusés de double langage sur un sujet qui risque de devenir très polémique.

Une légitimation rampante des opposants à la théorie du genre
Comment ne pas donner un minimum de crédit à ceux qui abordent une attitude très critique à l’égard de la politique de généralisation de l’éducation sexuelle à l’école pour tous les élèves à partir de 6 ans ? L’Education Nationale n’a pas pour vocation à devenir un terrain militant où s’affrontent les idées politiques et religieuses. A ce titre, la circulaire adressée par Vincent Peillon le 4 janvier 2014 à l’ensemble des recteurs du territoire met en avant une association intitulée  « Ligne Azur » qui affirme sur ses supports pédagogiques : « que l’identité de genre c’est le sentiment d’être un homme ou une femme. Pour certains, le sexe biologique coïncide avec ce ressenti ».Ce type de dérive rhétorique est particulièrement grave. Il est anormal qu’un Ministre de la République en cautionne le principe. Là se referme le piège

Les questions de la sexualité dans l’univers éducatif ont déjà donné lieu dans le passé à des dérapages particulièrement graves comme ce fut le cas par exemple chez les verts allemands lors des années 1970/80. Si les médias français n’ont quasiment pas relaté l’évènement à l’exception du site slate.fr qui en parle le 16 septembre 2013, en revanche, la télévision russe est rentrée dans la faille de manière très incisive. Le parti écologiste est sur la sellette depuis plusieurs années en Allemagne pour avoir soutenu des actions visant à promouvoir l’égalité des conditions sexuelles, y compris les plus extrêmes.

La France n’a pas encore atteint ce stade de démagogie mais l’acharnement et l’arrogance de certains membres de la majorité présidentielle à vouloir passer en force sur un sujet aussi controversé risque d’être à terme une erreur politique majeure.

Christian Harbulot

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Edito : Les guerres de l’information de 2013 http://www.infoguerre.fr/doctrines/edito-les-guerres-de-linformation-de-2013/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/edito-les-guerres-de-linformation-de-2013/#comments Fri, 03 Jan 2014 12:59:33 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5221 Articles similaires :
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2013L'année passée représente-t-elle un tournant dans les affrontements qui structurent la société de l'information depuis l'apparition d'Internet ? Plusieurs évènements semblent l'indiquer. Le plus important est l'affaire Snowden. Le pouvoir de contrôle absolu du monde immatériel par les Etats-Unis est désormais remis en cause par les retombées diplomatiques de cette révélation en cascade. Nul ne peut désormais attribuer à une quelconque thèse du complot le dispositif de captation de l'information, assumé par la gouvernance américaine depuis plusieurs décennies. Le camp des démocraties s'est divisé sur cette question fondamentale. En Europe, l'Allemagne se démarque des autres membres de l'Union Européenne en plaçant le curseur au bon niveau du débat. L'enjeu principal vu de Berlin n'est pas l'échange d'informations sur le terrorisme mais la maîtrise stratégique de l'ensemble des flux informationnels. Contrairement à la France qui a privilégié l'échange d'informations sur le terrorisme (cf. les accords secrets entre DGSE et NSA), l'Allemagne moins exposée sur ce terrain a amené Washington à prendre un profil bas dans la polémique générée par l'affaire Snowden. Les récentes déclarations d'Obama sur une éventuelle interdiction formulée à la NSA en matière d'espionnage économique ne clôturent pas le débat. Il rebondit aux Etats-Unis mêmes : un article est paru le 30 octobre 2013 sur le site de la revue Foreign Policy interpelle Obama en dénonçant cette manœuvre de communication qui ne règle en rien, selon l'auteur, le problème sur le fond. Cette revue détenue par le Washington Post revendique le statut d'être le premier quotidien en ligne traitant des questions de politique étrangère et de sécurité nationale. Sa résonance n'est donc pas anodine.

L'affaire des armes chimiques syriennes a donné lieu à une démonstration peu convaincante de la pratique de la guerre de l'information par les autorités françaises. A cet échec par la démonstration de force s'est ajouté l'imbroglio diplomatique qui a résulté de la volteface de la Maison Blanche. Il a donné lieu à un renversement de rapports de force pour le moins spectaculaire. Le "mal" (Bachar El Assad) n'était plus le problème central. Quant aux forces du "bien" (les insurgés contre le régime syrien), elles n'étaient plus aussi fréquentables à cause de leurs divisions et des débordements sanguinaires des mouvements islamistes radicaux. La Russie de Poutine a su se repositionner très habilement dans ce nid de guêpes et tirer profit d'une posture de conciliation qui remet en perspective le bilan de l'affaire libyenne. Présentée comme un des actes majeurs de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy, la guerre pour destituer Khadafi apparaît désormais comme une erreur géopolitique fondamentale. Elle n'a pas instauré la démocratie dans ce pays. La Libye est désormais un non Etat. Cette situation est exploitée par les mouvances terroristes qui déstabilisent plusieurs pays de cette partie du monde. La guerre au Mali est une des conséquences de cette aventure militaire en Libye qui a posteriori relève plus de l'opportunisme que la sagesse politique.

En France, deux affaires ressortent du lot par leur impact à moyen terme. Les mobilisations pour la "Manif pour tous" ont donné lieu à une évolution des armes de la guerre de l'information par le contenu. La relance de cette agitation informationnelle prévue en 2014 sera intéressante à suivre. Le fort semble avoir gagné (passage et application de la loi sur le mariage gay). Mais le faible est loin d'avoir dit son dernier mot. L'effet de catalyse en raté à l'automne dernier lors de la révolte des Bonnets rouges (malgré un recul du gouvernement sur l'écotaxe) reste une épée de Damoclès qui menace le gouvernement. Les deux élections à venir sont d'autant plus attendues qu'elles subiront le choc indirect de pressions informationnelles tous azimuts. A l'image de l'affaire Dieudonné où le faible bouscule les lignes du fort (la LICRA et la Ligue de Défense Juive ont été étrangement inefficaces dans ce combat) tandis que le fort tente une guerre judiciaire doublée d'une pratique de la censure qui risquent d'aboutir à un effet contraire. Comme le démontre la dernière vidéo postée par Dieudonné sur youtube, le faible a des armes de débordement (relance du débat sur les békés aux Antilles qui sont accusés d'accaparer la puissance économique de l'île). Ce n'est pas le cas du fort qui campe plutôt sur des positions de principe dont le caractère évident ne brise pas pour autant la dynamique souterraine de ce type d'offensives informationnelles. La vidéo postée au nom des anonymous est en revanche une manière beaucoup plus intelligente de poser le problème car elle montre les contradictions implicites du discours de Dieudonné, notamment à l’égard du nazisme. L’excuse d’être né après la seconde guerre mondiale n’est pas un argument mais une pirouette pour ne pas prendre position sur un des actes les plus abjects de l’histoire de l’humanité (les camps de concentration et d’extermination du Troisième Reich).

2013 n'est donc une année pas comme les autres. Une fois de plus, la réalité des faits s'impose à la société du spectacle. La pratique de la guerre de l'information n'est pas dominée par la suprématie des moyens financiers, matériels et médiatiques. Il s'agit d'abord et avant tout d'une question de stratégie. Et il reste beaucoup à écrire sur ce sujet.

 

Christian Harbulot

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Edito : La stratégie informationnelle du Vatican face au Web 2.0 http://www.infoguerre.fr/edito/edito-strategie-informationnelle-vatican-face-au-web-2-0/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-strategie-informationnelle-vatican-face-au-web-2-0/#comments Mon, 02 Dec 2013 07:06:36 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5195 Articles similaires :
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Pope Francis  Pontifex  on Twitter« Merci pour votre amour et pour votre soutien. Puissiez-vous expérimenter toujours la joie de mettre le Christ au centre de votre vie ! ». C’est le 39ème et dernier tweet du Pape Benoit XVI, posté sur le réseau social Twitter le 28 février 2013, dernier jour de son pontificat, depuis le compte officiel du Vatican « @Pontifex ». Si le Pape Jean-Paul II avait inauguré le lancement du site vatican.va en 1995, c’est bel et bien Benoit XVI qui est le premier Pape à se lancer à la conquête des réseaux sociaux et à ouvrir de nouvelles perspectives de communication pour le Vatican à l’ère numérique.

De 2009 à 2013, le Vatican a mis en place toute une stratégie de communication sur Internet, ne se contentant pas d’être présent de manière symbolique sur les principaux réseaux sociaux Facebook et Twitter, mais en investissant toute la toile et en exploitant les moindres ressources du Web 2.0. L’Institution a tout d’abord commencé par le lancement du site Internet vatican.va, site officiel du Saint-Siège qui permet aux internautes de retrouver notamment les dernières homélies et méditations du Pape. S’en est suivi de près la création d’un canal Youtube, d’une page Facebook et du site « Pope2you » (que l’on pourrait traduire littéralement du « Pape à toi »), site plus particulièrement dédié aux jeunes fidèles et doté d’une plate-forme regroupant l’ensemble des canaux de communication numérique du Vatican. Le 29 juin 2011, le Pape Benoit XVI annonçait le lancement du nouveau portail d’informations du Vatican news.va via le compte Twitter du Saint-Siège : « Chers Amis, je viens de lancer News.va. Loué soit notre Seigneur Jésus Christ ! Avec mes prières et bénédictions, Benoit XVI ». Ces premiers pas du Saint-Siège sur le Web ont été impulsés par l’Archevêque Claudio Maria Celli, qui dirige le Conseil pontifical pour les communications sociales et qui, lors de l’Assemblée plénière du Conseil le 19 septembre 2013, a estimé que l’Eglise « grâce à sa structure millénaire, reflète naturellement la globalité d’Internet ».
Non content de son rayonnement numérique d’ores et déjà bien établi, le Vatican se dote en juin 2012 d’un nouveau conseiller en communication pour agrandir son équipe et ainsi affiner et renforcer sa stratégie web. Il s’agit de Greg Burke, ancien journaliste accrédité au Vatican et membre de l’Opus Dei. Avec lui se produira une petite révolution : la création d’un compte Twitter pour le Pape lui-même via « @Pontifex » accessible en neuf langues (français, anglais, allemand, espagnol, polonais, arabe, portugais, italien et latin) et qui a connu un succès immédiat puisque dix jours après son lancement Benoit XVI pouvait déjà se targuer d’avoir 700 000 followers.
Le Pape François, fraîchement nommé depuis le 13 mars 2013 à la tête du Saint-Siège n’est pas en reste en termes de présence numérique et d’utilisation des réseaux sociaux, il semble même être beaucoup plus enclin à utiliser ces nouveaux moyens de communication que son prédécesseur. Le Vatican semble en tout cas vouloir accentuer son virage numérique avec l’arrivée du nouveau Pape puisque, lors de la désignation du successeur de Benoit XVI, le Vatican ne s’est pas privé d’utiliser Twitter en postant « HABEMUS PAPAM FRANCISCUM ». Ce message a créé un buzz immédiat avec pas moins de 83 500 « retweets » et l’acquisition de 200 000 followers supplémentaires. Le Pape François a bien saisi l’intérêt d’une omniprésence sur le Web et il ne manque pas à son devoir puisqu’il alimente très régulièrement son compte Twitter ainsi que tous les autres médias et réseaux sociaux mis à sa disposition (la semaine dernière par exemple, ce n’est pas moins de six tweets qui ont été postés en quelques jours seulement).

Hormis la volonté de l’Eglise catholique de rajeunir son image et de profiter du pontificat d’un Pape à l’esprit plus jeune que ses prédécesseurs pour accentuer, réformer et repenser sa stratégie de communication, quel est le réel intérêt du Vatican de surfer sur la vague du numérique ? Si le Vatican souhaite bel et bien redorer son image et apparaître plus jeune que jamais, ce n’est qu’une infime raison de sa présence sur le Web. Car Internet est en réalité un outil de propagande incontournable pour le Saint-Siège. Quoi de mieux que Facebook ou Twitter pour partager avec les catholiques déjà conquis, pour approcher des fidèles potentiels et pour propager la parole de Dieu. Pour faire ce travail d’évangélisation, le Vatican mise beaucoup sur les jeunes, comme le rappelait Benoit XVI lors de la 45ème journée mondiale des communications sociales le 05 juin 2011 : « J’invite surtout les jeunes à faire bon usage de leur présence dans l’arène numérique », qu’il considère comme un relais efficace de l’action de l’Eglise. Rien de tel que des jeunes fidèles convaincus, pleins d’enthousiasme et de conviction, pour relayer la parole du Pape, propager la pensée catholique à travers le monde et séduire de nouveaux partisans.
Ce n’est pas un hasard si le Vatican mise autant sur cette opération séduction à l’ère d’Internet, car malgré tout, l’Eglise catholique est en perte de vitesse face à d’autres religions qui ont le vent en poupe et dont la présence sur le Web est indéniable. Le Dalaï-lama par exemple, peut revendiquer à lui seul près de 4,4 millions de fans sur Facebook, répartis sur 290 pages et 71 groupes. Les églises protestantes quant à elles jouissent également d’une très belle notoriété sur la toile.
La présence numérique du Saint-Siège est également un redoutable et vaste outil de maîtrise des flux d’informations. En effet, pour prévenir ou anticiper tout nouveau scandale qui renverrait, entre autres, au mauvais souvenir de l’affaire Vatileaks, mieux vaut avoir la mainmise sur l’ensemble des informations liées de près ou de loin au Pape et à l’Institution, afin de couper court à toute tentative et ainsi d’éviter tout risque d’entacher à nouveau l’image de l’Eglise.
Enfin, l’usage d’Internet comme canal de communication permet de maîtriser les interventions du Pape et les messages qu’il souhaite véhiculer, tout en évitant des protestations de la part de populations n’adhérant pas à la vision et aux idéaux de l’Eglise catholique. Pour un sujet sensible tel que le Sida, la stratégie informationnelle du Vatican sera d’inonder la sphère numérique de l’ensemble des actions menées pour la lutte contre la pauvreté en Afrique, la mise en place de dispensaires pour accueillir et soigner les malades, et ce afin de faire passer presque inaperçu les propos du Pape, qui appellent les populations à ne pas faire usage du préservatif.
Le Vatican assied pleinement son soft power en accaparant autant que possible la sphère numérique. Cependant, le Saint-Siège n’est-il pas en train de perdre le contrôle de son Pape ? Car à trop vouloir communiquer, le nouveau souverain pontife s’embourberait presque dans une « sur-communication », toujours plus proche du peuple et de ses fidèles, quitte à devenir trop familier, trop spontané voire presque anticlérical, et à en oublier que la parole qu’il porte est une parole officielle.

Camille Studer

Bibliographie

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Edito : Exportation du Rafale : chronique d’un échec annoncé ? http://www.infoguerre.fr/edito/edito-exportation-du-rafale-chronique-dun-echec-annonce/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-exportation-du-rafale-chronique-dun-echec-annonce/#comments Sat, 02 Nov 2013 07:28:03 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5160 Articles similaires :
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DASSAULT-RAFALE-MARINE"La France a raté ce rendez-vous (…) ce qui est invraisemblable pour une nation qui a un savoir-faire technologique, aéronautique, électronique considérable avec des entreprises majeures qui étaient en situation de pouvoir le faire". Ce constat désabusé dressé par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, lors d’une émission radio-télévisée le 19 mai dernier se rapportait au dossier des drones : il aurait aussi bien pu s’appliquer à l’affaire du Rafale.
Bien que résolument en pointe dans nombre de domaines industriels, la France peine à exporter ses produits high-tech souvent par mépris des priorités de ses clients potentiels ou par manque d’une stratégie d’influence réactive, dans un milieu international hautement concurrentiel. Les aléas de l’exportation du Rafale pourraient s’avérer emblématiques de ce manque de savoir-faire « à la française ».

Le Rafale : une merveille technologique.
Fruit de l’expertise et du travail de plus de 500 entreprises françaises, le Rafale est un véritable concentré de technologies d'avenir, comme le souligne volontiers Dassault Aviation (17 technologies dites stratégiques sur les 22 recensées par l'Institut of Science de la Maison Blanche, aux Etats-Unis).
Cet aéronef bénéficie effectivement des tout derniers savoir-faire en termes de radar, de furtivité et d’autoprotection grâce au SPECTRA (Système de Protection et d'Evitement des Conduites de Tir du Rafale). Conçu pour la reconnaissance, l’interception, l’attaque air-sol et air-mer ou la frappe nucléaire, le Rafale peut être utilisé aussi bien pour la défense du théâtre national que pour des missions offensives en milieu interalliés. Dans le cadre d’un test organisé par les Pays Bas, cet avion de combat a d’ailleurs reçu une évaluation de 6.95 contre 5.83 pour l'Eurofighter et 5.80 pour le F16. En service depuis 2000 au sein des forces armées françaises, condition sine qua non pour le proposer à l’export, il a démontré sa parfaite capacité à intervenir en opérations extérieures tant en Afghanistan qu’au Mali.
Pourtant, le Rafale ne parvient à remporter aucun contrat à l’exportation : au-delà de la problématique purement technique de la transformation d'un avion destiné à la France en version exportable – opération qui, selon le PDG de Dassault Aviation, « demande une adaptation qui n'a rien de simple » – se profile une question plus subtile d’adaptation de l’offre à la demande réelle, voire de décryptage réaliste des spécificités politiques et culturelles de chaque pays.

Une exportation semée d’embuches.
Les raisons justifiant les échecs à l’exportation du Rafale sont, à en croire Dassault Aviation ou la Direction générale de l’armement (DGA), multiples et exogènes : la faiblesse du dollar face à l'euro, qui joue systématiquement en faveur de nos concurrents outre-Atlantique ; la puissance politique et diplomatique des Etats-Unis, qui fait que « le bambou penche toujours du côté de celui qui pousse le plus fort » ; etc.
Sans revenir sur le débat monétariste, il est certain que l’Etat américain met tout son poids dans la balance pour remporter des marchés, notamment ceux à connotation militaire. Ainsi, en Corée du sud, lorsque le Rafale s’est montré techniquement meilleur que le F-15 pendant la série de tests, nos concurrents américains n'ont pas hésité à rappeler à la Corée du Sud que sa sécurité régionale reposait, en grande partie, sur la présence bienveillante des forces américaines au Japon et en mer de Chine. Une opportune modification des critères d'évaluation sud-coréens a dès lors permis aux chasseurs F-15 de remporter l'appel d'offre. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, en 2005, la France a aussi perdu le contrat singapourien au profit du F-15 de Boeing, subtilement baptisé « SG » (Singapour) pour flatter l’ego de l’acheteur et souligner le caractère désormais « unique » de cet avion parfaitement adapté aux spécificités d’une nation.
Certains parleraient de stratégie d’influence déloyale mais l’information étant ouverte, accessible à tous, il ne tient qu’aux acteurs français politiques et industriels de tenter de contrebalancer ces arguments par une offre à plus haute valeur ajoutée (cf. note 1).
De même, les difficultés du Rafale à l’exportation sont parfois imputées aux attaques violentes orchestrées par ses concurrents européens : le « Rafale bashing », qui consiste à dénigrer les vertus de l’avion de combat français, est en effet toujours d’actualité outre-Manche. Le magazine Eurofighter World par exemple affirme dès 2010 que le Typhoon a émergé, « presque à chaque fois », avec des « performances significativement supérieures » au cours de plusieurs combats aériens simulés. Ce genre d’article, basé sur des moyens de simulation anglais, a sans aucun doute un impact sur les potentiels acheteurs de Rafale. Dassault aurait pourtant les moyens de se défendre : à la même époque à Solenzara, les Rafale de l’EC-1/7 « Provence » ont infligé une correction sans appel en combat canon aux Typhoon britanniques (9 victoires pour une défaite). Le projet d’échange de pilotes de chasse entre la Grande Bretagne et la France sur des avions rivaux aurait-il convaincu Dassault de ne pas contre-attaquer ? En outre, l’effet de ces offensives journalistiques n’est-il pas largement contrebalancé par les remarquables résultats du Rafale en opérations extérieures ?
Cet argumentaire fataliste, imputant systématiquement les échecs à des facteurs endogènes et incontrôlables, a trouvé ses propres limites : non seulement certains pays qui ne sont pas en situation de « captivité géopolitique » ont renoncé à l’achat du Rafale mais surtout les exportateurs français ont récemment connu l’échec sur un marché particulièrement bienveillant, sans appel d’offres ni concurrent.

 

Une approche désuète de l’intelligence économique ?
En toute logique, un vendeur doit s’efforcer d’adapter son offre aux besoins de l’acheteur et non l’inverse. Il est sans doute temps d’adapter la célèbre formule : "Dassault ne vend pas d'avions, on lui achète des avions" et d’adopter une stratégie davantage basée sur la « comprehensive approach » (cf.note 2) pour paraphraser l’OTAN.
En effet, si la polyvalence incontournable et poussée à l’extrême du Rafale représente un avantage indéniable pour le marché de Défense français, cette caractéristique diminue aussi très sensiblement le nombre d’acheteurs potentiels. L’aéronef multi-rôle correspond parfaitement aux besoins des pays dits « développés » désireux de renouveler leur flotte (Pays-Bas, Suisse) ou aux attentes de pays émergents, avides de développer leur puissance militaire et économique (Brésil, Corée du Sud, Inde). En revanche, les pays aux ambitions plus modestes ne sauraient accepter de payer le prix fort alors que certaines capacités du Rafale ne leur serviront vraisemblablement à rien.
Le manque de discernement global ou d’effort de décryptage des signaux émis par les divers acheteurs transparait dans l’affaire marocaine. En réaction à la modernisation de la flotte militaire algérienne, le roi Mohammed VI avait promis début 2006 au président Jacques Chirac d'acheter le Rafale. Cependant, sur ce marché réputé d’emblée « imperdable », d’éminents acteurs de la base industrielle et technologique de défense (BITD) française ont commis de telles maladresses que le marché a finalement été remporté par les F16 américains. Ainsi, Dassault et la DGA ont mené séparément les négociations puis respectivement proposé, pour 18 Rafale, un contrat de 1.83 milliards d'euros et une offre d’un montant inférieur de 300 millions d'euros. Malgré cette incohérence, en avril 2007, un protocole d'accord pour l'achat du Rafale subsiste encore … jusqu’à ce que la France refuse d’apporter une aide financière au Maroc (cf. note 3). Les Américains se glissent alors dans la faille : Washington s’engage à soutenir la position de Rabat sur le Sahara occidental, organise un don de 700 millions de dollars au Maroc via l'organisation Millenium Challenge Corporation, agence gouvernementale d'aide aux jeunes démocraties et propose, in fine, une aide financière à hauteur de plus d'un tiers du montant du contrat (24 F-16 pour 1.6 milliards d'euros). Grace à leur intelligence de situation pluridimensionnelle, les Etats-Unis ont une nouvelle fois privé la France d'une vente de Rafale.

Tous les espoirs reposent désormais sur l’Inde …
En nommant début 2013 Eric Trappier, Directeur Général International et vendeur en chef du Rafale, au poste de PDG de Dassault Aviation, le groupe français a désormais clairement affiché l’export du Rafale comme sa priorité stratégique : compte tenu des restrictions budgétaires prévues en France, il est plus que jamais vital pour l’industriel et ses sous-traitants hexagonaux de conclure la vente de 126 appareils en Inde et de gagner les appels d’offres au Brésil, aux Emirats Arabes Unis et en Malaisie.
La mort récente du principal négociateur indien retardera, au pire, la signature du contrat de quelques mois. La récente chute de 20% de la roupie ne devrait pas non plus tout remettre en cause. En effet, Dassault semble avoir tiré des leçons de ses précédents échecs : l’industriel a judicieusement prévu d’intégrer à son offre des « offsets » (cf. note 4) ou compensations industrielles, qui représentent 50 % de la valeur de ce contrat évalué entre 10 et 15 milliards de dollars. Selon les prévisions, 108 des 126 Rafale seront fabriqués et assemblés en Inde par l’industrie locale avec, en chef de file, Hindustan Aeronautics Ltd (HAL) leader indien de l’aéronautique. Il s’agit d’une condition incontournable pour emporter la vente puisque la loi indienne impose que 50 % de la valeur du contrat soit sous-traité à l’industrie indienne…
Toutefois, la prudence reste de mise. Les négociations impliquent une véritable coordination entre tous les acteurs privés et publics français pour éviter une déconvenue de type Maroc. Et, comme le soulignait à juste titre Charles Edelstenne, PDG de Dassault Aviation jusqu’en décembre 2012, le choix d’un avion de combat est toujours une décision politique qui prend en compte la qualité des relations bilatérales. Ainsi, le développement d’un partenariat stratégique entre l’Inde et la France a sans doute contribué à la présélection du Rafale. On peut espérer qu’il en sera de même au Brésil … A contrario, les critiques de la France du secret bancaire suisse (pour des raisons de politique intérieure) auraient sans doute joué dans le choix de la Suisse de s’orienter vers l’avion suédois Gripen : si ses performances s’avéraient insuffisantes, les Helvètes seraient susceptibles de reconsidérer l’achat du Rafale.
En outre, les Etats-Unis sont très présents en Inde avec pas moins de sept bureaux de l’US Commercial Service dont le rôle est d’identifier, au profit des entreprises américaines, les opportunités locales mais également d’aider les entreprises indiennes à identifier les pôles du savoir-faire américain pour mieux en bénéficier. Visiblement la volonté des Etats-Unis de s’impliquer à tous les niveaux est encore une fois prégnante, même au niveau politique : l’ambassadeur américain présent en Inde lors des précédentes négociations, gagnées par la France, aurait d’ailleurs été limogé sur le champ.
Enfin, les principaux acteurs économiques français ne pourront pas faire l’économie d’une réelle remise en cause de leur philosophie de vente à l’exportation : l’intelligence économique s’apprend et se travaille. La qualité intrinsèque d’un produit high-tech ne suffit pas ou plus : il faut impérativement analyser les besoins réels du client, les anticiper parfois plutôt que de lui reprocher de n’avoir pas su les exprimer clairement et adapter son approche à ses spécificités économico-culturelles, en veillant à ne jamais faire preuve d’une morgue déplacée. Ainsi, oubliant l’effet dévastateur des petites phrases notamment dans des pays culturellement sensibles au complexe de supériorité technologique occidental, certains cadres de Dassault auraient déjà publiquement exprimé « des doutes » sur la capacité du groupe indien à assurer la fabrication d'un appareil aussi sophistiqué que le Rafale…
Le chemin vers l’exportation promet d’être encore chaotique mais gardons espoir : le Rafale reste « le meilleur avion du monde ».

Denis Contal

  

Notes

  1. A titre indicatif, l'un des éléments clés d'un éventuel succès tricolore au Qatar portera sur la formation des pilotes, peu ) nombreux sur place. Comme le soulignait un responsable du dossier en août 2013 dans La Tribune : "Il faudra présenter un dossier solide sur la formation".
  2. Doctrine de l’approche globale qui consiste à planifier une opération en prenant d’emblée en compte tous les volets d’un dossier, y compris les enjeux non militaires (Political, Military, Economic, Social, Information, and Infrastructure PMESII).
  3. Inopinément privé du soutien promis par les Emirats Arabes Unis et l'Arabie Saoudite.
  4. « La compensation industrielle, sous sa forme offset, est un moyen [pour les groupes industriels des pays développés] de conserver l’influence sur certaines zones ou d’en pénétrer de nouvelles, avides de hautes technologies et soucieuses donc de combler leur fracture technologique. L’absence de cette pratique conduit à une perte récurrente de parts de marchés et empêche les firmes de rentabiliser leur technologie souvent coûteuse » (in Les pratiques d’offset et les grands groupes français, Etude de l’Ecole de guerre économique, 2011).
  5. A cet égard, le discours des industriels européens (Dassault en particulier) sur l’achat des drones américains par le gouvernement français est révélateur : plutôt que de s’interroger sur la stratégie de communication mise en œuvre pour mettre en exergue l’avancée du nEUROn, l’industriel déplore : "Je n'ai pas vu de besoins communs exprimés vers nous (industriels) qui couvrent les besoins allemands, français et britanniques. Cette demande n'existe pas" (in Revue Challenges, mai 2013).
  6. Discours du général Paloméros, chef d’état-major de l’armée de l’air, en décembre 2012.

 

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Edito : MEDEF – Un patronat à la recherche d’une vision http://www.infoguerre.fr/edito/edito-medef-patronat-a-la-recherche-vision/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-medef-patronat-a-la-recherche-vision/#comments Mon, 02 Sep 2013 13:20:00 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5114 Articles similaires :
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universite-ete-medefL’université d’été du Medef de fin août 2013 est sortie de la sempiternelle querelle entre le monde de l’entreprise et le gouvernement sur la question des taxes patronales. La table ronde Tous sur le pont a donné lieu à des échanges de propos intéressants entre des chefs d’entreprise et une ancienne ministre gaulliste Michèle Alliot-Marie qui représentait le monde politique. Après un risque d’enlisement du débat sur le thème « laissez-nous travailler tranquille et ne nous mêlez pas de nos affaires », la question essentielle a été abordé après une remarque de cadrage de Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de Guerre Economique qui a rappelé que les économies les plus compétitives présentaient la caractéristique commune d’être pilotées par une entente tacite des élites économiques et politiques sur les enjeux de la politique industrielle. Les chefs d’entreprise présents à cette table rebondirent sur ce point essentiel en interpelant le politique sur la nécessité de donner une vision à la France en termes de développement et de compétition.

Augustin Paluel-Marmont, co-fondateur et président de Michel et Augustin, a expliqué avec une extrême clarté ce qu’il attendait du politique dans sa définition d’une politique de puissance économique définie par une feuille de route rationnelle pointant des priorités échelonnées dans le temps sur des objectifs précis à atteindre. Ce jeune chef d’entreprise a déstabilisé Michèle Alliot-Marie qui mettait en avant l’unité nationale nécessaire pour une telle démarche mais qui ne savait pas lui répondre sur la méthode de gouvernance nécessaire pour aboutir à des résultats. Il ne s’agissait pas simplement de la dissonance de langage entre deux générations mais surtout de l’incompréhension du politique par rapport à ce qu’il serait logique d’exiger de lui pour se mettre dans la roue des économies de combat que sont les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne et qui ne dissocient pas la finalité de l’intérêt privé de l’intérêt national.

L’appel à plus de présence des chefs d’entreprise dans le jeu politique fut contré par les propos de Stephan Brousse (membre du conseil d’administration de Medef International, PDG de Broussevergez) qui estimait que chacun devait rester à sa place. Rien n’est moins sûr. La surreprésentation des fonctionnaires à l’Assemblée Nationale et l’empreinte de la technostructure dans les cabinets ministériels constituent un blocage majeur. La fonction publique est déconnectée de la mondialisation des échanges et vit dans un mode de perception hexagonal, coupé de la perception des enjeux économiques et surtout incapables de se projeter dans la définition des choix industriels à prendre pour sauver le positionnement à long terme de la France.

La salle et les autres interventions de cette table ronde validèrent le sentiment qu’il fallait une autre vision pour gagner des marchés et créer des emplois. Une nouvelle génération de chefs d’entreprise serait-elle en train de comprendre qu’il faut changer de modèle ? Ce serait une très bonne nouvelle. En revanche, ni la haute administration, ni la classe politique ne sont prêts à un tel changement de posture mentale. Trop ancrés dans la préservation de leurs intérêts personnels et rétifs à toute forme de prise de risque, ces élites bureaucratiques se contentent de gérer les affaires courantes. Comme le rappelait Alliot-Marie lorsqu’elle dirigeait le Ministère des Affaires Etrangères, les ambassadeurs ne comprirent pas la suggestion qu’elle leur fit de faire un stage d’immersion pour comprendre la réalité des entreprises.

La nécessité d’inventer des réponses hors du système est désormais une évidence. L’appareil est incapable de se réformer pour se mettre en ordre de marche afin de relever les défis des nouvelles puissances économiques et se mettre au service de l’intérêt collectif pour nous permettre d’affronter les économies de combat.

Une idée a été émise lors de cette table ronde. Elle avait été déjà été lancée lors d’un colloque organisé par les junior entreprises au siège national du Medef en 2013 : créer un site de remontée d’information pour mettre en avant nos victoires commerciales, la réussite de nos PME, les domaines où nous sommes en avance y compris sur les Etats-Unis. Un tel site doit être le fruit d’une dynamique hors système et s’inscrire dans la dynamique d’action souhaité par des chefs d’entreprise de la trempe d’Augustin Paluel-Marmont.

 

L’équipe d’Infoguerre
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Edito : La formation en Intelligence Economique à la croisée des chemins http://www.infoguerre.fr/edito/edito-la-formation-en-intelligence-economique-a-la-croisee-des-chemins/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-la-formation-en-intelligence-economique-a-la-croisee-des-chemins/#comments Thu, 01 Aug 2013 07:37:14 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5096 Articles similaires :
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made-in-franceDepuis vingt ans, nous cherchons à créer un état d’esprit favorable à une prise en compte de  l’usage de l’information. Si j’osais une comparaison historique un peu décalée, nous sommes encore loin d’égaler le niveau de ferveur des soldats de l’armée de l’an II. Or c’est justement la volonté de réagir sans trop savoir comment et avec une minorité potentiellement agissante que l’armée de l’an II a pu se transformer en une force capable de rivaliser avec toute une partie de l’Europe de la fin du XVIIIe siècle. La France du XXIe siècle entame à peine cette mutation dans un contexte de guerre économique. Les pays qui sont très avancés dans un tel processus sont les nouveaux entrants à l’image de la Chine qui développe depuis  30 ans un modèle d’accroissement de puissance par l’économie, reprenant à son compte les fruits du modèle japonais et sud-coréen. Ces économies combattantes ne fonctionnent pas comme les acteurs économiques du monde occidental. Mais le résultat est là : la Chine est en train de devenir la partie la plus dynamique du monde.
Face à ce monde en mouvement, on ne ressent pas dans notre pays l’âme d’un peuple, ni le partage de valeurs communes pour un combat utile à l’intérêt général. La notion d’affrontement non militaire n’est prise réellement au sérieux que dans la gestion des parcours professionnels ou dans la vie privée. Par ailleurs, on voit apparaître un nouvel univers conflictuel, celui de la société d’information dont le cyberespace n’est qu’une toute petite partie par rapport à ce que cet univers représente.

Autrement dit, nous avons deux défis à relever :

  • L’élargissement du champ de vision de l’intelligence économique,
  • L’usage de la connaissance dans la société de l’information.

Imiter le réalisme américain
Récemment, un article dans le Figaro indiquait que le made in America commençait à porter ses fruits, dans un pays libéral où il y a une mobilisation des parties prenantes pour créer de l’emploi localisé, avec un objectif de 5 millions d’ici 2020. Le projet est défini par le Président des Etats-Unis et appuyé par le Congrès des Etats Unis. Notre pays phare, celui auquel notre élite se réfère depuis des dizaines d’années, agit et cela commence à engranger des bénéfices. Alors que nous, quand on parle du made in France, on en est encore à une publicité symbolisée par la marinière portée par le Ministre du Redressement productif. Il y a là un véritable problème. Avant tout c’est un problème de synchronisation de la réflexion stratégique car personne ne nous interdit d’imiter le modèle américain, que ce soit au niveau français ou au niveau européen.
Les Américains jouent sur tous les tableaux en plaidant à la fois l’ouverture des marchés tout en appliquant parallèlement des mesures protectionnistes, contrant l’appétit commercial du Japon au début des années 1990 pour ensuite lui faire de nouvelles concessions depuis un an à cause de la pression exercée par la Chine dans cette région du monde. Dans le même ordre d’idées, ils ouvrent leur marché intérieur à la Corée du Sud (menacée par la Corée du Nord communiste), alors qu’ils savent pertinemment que c’est un concurrent redoutable dans des secteurs industriels de pointe. Cette géométrie variable dans la gestion des affrontements nous sort des clichés habituels sur la mondialisation. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de grandes négociations entre les Américains et les Chinois, ni d’essor des échanges commerciaux.
Le problème de la France en 2013 réside dans son incapacité à engager ses forces vives dans des stratégies concertées de moyen/long terme. Mais aujourd’hui, nous n’avons plus le choix, et si les Etats-Unis nous montrent l’exemple, il suffit de les imiter. Notons à ce propos que la plupart des commentateurs en sont encore à ricaner sur le made in France.
Donc nous, Français, n’avons pas encore franchi le Rubicon. Tout reste à faire et la priorité absolue est de trouver les arguments légitimes afin de formaliser sur le terrain économique les bases d’une unité nationale.
Nous avons encore beaucoup de mal à rentrer dans ce mode de raisonnement. Et ce n’est certainement pas en concentrant les efforts sur la sécurité que l’on va répondre au besoin vital de stratégie de développement et de conquête de parts de marché. Mais pour se mettre en ordre de marche, encore faut-il savoir tirer certaines leçons tirées du passé ?

Eviter les pertes de mémoire
Dans un premier temps, il faut tirer le bilan du début de la Vème République. Le général de Gaulle n’a pas été suivi par sa majorité dans sa volonté de limiter la dépendance de la France vis-à-vis des Etats-Unis. Les traces de cette démarche ont été discontinues et trop peu suivies d’effets. Je pense notamment au rapport Made in France de Benjamin Coriat et Dominique Taddei publié en 1992 et cité dans les travaux de la commission Compétitivité du XIe Plan. Sur quelle mobilisation a-t-il débouché ? De plus, il a fallu que Louis Gallois, membre de cette commission, lève le doigt pour dire: « Cela serait bien d’ajouter une page sur le rôle de l’information dans la compétitivité». Il n’y avait aucune analyse du rôle stratégique de l’information dans le rapport de Coriat et Taddei.
Etrange rupture dans le cheminement de la connaissance dans la mesure où Jean Michel Treille qui travaillait au Commissariat général au Plan au début des années 1970, avait déjà bien avancé sur ce sujet. Il était chargé de développer le système d’information Mars qui avait pour vocation de permettre un échange d’informations entre les administrations, les grands groupes et les PME dans le cadre d’une politique industrielle concertée. En 1976, les pouvoirs publics ont mis fin à l’expérience. Dans un article du Monde paru à la même époque, il était précisé que certaines grandes entreprises du CAC 40 n’estimaient plus utiles de partager de l’information avec des PME. Cette remise en cause de la politique industrielle amorcée par Michel Debré en 1961 a marqué un coup d’arrêt à la réflexion sur le devenir de la puissance économique de la France. C’est sur la base de ces bilans qu’il faut reconstruire les points de repère d’une réflexion stratégique. Dans cette longue marche vers la recomposition de forces vives, le rapport Martre a donné l’exemple. Dans ce rapport, aurait dû figurer le bilan de l’échec de la vente du Mirage 2000-5 à la Finlande. Extraordinaire effort collectif de quatre industriels et de l’Etat pour tirer le bilan d’un échec commercial. Tout le monde avait été d’accord pour travailler sur ce bilan d’un échec, c’était pour une fois une rupture fondamentale avec les pratiques existantes. Hélas un incident anodin fit capoter la diffusion de cette étude de cas de plusieurs dizaines de transparents. Il faut remercier Henri Martre d’avoir pu nous permettre au moins d’entrer dans cette logique. Malheureusement, l’absence de trace écrite est très pénalisante.

Sortir la formation en IE de son isolement académique
Un autre problème se pose désormais de manière récurrente, celui de la formation. Nous savons pertinemment que le problème n’est pas résolu. Malgré les différentes lettres de mission de Premier ministres (Raffarin, Villepin, Fillion), la question de l’ancrage de l’intelligence économique n’est toujours pas résolue. Il existe des précédents sur la perte de savoir. L’école de la veille technologique née dans les années 1970/1980 a disparu, faute de successeurs aux pionniers universitaires comme Henri Dou et Humbert Lesca. D’autres écoles de pensée pourraient disparaitre de la même manière.
La question de la formation se pose à plusieurs niveaux :

  • Les classes préparatoires des lycées car c’est là que commence le processus de formation des élites. Le réseau Anteios a le mérite d’avoir publié des écrits sur la guerre économique pour sensibiliser les professeurs des classes préparatoires,
  • Les grandes écoles qui sont encore très peu impliquées dans une démarche volontariste de formation à l’intelligence économique.
  • L’université qui commence enfin à s’intéresser au sujet sans pour autant définir des cadres de recherche durables. La création d’un réseau d’enseignants chercheurs (idée portée par Nicolas Moinet, Professeur à l’IAE de Poitiers) et la reconnaissance de R2IE comme revue notée marqueraient une avancée significative.

Les entreprises ont aussi un rôle capital à jouer dans la consolidation du système de formation à l’intelligence économique. L’implication de cadres d’expérience dans la définition de programmes pédagogiques est requise pour donner du crédit aux enseignements à l’intelligence économique dont la très grande majorité reste encore beaucoup trop théorique et très faiblement productrice de connaissances.

Valoriser l’excellence française
Notre potentiel industriel est souvent méconnu par la population française. Nous sommes en avance sur les Etats-Unis dans certains domaines. A New York, par exemple, les blocs électrogènes ont été utilisés pendant des mois pour alimenter des immeubles privés de courant après les incidents dus à la tempête de l’hiver dernier. EDF et ERDF sont mille fois plus efficaces pour réparer le réseau dans des conditions similaires. Qui sait que nous avons dans le domaine de l’économie de l’électricité dix à quinze ans d’avance sur une partie des technologies utilisées dans le monde occidental.
Quand allons-nous le dire ?
Quand allons-nous le démontrer ?
Quand allons-nous le faire savoir à nos jeunes générations ?
Quand allons-nous leur donner l’envie de se battre ?
Pour eux, pour ce pays, et pour éventuellement l’Europe si l’Europe arrive à exister.
Voilà pour l’instant la priorité essentielle. Mais ce ne sont pas des individus isolés qui arriveront à gagner cette bataille. Ce ne peut être que le fruit d’une démarche collective qui exclut tout sectarisme.

Christian Harbulot

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Edito : Les leçons amères à tirer de l’affaire Prism http://www.infoguerre.fr/edito/edito-lecons-ameres-a-tirer-de-affaire-prism/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-lecons-ameres-a-tirer-de-affaire-prism/#comments Mon, 01 Jul 2013 07:49:41 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5078 Articles similaires :
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prismLa divulgation du système d’espionnage américain par l’ex consultant de la NSA Edward Snowden ouvre une brèche beaucoup plus importante que l’affaire Wikileaks dans le système de croyance édifié par les Etats-Unis aux lendemains de la seconde guerre mondiale.  L’affaire Prism a fait voler en éclats les fondements mêmes du credo sur la démocratie. On pourrait la résumer en trois actes d’accusation : violation de secrets d’Etats étrangers, accès illimité aux informations économiques de pays concurrents, lecture potentielle des données personnelles des citoyens du monde sur les réseaux sociaux.

Les preuves fournies par le citoyen américain Edward Snowden remettent en cause le discours que les Etats-Unis affichent depuis leur création sur la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Si l’affaire Wikileaks a fait de la diplomatie américaine une référence mondiale qui faisait passer au second plan les autres discours diplomatiques, l’affaire Prism ramène les Etats-Unis à la case départ de la Real Politik. Suite à ces révélations, la démocratie américaine ne peut plus prétendre être un modèle pour les autres peuples du monde car elle fait le contraire de ce qu’elle dit, ne serait-ce qu’en ne respectant pas le secret de correspondance qui fut une des libertés élémentaires arrachées aux régimes absolutistes ou totalitaires.
Cette situation nouvelle a déjà des conséquences spectaculaires. Elle mine la légitimité populaire des élites politiques des démocraties occidentales qui s’étaient habituées silencieusement depuis des décennies à assumer le poids et le prix de la surveillance américaine de leur comportement. Il n’est pas étonnant que les premières réactions politiques de rejet de l’attitude américaine viennent d’Allemagne par la voix du gouvernement fédéral. A cette posture diplomatique s’ajoute la publication par le magazine Der Spiegel de nouveaux éléments sur le ciblage par l’espionnage américain de l’Union Européenne mais aussi de la France. Contrairement à la France, l’Allemagne a une stratégie de puissance qui lui permet aujourd’hui de s’affirmer de manière beaucoup plus mature sur la scène internationale. L’absence de réaction de l’Elysée au début de l’affaire et le motus bouche cousue de la classe politique, de gauche comme de droite pendant la première période de la crise, en dit long sur notre attentisme à l’égard des Etats-Unis d’Amérique.
L’affaire Prism a pris tout ce petit monde à contrepied. La France a du mal à se penser en dehors de son statut de petite moyenne puissance aux marges de l’empire dominant, position parfois ô combien inconfortable comme le démontre l’affaire Prism. Le fait que nous soyons incapables d’élever la voix aux côtés de l’Allemagne, « redimensionne » la valeur de nos attributs de puissance militaire et diplomatique. Sans armes nucléaires, sans fauteuil au conseil de Sécurité de l’ONU, l’Allemagne fait mieux que nous. Puissance bridée depuis 1945, elle a renversé son statut de vaincu en statut de puissance assistée (économiquement et militairement) au cours de la guerre froide pour maintenir l’équilibre des forces entre l’Est et l’Ouest. La chute du Mur et la réunification lui ont donné un nouvel élan au sein de la dynamique européenne. Berlin, contrairement à Paris, sait jouer le double jeu. Plus proche des Etats-Unis par le lien transatlantique hérité de la guerre froide, sa voix porte d’autant plus fort lorsqu’elle est la première à demander des comptes aux Etats-Unis.
L’absence de réaction française jusqu’à l’intervention officielle de Laurent Fabius ce dimanche est l’instrument de mesure parfait de notre véritable place dans le concert des nations. Contrairement à Berlin, Paris semblait attendre patiemment la fin de cette tempête informationnelle. Mais les dernières révélations sur l’espionnage de l’Union Européenne et même de la France ont brisé le mur du silence, du moins à gauche car la droite a encore du mal à se faire entendre sur ce dossier. Les images d’un Barack Obama qui essaie de substituer à l’image dégradante de son empire, celle du premier Président noir des Etats-Unis en voyage en Afrique du Sud, ne suffisent plus à masquer ce scandale à rebondissement. Certes, on peut toujours rêver dans l’hexagone en se demandant qui osera revenir un jour sur ce statut instable de vassal de l’empire, jamais assumé devant l’électorat. Le seul dirigeant politique français à s’être démarqué de cette dépendance à l’égard des Etats-Unis fut le général de Gaulle. Et il n’est pas inutile de rappeler qu’il était à l’époque très isolé dans son propre camp sur ce dossier majeur.

Christian Harbulot
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Edito : La France piégée par la question de la puissance http://www.infoguerre.fr/edito/edito-la-france-piegee-par-la-question-de-la-puissance/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-la-france-piegee-par-la-question-de-la-puissance/#comments Fri, 31 May 2013 07:45:10 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5057 Articles similaires :
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france-puissanceEn 2003, Christian Harbulot décrivait les raisons et les manifestations de l’absence de pensée sur la puissance, en France. L’idée de déclin français est liée à la conception que les Français ont de la puissance. La puissance et l’accroissement de puissance sont mal considérés dans le pays des droits de l’homme et de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Depuis la Révolution, et le refus des élites d’assumer une politique de conquête, l’idée de puissance est marginale. La victoire stratégique remportée par les Etats-Unis, avec la disparition des empires coloniaux européens, n’a en rien modifié la conception française de la puissance.

Le gaullisme oublié
Le gaullisme fut une certaine idée de la puissance de la France, mais à partir de 1969, la classe politique française a réduit les ambitions gaullistes et repositionné la France dans le sillage des Etats- Unis. La menace principale restait l’URSS et figeait la réflexion stratégique. Pourtant, de nouveaux enjeux de puissance ont succédé à la guerre froide. L’émergence de l’Europe et de l’Asie avec deux pôles dominants, le Japon et la Chine, ont modifié les rapports de force internationaux. Ce nouveau monde est mené par la maîtrise du contrôle des technologies de l’information, de l’industrie de la connaissance, l’influence dans les organisations internationales qui complètent la réalité de la guerre économique, définie à l’origine, par la conquête commerciale, le contrôle des routes marchandes et la possession des matières premières.
Dès le début des années 1990, les Etats-Unis intègrent cette nouvelle réalité en déclarant en 1994, par la voix de Bill Clinton, que la défense des intérêts économiques est la priorité numéro un de la politique étrangère des Etats-Unis. Les élites françaises n’apportent pas de réponse décisive à ces nouveaux rapports de force entre puissances. Au début des années 2000, Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont certes affirmé une vision du monde différente de celle des Etats-Unis, mais aucune politique de puissance cohérente n’a été menée.

La non-vision sarkozyste
Après 2007, aucun changement notable n’a eu lieu, Nicolas Sarkozy a pu laisser croire pendant ses deux campagnes présidentielles qu’il avait compris que la recherche de la puissance était le moyen de redresser le pays. Sa volonté de renoncer à la politique européenne de la concurrence et d’ouverture sans protection, a été plusieurs fois exprimée. Mais aucune décision forte n’été prise pour renforcer les champions européennes et s’opposer à une conception européenne du commerce international dépassée. Malgré quelques réformes de structures sur le crédit d’impôt recherche, le Fonds stratégique d’investissement, OSEO, il n’y a pas eu de vision globale de ce que devait être la stratégie de la France. La diplomatie française a hésité pendant 5 ans, dans la plupart des grandes aires du monde, et dans ses relations avec les grandes puissances. La France est passée, sous Nicolas Sarkozy, d’une posture libérale à une politique de défense des intérêts nationaux brouillonne et opportuniste.
La politique chinoise du Président Sarkozy est peut-être la plus caricaturale de cette période. Nicolas Sarkozy avait déclaré dans sa campagne vouloir s’opposer à la realpolitik, qui dirigeait la politique étrangère chiraquienne, fondée sur les grands contrats. En 2008, alors que le pouvoir chinois réprime le Tibet, Sarkozy soutient le Tibet et menace de ne pas assister à l’ouverture des JO. Face aux réactions de Pékin, Sarkozy annonce finalement qu'il participera à la cérémonie d'ouverture et qu’il renonce à rencontrer le Dalaï-Lama. Après cela, le gouvernement fera toutes les démarches, visites après visites en Chine pour améliorer les relations commerciales et politiques. La France s’est affirmée pour ensuite se soumettre.    
La relation de la France avec la Russie fut fondée sur le même mouvement, d’une approche morale, inspiré par Glucksmann à une approche plus conciliante, incarnée par le rôle de la France dans la gestion du conflit géorgien, en 2008, qui s’est conclue plutôt favorablement à la Russie. Dans ses relations économiques et commerciales, la France est en retard par rapport à l’Allemagne dont les échanges avec la Russie sont trois fois plus importants que les échanges français. Si la France a réussi à vendre deux Mistral à la Russie et si la coopération militaire entre les deux pays s’approfondit, il n’y a pas de vision durable d’une coopération avec la Russie, au service des intérêts français. Avec la Turquie, la Lybie, et la Syrie c’est le mouvement inverse qui s’est produit, après une approche réaliste au début du mandat Sarkozy, la France a modifié ses principes en cédant à la communauté arménienne sur le génocide. En Lybie et en Syrie, en abattant ou demandant la fin de régimes que Nicolas Sarkozy avait soutenus.
Avec les Etats-Unis, la France depuis 2007 a conduit une politique de  rivalité/vassalité. Rivalité lorsque la France a mené les négociations après le confit russo-géorgien. Vassalité avec le retour de la France dans le gouvernement intégré de l’OTAN et prises de positions plus atlantistes que la politique américaine face à l’Iran. La France a continué de ne pas voir la défense des intérêts économiques qui fondent la politique des Etats-Unis et qui s’opposent souvent aux intérêts français. Les exemples pourraient être multipliés. Force est de constater qu’aucun principe n’a guidé cette politique, entre le droit d’ingérence et l’indépendance des nations, de Gaulle avait tracé une voix avec le discours de Phnom Penh, contre la guerre du Vietnam et son refus (caché par le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) de mener des guerres qui ne soient pas conformes à l’intérêt national. La politique de défense sacralisée par Jacques Chirac a été affaiblie sous la présidence Sarkozy, avec des réductions de poste sans visée stratégique et une division maintenue de notre industrie de défense. La faiblesse économique est certainement la raison de cet affaiblissement géopolitique français. La France a renoncé à la puissance et cherche en vain une influence dans le monde.

La France doit choisir
La situation actuelle de l’Union européenne illustre ce refus français de la puissance. La France est depuis la fin des années 80, la nation la plus favorable à l’intégration européenne et  ce alors que la plupart des Etats, à commencer par l’Allemagne ont une idée claire des intérêts nationaux qu’ils défendent au sein et en dehors de l’Union européenne. L’Allemagne s’est rapprochée de la Russie (accords gaziers, accord Siemens-Rosamtom face à Areva). Malgré une apparence attentive aux libertés du peuple chinois, l’Allemagne avance ses pions commerciaux en Chine. En Europe, l’Allemagne fonde ses excédents commerciaux sur les déficits de ses voisins, et profite d’une monnaie dont le niveau est déconnecté de la productivité réelle de nombreux pays disposant de l’Euro. Ce qui a créé la situation actuelle des pays d’Europe du Sud et affaiblit l’industrie française, toujours appuyée par une politique monétaire flexible.
Depuis le début de la crise économique la France, ne semble pas voir cette politique allemande d’intérêt national qui est aussi celle de tous les grands acteurs mondiaux. Si l’Allemagne ne souhaite pas que sa puissance soit au service de la puissance européenne commune, la France doit en tirer les conséquences, et affronter l’Allemagne en la contraignant à la coopération européenne ou mener sa propre politique. Sur l’ensemble de ces questions, il n’y a pas, pour l’instant, chez François Hollande, de vision stratégique claire. Comme l’écrivait Harbulot en 2003, les élites se sont enfermées dans une vision passéiste des enjeux, « la préservation des intérêts fondamentaux de la France et de l’Europe se fera par la renaissance de la pensée stratégique fondée sur la puissance ». Les principales puissances mondiales ont saisi cette réalité, la France a les moyens de cette politique, il lui suffit de le vouloir. 

Rémy Berthonneau
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La_Manif_Pour_TousLe mouvement contre le mariage pour tous a réactualisé une problématique qui était considérée comme obsolète depuis la disparition progressive des vagues d’agitation gauchistes dont le point culminant fut les évènements de mai 1968. Plusieurs enseignements sont à tirer dès maintenant de cette nouvelle phase de relance de pratiques subversives, initiées cette fois-ci par des forces de la société civile majoritairement positionnées à droite de l’échiquier politique. 
Les évènements actuels sont dominés par deux modes d’action très imbriqués : la manifestation de rue et l’activisme des réseaux sociaux sur Internet. Il nous a semblé intéressant de rapprocher ces deux notions dans le décryptage des évènements liés au mouvement contre le mariage pour tous. Jusqu’à présent, la combinaison de ces deux modes d’action était très factuelle et ne débouchait pas sur une dynamique durable d’ampleur nationale, voire internationale. C’est la première fois dans la jeune Histoire de la société de l’information que l’expression publique dans la rue est articulée avec autant d’efficacité et d’efficience que l’usage offensif d’Internet par le biais des réseaux sociaux.

L’imbrication du mouvement de masse dans la toile
L’analyse des évènements actuels fait ressortir une combinaison innovante de l’art de la manifestation de rue (conçu entre le XIXe et le XXe siècle) avec les nouvelles techniques de prise de parole (sites Internet, blogs, pages Facebook), par les Smartphones (SMS, prise d’images et de vidéos) et Twitter.
L’usage subversif de la manifestation de rue est l’un des produits des révolutions françaises (1789, 1830, 1848). Il devint par la suite un des actes marquants du militantisme propagé par les courants marxistes et libertaires. Au XXe siècle, cette tactique est reprise par les courants révolutionnaires russes et instrumentalisés par les Bolchéviks. La succession des expériences révolutionnaires dans l’Europe des années 30 élargit son utilisation aux courants de pensée d’extrême droite (Marche sur Rome des fascistes italiens, défilés des SA du parti nazi allemand, manifestation des Croix de feu et des Ligues nationalistes le 6 février 1934 à Paris). Mais la théorisation de cette tactique est réalisée par Mao Tsé Toung qui l’intègre dans une notion plus large de portée stratégique : la notion de mouvement de masse, colonne vertébrale de la pensée du courant maoïste lors de la Révolution culturelle officialisée en 1966 (mobilisation de fractions de la jeunesse chinoise contre certains dirigeants et cadres du Parti).
Dans la praxis révolutionnaire, la notion de mouvement de masse est mise en avant pour vérifier l’écho des thèses révolutionnaires et souligner leur impact au sein du peuple. Sans mouvement de masse, le combat révolutionnaire est une démarche d’avant-garde qui ne trouve pas sa légitimité historique. Contre toute attente,  le mouvement contre le mariage pour tous de 2012/2103 s’est peu à peu imposé sur la scène politique en prenant appui sur la force de la mobilisation des manifestants dans la rue. Cette montée en puissance d’un mouvement de masse n’est pas simplement le résultat d’un phénomène de bouche à oreille et de répercussion de l’impact des manifestations dans les médias (note 1). Il résulte d’une campagne d’action très soutenue à partir des réseaux sociaux. La dimension prise par ce buzz sur Internet est une des clés pour comprendre le maintien de la mobilisation, l’augmentation graduelle du nombre de manifestants et la capacité d’organisation tous azimuts de manifestations ciblées dans plusieurs zones urbaines du territoire. Cette propagation d’un courant d’idées (que d’aucuns estiment divisé, mais rappelons pour les profanes que les courants révolutionnaires étaient divisés quels que fussent les contextes historiques) est d’autant plus surprenante qu’elle n’émane pas d’un centre de commandement longtemps positionné à l’avance (note 2). Aucun parti de l’opposition ne s’attendait à l’ampleur de cette vague protestataire. Il en est de même pour les partis au pouvoir. L’analyse de ce syncrétisme entre des méthodes d’agit-prop traditionnelles et de pratique offensive du web nous semble illustrer de manière très didactique les critères de guerre de l’information par le contenu. La notion de guerre de l’information par le contenu est théorisée au sein de l’Ecole de Guerre Economique (note 3) qui a déjà publié de nombreux articles sur le sujet (note 4).

Un syncrétisme des techniques offensives de management de l’information
Les méthodes d’agit-prop initiées par le collectif contre le mariage pour tous sont un condensé de multiples pratiques déjà employées par des mouvements protestataires dans le passé mais enrichies par une créativité propre à ce mouvement :

L’intérêt de ce mouvement est la démultiplication des opérations militantes qui rappellent  le principe du slogan maoïste: « Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine ». Si comme tentent de le démontrer les journalistes Abel Mestre et Caroline Monnot du quotidien Le Monde, des pratiques militantes de nature idéologique se sont greffées dans la dynamique militante, leur influence reste très circonscrite à des cercles périphériques à un mouvement de protestation multidimensionnelle. Les dissidents du Printemps français prônent la radicalisation politique des opposants au mariage gay par le biais d’un site Internet et d’un compte Twitter. Cet activisme principalement virtuel use de symboles tels que le graphisme agressif du poing tendu qui voisine étrangement avec la référence apaisante au pacifisme de  Gandhi. Les initiatives des groupuscules d’extrême droite ont elles aussi pour l’instant une portée marginale et se limitent à des manœuvres de galvanisation de la foule en marge des manifestations nocturnes, à des blocages de la circulation et à des collages d’affiche sur des permanences du Parti Socialiste ou sur un site parisien qui accueillait l'Inter-LGBT (Lesbiennes, Gay, Bi, Trans). La présence du mouvement religieux Civitas dans des manifestations collatérales n’a pas non plus changé l’orientation première du mouvement.
Les « opérationnels » du mouvement contre le mariage pour tous sont à l’origine d’un syncrétisme entre des techniques subversives de propagande et des méthodes propres au monde de l’intelligence économique ou des ONG. Pour ce qui concerne l’intelligence économique, ce mouvement a ouvert la voie à une forme de démocratisation du lobbying qu’aucun cabinet de conseil spécialisé dans le domaine ne serait en mesure d’égaler. En revanche, la cartographie et la traçabilité des prises de position des parties prenantes réalisée au niveau des parlementaires est la reproduction typique d’une technique de plus en plus usitée par les agences de communication et les structures spécialisées dans la communication d’influence. L’un des points forts du mouvement est la manière de pousser les autorités dans leurs contradictions, à l’image du refus de la préfecture de police de communiquer les images de la manifestation du 24 mars.
Les techniques de pression psychologique sur des leaders d’opinion ou des responsables politiques sont comparables à celles pratiquées par les acteurs de la société civile. Des ONG  comme Greenpeace, figure emblématique des défenseurs de l’environnement, ont systématisé ce type de mode d’action pour faire parler d’elles dans les médias et accroître leur notoriété.
C’est notamment le cas des techniques de harcèlement épistolaire ou téléphonique  (courrier envoyé à tous les  parlementaires, communications téléphoniques répétées auprès des responsables de la Préfecture de Police ou de la  Mairie de Paris (cf. polémique sur la pelouse du Champ de Mars). La tentation de pratiques de désobéissance civile comme le projet de campagne de vider les livrets, les appels à forcer le traitement manuel de la déclaration de revenus ou de contrepouvoir électoral (composition de listes électorales aux prochaines élections municipales) sont le prolongement possible de cette nouvelle forme de stratégie de la tension informationnelle.
Le mouvement contre le mariage pour tous n’a pas encore de centre de commandement politique digne de ce nom comme le laissent pressentir les déclarations parfois confuses et contradictoires de l’une des porte-parole improvisée, Virginie Tellenne. Il a fait preuve en revanche d’une organisation logistique d’une efficacité remarquable compte tenu du caractère spontané de son développement au cours des derniers mois. La gestion financière des manifestations (note 5) et l’organisation de la venue d’une telle masse de manifestants implique un suivi de nature quasi militaire. La logique d’entraide des manifestants est le point novateur de ce savoir faire dans la mesure où la capacité de mobilisation se mesure aussi par les propositions de covoiturage, d’hébergement, de babysitting, de parrainage financier pour aider des familles à manifester. Le service de sécurité dirigé par le jeune militant Albéric Dumont a démontré lui aussi une certaine maîtrise de la situation dans la mesure où il a su réunir et structurer plusieurs milliers de bénévoles répartis selon les tâches à accomplir : gilet jaune pour l’accueil des participants, gilet rouge pour la sécurité, gilet vert pour la logistique. Le dialogue permanent entretenu avec les services de police a été un gage de réussite qui n’est pas cependant un chèque en blanc pour l’avenir.

Une pratique intensive mais parfois déficiente de la guerre de l’information
L’une des particularités du mouvement contre le mariage pour tous est le recours systématique à tous les ressorts de la société de l’information. Le système interne de pilotage du Pôle web est un travail militant de nature quasi professionnelle par la qualité du suivi de l’actualité, de la veille sur les prises de parole amies et hostiles, de la relation entretenue avec la presse internationale. La cellule presse a réussi à sensibiliser des journalistes étrangers et une partie de la population sur la tendance de medias français à pratiquer l’omission, l’autocensure ou la dépréciation de la force du mouvement.
La création de centaines de sites et de blogs sur Internet (note 6) est une des preuves de la particularité de cette mobilisation dont la presse ne rend compte qu’avec une parcimonie pour le moins surprenante. Chaque antenne régionale du mouvement contre le mariage pour tous pour tous dispose d’un blog, d’une page Facebook et d’un compte Twitter. Les flux informationnels qui transitent par  ces relais virtuels ont des objectifs bien précis :

  • Sensibilisation des internautes.
  • Préparation des manifestations.
  • Diffusion de preuves par prises de photographies lors des manifestations.
  • Diffusion des témoignages.
  • Communication des sondages en ligne.
  • Campagne de résonance sur les réseaux sociaux (cf. htag #floppourtous).

Certains activistes du web mènent aussi des attaques informationnelles :

  • Recueil de témoignages sur les dérives liées au mariage homosexuel (échec dans l’éducation d’enfants élevés par des couples homosexuels).
  • Diffusion de photos chocs extraites de manifestations en faveur du mariage gay et nuisibles à leur image.
  • Attaque ciblée contre Pierre Bergé (note 7) et Jean Pierre Michel.

Mais cet activisme du net a ses limites tactiques comme le démontre l’incapacité des organisateurs du mouvement à exploiter une des erreurs grossières commises par le Ministère de l’Intérieur. Lors de la manifestation du 24 mars à Paris, des photos ont été prises de plusieurs  policiers en civil brandissant des matraques télescopiques en acier trempé. La scène est intéressante car lorsqu’on la visionne, on constate que les policiers armés de ces matraques ne sont pas menacés par des manifestants et qu’ils ont une attitude provocatrice. Ils mettent ensuite leur brassard police et se réfugient derrière un rideau de CRS. Le collectif qui organise la manifestation a la preuve visuelle de ce qu’on appelle une provocation policière. Il se contente de diffuser les photos compromettantes sur le web mais ne les exploitent pas dans la polémique qui va suivre. La matraque télescopique est une arme dangereuse qui peut provoquer des coups mortels lorsqu’ils sont portés sur la tête d’un individu. Cette arme n’a donc pas sa place dans une opération de maintien de l’ordre. Les questions posées au Ministre de l’Intérieur auraient pu être très gênantes sur ce point (note 8) car elles contrebalançaient son argumentation non démontrée par des photos sur la présence d’éléments agressifs de groupes d’extrême droite aux abords de la place de l’Etoile.
Au niveau stratégique, la guerre de l’information menée par les opposants au mariage pour tous est pour l’instant un échec (la loi est votée et le Conseil Constitutionnel reste un recours plus qu’aléatoire). Les défenseurs du mariage gay ont joué sur la défense des minorités alors que les opposants se sont battus pour le maintien des valeurs. En termes de guerre de l’information, la résonance des pour reste encore plus forte que celle des contre.

Limites et dépassements du mouvement
Les opposants au mariage pour tous n’ont pas trouvé les éléments de langage pour renverser le rapport de force. Il leur fallait pour atteindre un tel but aller sur un autre terrain que celui du respect ou du maintien des valeurs morales. Le changement de société impulsée par la dynamique anglo-saxonne (théorie du Gender, remise en cause de notre définition des droits de l’homme, non respect de la propriété intellectuelle et des données personnelles, recherche sur l’optimisation du consumérisme par la disparition de la différence entre les sexes) est la toile de fond de ce non débat stratégique. Sur ce point précis, le mouvement contre le mariage pour tous est piégé par son origine idéologique. La relation avec les Etats-Unis et dans une certaine mesure la survie de l’empire américain est le sujet tabou de la droite française. La solitude du général de Gaulle pour tenter de trouver une troisième voie reste dans toutes les mémoires. L’incapacité de dire non à l’influence culturelle du modèle américain sur la France et l’Europe est le caillou dans la chaussure qui bloque toute capacité d’optimiser la guerre de l’information actuelle pour la traduire politiquement dans un mouvement de masse de nature réellement stratégique. Si le recul provisoire du gouvernement sur la procréation assistée peut apparaître comme une concession faite à ce mouvement de masse, il n’est une fois de plus que de portée tactique.
La manifestation du 26 mai prochain sera-t-elle l’arbre qui cache la forêt ? Les retombées du mouvement contre le mariage pour tous sont déjà très perceptibles au sein de l’Eglise catholique. La conférence des évêques de France fortement marquée par la crise de société issue des événements de mai 68 doit faire face à l’émergence d’une nouvelle génération de chrétiens qui sont à la recherche de valeurs spirituelles moins matérialistes. Il ne s’agit pas à priori d’un courant contestataire mais d’un renouveau de la pratique religieuse qui prend de plus en plus en compte les grands débats de société.

Christian Harbulot
Directeur de l’Ecole de Guerre Economique

 

Notes

Note 1 : La plupart des médias ont minoré le chiffre des manifestants dès la manifestation du 17 novembre 2012 et ce n’est qu’à partir de la manifestation du 24 mars que la polémique a été évoquée dans les médias sur le comptage des manifestants à partir des photos prises par hélicoptère par les services du Ministère de l’Intérieur.

Note 2 : Le mouvement contre le mariage pour tous est né d’une volonté spontanée de personnes d’individualités et de groupes animés par des convergences de vue en opposition au mariage pour tous. La création d’un collectif Lamanifpourtous issu du Manifeste pour l’humanité durable regroupe plusieurs associations de confession différente mais à majorité chrétienne.

Note 3 : L’Ecole de Guerre Economique est aujourd’hui à la pointe de l’étude de la guerre de l’information par le contenu. Cette légitimité acquise à travers des travaux de recherche menés depuis seize ans vient en appui aux réflexions plus conventionnelles du monde universitaire et complète les vides laissés par des institutions verrouillées par les contraintes gouvernementales. Ce positionnement original nous incite aujourd’hui à faire un état des lieux de la démarche méthodologique multidimensionnelle qui transparaît dans les pratiques militantes du mouvement contre le mariage pour tous.

Note 4 : articles publiés par l’EGE sur la guerre de l’information par le contenu

  • Christian Harbulot, Note sur la guerre des perceptions, CSFRS, avril 2013.
  • Christian Harbulot, Le piège technologique de la cyberguerre, Nouvelle Revue de Géopolitique, numéro de janvier, février, mars 2013.
  • Christian Harbulot, De la guerre de l’information aux cyberconflits, dossier réalisé par le CSFRS pour Enjeux les Echos, mars 2012.
  • Christian Harbulot, Les démocraties occidentales face à la guerre de l’information, Nouvelle revue de Géopolitique, automne 2011.
  • Christian Harbulot et Patrice Lefort-Lavauzelle de l’article Une démocratie peut-elle mener une guerre de l’Information, revue Défense, septembre 2011.
  • Christian Harbulot, Les guerres de l’information dans l’ouvrage Management stratégique de la concurrence, coordonné par Frédéric Leroy et Saïd Yami, Dunod, 2009.
  • Christian Harbulot, Le rôle de l'information dans les conflits asymétriques pour les cahiers n°12 du Collège de l'Enseignement Supérieur de l'Armée de Terre (CESAT), avril 2008.
  • Christian Harbulot et Philippe Baumard de l’article La maîtrise de l’information dans les conflits asymétriques, dans Bulletins d’Etudes de la Marine, 2007.
  • Christian Harbulot et Didier Lucas de l’article Comment résister aux attaques par l’information ?, dans l’ouvrage d’Alice Guilhon et Michel Henri Bouchet, Intelligence économique et gestion des risques, Editions Pearson, juin 2007.
  • Christian Harbulot, De la légitimité de la guerre cognitive, revue de l’Institut de Recherches Stratégiques, janvier 2005.
  • Christian Harbulot, La France et l’Europe face à l’américanisation de l’arme de la connaissance, revue Conflits actuels, mars 2004.
  • Christian Harbulot et Didier lucas, La guerre cognitive, ouvrage collectif de l’Ecole de guerre économique, Lavauzelle, février 2002.
  • Christian Harbulot, La guerre de l’information du faible au fort, numéro spécial de la revue Panoramiques, avril 2001.
  • Christian Harbulot, « Frappes informationnelles sur Internet », numéro d’été la revue Pouvoirs, 2000.
  • Christian Harbulot, Didier Lucas et Alain Tiffreau, Gestion des risques dans le cadre d’une déstabilisation par l’information, étude commanditée par l’Adit, 1999.
  • Christian Harbulot et Pascal Jacques Gustave, Manœuvre médiatique et compétition économique, revue Enjeux Atlantiques, décembre 1998.
  • Christian Harbulot, « Intelligence économique et guerre de l’information », Revue Mars, troisième trimestre 1999.

 

Note 5 : selon les organisateurs, la manifestation du 24 mars a coût  près de 700 000 euros. 550 000 euros ont été récoltés par des dons de particuliers.

Note 6 : exemple de sites créés dans la mouvance du mouvement conte le mariage pour tous 
http://huonsnosministres.fr/
http://www.printempsfrancais.fr/
http://www.deputespourtous.com/
http://www.senateurpourtous.com/
http://www.lamanifpourtous.fr/fr/
http://www.homovox.com
http://lecampingpourtous.fr/
http://democratiepartout.tumblr.com/
http://www.laissez-nous-voter.org/
http://www.referendum-officiel.fr/
http://www.we-facile.fr/
http://www.mairespourlenfance.fr/
http://www.tous-pour-le-mariage.fr/
http://www.lesmusulmanspourlenfance.com/
http://lamanifdesjuristes.free.fr/
http://www.enmarchepourlenfance.com/
http://enfantsjustice.wordpress.com/
http://www.derapages.org/
http://www.tousenpriere.com/
http://hommen-officiel.tumblr.com/

 

Note 7 : Pierre Bergé a été au centre d’un certain nombre de polémiques et a lui-même tenu des propos très controversés dans ce débat.

Note 8 : une question au gouvernement aurait pu être posée à l’Assemblée Nationale par un député de l’opposition (la mission de ces policiers en civil, la nature de l’autorité qui leur avait donné l’ordre de porter des matraques télescopiques, et la raison pour laquelle ils avaient sorti, cette arme alors qu’ils n’étaient pas en situation de légitime défense).

 

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Une guerre qui remonte au milieu des années 1990
Pourtant, certains observateurs indépendants comme la journaliste Myret Zaki ou l’association Swiss Respect font remonter le début de ces attaques aux années 1990, lorsqu’UBS et Credit Suisse ont commencé à se développer aux Etats-Unis, un marché alors contrôlé majoritairement par des banques américaines. Un exemple évocateur est l’affaire hautement sensible des « fonds juifs en déshérence » qui est apparue par la suite comme un prétexte, visant à établir une barrière d’entrée pour les banques suisses et à leur faire payer un ticket d’accès au marché américain le plus cher possible. Au final, ce sont plus de 1,25 milliard de dollars qui ont été versés par les banques suisses à différents organismes, qui ont ensuite redistribué qu’une infime partie de cette somme aux victimes réelles de la seconde guerre mondiale. Le principal organisateur de cette campagne, l’avocat Ed Fagan, a par la suite été condamné plusieurs fois pour fraude et escroquerie, et a aujourd’hui perdu le droit d’exercer son métier.

Un minage informationnel basé sur un sujet passionnel
Paralysé par l’ampleur de l’attaque, les banques se sont très vite retrouvées dans une impasse rhétorique et un champ lexical imposé par l’adversaire. Elles furent ainsi condamnées à se justifier en permanence sur un sujet chargé d’une émotion extraordinaire, sur lequel une discussion rationnelle n’était tout simplement pas possible. Les banques étant incapable de déplacer l’échiquier du débat, la partie adverse fut ainsi libre d’exploiter cette faille au maximum.

Un conflit asymétrique minimisé par le gouvernement et le milieu financier
Cet événement révéla la faiblesse de la place financière suisse et ouvrit une brèche sans précédent. Depuis lors, les attaques se sont enchaînées sous différentes formes et à différents degrés d’intensités: liste grise de l’OCDE, demande d’entraide injustifiée, attaque contre le modèle fiscal suisse, échange automatique d’information, pression diplomatique sans contrepartie, etc. Paradoxalement, la notion de « guerre économique » a toujours été niée par le Conseil Fédéral, notamment lors de réponses à des interpellations parlementaires. Le gouvernement nie le vocable et donc l’idée que ces attaques pourraient être organisées et planifiées dans le cadre d’une stratégie de défense globale des intérêts américains, et plus particulièrement des intérêts des milieux financiers new-yorkais.Habitué à éviter les conflits et à arrondir les angles, le pouvoir exécutif n’a en réalité jamais eu une stratégie de défense globale des intérêts de la place financière suisse. Même constat sur le milieu financier suisse lui-même : habitué à la passivité et la discrétion, il n’a ni la culture de la défense, ni les moyens de protéger ses intérêts.

Des attaques de plus en plus virulentes
L’Histoire montre que le Conseil Fédéral s’est laissé surprendre par chaque attaque, se contentant de traiter chaque cas individuellement, de le « liquider » comme une affaire courante, tout en espérant qu’une prochaine attaque ne se reproduirait pas avant la prochaine législature. Certains membres de l’armée suisse proches des services de renseignement de la Confédération Helvétique n’ont pas hésité à pointer du doigt l’action souterraine de puissances occidentales. Or, il est évident que dans un monde globalisé et ultra-compétitif, ces attaques ne peuvent qu’augmenter, tant en nombre qu’en intensité. De plus, la Suisse est aujourd’hui un îlot de prospérité, entouré d’Etats très endettés, qui chercheront fatalement à s’engouffrer dans la brèche ouverte par les Etats-Unis, afin de récupérer une partie des 2200 milliards de francs de fonds étrangers déposés dans les banques suisses.

L’urgence d’une vision stratégique pour défendre la place financière
La place financière est un secteur clé de l’économie helvétique (15% du PIB, 190'000 emplois on shore, 11.2 milliards d’impôts en 2011), influençant directement la performance de son économie. L’avenir économique du pays dépend donc fortement de ses conditions-cadres, en particulier fiscaux et juridiques, et de la capacité du milieu financier à parler d’une seule voix. Par conséquent, il est urgent pour la place financière suisse de défendre ses intérêts, en se dotant d’une véritable stratégie d’intelligence économique, soutenue par une solide analyse de sa situation géoéconomique. Une piste à explorer pour la Suisse serait de chercher une alliance de circonstance avec de petits Etats (Luxembourg, Belgique, Autriche, etc.), également dans le viseur des grandes puissances endettées et prédatrices. D’ailleurs, c’est dans ce même état d’esprit que la Suisse avait cofondé avec succès l’AELE en 1960, comme alternative pour les petits Etats à une adhésion à la CEE.

 

Alain Mermoud
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Edito : La cyberguerre est (aussi) une guerre de l’information http://www.infoguerre.fr/edito/edito-cyberguerre-aussi-guerre-information/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-cyberguerre-aussi-guerre-information/#comments Mon, 04 Mar 2013 07:26:44 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4949 Articles similaires :
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Virus alertRarement un terme n’aura été autant à la mode dans les milieux civils et militaires que celui de « cyber ». Objet de craintes et de fantasmes associés notamment aux psychoses nées des cyberattaques, le cyber se révèle aussi être, pour des raisons inhérentes à sa nature même, un merveilleux objet d’influence et donc de guerre informationnelle. Le dernier exemple en date nous vient des Etats-Unis qui, utilisant au mieux les peurs associés au cyberespace, transforment ce dernier en objet d’influence globale. Le rapport du National Intelligence Estimate de ce début février vient relancer le débat sur l’utilisation souveraine du cyberespace à des fins offensives dans les domaines militaires comme économiques. Ce rapport pointe ainsi les différentes cyberattaques dont sont victimes les Etats-Unis et, plus spécifiquement, quels seraient les pays derrière ces attaques. L’on apprend ainsi qu’outre la Chine, ennemi désigné dans tous les domaines,la Russie, Israël et la France seraient les principaux pays auteurs de cyberattaques contre l’Amérique.
Désigner les cyber-ennemis semble être le but avoué de ce rapport et l’on serait tenté de dire : enfin ! En effet depuis ces quelques années où le cyber est subitement devenu tant une mode qu’une phobie dans la population, il semblait impossible de pointer les auteurs malfaisants autrement qu’en leur donnant un masque d’anonymat – et pas seulement celui de Guy Fawkes – séduisant mais aussi réducteur. Avec ce rapport les Etats-Unis établissent réellement la conflictualité du cyberespace mais aussi le retour du pouvoir souverain dans un monde souvent pensé comme anarchique, au sens étymologique du terme, pour ne pas dire anomique. Toutefois cette apparente prise de conscience courageuse des Etats-Unis, n’hésitant pas à montrer quels sont leurs assaillants – et par là même qu’ils ont des faiblesses – et sont sous le feu roulant d’attaques incessantes, se heurte à la froide réalité du cyberespace. En effet l’une des caractéristiques majeures du cyberespace, en tant qu’espace stratégique, est la non-attribution des attaques. Telle que définie par Olivier Kempf dans Introduction à la cyberstratégie, cette dernière est inhérente au cyberespace lui-même. Ainsi, étant donné les caractéristiques matérielles de ce dernier, il est impossible, pour le moment, de remonter au-delà des adresses IP (point d’entrée sur le réseau) voire MAC (adresse physique des différents matériels tels qu’ordinateurs ou imprimantes reliés à internet), ces dernières se masquant ou se détournant très facilement.Il suffit de citer l’exemple du fameux logiciel Tor qui permet de s’attribuer une nouvelle adresse IP de manière artificielle. Dans ce cas désigner sciemment des acteurs et plus encore des Etats comme malfaiteurs et commanditaires des attaques contre les intérêts américains a de quoi surprendre. Les penseurs du cyber aux Etats-Unis – entre autres Arquilla, Ronfeldt ou Libicki pour ne citer que les principaux – sont d’ailleurs d’accord sur cette non-attribution comme élément intrinsèque de la cyberstratégie.
Autre point intéressant, les Etats-Unis sont pour l’instant le seul pays à revendiquer de manière souveraine des actions offensives sur la toile comme en témoigne l’exemple du virus Stuxnet, connu dans les sphères militaires comme l’opération OlympicGames. Les Etats-Unis sont ainsi l’un des seuls pays au monde à accepter le concept de Lutte Informatique Offensive qui était jusqu’à il y a peu totalement refusé dans l’armée française. Les Etats-Unis qui disposent d’un cybercommand officiel, particulièrement bien doté en hommes et en moyens, ne se privent pas quant à eux de mener des actions cyber-offensives et même de les revendiquer, de là à vouloir se justifier en utilisant les autres puissances du cyber comme miroirs il n’y a qu’un pas…
Il suffit d’ailleurs de s’attarder un peu sur les pays désignés par le fameux rapport pour comprendre l’intérêt sous-jacent des Etats-Unis de déclencher une guerre informationnelle ayant pour cadre le cyberespace. La Chine et la Russie, à l’opposé de la pensée américaine sur le cyber – ces deux Etats mettent l’accent sur la couche informationnelle plutôt que sur les aspects matériels et logiciels – sont aussi à l’opposé de l’échiquier géopolitique. Ces deux Etats qui font figure depuis quelques années de principaux challengers / adversaires de Washington, notamment sur les scènes centrasiatique et moyen-orientale, sont régulièrement pointés du doigt comme des « voyous » – pour reprendre le terme rogue – du cyberespace. L’insistance américaine à démontrer la volonté cyber-offensive de la Chine semble d’ailleurs avoir trouvé une réponse récemment avec la mise en avant, plus ou moins crédible, d’un des bureaux de l’état-major de l’armée chinoise comme responsable de la lutte cyber. Si cette réalité est aussi tangible que celle du « collier de perles » ou du « consensus de Pékin », il ne s’agira que d’une énième projection du besoin maladif des Américains de se construire un ennemi le plus dangereux possible.

Toutefois, il est surprenant que la France soit également pointée du doigt et ce, dans une optique souveraine aussi bien qu’économique. Si la France et les Etats-Unis sont alliés – c’est également le cas des Etats-Unis et d’Israël qui figure pourtant en bonne place des assaillants désignés – ils sont surtout membres d’une même alliance militaire qui peine d’ailleurs à définir précisément ses cadres d’actions pour le cyberespace. A ce moment-là, la France serait plutôt vue comme un adversaire de nature économique et non-souveraine et les méchantes entreprises françaises – celles où les salariés ne travaillent que trois heures par jour selon le PDG de Titan – emploieraient, sous le couvert de leur Etat, de vils moyens pour concurrencer leurs adversaires américains, eux-mêmes au-dessus de tout soupçon. L’on est ainsi amené à se demander si ce rapport n’est pas une première étape de reconnaissance, encore assez dissimulée pour le moment, du contexte de guerre économique dans lequel évoluent toutes les puissances. Après nous avoir vendu les rêves de la mondialisation heureuse, via tous les thuriféraires de l’économie libérale, les Etats-Unis seraient-ils en train de se réveiller et, par-là, de se trouver obligés de justifier leur nouvelle posture ? Cette désignation de cyber-adversaires étatiques dans le domaine économique serait-elle la première pierre d’un nouveau paradigme stratégique américain fondé sur le : « nous agissons comme çà à cause de l’attitude des autres » ? L’hypothèse est d’autant plus séduisante que germe petit à petit un concept de cyber-deterrence Outre-Atlantique destiné à donner aux Etats-Unis une justification en cas de riposte voire de leur offrir la possibilité de mener des attaques préventives dans le cyberespace.
En désignant nommément des Etats, vus comme des ennemis ou des « voyous », Washington tente de poser la première pierre d’une pensée doctrinale offensive dans le cyberespace justifiée par une menace à priori non-identifiable. Cette nouvelle posture stratégique qui devrait également s’appliquer au champ économique, commence comme toujours par la désignation de l’ennemi, même si celle-ci semble bien opportuniste pour le coup…

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Edito : Une base de connaissances sur la guerre économique http://www.infoguerre.fr/edito/edito-base-connaissances-sur-guerre-economique/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-base-connaissances-sur-guerre-economique/#comments Fri, 01 Feb 2013 07:34:40 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4886 Articles similaires :
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guerre-economiqueLe site INFOGUERRE a été lancé en 2000 par une équipe d'intervenants et d'anciens de l’Ecole de Guerre Economique dont David Hornus qui a joué un rôle essentiel puisqu’il a créé le site. Dès sa création, la ligne éditoriale a été centrée sur la question des rapports de force économiques. Ce choix n’est pas anodin. Il part du principe que le monde universitaire n’a pas su ou voulu s’emparer du sujet de la guerre économique, résultat d’un processus à la fois culturel et historique :

  • L’absence de légitimité du principe de la conquête économique dans l’histoire des idées politiques.
  • La dissimulation par les Etats d’une volonté d’accroissement de puissance par l’économie.
  • La rareté des archives et des témoignages.

Le thème des affrontements économiques a été abordé en France par quelques universitaires qui, à l’image de l’historien Jean Favier dans sa biographie de Louis XI, ont utilisé l’expression « guerre économique » pour expliquer certaines situations conflictuelles sans pour autant rentrer dans une démarche de conceptualisation.
Ce vide conceptuel est aujourd’hui devenu un anachronisme. Contrairement aux attentes des économistes libéraux et d’un certain nombre de politologues occidentaux, les rapports de force économiques n’ont pas été effacés par la mondialisation des échanges. La pression commerciale exercée par les nouveaux entrants sur le marché mondial durcit non seulement le cadre de la compétition, mais se traduit aussi par un jeu inégal entre les pays qui utilisent l’économie pour accroître leur puissance et ceux qui se contentent d’une interprétation des rivalités en termes d’analyse concurrentielle.
Les interlocuteurs étrangers qui suivent le site depuis de nombreuses années nous sollicitent aujourd’hui sur cette question. C’est d’abord le cas du premier groupe d’enseignement supérieur privé japonais (groupe Tzuzuki) avec lequel l’EGE est en train de finaliser une étude sur la Chine qui sera rédigée en anglais et publiée par une maison d’édition japonaise en janvier 2014. L’étude est rédigée par des auteurs de plusieurs nationalités : française, japonaise, brésilienne. Un des objectifs poursuivis est de tenter de mettre en évidence la pertinence des grilles de lecture sur les stratégies d’accroissement de puissance par l’économie.
Nous avons aussi été contactés par la direction de l'Institut Espagnol d'Études Stratégiques (IEEE), du Ministère de la Défense Espagnol qui prépare la sortie d’une publication titrée seguridad económica e un mundo globalizado. Un long article de Christian Harbulot sur une première approche conceptualisée de la guerre économique y figurera en bonne place. Notons aussi qu’un Institut italien, le CESTUDEC, traduit depuis quelque 2012 des articles et des textes émanant de l’Ecole de Guerre Economique mais aussi de Nicolas Moinet, professeur d’université à l’IAE de Poitiers ainsi que d’Eric Dénécé du CF2R qui est avec Didier Lucas, l’un des premiers à avoir tissé des liens avec des interlocuteurs italiens.

Depuis plusieurs années, les articles mis en ligne sur INFOGUERRE sont le fruit de travaux d’étudiants effectués dans le cadre de certains enseignements de l’EGE ou d’exercices réalisés par des formations continues. Cet intérêt sur la conceptualisation de la guerre économique nous amène à modifier le positionnement d’INFOGUERRE. Le site va être intégré à celui de l’EGE afin de constituer les prémices d’une base de connaissances sur la guerre économique qui n’existe pas. Il s’agit pour nous d’entamer un travail de recherche original (puisque non traité par l’université) destiné aux étudiants, aux universitaires et aux experts qui s’intéressent aux problématiques de la guerre économique. Notre objectif est de leur donner accès à des pistes de réflexion, à des dossiers thématiques ainsi qu’à des références bibliographiques sur la guerre économique. La transformation d’INFOGUERRE en base de connaissances sur la guerre économique s’appuiera sur une partie du travail pédagogique menée au sein de l’EGE en particulier dans les cours de Christian Harbulot, Nicolas Mazzucchi et Georges-Henri Bricet des Vallons.

L’équipe d’INFOGUERRE
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Edito : Le piège technologique de la cyberguerre http://www.infoguerre.fr/edito/edito-piege-technologique-cyberguerre/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-piege-technologique-cyberguerre/#comments Fri, 04 Jan 2013 18:17:02 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4872 Articles similaires :
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Le prochain numéro de la Nouvelle Revue de Géopolitique dirigée par Jeremy Ghez porte principalement sur la cyberguerre. Infoguerre publie un extrait de l’article que Christian Harbulot a rédigé dans ce numéro spécial.

La cyberguerre est née dans la confusion des genres (1) illustrée par la terminologie qui a fleuri ces dernières années : « cyberespace, cyberguerre, cyberdéfense, cyberstratégie, cyberattaque, cyberhacktivisme, cybercriminalité ». L’absence de doctrine française (2) sur le sujet entretient un flou conceptuel qui freine la prise de conscience des principaux intéressés (appareil militaire, structures de sécurité, acteurs économiques, société civile). Lorsque le pouvoir politique ne saisit pas l’enjeu stratégique, la problématique se dilue souvent dans des considérations techniques avec, dans le meilleur des cas, quelques avancées sur le terrain défensif.
La clarification du concept de cyberguerre passe d’abord par une étude détaillée de la conflictualité propre à la société de l’information. Cette évidence n’en est pas une. La plupart des spécialistes du sujet ou qui se présentent comme tels prennent le problème à l’envers en partant de l’identification des failles «  des tuyaux » et non de l’analyse des stratégies qui cherchent à les exploiter. Cette erreur a déjà été commise lors de l’introduction du char dans les armées entre les deux guerres mondiales. Les responsables de l’armée française accueillirent cette innovation comme un apport technique à la puissance de feu de leurs forces et ne cherchèrent pas à saisir la manière dont l’ennemi allait l’utiliser en le combinant avec l’appui aérien.
Cet aveuglement n’est pas nouveau et a déjà eu pour conséquence d’aboutir dans le passé à des défaites stratégiques ou tactiques. Les précédents historiques dans l’histoire du XXè siècle devraient pourtant inciter à une certaine prudence. Plusieurs conflits militaires de grande et de moyenne intensité ont mis en évidence l’importance déterminante d’une guerre de l’information par le contenu dans les stratégies des belligérants. (…)

La place du contenu dans la guerre de l’information
L’influence des Etats-Unis est perceptible dans cette tendance à focaliser les esprits sur le contenant tout en excluant la problématique du contenu ou la reléguant à un impact mineur. La volonté de détruire l’ennemi, de le priver de ses capacités de frappe militaire, de limiter son pouvoir de nuisance par une suprématie en termes d’armement incite le mode de pensée militaire américain à privilégier la technologie de la guerre et sa rentabilité. Certains officiers généraux et ingénieurs informaticiens (français en l’occurrence) en charge du dossier portent une responsabilité certaine dans cette tendance à ne cerner que la partie technique de cette nouvelle forme de guerre.

Les premiers éléments de réflexion sur les marges de manœuvre suscitées par la nature conflictuelle de la société de l’information soulignent le lien indissociable qui existe entre le contenu et le contenant. Les conflits militaires qui intègrent la cyberguerre font apparaître une différence d’impact entre les actions sur le contenant et les actions à partir du contenu. Lors de la dernière guerre du Liban, les Israéliens ont détruit à distance des sites internet proches du Hezbollah. Mais cette réussite technique a eu peu d’effets par rapport à la photo mondialement connue du jeune enfant tué à la suite d’un bombardement israélien dans le Sud Liban. Les commandos du Hezbollah tiraient des roquettes à proximité d’habitations pour exploiter ensuite l’image des victimes des tirs de contre batterie de l’Etat hébreu. Cette guerre de l’information par le contenu a obligé l’armée israélienne à relever ce défi lors de la guerre dans la bande de Gaza face au Hamas. Ce dernier reprit à son compte la ruse du Hezbollah mais en commettant l’erreur de donner l’exclusivité de la prise d’images à la chaîne Al Jezira. Ce regard exclusif sur le déroulement des évènements militaires dans la bande de Gaza eut pour effet de jeter le doute sur la démonstration par les images que les dirigeants du Hamas voulait faire passer dans le reste des médias. (…)

Les tensions en temps de paix génèrent aussi des actions de guerre de l’information. C’est l’interprétation que l’on peut donner au raid que des pirates chinois mènent désormais chaque année contre des sites japonais pour commémorer les crimes commis par l’armée nipponne (3) contre la population chinoise dans les années trente. Ces actes de piratage informatique sont un message adressé aux actuels dirigeants du Japon qui les traduit comme un acte d’intimidation. Dans cet exemple, le contenant sert de support au contenu. (…)

Un chemin semé d’embûches
Le contrôle des tuyaux est-il plus maîtrisable ou plus nuisible que l’information et la connaissance qu’ils véhiculent ? Cette question est au cœur de la problématique de la guerre de l’information. Les informaticiens et les militaires centrés sur le contenant mettent en avant la croissance exponentielle des réseaux, des individus connectés, des produits liés aux technologies de l’information. Cette  masse critique leur donne la légitimité dans la prise de parole et le cadrage de l’expertise. Il n’empêche que l’histoire des conflits passés et présents relativise le poids de la technologie dans l’issue des affrontements. Combien de fois faudra-t-il répéter que le Vietnam, l’Irak et l’Afghanistan ne sont pas des victoires technologiques mais  des situations d’enlisement dans lesquelles la guerre de l’information par le contenu (légitimée par des facteurs historiques et culturels) a joué et continue à jouer un rôle décisif ?

Télécharger l'article complet : Le piège technologique de la cyberguerre

Christian Harbulot

Notes :

  • Jamel Metmati, capitaine au 40è régiment de transmissions, Une stratégie du cyberespace, le modèle des cyberopérations, revue Défense&Sécurité Internationale n°85, octobre 2012.
  • Constat émis dans le rapport de Jean Marie Bockel sur la cyberdéfense.
  • Le massacre de Nankin de 1937 est un des évènements les plus marquants de la seconde guerre sino-japonaise. Plusieurs centaines de milliers de civils et de soldats ont été tués par les soldats de l'armée impériale japonaise.
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    http://www.infoguerre.fr/edito/edito-piege-technologique-cyberguerre/feed/ 0
    Edito : Ukraine : champ de bataille du Soft Power http://www.infoguerre.fr/edito/edito-ukraine-champ-ataille-soft-power/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-ukraine-champ-ataille-soft-power/#comments Wed, 03 Oct 2012 08:26:59 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4806 Articles similaires :
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    L’Ukraine, ne nous est connue que pour ses bagarres au Parlement. En réalité, elles ne sont que l’expression d’une fragilité historique méconnue, pourtant toujours très actuelle. Comme le rapporte François de JABRUN dans son article « Les incertitudes de l’identité ukrainienne », l’Ukraine n’est devenue une réalité politique que très tardivement, lors de son indépendance en 1992, si l’on excepte une longue période de vassalisation sous le régime soviétique du XXème siècle.

    Le contexte

    L’Ukraine est donc un Etat Nation en devenir où vivent près de 50 millions d’ukrainiens. Mais à y regarder de près, c’est une mosaïque de plus de 20  groupes ethniques dominée par les Ukrainophones à l’ouest et les russophones à l’est. Sur ce florilège d’identités potentielles, la langue, berceau de la culture et source d’échanges, y est érigée en appartenance et en barrières. Au centre de ces difficultés, l’identité ukrainienne peine à s’affirmer. Or, on le sait, une faiblesse dans une bataille est une cible. Certains l’ont bien compris car, si l’Ukraine est isolée dans ses réformes politiques, son économie est prometteuse pour beaucoup. En effet, avec près de 5% de croissance en 2011, l’Ukraine vise une indépendance économique et est, de fait, en recherche de coopérations et de financements tout azimut. Tel est le terreau du champ où des Etats en concurrence se livrent bataille avec pour arme de prédilection l’influence.

    Le 23 avril 2010, le ministre ukrainien de l’éducation et des sciences,  Dmytro Tabachnyk, signa un décret qui autorisa toutes les universités, d’une part, à accepter des étudiants étrangers et, d’autre part, à dispenser des enseignements en langue étrangère. Cette ouverture, décidée en contrepied du précédent gouvernement, sonna comme un coup de canon en race campagne pour les Etats présents.

    Intervention sur la langue et la culture
    En matière de soft power, les centres culturels restent classiquement le mode d’intervention privilégié d’un Etat. Mais en Ukraine, pour cette course, tout le monde n’est pas sur la même ligne de départ. En effet, pour bon nombre d’Etats mitoyens de l’Ukraine, cette mosaïque d’identités motive la présence de centres culturels. Ces centres répondent avant tout à une stratégie plus ou moins instinctive qui vise à maintenir un fil d’Ariane historique avec les représentants d’un même peuple au sein de l’Ukraine. Lorsqu’elle est réfléchie, comme bien souvent, cette stratégie permet de développer naturellement un corpus d’ambassadeurs légitimes aux yeux des ukrainiens.

    Ainsi, la Pologne, qui reste un cas particulier car l’Ukraine a longtemps fait partie de son territoire, assure ce lien pour près de 150 000 polonais et a ouvert un nouveau centre culturel à Kirovograd le 5 mai 2010. Courant 2011, le consulat polonais entamera également des discussions avec la ville de Lviv pour y créer un nouveau centre. Fin 2010, l’Azerbaïdjan programme l’ouverture d’un centre littéraire à Donetsk, région où résident 20 000 natifs d’Azerbaïdjan, à côté du centre européen d’intégration. Pour la minorité slovaque qui ne représente que 8 500 personnes, une école en langue ukrainienne et slovaque ouvre le 1er septembre 2011 à Uzhgorod où il existe déjà un centre culturel slovaque.

    Concernant la Russie, bien que les relations avec l’Ukraine soient parfois houleuses, on ne peut parler de cet Etat sans prendre conscience d’un avantage russe historique. La Russie préserve cet avantage à moyen et surtout long terme dans les actions qu’elle mène sur le champ de bataille. A titre d’exemple, le maillage du territoire en centres culturels n’y fait pas exception. Début 2011, pas moins de 3 nouveaux centres russes pour la science et la culture sont programmés sur les villes d’Odessa, Dniepropetrovsk et Lviv. L’étape la plus importante reste toutefois la ratification d’une convention bipartite le 28 mars 2012. Outre l’ouverture d’autres « succursales »dans les deux pays, celle-ci prévoit, l’intensification des coopérations régionales et internationales dans les domaines humanitaire, scientifique et technique ou culturel, le développement de jumelages et l’organisation de réseaux. Enfin, la convention emporte exemption des droits de douane sur tous biens nécessaires au fonctionnement des centres.

    Mélange des genres entre culture et enseignement supérieur, certains pays pensent démultiplier leur influence en installant leur centre au sein même d’universités et susciter ainsi des échanges professoraux et estudiantins. Sur cet axe, la Turquie ouvre en 2011deux centres de la langue et de la culture turque, l’un dans le bâtiment de l’université Borys Grinchenko à Kiev, l’autre dans l’université Ouchinsky à Odessa. Pourtant dotée d’une diaspora certes réduite mais ancienne, le centre culturel israélien suit cette voie et ouvre également un département à l’université de Kherson.

    Pour les autres Etats sans minorité historique, l’installation d’un centre culturel est le premier pas vers une coopération moins institutionnelle fondée sur des échanges entre les peuples eux-mêmes. Si la France se range dans ce deuxième groupe, son rayonnement semble apprécié puisqu’elle élargit son réseau en ouvrant le 11 avril 2011 une 10ème alliance française à Donetsk, Oblast qui a vu naitre l’actuel Président Viktor Fedorovytch Ianoukovytch. L’Arabie-Saoudite, quant à elle, cible les 436 000 musulmans d’Ukraine et utilise le centre islamique de Kiev comme porte-voix de son influence. Enfin, le Tadjikistan projette d’ouvrir un centre culturel pour 2012.

    Le champ des initiatives en matière culturelle ne se limite pourtant pas aux activités de ces centres. Il peut être occupé de diverses manières pour qu’un pays soit visible. La Russie a, par exemple, choisi d’investir la 6ème édition du festival international du livre à Kiev le 29 juillet 2010 en occupant, sous la qualité d’invité d’honneur, la moitié du salon, pas moins. Autre initiative russe en 2011, c’est sur le sol de Moscou que fut organisé en avril le 1er forum ukrainien de la jeunesse. Parallèlement, le centre culturel français, l’institut Goethe et la chaine européenne Arte ont quant à eux choisi de coopérer avec la télévision nationale pour programmer un « weekend avec Arte » portant notamment sur un concours de courts métrages.

    Intervention dans l’enseignement
    Indirectement certes, mais plus visiblement porté sur un retour de dividendes, l’enseignement est le second grand domaine d’influence des Etats … le plus âprement disputé. Ceux-ci interviennent par ordre d’intérêt décroissant, dans l’enseignement supérieur par le bais de coopérations universitaires souvent opérées suivant des pratiques de lobbying, puis, plus rarement, dans l’enseignement secondaire.

    Pour les Etats employant ce mode d’intervention, on notera que les universités de Kharkiv, Donetsk et Dniepropetrovsk ont par exemple été sélectionnées en 2010 pour recevoir une délégation de 17 universités polonaises. Celles-ci ont présenté leurs programmes, dispensés en polonais et en anglais, leurs conditions d’accès et les opportunités de logement, de bourses et d’emploi. 3000 ukrainiens étudient d’ailleurs déjà en Pologne, représentant ainsi le groupe d’étudiants étrangers le plus important. Très active en ce domaine, la Pologne a discuté le 14 juillet 2010 un accord bilatéral ayant pour objet la création de l’Université d’Europe de l’Est, institut international d’enseignement supérieur commun avec l’Ukraine. Le même mois, la Pologne a également soutenu, avec l’Allemagne et le Canada, l’ouverture de l'École internationale d'été de langue ukrainienne à l'université nationale de Lviv. Enfin, le 15 avril 2011, trois des universités de Kharkiv, dont l’Université Polytechnique et l’Université Karazine créée il y a 206 ans, ont signé un accord de coopération avec l'Université Technique de Lodz (Pologne). Sur le front de l’est, l’Allemagne a, quant à elle, ouvert le 1er septembre 2010 une école dans le centre-ville de Kiev dont l’enseignement est assuré par des pédagogues ukrainiens et allemands.
    Même des pays éloignés posent leurs pions sur l’échiquier. Ainsi, le royaume de Jordanie a signé un protocole d’accord sur l’élaboration de programmes et de projets éducatifs avec l’Ukraine le 21 octobre 2010.Le 26 octobre 2011, le Vietnam a signé un accord portant sur l’accueil de ses étudiants et le 22 novembre de la même année, le Président Viktor Yanukovych rapporta la signature imminente d’un accord bilatéral de reconnaissance des diplômes entre la Turquie et l’Ukraine.

    Concernant les Etats-Unis, leurs axes d’intervention sont très ciblés. Ils portent à la fois sur les méthodes d’apprentissage en anglais et sur l’utilisation des nouvelles technologies. Ainsi, le 20 avril 2010, à la veille du décret de Dmytro Tabachnyk, des méthodes d’apprentissage en anglais ont été présentées par le TESOL – Ukraine à l’occasion d’une conférence rassemblant des enseignants ukrainiens et des scientifiques représentant 76 institutions d’enseignement supérieur dont notamment des spécialistes issus des Etats-Unis. Puis, le 22 juin, le projet Bibliomist fut déployé en partenariat avec l’IREX (International Research and Exchange Council), l’USAID et le ministère ukrainien de la culture et du tourisme. Financé par un don de la fondation Bill Gates à hauteur de 25 M. $ et recevant la mise à disposition gratuite par Microsoft de logiciels pour 4,4 M. $, le projet vise à équiper les bibliothèques universitaires et leur donner accès aux nouvelles technologies de l’information. Le 20 janvier 2011, le centre d’innovation Microsoft a créé un site web permettant de consulter les archives numériques de livres anciens imprimés entre le XVIème et le XVIIIème siècle tirés de la bibliothèque de l’université nationale Taras Shevchenko à Kiev. Enfin, le 14 février : un centre de ressource à l’université de Rivne, ayant pour objectif d’enseigner les technologies modernes de traduction de l’anglais, fut ouvert avec l’appui du département de presse, éducation et culture de l’ambassade des USA. Il sera utile de rappeler que le gouvernement a lancé le 6 mai 2011 un plan de réforme sur 4 ans de 10,5 milliards de Hryvna (UAH) portant notamment sur l’enseignement des langues et l’apprentissage de l’informatique. Mais le même mois, le Président Yanukovych, se ravisant peut-être, a également approuvé un amendement du parlement interdisant la privatisation de petites entreprises d’Etat et notamment les librairies, bibliothèques et maisons d’édition.

    Concernant l’Union, sous la présidence de l’Ukraine au Conseil de l’Europe, les ministres européens de l'éducation ont signé le « Protocole de Kiev » fixant les priorités et les objectifs clés de la réforme de l'enseignement scolaire en Europe pour les 10-15 prochaines années.
    Pour la Russie, Etat le plus avancé sur ces questions, 6 établissements d’enseignement supérieur russe ont déjà leurs « succursales » en Ukraine et un groupe de travail chargé de contrôler la qualité des enseignements doit être mis en place à l’initiative d’une commission intergouvernementale russe et ukrainienne sur l’éducation. Une branche de l’université de l’Eglise russe orthodoxe doit d’ailleurs ouvrir en Ukraine. En 2010, la signature d’un accord de reconnaissance mutuelle des diplômes délivrés par une liste d’universités russes et ukrainiennes était également à l’ordre du jour. Cette coopération débouche bien évidemment sur les plus hauts niveaux d’enseignement puisque le 20 octobre 2011 fut ouvert un centre de recherche nano technologique et nanoélectronique russo ukrainien.

    Sur le plan de l’enseignement secondaire, la Russie est également présente. A titre d’exemple, un concept de réforme de l'éducation, signé le 7 février 2011 par Dmytro Tabachnyk, assez fraichement accueilli par les professionnels de l’enseignement, a prévu de séparer l’enseignement de la littérature russe de la littérature étrangère, qui représente déjà ¾ des cours ; l’objectif affirmé étant de le dispenser à nouveau en langue originelle dans un 2ème temps. Dans la même veine plus en amont, tous les districts de Kiev doivent prévoir des écoles et des crèches où la langue russe sera parlée. Enfin, Moscou envisage de mettre à disposition des écoles des manuels scolaires en langue russe dans le cadre du programme fédéral de langue russe qui prévoit également des financements à la clef.
    L’arrivée d’un outsider
    On pourrait penser que l’avantage russe se traduise en victoire. Pourtant, le Président Yanukovych déclara le 31 août 2010 que les relations Chine Ukraine étaient une priorité nationale et que les coopérations à venir pourraient toucher notamment les échanges culturels et l’éducation. Nous tromperions-nous en pensant que l’arrivée de cet outsider, compétiteur de 1er plan, annoncé en présence du Président Hu Jintao à Washington, fut vécue comme une forfaiture par Moscou ? Certes, les yeux du crocodile étaient déjà visibles, la Chine  ayant ouvert trois instituts Confucius : le 1er à Louhansken 2007 puis Kiev et Kharkiv en 2008, mais rien ne laissait présager l’ampleur de l’attaque. Si un dernier institut complétant le dispositif fut ouvert à Nikolaïev  le 15 juin 2011, c’est sur le domaine de l’enseignement que l’activité fut la plus intense. En 2011, un accord de coopération devait être signé entre l'Institut de Pédagogie de Mianyang dans la province du Sichuan et l'Université nationale Taras Shevchenko de Kiev portant sur l’accueil d’étudiants à l'Académie Nationale de Musique de l'Ukraine, l’Université Nationale de la Culture et des Arts et l’Université Nationale Karazine de Kharkiv. En cette année 2011, paru également la 1ère édition d’un almanach d’études et recherches scientifiques ukrainien portant sur les domaines de coopération bilatérale avec la Chine. Enfin, le premier Vice-ministre de l'éducation, Yevhen Sulima, rapporta aux médias, d’une part, que le quota d’échanges interuniversitaires serait augmenté dès 2013 avec pour priorités les domaines des sciences des matériaux, de la mécanique, de la construction navale, de l'aéronautique, de la biotechnologie et l'étude de la langue elle-même et, d’autre part, que l’exécution de thèses de 3ème cycle serait effectuée sous la double direction de professeurs chinois et ukrainiens. Précisions d’importance, en 2012, 60 accords de coopération étaient déjà signés directement entre universités et, sur près de 50 000 étudiants étrangers, le 1er groupe, constitué de 8 500 chinois, étudiait à Kiev, Kharkiv et Odessa. Comparé aux 1000 étudiants ukrainiens qui étudient en Chine, ce groupe représente l’équivalent de la minorité slovaque en Ukraine. L’Ukraine a en outre bien calculé la manne financière que représentent ces étudiants étrangers issus de 134 nationalités : 100 M$ par an en recettes directes à quoi il faut ajouter le logement, la nourriture … soit 75% de plus. Aussi prévoit-il de doubler le nombre de chinois accueillis dans les deux années à venir. Conforté, l’ambassadeur de Chine en Ukraine, Zhang Xiyun, a déclaré le 6 janvier 2012 que son pays était très intéressé par la formation de ses citoyens dans les universités ukrainiennes dont le niveau est reconnu comme étant élevé. Parole traduites en actes puisque l’autorité aérienne chinoise a décidé d’augmenter à 28 vols par semaine les liaisons entre les deux pays.

    Beaucoup plus étonnantes sont les interventions de la Chine dans l’enseignement secondaire. En 2012, un nouvel accord de coopération dans le domaine de l’éducation prévoit un développement de celle-ci par des programmes et des manuels sur des sujets d’intérêt commun, des échanges d’élèves visant à approfondir la compréhension mutuelle entre les peuples et l’organisation d’un concours de langue chinoise. Il reste cependant un point de blocage car les écoles sont gérées par les collectivités locales et celles-ci gardent un droit d’autonomie. Les collectivités locales sont d’ailleurs appelées à bénéficier très prochainement d’un grand chantier de réforme et de modernisation de l’Etat que sera la décentralisation comme l’a souligné le Président Yanukovych. Loin s’en faut, 16 000 ordinateurs ont été offerts cet été par la chine aux écoles du secondaire dont 1 300 destinées à celles de Kharkiv. Sans aller jusqu’à les scanner, ne serait-ce que par curiosité, ne faut-il voir dans cette initiative que de la philanthropie ?

    Conclusion

    A l’aube de son affirmation, l’identité ukrainienne semble trouver une indépendance économique dans une zone géographique dont le barycentre se trouverait entre la Russie et la Chine. Mais cette identité ne s’affirmera pas sans indépendance politique dont le barycentre, lui, se trouve entre l’Europe et la Russie. C’est très précisément ce que pensent 56% des députés de la Rada, tous bords confondus, comme le révèle un sondage de 2011 effectuépar le Centre d'études sociologiques et politiques « Sotsiovymir» et l’institut international pour la démocratie.

    Pour l’heure, l’Ukraine joue sur les deux tableaux. En 2011 d’abord, elle a prévu l’ouverture d’un centre culturel à Bakou en Azerbaïdjan où vivent plus de 30 000 ukrainiens. Mais début 2012, elle a également ouvert le « Centre européen pour une Ukraine moderne » à Bruxelles, organisation non-gouvernementale, ayant pour mission d’informer et de prendre des contacts au sein de l’Union pour des futures coopérations notamment sur le plan culturel. Rappelons que l’Ukraine est dans un contexte de profonde réforme de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Pour ce dernier secteur, Dmytro Tabachnyk prévoit de diviser par 10 le nombre d’universités et de réduire (économie ou droit) ou d’augmenter (informatique et technologies de l’information) le numerus clausus des domaines d’enseignement qu’ils soient porteurs ou non. Cette initiative lui coutera probablement cher car le Président Yanukovych, fort mécontent, a, entre autre, missionné son fidèle procureur pour enquêter sur lui.

    Si l’on considère que le cœur de la Russie est en Europe, alors la construction russo-européenne n’appelle qu’à s’exprimer, à s’organiser et joindre ses forces pour soutenir l’Ukraine à acquérir sa place future sur l’échiquier mondial. Ainsi, sauf à n’intégrer que la moitié de l’Ukraine dans l’Union européenne, la langue sera probablement la première porte des concessions réciproques avec la Russie. Or, l’Union européenne ne pourra exercer une politique communautaire de soft power sur le terrain de l’enseignement et de la culture en Ukraine sans la penser et la coordonner en amont avec ses Etats membres. Rappelons néanmoins que la Chine surveille le développement des relations Union Ukraine, elle qui a multiplié par 35 ses exportations vers ce pays en 10 ans.

    Parce qu’il n’est d’Etat Nation sans justice ni droit, il appartient au préalable à l’Ukraine de faire le premier pas en s’engageant de bonne foi dans les réformes institutionnelles que l’Europe ne cesse d’appeler de ses vœux.

    Ce champ de bataille de l’influence aura l’avantage de nous rappeler que la langue et la culture ne sont pas des barrières mais des ponts. Mémorisons seulement qu’Odessa, principale ville d’Ukraine et carrefour commercial historique, est devenue le port connu qu’elle est aujourd’hui par l’œuvre d’un Maire passé Gouverneur-général de la Nouvelle-Russie, ayant reçu ses charges du Tsar Alexandre 1er lui-même, Armand-Emmanuel du Plessis, duc de Richelieu et petit-neveu du Cardinal ; et qu’en cette ville, rapporte Alexandre Pouchkine, on y parlait la langue d’une minorité … le français.

    Jérôme COUFFY

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    Edito : La France ne peut plus être « normale » http://www.infoguerre.fr/edito/edito-france-ne-peut-plus-etre-normale/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-france-ne-peut-plus-etre-normale/#comments Mon, 03 Sep 2012 08:44:02 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4753 Articles similaires :
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    La situation à moyen terme se résume hélas à une formule simple : la survie de l’Europe ou son effondrement. Devant une telle perspective, c’est non seulement la capacité d’initiative du gouvernement qui est sur la sellette mais surtout la vision stratégique du Président. Les caisses de l’Etat sont vides, l’aggravation du déficit du commerce extérieur est désormais récurrente, la dynamique industrielle est en panne, le potentiel de l’armée continue à être réduit, et pour la première fois depuis des décennies, une zone territoriale  de l’hexagone sort imperceptiblement du cadre des lois républicaines dans la mesure où le niveau combiné de corruption et de criminalité à Marseille est en passe de franchir un point de non retour.

    Cette liste de mauvaises nouvelles n’étonne plus et devient progressivement une des constantes de ce qui est considéré désormais comme l’état normal de la France. Si l’on reprend un par un ces différents dossiers : l’économie, le militaire, la sécurité et la prédation économique, il devient évident que cette normalité ne peut pas favoriser un climat d’apaisement politique et social. Sans changement de cap radical, la France est à la merci d’une épreuve majeure. Ce constat que personne ne souhaite est pourtant une éventualité difficile à éluder.

    Il est donc temps de réagir. La fameuse formule « donner du temps au temps » est devenue aujourd’hui un anachronisme de pays riche. La question qui est posée a quelque chose d’élémentaire : peut-on encore gouverner la France normalement ? La réponse est non. Il ne s’agit pas en disant de nier les règles de la démocratie et de vouloir saper les fondements de la République. C’est le mode de gouvernance qui est en cause. Lorsque le politique arrive au pouvoir, il découvre la puissance d’un autre pouvoir, celui des cercles de la haute administration et de certains milieux économiques et financiers qui se sont installés dans une certaine suffisance et une position de repli sur soi.

    La série télévisée américaine The wire (dernière saison en 2008) qui décrit la décrépitude de la ville de Baltimore nous semblait encore une fresque sociologique inappropriée à notre pays. The wire dépeint la corruption du système municipal et de l’Etat de tutelle, le déclin du cœur économique de la ville, la dégradation de l’école, les limites opérationnelles de la lutte contre la criminalité et le commerce de la drogue, la situation d’abandon des franges pauvres de la population et de certains quartiers sans oublier la masse de laissés pour compte. Ces images de fiction sont désormais présentes dans la France de 2012. Elles sont des taches dont la surface grandit au fur et à mesure que nous les faisons passer dans la catégorie des pertes et profits de la crise économique et financière.

    Bien que cette série soit un des chefs d’œuvre de la culture télévisuelle américaine, il est heureux que TF1 ne l’ait pas diffusé car le message global qui en ressort est l’impossibilité de changer les choses. The wire est pourtant un message d’alerte, une bouteille lancée dans l’océan qui borde les deux continents de l’Occident. Nous ne sommes pas les Etats-Unis. L’espace vital urbain français est trop petit pour absorber ce type d’échec sociétal. Ce qui signifie une chose évidente, le pouvoir politique à la tête de la France se doit d’éviter la démultiplication de telles situations dégradées. Cette lutte contre la désintégration de notre structure de vie implique de gouverner la France en sortant des sentiers battus d’une Présidence normale. Que François Hollande ait voulu se démarquer du comportement de son prédécesseur, cela peut se comprendre. Mais ce réflexe moral est une réponse quelque peu insuffisante pour sortir la France du péril qui la guette. De l’audace, Monsieur le Président, de l’audace ! Et ce n’est pas en Syrie que se joue notre avenir mais ici et maintenant.

    Christian Harbulot

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    La fausse victoire de 1945
    La France ne devait pas figurer dans le camp des vainqueurs après la chute de l’Allemagne nazie. Ni les Etats-Unis, ni l’URSS ne le souhaitaient. La participation de notre pays à l’occupation de l’Allemagne vaincue fut imposée par Winston Churchill pour éviter la marginalisation de la Grande Bretagne par les deux superpuissances américaine et soviétique, Cette réhabilitation étrangère de notre statut de puissance a faussé le bilan réaliste qui aurait dû être fait sur la France aux lendemains de la seconde guerre mondiale. Le sacrifice des 92 000 soldats morts au combat lors de la campagne de France comme celui des milliers de résistants torturés, fusillés, exterminés durant l’occupation n’efface pas les marques indélébiles laissées par les causes de l’effondrement de juin 40 (sur les 1 800 000 prisonniers français faits par la Wehrmacht, 1 100 000 se son rendus entre les 17 et 25 juin). A la lecture de cet ouvrage, une évidence s’impose aux justifications de tous ordres : la très grande majorité de la France, de ses élites, de son peuple n’a pas su faire face à la menace.
    Un mot-clé revient en boucle tout au long de ce réquisitoire historique : l’inertie. La France de Pétain n’a pas sauvé les meubles de l’empire. Elle a au contraire institutionnalisé la pire des solutions, un pacte de collaboration avec ce régime abjecte qu’était l’Allemagne nazie. La voix du général De Gaulle à Londres a masqué progressivement au fil du temps ce triste constat. Mais le passif demeure : l’absence de volonté, le refus de passer à l’offensive lorsque le régime nazi était encore faible militairement, le manque de courage d’un pays devant l’adversité.

    Quel rapport avec la situation actuelle ?
    L’inertie est la caractéristique des gouvernements qui se succèdent au pouvoir, quelle que soit leur tendance. La France doit se battre, elle n’a pas le choix. Il ne s’agit plus d’une guerre militaire (du moins pour l’instant) mais d’une guerre économique du temps de paix à laquelle s’agrègent des facteurs géopolitiques au Maghreb, en Afrique, au Moyen Orient, en Asie. Mais les élites françaises ont un point commun avec celles des années trente, elles ne veulent pas se battre. Elles voguent de compromis en compromis en croisant les doigts pour que le miracle arrive. Ce miracle s’appelle l’Europe politique. Pour l’instant il fait penser à l’espoir  non abouti d’une Société des Nations bloquant les manigances expansionnistes d’Adolf Hitler. Dans le passé, cette espérance stratégique s’est traduite par l’autodestruction de l’Europe et la disparition de la France comme acteur majeur de la scène internationale. Peut-elle réussir aujourd’hui dans un contexte pacifié à l’abri des totalitarismes ? Rien n’est moins sûr.
    Devant la montée des périls de toutes sortes (succession de crises, affaiblissement du potentiel des puissances européennes, fragilisation des systèmes économiques occidentaux), les élites politiques campent sur les mêmes positions défensives. La haute administration est immuable dans son souci de ne surtout pas mettre un doigt dans le moindre engrenage qui l’amène à risquer sa carrière dans les sacrifices inévitables à accomplir pour sauver ce pays. La ligne Maginot est désormais une barrière mentale, plus discrète, moins voyante en termes d’aberration stratégique. La situation est pourtant limpide : les Etats-Unis roulent pour eux-mêmes et ont bien du mal à maintenir leur statut de superpuissance, l’Union européenne est un jeu de construction hasardeux en pleine déconfiture que seul un miracle peut sauver de l’implosion. Quant au reste du monde, il attend son heure en fonction de ses moyens et de ses dépendances multiples et variées.

    Quelle est la marge de manœuvre de la France ?
    La créativité tant attendue ne viendra certainement pas de l’issue des luttes fratricides intérieures. Les opportunistes de la droite forte comme les adeptes des rentes de situation de l’écologie fossile ou de la recherche du vrai grand soir humaniste, sont les caricatures usées à la corde des turbulences idéologiques qui ont miné la réflexion stratégique entre 1918 et 1945. Les partis traditionnels cultivent la prudence comme le faisaient les politiciens de la Troisième République.
    Par réflexe de solidarité collective, on ne peut que leur souhaiter d’avoir la baraka, l’espoir d’un apaisement passager, le temps d’un mandat. Si ce n’est pas le cas, ils seront balayés et finiront dans le ridicule. Le problème est qu’ils n’ont même pas de plan B. Mais cette fois-ci, ils n’auront pas forcément un ersatz de Pétain pour masquer leur incompétence et passer entre les gouttes du jugement de l’histoire. Les peuples ne vont pas se contenter de regarder passer les trains de mesures fiscales ou de rigueur déguisée. Les effets du consumérisme s’estompent, faute de pouvoir d’achat maintenu à flot. Cette évidence-là devrait pourtant être un signal fort. Mais comme dans les années trente, on ne lit pas Mein Kampf, on s’empresse d’oublier que le magazine à fort tirage Match publiait en 1938 un reportage détaillé sur les premiers camps de concentration (oui, une partie de l’opinion publique savait avant même le début de la guerre que tout cela allait très mal tourner).
    La politique de l’autruche est le nouvel art de la guerre français (pas celui décrit par le dernier prix Goncourt) : détourner le regard, ne pas se regarder en face, s’imaginer que la situation grecque, espagnole, italienne s’arrêtera à nos frontières comme le nuage de Tchernobyl. Douce France, pauvre France qui donne parfois l’impression fort désagréable de creuser doucement sa tombe en oubliant les leçons refoulées et jamais apprises d’un passé tragique.

     

    Christian Harbulot

    Références :

    Claude Quétel, L’impardonnable défaite, éditions Perrin, collection tempus, 2012.
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    En novembre 2011, France soir relançait le débat sur l’héparine qu’il présente comme un médicament mal surveillé. Ce média relaie la crainte émise par l’UFC-Que Choisir qui réclame des garanties sur la sécurité sanitaire de l’héparine.

    Qu’est ce que l’héparine
    « L'héparine appartient au groupe de médicaments appelés anticoagulants. Les anticoagulants freinent le processus de coagulation du sang et cette action prévient la formation de dangereux caillots dans les vaisseaux sanguins.
    L'héparine s'utilise pour prévenir une affection désignée thrombose veineuse profonde, ou DVP, liée à la formation de caillots dans les vaisseaux sanguins de la jambe. Ces caillots sanguins peuvent parfois migrer vers les poumons dont ils obstruent les vaisseaux sanguins. Ce blocage entraîne un trouble grave désigné embolie pulmonaire.
    L'héparine s'utilise aussi pour prévenir la coagulation du sang durant une dialyse, après la pose de lignes intraveineuses, au cours d'une opération à cœur ouvert et dans le traitement contre une thrombose veineuse profonde et une embolie pulmonaire. L'héparine est souvent employée après la survenue d'une crise cardiaque et dans les cas d'angor instable (une douleur thoracique qui se produit même au repos). Son utilisation thérapeutique s'étend aussi au traitement prodigué après la survenue d'accidents vasculaires cérébraux causés par des caillots sanguins. »
    Eléments factuels :

    • Le marché de l’héparine représentait 3.9 milliards d’euros en 2010.
    • 34 millions de dose ont été injectées en France en 2009.
    • Avec le Lovenox (nom commercial) Sanofi domine le marché (10% de son CA).
    • Tous les grands laboratoires (Pfizer, GSK, Sanofi…) produisent de l’héparine
    • 500 millions de doses sont utilisées par an.
    • La Chine produit 50% de l’héparine utilisée dans le monde.
    • 80% des matières premières proviennent des pays émergents (Chine, Inde, Brésil).

    D’une manière générale, il existe deux menaces incontrôlables dans ce système de production hors contrôle : les menaces sanitaires (contamination de la matière première par négligence, incompétences et faiblesse des contrôles locaux) et la menace criminelle c'est-à-dire la substitution pure et simple du produit ( cas Baxter).
    L’héparine produite en France dans des conditions sanitaires et réglementaires optimales est envoyée aux Etats-Unis pendant que les Français s’injectent des produits originaires de Chine.

    Personnes clefs de l’affaire Héparine en France
    Jacques Poirier, ex-cadre (de 1980 à 2003) chez Sanofi-Aventis, chargé de la sécurité biologique des matières premières d’origine animale chez Sanofi, et licencié en 2003 pour avoir lancé des alertes sur la production chinoise.
    Le Dr Didier Levieux remet en cause la fiabilité des tests de détection sur les failles possibles du médicament. Cet immunochimiste réputé estime que ces tests  arrivent trop tard dans le processus et sont de vraies passoires. Selon lui, il suffit d’adjoindre de l’héparine bovine « pure » à la porcine « brute » pour éviter toute détection. Le docteur Didier Levieux est Directeur de Recherches Honoraire de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA). En retraite de l'INRA depuis mai 2007, il conserve une fonction d'enseignement en Immunochimie au Master II de la Faculté des Sciences de Bordeaux et a rejoint IDBiotech comme conseiller scientifique sénior pour lui faire bénéficier de ses compétences dans le cadre de son activité R&D.
    Un article de la recherche résume assez bien la situation en langue profane :
    « Ainsi, si l’on récapitule : en France, l’affaire des héparines frelatées s’articule autour de trois points intimement liés :

    • début 2003, le lanceur d’alerte Jacques Poirier est licencié par AVENTIS (aujourd’hui SANOFI-AVENTIS) pour avoir refusé de cautionner des irrégularités portant sur les héparines extraites d’intestins (voir plus bas les liens vers des articles explicatifs). Ces irrégularités portaient notamment sur les trafics douteux de matières premières en provenance de Chine ; sur le refus de la firme de mettre en œuvre des méthodes de contrôle dont elle avait financé leur mise au point par l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique).
    • dès juillet 2008 (avec confirmation en juillet 2010), dans un empressement des plus surprenants et alors que les Etats-Unis sont toujours sous le choc du scandale des héparines chinoises contaminées qui – la même année – fait près d’une centaine de morts et plus de 800 chocs graves aux seuls Etats-Unis, l’AFSSAPS n’hésite pas à changer – en faveur de son industrie pharmaceutique nationale – la réglementation française relative à la fabrication des héparines, au mépris de toutes les règlementations internationales ;
    • pendant des années des hauts responsables de l’AFSSAPS ont été impliqués dans des conflits d’intérêts portant, une fois encore, sur… les héparines de SANOFI-AVENTIS. Bizarrement, depuis quelques années, certains d’entre eux ne déclarent plus leurs liens avec les fabricants d’héparines. Se seraient-ils brutalement acheté une morale, à moins qu’ils n’aient simplement « oublié » de déclarer leurs liens avec SANOFI-AVENTIS ? »

    Bilan de l’affaire américaine Baxter/SPL
    L’héparine est une spécialité largement utilisée sous de nombreuses formulations. Les groupes pharmaceutiques les préparent à partir de matières premières animales, dans le meilleurs des cas un mucus issues de l’intestin d’un porc. La demande est très élevée et le marché tendu. Pour des raisons de couts et facilité d’approvisionnement les grandes firmes pharmaceutiques ont décidé de s’approvisionner dans les pays émergeants. Ces pays ne présentent pas les conditions de sécurités sanitaires et réglementaires nécessaire à la production d’une substance aussi sensible dans ces conditions acceptables. Surgit la première affaire.
    En Mars 2008 suite à la contamination de matière première en provenance de Chine ayant causé la mort de 81 personnes aux États-Unis, la Food & Drug Administration a rappelé d’urgence des lots de l'anticoagulant héparine, vendus par la société Baxter. Le laboratoire Baxter importe de l’héparine produite en Chine par une société américaine (SPL). Cette héparine a été contaminée par du sulfate de chondroïtine sursulfaté, un produit moins coûteux qui a la particularité d’apparaître comme de l’héparine lors des tests standards. Il s’agit là d’un acte délibéré, d’une fraude sophistiquée et brutale ; sophistiquée car très difficilement détectable lors de la chaine de contrôle normale, brutale car la fraude est manifeste dès que l’on injecte le produit aux patients.

    Une chaine logistique chinoise opaque et potentiellement dangereuse
    Les industries pharmaceutiques chinoises développent leurs activités de base. Elles ne se contentent plus de fabriquer les ingrédients pharmaceutiques actifs (API) en vrac mais commencent aussi à offrir des produits finis plus complexes. Ces fabricants chinois sont parmi les plus grands au monde, notamment grâce à leurs faibles prix de vente.
    Toutefois, fabriquer des médicaments low cost peut cacher des économies dangereuses. En effet, la course aux économies peut engendrer des impasses sur la qualité et la fiabilité des médicaments, notamment quand ces entreprises ne possèdent pas les normes occidentales pour leur processus de fabrication et de contrôle.
    Dans l’affaire Baxter, les autorités américaines ont déterminées que la contamination venait d’un changement délibéré et non annoncé du principe actif de l'héparine vers la chondroïtine, ce dernier étant moins cher.
    Un autre indice est apparu dans le scandale impliquant l'héparine. Après enquête, la FDA a découvert qu’un autre producteur certifié de la chaine logistique : la société Shanghai n°1 biochimique et pharmaceutique, n'avait jamais produit les lots qu’elle avait vendus. Au lieu de cela, deux autres producteurs chinois inconnus avaient fourni, conditionnés et étiquetés les médicaments comme ayant été produits par Shanghai n°1.
    Les drames combinent plusieurs éléments choquants. Le fait que la filiale chinoise de la société Baxter n’ait pu détecter l’erreur est déjà grave. Toutefois, ce qui a attiré l’attention des autorités est le fait que des sous-traitants chinois non contrôlés par les agences de sécurité aient participé à l’élaboration de la drogue et soient à l’origine de l’altération.
    Avec le développement de l’industrie chinoise pharmaceutique, ces sous-traitants externes rentrent progressivement dans la chaine d’approvisionnement d'ingrédients pharmaceutiques actifs (API).
    Les règles de bonnes pratiques dans la fabrication des médicaments génériques sont très coûteuses et certains fabricants détenant le CEP (certificat européen) n’hésitent pas à les contourner en faisant appel aux sous-traitants les moins chers.
    Les traders et intermédiaires assombrissent encore plus les origines et qualités des matières premières et sont encore moins visés que les fabricants officiels par une agence sanitaire chinoise défaillante.
    Ces sous-traitants chinois opèrent généralement de laboratoires non contrôlés et traitent librement avec les fabricants officiels. La complexité de la chaine logistique devient progressivement opaque.
    De ce fait, les certificats délivrés aux fournisseurs officiels  n’ont pas la valeur qui leur est dû. A ce jour, les pays européens importent des produits pharmaceutiques parfois non conformes aux réglementations locales. Qu’en sera-t-il avec des formules API plus complexes et potentiellement toxiques ?

    Stéphane Ledoux et Christian Mateis

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    Edito : Le droit du citoyen à disposer de son information http://www.infoguerre.fr/edito/edito-droit-citoyen-disposer-information-personnelle/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-droit-citoyen-disposer-information-personnelle/#comments Fri, 01 Jun 2012 15:38:48 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4704 Articles similaires :
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    Depuis l’apparition d’Internet, la question de la propriété de l’information est au cœur de nombreuses polémiques récurrentes sur le fonctionnement de la société de l’information et la manière de réguler les pratiques concurrentielles sur ce marché d’avenir. L’une des questions les plus virulentes oppose les grandes firmes multinationales à dominante anglo-saxonnes et les internautes qui ne veulent pas être dépossédés des informations ayant trait à leur vie privée.

    Google, et Facebook sont régulièrement cités sur cette question. Force est de constater que les grands groupes anglo-saxons jouent la carte de l’enlisement et fuient très habilement les remarques très pertinentes qui leur sont adressées sur la manière très peu orthodoxe dont ils exploitent l’information privée des usagers des réseaux sociaux.
    Dans ce débat, une étape supplémentaire vient d’être franchie. Les premiers marchés passés entre Apple et des établissements scolaires (commercialisation de la tablette numérique d’Apple par l’IPAD) constituent un signal fort dans l’approche commerciale du marché éducatif français sous le prétexte du passage à la modernité numérique. L'éducation représente pour ces firmes un domaine pratiquement vierge (70% est sous contrôle public). Elle constitue un eldorado quasi inépuisable, notamment avec les projets d’édition numérique des manuels scolaires. Google va ouvrir l'équivalent du centre culturel à Paris mais à Berlin pour l'éducation. Le concept architectural que ces groupes ont défini pour prendre une place central au cœur du dispositif éducatif européen est celui de learning center avec la volonté de ringardiser à moyen terme la notion européenne de bibliothèque.

    Les aspects positifs de cette révolution technologique ne doivent pas oblitérer les enjeux géoéconomiques, concurrentiels et sociétaux :

    • Enjeux géoéconomiques : les Etats-Unis ont déclaré durant le second mandat de Bill Clinton qu’ils voulaient être le pays leader du marché privé de l’information. Cette déclaration surprenante de la part d’une autorité étatique dans un pays libéral souligne la dimension stratégique du système de production et de diffusion des flux informationnels, y compris ceux d’origine privée.
    • Enjeux concurrentiels : les groupes américains ont pris une avance importante parce qu’ils ont su activer les leviers technologiques dans une optique de domination mondiale des différents marchés (commerce électronique, économie numérique, big data, opendata).
    • Enjeux sociétaux : les polémiques sur la propriété intellectuelle et la liberté d’expression virtuelles dessinent peu à peu les contours d’une démocratie par la connaissance dans l’usage d’Internet et des réseaux sociaux.

    Le XIXè siècle a généré la problématique du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La société de l’information crée de facto une nouvelle aire existentielle au sein de laquelle il est légitime pour un citoyen d’avoir le libre arbitre de son information personnelle ou privée. Or pour l’instant ce n’est pas le cas. Des firmes comme Google ou Facebook utilisent l’information personnelle ou privée mise en ligne selon des règles contestables et contestées.

    D’ores et déjà, un certain nombre d’enseignants français refusent de mettre en ligne sur le réseau informatique de leur lycée,  les notes de leurs élèves et les résultats des conseils de classe sous le prétexte qu’il n’ont aucune garantie sur l’usage qui sera fait de cette information. Les livraisons d’IPAD relancent ce débat très légitime. Apple est un système fermé qui ne communique pas sur l’usage de l’information stockée par le biais de sa technologie. A tire d’exemple, les journaux en ligne qui s’inscrivent par le biais de l’IPAD n’arrivent pas à obtenir de la société Apple la liste de leurs abonnés.

    La distribution actuelle d’IPAD dans des établissements scolaires français ne présente pas de risque pour l’instant car elle est très limitée. En revanche, le Ministère de l’Education Nationale aura à gérer dans les années à venir le passage à l’économie numérique et la mise en circulation de tablettes numériques. Pour ce qui concerne l’IPAD d’Apple, l’accès à l’information pose deux problèmes majeurs qu’il est dangereux de laisser en suspens :

    • Peut-on confier la gestion de l’information scolaire (production de connaissances par le biais de la tablette numérique et de la mise en place de l’édition numérique et mise en réseau à distance du système de notation) à une société qui a un système fermée?
    • Le système fermé d’Apple lui donne toute latitude pour avoir un droit de regard sur la fabrication de la connaissance et présente un risque potentiel sur l’usage qui va être fait de l’information fournie par ou sur l’élève scolarisé.

    Christian Harbulot

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    Edito : Une politique industrielle pour la France http://www.infoguerre.fr/edito/edito-une-politique-industrielle-pour-la-france/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-une-politique-industrielle-pour-la-france/#comments Tue, 01 May 2012 17:03:21 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4660 Articles similaires :
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    Sous-jacente au débat de fond qui a bien du mal à s’immiscer dans la campagne présidentielle, la question de la relance de la politique industrielle a donné lieu en 2012 à la publication de trois ouvrages qui aboutissent à la même conclusion : la nécessité de relancer une politique industrielle pour éviter à la France un déclin économique durable et particulièrement néfaste pour sa population.
    Le premier ouvrage est signé par l'ancien PDG de Saint-Gobain, Jean-Louis Beffa (La France doit choisir, Seuil, janvier 2012). L’ancien dirigeant d’un groupe du CAC 40 prend le contrepied d’un certain nombre de ses pairs en souhaitant l’arrêt de la dérive de la France vers un modèle "libéral-financier" anglo-saxon qui serait à l’origine de notre impasse industrielle actuelle. Il rejoint sur ce point le constat que l’universitaire français Claude Rochet fait dans sa longue introduction au livre de l’économiste norvégien Eric Reinert (Comment les pays riches sont devenus riches, pourquoi les pays pauvres restent pauvres, éditions du Rocher, février 2012). Jean-Louis Beffa suggère de prendre sur le modèle « commercial-industriel » allemand afin de mettre fin à cette évolution négative de la France qui se traduit par la baisse du niveau de vie et l’appauvrissement d’une partie importante de sa population. Si les propositions de Beffa restent assez élémentaires (soutien à l’innovation, politique de réinvestissement à long terme) sa plaidoirie pour la responsabilité de l’Etat dans la mise en cohérence de l’environnement de nos entreprises de toutes tailles le démarque des chefs d’entreprise partisans de la marginalisation du rôle de l’Etat dans l’économie de marché.

    L’ouvrage de Jean-Louis Levet (Réindustrialisation, j’écris ton nom, publié par la fondation Jean Jaurès en mars 2012) est le fruit d’une démarche collective d’une vingtaine de personnes couvrant l’ensemble du jeu des acteurs (monde de l’entreprise, finance, territoires, université, syndicalisme, conseil et haute administration). Cet ouvrage a le mérite de rentrer dans le vif du sujet en plaçant le débat au niveau de la stratégie qu’un pouvoir politique doit mettre en œuvre pour relever le défi de la production. Jean-Louis Levet est depuis la fin des années 80 l’un des rares experts français qui a toujours su maintenir le cap de la défense d’un modèle industriel compétitif pour la France. Edith Cresson, Premier Ministre, l’avait appelé à son cabinet pour initier de nouvelles pistes dont l’une sera l’émergence du concept d’intelligence économique. Le constat critique qu’il fait sur le « choix implicite d’une économie sans industrie » du monde occidental depuis trente ans recoupe les conclusions de Reinert et Beffa. En revanche, l’originalité de la démarche porte sur la cohésion du projet et le caractère global des propositions avancées par ce groupe de travail. Ils définissent une nouvelle vision de la politique industrielle qui implique une approche à plusieurs niveaux dont voici quelques extraits :

    • Union européenne. l’Union européenne a placé la concurrence comme une fin en soi, délaissant les moteurs de la croissance et les coopérations politiques. Il faut redéfinir le rôle de la Banque centrale européenne et modifier la gouvernance européenne. Un rééquilibrage géographique de la production est nécessaire en Europe et dans les pays situés à la périphérie de l’Union européenne.
    • France. Economie fondée sur une nouvelle approche des enjeux énergétiques, rééquilibrer les relations entre donneur d’ordre et sous-traitants, créer les conditions d’une croissance verte de dimension européenne.
    • Territoires L’action collective s’inscrit dans la durée et doit être fondée sur une véritable culture stratégique. Les autorités régionales interviennent pour mener une stratégie stimulée par dix à quinze grands projets territoriaux.

    Le troisième ouvrage (L’urgence industrielle, éditions Le bord de l’eau collection retour à l’économie politique 2011) est le fruit de la réflexion de Gabriel Colletis, professeur d’économie à l’université de Toulouse 1. Ce dernier a d’ailleurs collaboré avec Jean-Louis Levet lorsqu’il était chef du service du développement technologique et industriel au Commissariat général du Plan entre mai 1992-juin 2001. Gabriel Colletis travaillait à cette époque sur le modèle de développement territorial allemand. Ses explications sur le déclin industriel de la France et sa critique du mythe d’une société de services s’inscrivent bien dans la ligne de pensée des auteurs précédents. L’apport de cet ouvrage réside dans l’interaction que Colletis établit entre le travail comme articulation du progrès social et du développement. C’est en ce sens qu’il définit les termes d’une démocratie industrielle qui maille une approche tactique de la protection, la localisation industrielle fondée sur une approche réaliste de l’activité économique et l’ancrage des territoires axé sur les entreprises (en particulier les PME) et non les groupes transnationaux qui sont devenus de plus en plus nomades dans la mondialisation des échanges.
    Les auteurs qui travaillent sur la notion de politique industrielle sont aujourd’hui plus à gauche qu’à droite de l’échiquier politique. Cela s’explique par le bilan idéologique de la guerre froide. La droite est depuis la fin du XIXè siècle prisonnière d’un double carcan :

    • L’inféodation à un discours libéral articulé autour de la pensée de l’économiste et homme politique David Ricardo. Ce penseur britannique a contribué à masquer l’expression de la puissance économique et ses effets sur les autres nations par une démonstration scientifique sur les mécanismes bénéfiques du marché pour l’ensemble des parties prenantes.
    •  Une incapacité chronique à préciser le rôle de l’Etat stratège dans la définition économique de la puissance (excepté durant la période d’exercice du pouvoir par le général de Gaulle et son successeur Georges Pompidou). Mais la suite des évènements a démontré que le RPR et l’UMP ont été incapables de donner une suite logique et constructive à cette éphémère exception culturelle. Sur ce point précis, la droite dite nationale et l’extrême droite sont encore loin de la formulation d’une pensée théorique et ont encore plus de difficultés à définir une stratégie industrielle autonome découplée de l’acceptation tacite de l’influence des Etats-Unis sur le monde.

     

    Ce double carcan explique aussi les analyses très épurées et souvent sophistes du cercle des économistes et l’incapacité du Medef à retrouver la lucidité du patronat français dans la première moitié du XIXè siècle. Il handicape lourdement et durablement cette partie de l’échiquier politique qui n’arrive pas à sortir de l’extrême confusion sur la lecture des rapports de force économiques. Les discours protectionnistes ne sont pas une fin en soi. Encore faut-il avoir la capacité de concevoir des stratégies de développement cohérentes et résistances à l’agressivité commerciale des nouveaux entrants. L’incapacité de Dominique de Villepin à faire passer le message sur le patriotisme économique lorsqu’il était Premier Ministre est un exemple illustratif de cet imbroglio. Seul le député du Tarn, Bernard Carayon, réussira à légitimer cette expression en mobilisant des parlementaires de toute tendance pour demander un rééquilibrage de la commande d’appareils d’Air France.
    Mais le plus dur reste à faire car le discours libéral ne permet pas de faire le tri entre les enjeux de puissance des alliés/adversaires, les réalités contradictoires d’un marché mondial hétérogène et complexe et l’impérieuse obligation de développer les territoires pour ne pas sombrer dans des crises politiques internes majeures. Le vainqueur de la campagne  présidentielle n’aura pas d’autre choix que de s’appuyer sur une politique industrielle très démonstrative. Dans cette épreuve redoutable, les PME et les territoires ne doivent pas être des forces auxiliaires. C’est hélas pour l’instant le cas. Nicolas Sarkozy n’a pas su les intégrer dans une vision opérationnelle du développement de ce pays. Même les petits combats aussi symboliques soient-ils ont été perdus. Je pense par exemple à cette PME de l’avionique, GECI à qui le gouvernement actuel a promis l’aide du FSI pour partir à la conquête d’un marché d’un marché estimé à plusieurs centaines d’avion. Une fois de plus, les paroles n’ont pas été suivies d’actes et nous sommes à quelques jours du second tour de scrutin. Il en est de même pour les territoires que l’Etat continue à gérer en tirant profit de la capacité d’adaptation d’une poignée de préfets d’exception qui se débrouillent comme ils peuvent pour aider ou sauver des projets économiques locaux pertinents.

    Christian Harbulot

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    Edito : Allemagne : troisième exportateur mondial d’armement http://www.infoguerre.fr/edito/edito-allemagne-troisieme-exportateur-mondial-armement/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-allemagne-troisieme-exportateur-mondial-armement/#comments Mon, 02 Apr 2012 07:38:13 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4643 Articles similaires :
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    L’exportation d’armes traduit-elle pour l’Allemagne un commerce opportuniste au sein de sa politique de grand pays exportateur, ou une recherche plus globale de puissance géopolitique ? Le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), organisme reconnu comme référence majeure dans ce domaine, classe dans son rapport 2011 l’Allemagne au 3ème rang mondial des exportateurs d’armements conventionnels majeurs sur la période 2006-2010. L’Allemagne y détient ainsi 11% du marché mondial, devançant la France (7%) et  leUK (4%), les USA se situant toujours largement au 1er rang (30%), suivis par la Russie (23%). Le volume des exportations mondiales d’armements est estimé pour la seule année 2010 à 70 milliards d’euros (Rapport au Parlement Français, août 2011).  

    Une armée allemande qui a commencé à sortir de ses frontières
    Le 12 juillet 1994, le Tribunal fédéral constitutionnel de Karlsruhe a validé la possibilité pour les forces allemandes d’intervenir hors zone OTAN, mettant fin à la politique suivie par le pays depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ainsi, à l’heure actuelle, près de 5 000 soldats allemands sont présents sur le théâtre afghan, dans le cadre d’une mission de l’OTAN. L’armée allemande est actuellement dans une phase majeure de réforme. Après la fin votée en 2011 du service militaire, l’objectif est d’atteindre une force de format plus réduit certes mais professionnelle et potentiellement projetable à l’extérieur du pays.
    En mars 2011 à l’ONU, l’Allemagne refuse cependant de voter en faveur de la résolution franco-britannique d’intervention en Libye, et ne participe pas aux frappes effectuées dans la foulée par la coalition étrangère sur ce pays. Mais cette non-intervention est à mettre en relation avec ses intérêts dans la zone.
    Dans son édition « Scorecard 2012 », l’Institut European Council on Foreign Relations, think tank dont JoschkaFischer, ancien ministre « vert » des affaires étrangères allemand, est un membre actif, aborde le sujet des ventes d’armes par l’Allemagne. Pour l’ECFR, l’Allemagne apparaît comme une puissance géoéconomique émergente, dont plus de la moitié du PIB est généré par les exportations. Le rapport met en lumière l’accord de vente pour 200 chars lourds Léopard de dernière génération à l’Arabie Saoudite, quelques semaines seulement après que le gouvernement de Ryad soit intervenu dans l’Etat de Bahreïn lors de soulèvements populaires. Néanmoins, l’ECRF conclut que les ventes d’armes constituent principalement pour l’Allemagne une part du pilier de sa puissance économique, plutôt que politique.
    Enfin, et éludant volontairement le plan industriel –néanmoins important- de l’aspect Défense pour l’Allemagne, Gérard Longuet, ministre français de la Défense indique lors d’une intervention le 16 mars dernier: « La Grande-Bretagne a l’esprit de défense mais pas l’esprit européen. L’Allemagne, quant à elle, a l’esprit européen ! ».

    Les clients de l’Allemagne
    Les trois principaux clients 2006-2010 de l’Allemagne en ce domaine sont la Grèce pour 14%, l’Afrique du Sud pour 11%, et la Turquie pour 10%. Retrouver à la fois Grèce et Turquie en tête de ce classement peut surprendre, même si les deux pays sont membres de l’OTAN. L’armée grecque dispose de près de 350 Léopard 2, la Turquie d’environ 300 exemplaires. En effet, la Grèce et la Turquie ont un point de discorde majeur : Chypre. La résolution de ce conflit, entre autres, est  mise en exergue dans le cas d’une éventuelle adhésion à l’UE par la commission des affaires étrangères du Parlement Européen, qui, le 2 mars dernier, "insiste sur le fait que les relations de la Turquie avec les États membres voisins sont un facteur clé de la refonte des négociations ainsi que du dialogue". De plus, la Turquie dispose d’une frontière de 800 km avec un pays, la Syrie et donc avec une région, le Proche-Orient, très instables. Et la partie Est de Chypre se situe à 100 km des côtes syriennes.
    La caractéristique principale de ce type d’armements est son utilisation massive et souvent très efficace, dans tous les types de conflits terrestres, l’Afghanistan étant la demi-exception qui confirme la règle. Quelques exemples des dernières années :

    • L’invasion en 2008 d’une partie de la Géorgie par la Russie, qui a marqué ainsi les limites de la zone d’influence que les autres puissances ne doivent pas franchir
    • L’Egypte en 2011, où l’effet dissuasif de la présence des chars de l’armée entraîne le retour au calme dans la ville du Caire
    • La Libye en 2011, où l’arrêt seul des colonnes de chars par les frappes aériennes étrangères a permis au soulèvement populaire venu de Benghazi de se développer
    • La Syrie actuellement, avec la dramatique intensité que l’on peut constater.

    En conclusion, l’Allemagne actuelle, réunifiée le 3 octobre 1990, prise comme référence économique et financière en Europe mais connaissant un déclin démographique important, n’apparaît pas rechercher délibérément au travers de ses ventes d’armes une volonté de puissance forte. Par contre, l’utilisation d’ « armements conventionnels made in Germany » par des pays tiers est un élément de sa diplomatie économique qui mérite d’être regardé de plus près dans les années à venir.                                                                               

    Bertrand Quiminal
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    Edito : Naissance d’une école française du renseignement http://www.infoguerre.fr/edito/edito-naissance-dune-ecole-francaise-du-renseignement/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/edito/edito-naissance-dune-ecole-francaise-du-renseignement/#comments Mon, 05 Mar 2012 13:55:50 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4602 Articles similaires :
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    Le 12 janvier 2012 s’est tenu à Toulouse un colloque universitaire sur le thème : analyse et perspectives d’une école française du renseignement. Cet évènement dont le Professeur Michel Louis Martin directeur du Groupe de recherche sur la sécurité et la gouvernance (GRSG) et Eric Dénécé directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) sont les initiateurs, est une démarche qui mérite d’être soulignée. Elle souligne l’intérêt nouveau exprimé par plusieurs professeurs d’université à l’égard du monde du renseignement. Cette naissance d’une école de pensée sur une question qui a jusqu’à présent été l’un des enfants pauvres de la recherche universitaire est une très bonne nouvelle. Elle ouvre des perspectives intéressantes qui complètent de manière originale les travaux des universitaires  Olivier Forcade et de Sébastien Laurent, sans oublier l’Académie du Renseignement crée le 13 juillet 2010.
    Nous reproduisons donc dans cet édito un extrait de l’intervention de Christian Harbulot qui est intervenu aux côtés de Claude Revel et de Claude Delesse dans une table ronde sur l’appréhension du renseignement par l’intelligence économique.

    L’apport de l’intelligence économique au renseignement
    L’intelligence économique va s’avérer un instrument d’analyse plus performant que le renseignement pour cerner la dimension globale de la puissance et surtout pour mettre à jour les processus d’accroissement de puissance du temps de paix. Ce constat découle de l’orientation des missions prioritaires attribuées au renseignement mais aussi à son mode de fonctionnement. La guerre froide a conditionné le renseignement à définir le cadre des ses missions prioritaires à partir d’une approche sécuritaire des rapports de force. La lutte contre le terrorisme a pérennisé cette vision de la menace. Il n’en a pas été de même pour, l’intelligence économique lors du lancement de cette démarche à la fin des années 80. L’IE a généré de nouvelles grilles de lecture permettant de cerner les mutations en cours telles que les nouvelles problématiques d’accroissement de puissance, l’impact de la croissance exponentielle des flux d’information par la création d’Internet, ainsi que l’évolution des organisations et des modes d’affrontement.

    Cette vision multidimensionnelle du rôle de l’information a généré une relation à la fois fusionnelle et contradictoire entre le monde du renseignement et de la société de l’information. Elle est fusionnelle sous l’angle du contrôle. Les services de renseignement se sont parfaitement adaptés à l’univers des nouvelles technologies de l’information. En revanche, la société de l’information engendre une dynamique de confrontation qui est contradictoire avec la fonction originelle du monde du renseignement.  A la problématique du renseignement s’ajoute désormais la problématique conflictuelle de la société de l’information :
    Si le renseignement  est avant tout une culture du secret, l’espace conflictuel de la société de l’information est une culture de l’ouvert dont le contenu recouvre l’ensemble des pratiques offensives destinées à déstabiliser un adversaire par la polémique ou le dénigrement. Les polémiques, les débats, les attaques informationnelles émanent principalement des sociétés civiles comme l’illustrent les campagnes d’ONG contre des entreprises ou les mouvements de protestation orchestrées par le biais des réseaux sociaux lors des « révolutions » arabes. S’il est évident que les techniques de manipulation, d’infiltration peuvent être utilisées par des services spéciaux (montages lors de la chute de Ceausescu, photos truquées lors de la guerre du Liban), les logiques de confrontation générées par la société de l’information ont atteint une taille critique. Le nombre croissant des acteurs et la diversité des débats dépassent les capacités de manœuvre classiques du monde du renseignement (désinformation, intoxication, rumeurs, propagande noire) lorsqu’il se met en position d’émetteur d’informations et de connaissances à des fins opérationnelles.

    Problématique du renseignement :

    • Acquisition de l’information par tous les moyens.
    • Cloisonnement  (sources/traitants/analystes).
    • Secret, rétention ou règle du besoin d’en connaître.

    Problématique conflictuelle de la société de l’information :

    • Diffusion de la connaissance par tous les moyens.
    • Décloisonnement (interopérabilité, résonance)
    • Art de la rhétorique, débat public.

    Cette problématique conflictuelle propre à l’usage qui est fait de l’information aboutit à une différenciation au niveau des matrices :

    Matrice  MICE

    • Money
    • Ideology
    • Compromise
    • Ego

    Matrice DITE

    • Deontology
    • Integrity
    • Transparency
    • Ethic

    Contrairement à la matrice MICE qui est fondée sur des pratiques immorales de manipulation de l’individu en usage dans le monde du renseignement, la matrice DITE est le produit des règles morales suscitées par la société de l’information.
    Si le renseignement  est avant tout une culture du secret, l’espace conflictuel de la société de l’information est une culture de l’ouvert dont le contenu recouvre l’ensemble des pratiques offensives destinées à déstabiliser un adversaire par la polémique ou le dénigrement. Les polémiques, les débats, les attaques informationnelles émanent principalement des sociétés civiles comme l’illustrent les campagnes d’ONG contre des entreprises ou les mouvements de protestation orchestrées par le biais des réseaux sociaux lors des « révolutions » arabes. S’il est évident que les techniques de manipulation, d’infiltration peuvent être utilisées par des services spéciaux (montages lors de la chute de Ceausescu, photos truquées lors de la guerre du Liban), les logiques de confrontation générées par la société de l’information ont atteint une taille critique. Le nombre croissant des acteurs et la diversité des débats dépassent les capacités de manœuvre classiques du monde du renseignement (désinformation, intoxication, rumeurs, propagande noire) lorsqu’il se met en position d’émetteur d’informations et de connaissances à des fins opérationnelles.

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