Infoguerre : Centre de réflexion sur la guerre économique » Doctrines http://www.infoguerre.fr Centre de réflexion sur la guerre économique Wed, 03 Sep 2014 06:59:49 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=4.0 Edito : Les guerres de l’information de 2013 http://www.infoguerre.fr/doctrines/edito-les-guerres-de-linformation-de-2013/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/edito-les-guerres-de-linformation-de-2013/#comments Fri, 03 Jan 2014 12:59:33 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=5221 Articles similaires :
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2013L'année passée représente-t-elle un tournant dans les affrontements qui structurent la société de l'information depuis l'apparition d'Internet ? Plusieurs évènements semblent l'indiquer. Le plus important est l'affaire Snowden. Le pouvoir de contrôle absolu du monde immatériel par les Etats-Unis est désormais remis en cause par les retombées diplomatiques de cette révélation en cascade. Nul ne peut désormais attribuer à une quelconque thèse du complot le dispositif de captation de l'information, assumé par la gouvernance américaine depuis plusieurs décennies. Le camp des démocraties s'est divisé sur cette question fondamentale. En Europe, l'Allemagne se démarque des autres membres de l'Union Européenne en plaçant le curseur au bon niveau du débat. L'enjeu principal vu de Berlin n'est pas l'échange d'informations sur le terrorisme mais la maîtrise stratégique de l'ensemble des flux informationnels. Contrairement à la France qui a privilégié l'échange d'informations sur le terrorisme (cf. les accords secrets entre DGSE et NSA), l'Allemagne moins exposée sur ce terrain a amené Washington à prendre un profil bas dans la polémique générée par l'affaire Snowden. Les récentes déclarations d'Obama sur une éventuelle interdiction formulée à la NSA en matière d'espionnage économique ne clôturent pas le débat. Il rebondit aux Etats-Unis mêmes : un article est paru le 30 octobre 2013 sur le site de la revue Foreign Policy interpelle Obama en dénonçant cette manœuvre de communication qui ne règle en rien, selon l'auteur, le problème sur le fond. Cette revue détenue par le Washington Post revendique le statut d'être le premier quotidien en ligne traitant des questions de politique étrangère et de sécurité nationale. Sa résonance n'est donc pas anodine.

L'affaire des armes chimiques syriennes a donné lieu à une démonstration peu convaincante de la pratique de la guerre de l'information par les autorités françaises. A cet échec par la démonstration de force s'est ajouté l'imbroglio diplomatique qui a résulté de la volteface de la Maison Blanche. Il a donné lieu à un renversement de rapports de force pour le moins spectaculaire. Le "mal" (Bachar El Assad) n'était plus le problème central. Quant aux forces du "bien" (les insurgés contre le régime syrien), elles n'étaient plus aussi fréquentables à cause de leurs divisions et des débordements sanguinaires des mouvements islamistes radicaux. La Russie de Poutine a su se repositionner très habilement dans ce nid de guêpes et tirer profit d'une posture de conciliation qui remet en perspective le bilan de l'affaire libyenne. Présentée comme un des actes majeurs de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy, la guerre pour destituer Khadafi apparaît désormais comme une erreur géopolitique fondamentale. Elle n'a pas instauré la démocratie dans ce pays. La Libye est désormais un non Etat. Cette situation est exploitée par les mouvances terroristes qui déstabilisent plusieurs pays de cette partie du monde. La guerre au Mali est une des conséquences de cette aventure militaire en Libye qui a posteriori relève plus de l'opportunisme que la sagesse politique.

En France, deux affaires ressortent du lot par leur impact à moyen terme. Les mobilisations pour la "Manif pour tous" ont donné lieu à une évolution des armes de la guerre de l'information par le contenu. La relance de cette agitation informationnelle prévue en 2014 sera intéressante à suivre. Le fort semble avoir gagné (passage et application de la loi sur le mariage gay). Mais le faible est loin d'avoir dit son dernier mot. L'effet de catalyse en raté à l'automne dernier lors de la révolte des Bonnets rouges (malgré un recul du gouvernement sur l'écotaxe) reste une épée de Damoclès qui menace le gouvernement. Les deux élections à venir sont d'autant plus attendues qu'elles subiront le choc indirect de pressions informationnelles tous azimuts. A l'image de l'affaire Dieudonné où le faible bouscule les lignes du fort (la LICRA et la Ligue de Défense Juive ont été étrangement inefficaces dans ce combat) tandis que le fort tente une guerre judiciaire doublée d'une pratique de la censure qui risquent d'aboutir à un effet contraire. Comme le démontre la dernière vidéo postée par Dieudonné sur youtube, le faible a des armes de débordement (relance du débat sur les békés aux Antilles qui sont accusés d'accaparer la puissance économique de l'île). Ce n'est pas le cas du fort qui campe plutôt sur des positions de principe dont le caractère évident ne brise pas pour autant la dynamique souterraine de ce type d'offensives informationnelles. La vidéo postée au nom des anonymous est en revanche une manière beaucoup plus intelligente de poser le problème car elle montre les contradictions implicites du discours de Dieudonné, notamment à l’égard du nazisme. L’excuse d’être né après la seconde guerre mondiale n’est pas un argument mais une pirouette pour ne pas prendre position sur un des actes les plus abjects de l’histoire de l’humanité (les camps de concentration et d’extermination du Troisième Reich).

2013 n'est donc une année pas comme les autres. Une fois de plus, la réalité des faits s'impose à la société du spectacle. La pratique de la guerre de l'information n'est pas dominée par la suprématie des moyens financiers, matériels et médiatiques. Il s'agit d'abord et avant tout d'une question de stratégie. Et il reste beaucoup à écrire sur ce sujet.

 

Christian Harbulot

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L’influence par les idées, Philippe Baumard http://www.infoguerre.fr/doctrines/influence-par-les-idees-philippe-baumard/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/influence-par-les-idees-philippe-baumard/#comments Wed, 06 Jul 2011 07:58:16 +0000 http://www.infoguerre.fr/?p=4300 Articles similaires :
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Petit rappel pour ceux qui réécrivent l’histoire… Discours de Philippe Baumard aux Etats généraux de l'IE.

Bonsoir, le thème que j’ai choisi d’aborder, ce soir, est l’influence par les idées. Et je suis très heureux d’être ici avec mes amis, Bernard, Christian, Philippe, pour aborder le thème de l’innovation dans l’intelligence économique et l’avenir de cette intelligence économique française.

On a beaucoup travaillé, cette année, au Conseil supérieur de la Formation et la recherche stratégiques à faire un rapport, qui est un rapport d’orientation de la recherche stratégique qui est disponible sur le site web du CSFRS. Un des constats de ce rapport — qui a réuni 108 experts pendant un an pour réfléchir à l’avenir stratégique et aux enjeux stratégiques en France et en Europe — ; un des constats une des conclusions de ce rapport, c’est la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui : une situation de vide stratégique, de modèles stratégiques qui tournent à vide.

Si on n’a pas vu venir la crise du monde arabe, si on n’a pas vu venir la crise économique financière, ce n’est pas parce qu’on a manqué de renseignement, mais parce qu’on a fondamentalement manqué d’idées. Nous sommes en train de recycler, — et ce parce que nous sommes devenus très efficients –, nous sommes en train de recycler les modèles économiques du passé, que l’on a poussés à leur paroxysme d’efficacité. Si on pense à la décennie en terme d’innovation, nous n’avons pas une décennie fondamentalement innovante : l’innovation radicale, les ruptures, ce sont les années 2000, 20001, 2002. Ce que nous ressasse la Silicon Valley, depuis 10 ans, ce sont les mêmes modèles économiques avec beaucoup plus d’ergonomie. Ce qu’a fait Apple, c’est ce qu’avait fait Archos en 1998 avec plus d’ergonomie, plus de compréhension du client mais pas fondamentalement un nouveau régime d’innovation.

Cette absence de régime d’innovation, on le voit dans le domaine technologique, et on en souffre dans le monde économique.  A force de courir à l’efficience on est contre productif. Aujourd’hui, nous avons d’une part, une économie en partie contre-productive, avec en parallèle des mécanismes financiers qui n’arrivent plus à contre balancer cette contre productivité, c’est-à-dire une contre productivité de l’économie réelle et, d’autre part, une surproductivité de l’économie financière. Et la seule solution pour sortir de cette situation, c’est l’innovation ; c’est, je dirais même plus, l’idéation. Nous sommes en panne d’idées : en panne d’idée économique, en panne d’idée technologique, et même en panne d’idée de puissance, je vous renvoie au discours que tenait Christian Harbulot, en introduction de ces rencontres. Les modèles stratégiques ou les modèles de puissance ont finalement bien réussi mais ils ont bien réussi en se détachant de leurs créateurs.
Le modèle de société américain a gagné mais ce n’est plus le modèle de société américaine, c’est un modèle de société libérale qui a une forme différente dans chaque zone économique, dans chaque zone géographique, et il domine le monde aujourd’hui, mais il n’a plus de propriétaire. Et ce que disait Philippe Caduc est très vrai, c’est au moment, où il y a les crises que l’on cherche le propriétaire, c’est au moment où on se dit, tiens cette affaire de pirates en Indonésie ou en Ethiopie, ça concerne qui ? Et on se retourne et on se dit quel service de renseignement on va appeler. On a une crise en Lybie, et on se dit qui est le propriétaire ? Qui est la partie prenante ?
On n’a plus de domination du lien transatlantique, ni de multilatéralisme chinois et indien. Les chinois jouent au rapport de force et jouent à ce jeu-là systématiquement. La théorie des blocs les ennuie, le multilatéralisme les ennuie. Si je reviens à cette décennie qui est finalement assez plate en termes d’idéation, en nouvelles idées d’innovation, je pose la question : quel est l’enjeu pour l’intelligence économique, quel est l’enjeu pour l’intelligence économique française ?

J’aimerais refaire un historique par bonds parce que l’historique de l’intelligence économique en France, vous le  connaissez par cœur.
Le premier modèle — et je ferai court parce que Bernard attend que je fasse court –, je vais partir des premiers modèles de la première crise du renseignement qui est celle des années 60, qui est assez amusante parce que c’est une crise qui ressemble à la nôtre aujourd’hui. On a laissé les services de renseignement des années 60 qui rentrent dans la guerre froide mais ne savent pas bien y rentrer : ils sont dans cette nouvelle société de consommation et ils font des ménages.  C’est la première vague de licenciements de la CIA, aux Etats Unis et on a des gens comme Wilensky ou WashingtonPlatt qui sont quasiment au chômage. Harold Wilensky écrit son ouvrage Organizational Intelligence, où finalement il produit la première définition de l’intelligence économique parce qu’il n’a pas de boulot. Washington Platt fait écrit son ouvrage Strategic intelligence la même année pour expliquer, — c’est un excellent livre d’ailleurs — , pour expliquer que l’intelligence économique finalement est un processus cognitif ; c’est une domination cognitive, et c’est intéressant : il a 45 ans d’avance, parce que lui non plus n’a pas d’emploi. C’est la première « création » de l’intelligence économique ; mais l’essai n’est pas transformé par ces premiers auteurs
La deuxième tentative c’est EXXON qui repère cet agent supérieurement intelligent, qui s’appelle Stefan Dedijer, qui le récupère, qui l’héberge en Suède, afin qu’il crée la première école d’intelligence économique, en 1972 ; qui est, en fait, une seule classe dont on appellera ensuite les élèves les « Dedijer’s boys », mais il n’y pas de transformation du concept. On a le concept du renseignement, on en fait le business intelligence et le business intelligence c’est l’application du cycle du renseignement au monde économique.

Je vais maintenant faire un bond de 20 ans, en 1989, et je vais saluer mon ami Christian Harbulot, avec  Techniques offensives et guerre économique. On n’a plus le business intelligence qui est l’application du cycle du renseignement, on a l’économie comme mécanisme de puissance. Et le premier, quand on regarde la très abondante littérature de l’intelligence économique qui débute en 1965 et en 1966 et qui ne s’arrête jamais, le premier qui fait le pont entre puissance, systèmes nationaux et internationaux et intérêts économiques, c’est Christian, dans Techniques offensives et guerre économique. Il y a une rupture d’idées et cette rupture d’idées est en 1989. C’est à partir de cette rupture d’idées que nous avons toute la suite heureuse qu’a connu en France le concept d’intelligence économique. Le marché de l’Intelligence économique dont parle Philippe Caduc que vous avez en France n’existe nulle part ailleurs.
Le « business intelligence » américain a été repris par les gens à l’époque, cadres dirigeants de la CIA qui observaient ce qu’écrivait Christian Harbulot avec beaucoup d’intérêt. Ils on bien essayé de reprendre la SCIP (Society of Competitive Intelligence Professionals) en main en 1991, 1992, 1993, mais ils se sont faits virer, personne n’en voulait. Qu’est ce qu’est devenue la SCIP américaine ? La SCIP américaine est une devenue une association documentaliste. Qu’est ce qu’est devenue la « business intelligence » américaine ? Du data mining.
Où est l’innovation ? Où est l’idéation ? Elle est principalement en France, le concept d’IE que vous connaissez dont les bases ont été posées par le rapport Martre, qui ont été bien développées dans le rapport de Bernard, c’est un concept qui n’existe nulle part ailleurs. Ce que je veux dire et je vais terminer là-dessus, c’est qu’on a, en France, une très formidable opportunité et une très  grande menace.
La formidable opportunité, c’est que nous avons une avance. Pour une fois, je ne vais pas sortir le bonnet d’âne, comme j’ai l’habitude de le faire, pour notre cher pays. Nous avons une réelle avance en termes d’innovation, d’idéation, et de périmètre. On a réussi à mettre dans l’intelligence économique à la fois les enjeux de puissance, les enjeux de dynamique concurrentielle, qui aux Etats-Unis sont traitées par une discipline qui s’appelle « competitive dynamics » et traitée seulement par la competitive dynamics. Et c’est un ghetto. On a réussi, en France, à y mettre les enjeux de traitement de l’information qui aux EUA sont traités à part, par les disciplines informatiques. Nous avons créée une sorte de discipline hybride qui permet une innovation parce qu’elle est par nature pluridisciplinaire.

Il faut profiter de cette avance pour prendre un leadership sur cette idéation, parce que quand les marchés vont se globaliser, Philippe Caduc a raison, le marché va doubler, le marché va quintupler dans les 5 ans, les enjeux ne seront plus des enjeux à 100 ou 200 millions d’euros ce seront des enjeux à 1 ou 1,5 milliard d’euros, et il y aura un enjeu de normalisation très fort. Et là, les Etats-Unis, avec raison, puisque c’est comme ça qu’on rend des marchés profitables, essaieront de normaliser avec le manque d’idéation et le manque d’innovation qui caractérisent leur marché actuellement.

Philippe Baumard
Professeur des Universités, Université Paul Cézanne, IMPGT
Président du Conseil Scientifique du Conseil Supérieur de la formation et la recherche stratégiques (CSFRS)

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L’avenir de l’Armée Populaire de Libération face à l’US Army http://www.infoguerre.fr/doctrines/avenir-de-armee-populaire-de-liberation-face-a-us-army/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/avenir-de-armee-populaire-de-liberation-face-a-us-army/#comments Tue, 08 Apr 2008 11:34:31 +0000 Depuis longtemps maintenant, la Chine est l’objet de toutes les attentions des pays occidentaux à la fois en bien et en moins bien : l’attrait de ce pays exotique en plein développement en séduit plus d’un, mais les velléités de remise en cause de la suprématie occidentale joue comme une régulière douche froide sur les relations avec l’Empire du Milieu. Car depuis près de dix ans, les sommes consacrées par la Chine à sa défense sont en constante augmentation : avec 57 milliards de dollars estimés pour 2008, l’Armée Populaire de Libération (APL) a connu une augmentation de son budget de 17,6% par rapport à 2007 (1) ; de 1996 à 2006, le budget à augmenté de 11,8% par an (2). Mais ces chiffres officiels ne couvrent pas, selon les Etats-Unis, l’ensemble des dépenses de défense chinoises qui seraient en réalité plus proche de 100 milliards de dollars par an.

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Depuis longtemps maintenant, la Chine est l’objet de toutes les attentions des pays occidentaux à la fois en bien et en moins bien : l’attrait de ce pays exotique en plein développement en séduit plus d’un, mais les velléités de remise en cause de la suprématie occidentale joue comme une régulière douche froide sur les relations avec l’Empire du Milieu. Car depuis près de dix ans, les sommes consacrées par la Chine à sa défense sont en constante augmentation : avec 57 milliards de dollars estimés pour 2008, l’Armée Populaire de Libération (APL) a connu une augmentation de son budget de 17,6% par rapport à 2007 (1) ; de 1996 à 2006, le budget à augmenté de 11,8% par an (2). Mais ces chiffres officiels ne couvrent pas, selon les Etats-Unis, l’ensemble des dépenses de défense chinoises qui seraient en réalité plus proche de 100 milliards de dollars par an.

Dépenses militaires chinoises de 1996 à 2007 en milliards de dollars (3):

 

chine

 

Ces dépenses sans cesse croissantes s’accompagnent d’une refonte du secteur de l’armement (4). Tout en restant sous la direction de l’Etat, plusieurs entreprises virent leur autonomie grandir, telle que l’Aviation Industries of China ou bien la China Aerospace Corporation. La Commission on Science, Technology, and Industry for National Defense (COSTIND) joue de plus un rôle central dans le maintien de la domination de l’Etat dans le domaine des forces nucléaires, dont la chaîne de production reste sous contrôle étatique direct.

Ces restructurations et ces choix financiers en faveur des armées ont des conséquences non négligeables pour la valeur des forces chinoises : le F-15 et le F-16, les principaux avions de combat de l’US Air Force, sont aujourd’hui concurrencés par le Su-27, que la Chine achète en Russie et construit également sous licence, et le tout nouveau J-10 ; dans le domaine des missiles antinavires, le Harpoon est concurrencé par le C-802, utilisé avec succès par le Hezbollah en juillet 2006 contre une corvette furtive israélienne ; et les principaux missiles air-air américains sont aujourd’hui à égalité avec leurs équivalents chinois (5).

Tout ceci semble indiquer que la Chine maîtrise de plus en plus les technologies nécessaires aujourd’hui à tout pays cherchant à acquérir les moyens d’une puissance militaire digne de ce nom. Si certains points restent encore délicats, essentiellement la question des porte-avions et des sous-marins nucléaires, la Chine semble tout à fait être sur le point de développer les moyens militaires modernes adéquats à sa volonté de reconnaissance en tant qu’acteur régional central, mais aussi dans la conduite des affaires mondiales. Pourtant, qu’en est-il réellement ? L’adaptation chinoise aux conditions de la guerre locale de haute technologie sous l’impulsion de Deng Xiaoping à la fin des années 80, puis le choc causé par la guerre du Golfe de 1991, qui a démontré la puissance des armes développés par les Etats-Unis au cours de la Guerre Froide, n’ont-ils pas poussé les décideurs politiques et militaires chinois à adopter un mode de raisonnement les enfermant dans un processus de course aux armements ruineux ? Et si les Etats-Unis entretenaient, par leur capacité à dégager d’importants financements pour leur complexe militaro-industriel, une course aux armements qui se révélerait néfaste pour la Chine tout comme pour l’URSS dans les années 80 ?

La richesse de l’approche stratégique chinoise n’est pourtant plus à démontrer. L’intérêt pour la pensée chinoise, que traduit l’omniprésence de Sun Tzu dans les ouvrages actuels portant sur les questions de défense et de sécurité, montre son originalité et sa pertinence. Pourtant, à la lecture d’ouvrages comme La guerre hors limites (6), on peut être surpris par le relatif manque d’originalité de la pensée qui y est développé. Si considérer que la finance puisse être une arme reste novateur, il n’en demeure pas moins que la théorisation de l’utilisation d’outils économiques par les Etats à des fins de puissance est issue de la pensée géoéconomique développée par Edward Luttwak et reprise en France, entre autre, par Pascal Lorot (7). De plus, donner toute son importance aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) est sans doute essentiel, mais là encore les Etats-Unis sont en avance : au cours des années 1990, le général Shalikashvilli, chef d’état-major interarmes de 1993 à 1997, a mis au point le concept de « blindage informationnel » des forces, qu'autoriserait la densité des réseaux de communication propres aux plateformes de combat, ces derniers permettant de protéger les forces amies des attaques grâce à une complète situational awareness du champ de bataille. Dès lors, l’adaptation de l’APL à ce nouveau paradigme de la guerre réseau-centrée, exploitant les réseaux informatiques (8) ne serait-elle pas le contraire de la réussite chinoise de s’émanciper de la tutelle mondiale américaine ?

Cette constatation démontre un point important, à savoir que les Etats-Unis se positionnent résolument sur la maîtrise le plus en amont possible des processus de réflexion et de conceptualisation. L’influence et le formatage des logiques de pensée est ce qui permet avant tout de maîtriser l’apparition de nouveaux concurrents sérieux. S’ils pensent comme vous, quel réel danger y a-t-il à les voir développer de nouveaux outils ? Bien sur, les Etats-Unis pourront toujours être dépassés par leurs élèves, ce qui arrivera tôt ou tard. Mais il n’en demeure pas moins qu’en déplaçant la question sur le terrain des idées et non plus uniquement sur le plan de la puissance industrielle, les Etats-Unis réussissent à esquiver la majeure partie des contestations adverses : la puissance du réflexe atlantiste au sein de l’Union Européenne en est une preuve. De plus, les Etats-Unis ont déjà explicitement monté de telles opérations (9) d’influence globale, à la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe et au Japon. L’américanisation de la pensée stratégique chinoise est sans doute le meilleur atout pour les dirigeants américains dans le futur pour garder leur avance dans la course géostratégique avec l’immense Empire du Milieu.

Guillaume Desmorat 


1 http://www.rfi.fr/actufr/articles/099/article_63503.asp

2 http://www.globalsecurity.org/military/world/china/budget.htm

3 Annual Report to Congress, Military power of the People’s Republic of China 2008,

Office of the Secretary of Defense, page 31,

http://www.defenselink.mil/pubs/pdfs/China_Military_Report_08.pdf

4 Roger Cliff, Advances Underway in China’s Defense Industries, RAND Corporation, March 2006, http://rand.org/pubs/testimonies/2006/RAND_CT256.pdf

5 Ibid, page 7.

6  Qiao Liang et Wang Xiangsu, La guerre hors limites, Rivages, 2003

7 Pascal Lorot, La géoéconomie, nouvelle grammaire des rivalités internationales,  http://www.archives.diplomatie.gouv.fr/cap/ressource/FD001147.pdf

9 Voir le blog Casus Belli (http://meridien.canalblog.com/archives/2006/11/30/3307030.html)

et l’article consacré par la revue Japan Focus à ce thème (http://japanfocus.org/products/details/2671).

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La guerre de l’information : une stratégie globale d’expansion économique http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-guerre-de-l-information-une-strategie-globale-d-expansion-economique/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-guerre-de-l-information-une-strategie-globale-d-expansion-economique/#comments Sat, 10 Dec 2005 10:08:43 +0000 Lire le fichier PDF ]]> Nous publions ici un article paru dans « Regards sur IE » (n°12 – novembre-décembre 2005) avec l’aimable autorisation de son auteur.

Depuis la fin de la guerre froide et la fin de l’inversion stratégique qui a nié pendant des décennies la valeur positive de l’action, la notion de conquêtes territoriales qui prévalait jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale a cédé la place à la notion de conquêtes commerciales.
L’ “hyper-compétitivité” économique n’a jamais cessé d’exister, mais elle tend à se substituer aux affrontements militaires et est devenue l’expression ultime de la puissance d’une nation.
De fait, la “guerre économique” est devenue une forme maligne de l’affrontement entre intérêts de puissance.
La conflictualité de ces intérêts se manifeste à travers une compétition économique très agressive où tous les coups sont permis.

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Patriotisme économique : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » http://www.infoguerre.fr/doctrines/patriotisme-economique-ce-qui-se-concoit-bien-s-enonce-clairement/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/patriotisme-economique-ce-qui-se-concoit-bien-s-enonce-clairement/#comments Sat, 12 Nov 2005 12:02:57 +0000 Articles similaires :
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Boileau, depuis des générations, transmet cet enseignement fondamental qui veut que le succès de l’action soit conditionné notamment et essentiellement par la limpidité de la pensée. A entendre les arguments échangés ces derniers mois tant dans le champ du discours politique que dans celui de l’action économique au sujet de la notion de « patriotisme économique », il est permis de craindre que certaines de nos élites aient choisi de renoncer à cette vérité première de l’esprit français.

Il est inévitable, dans un pays où la culture économique frise le niveau zéro et où la simple utilisation du mot « patrie » évoque dans l’esprit de nombre de bien-pensants le retour de la bête immonde, que la conjonction de ces deux notions suscite l’éveil de tous les phantasmes. Quand le débat politique s’enlise à ce point, personne ne rechignera devant un tel os à ronger. Le soufflet étant temporairement retombé après quelques semaines d’agitation politico-médiatique stérile, il est temps sans doute de tenter de jeter un tant soit peu de lumière sur cette question. Ecartons d’emblée les visions radicales évoquées par tel ou tel. La politique économique s’accorde mal des solutions toutes faites et des idées préfabriquées qui, sans coup férir, viennent généralement s’écraser avec pertes et fracas contre les murs de l’histoire. Le « modèle ultra-libéral » n’existe que dans les cauchemars des tenants d’expériences d’une économie totalement administrée dont tout le monde sait comment elles ont fini. Comme les organismes génétiquement modifiés, les politiques économiques finissent toujours par se retrouver en champ ouvert, confrontées à la réalité de ce monde. Partant de ce constat, on n’accordera ici que le peu d’attention qu’ils méritent à ceux, grands patrons, hommes politiques ou experts, qui se sont rués avec délectation sur leur réserves de concepts tout prêts à l’emploi en entonnant le refrain du « Sus aux protectionnistes ». Un moindre mal serait que l’on puisse mettre cette erreur sur le compte d’une lecture trop rapide ou d’une audition défaillante de la part des intéressés. Il est vrai qu’entre « patriotisme » et « protectionnisme », la fatigue aidant …

Mais imaginons le pire : que certains de ces dirigeants, décideurs et professeurs aient tenu ces propos en toute conscience. Comment ces brillants esprits n’ont-ils pas compris que ce « patriotisme économique », ce n’est en réalité que la nouvelle appellation de ce qu’autrefois on appelait la « politique économique », avec ces volets fiscal, monétaire et industriel ? Mais la politique économique a été tellement dénaturée et vidée de son sens par des décennies d’abandon et de lâcheté que cette notion est devenue inopérante. Ce qui autrefois tombait sous le sens, que le rôle de tout décideur politique ou économique français consiste dans son travail quotidien à défendre les intérêts de son pays, est aujourd’hui devenu à ce point abstrait qu’il a semblé à certains important et nécessaire de rappeler par le vocabulaire que la politique est, par nature même, d’essence patriotique. Le citoyen français n’accorde pas son suffrage à un homme politique pour voir celui-ci défendre les intérêts de la Chine, de l’Allemagne ou des Tuamotu ! Pas plus que le salarié français n’accepte de voir celui qui l’emploie s’asseoir sur l’intérêt national dans ses choix stratégiques avec les conséquences économiques et sociales que l’on sait. Il ne s’agit pas ici de faire l’éloge de je ne sais quel égoïsme national mais de défendre ce qui est nôtre au même titre que toutes les nations du monde défendent légitimement ce qui est leur. La France n’a pas plus vocation à dilapider ses richesses hors de ses frontières qu’à « accueillir toute la misère du monde ».

Ce débat sur le patriotisme économique n’est donc pas le symptôme de l’irruption sur la scène française d’un nouvel avatar du colbertisme ou le signe précurseur d’une mise sous cloche de l’économie nationale. Depuis que l’Homme fabrique, commerce et consomme, la règle première du marché est l’échange. L’échelle de ces échanges est aujourd’hui le monde. Que l’on parle de grands groupes ou de PME, le dynamisme économique et social de l’entreprise réside dans l’exploitation la plus efficace des possibilités offertes par cette mondialisation des échanges. A cette fin, l’Etat et l’entreprise ont le devoir de collaborer à ce que les économistes appellent la meilleure allocation des ressources. L’objectif du patriotisme économique ne doit pas être de prôner une crispation sur la réalité économique d’aujourd’hui, qui est déjà celle d’hier. Une politique économique responsable doit aujourd’hui se placer au service conjoint de la Nation et de ses entreprises pour détecter dès maintenant ce que seront demain les avantages concurrentiels de notre économie et tout mettre en œuvre pour les renforcer. Nous payons aujourd’hui les erreurs et le manque d’audace des trente dernières années. Depuis des décennies, la France s’est faite une spécialité d’ouvrir les chemins de l’économie des lendemains … et de se faire régulièrement dépasser par ses concurrents dès lors que la mise en musique industrielle et commerciale est à l’ordre du jour. Comment expliquer que le pays qui a inventé la carte à puce, a fait œuvre de pionnier dans l’ordinateur familial (souvenez-vous de Bull) et mis en place le premier réseau de communication télématique au monde (eh oui, ce Minitel qui fait tant sourire) ne soit pas leader incontesté dans ce secteur structurant de l’économie qu’est la communication ?

La réalité est que nos ingénieurs sont bien meilleurs que nos stratèges et plus audacieux que nos financiers. Pour éviter de renouveler de telles fautes, la priorité est d’identifier ce que seront les domaines technologiques qui formeront l’architecture des économies avancées des vingt ans à venir. Ce travail semble avoir été amorcé avec la définition de secteurs dits stratégiques mais il doit être poursuivi avec audace, sans conservatisme. Ne renouvelons pas les erreurs du charbon et de l’acier : la France a payé très cher, sur tous les plans, la mise sous perfusion prolongée de ces secteurs dépassés. Ce qui devait arriver a bien sûr fini par arriver, ces entreprises ont fermé ou ont dû se restructurer. Mais la facture économique, sociale et psychologique est bien plus lourde qu’elle ne l’aurait été si des décisions courageuses et ambitieuses avaient été prises à l’époque. La France n’est pas un pays de cocagne et ne l’a jamais été. Son dynamisme économique et son aura politique ont de tous temps été le fruit du travail et de la volonté des Français. La richesse de la France de 2005 réside à la fois dans la force des grands groupes industriels et de services dont elle est fière et dans une multitude de PME que l’on a tendance, à tort, à oublier. Nous devrions pourtant nous souvenir que la plupart des innovations technologiques qui font aujourd’hui la force des grandes entreprises sont pour la plupart nées il y a vingt, cinquante ou cent ans dans un petit atelier ou un obscur garage de Californie ou d’une quelconque banlieue parisienne. Une économie nationale dynamique est un modèle qui sait à la fois encourager et protéger les acteurs bien établis et d’autre part détecter et porter les pépites de demain. Le patriotisme économique, cela consiste à mettre en place l’arsenal législatif et réglementaire qui permettra de mener de front ces deux combats. Nous nous situons donc bien au-delà de ces effets de mode qui poussent nos décideurs politiques a surfer, souvent maladroitement et à contretemps, sur l’actualité immédiate. Les cas récents illustrés par l’ »affaire » Danone et la question des pôles de compétitivité en sont une bonne et malheureusement amère illustration. Il fut assez ridicule de voir, comme un seul homme, les belles âmes de gauche comme de droite endosser avec une hâte suspecte les habits de défenseurs de la patrie en danger en arguant du caractère stratégique de cette entreprise.

Rappelons que Danone fabrique des yaourts et des gâteaux secs. Personne ici ne remettra en cause le caractère vital pour la France de son industrie agroalimentaire mais les mots ont un sens. Ce qui eut été stratégique en revanche aurait consisté, bien en amont, à mettre en place un arsenal juridique capable de stabiliser l’actionnariat de ces grands groupes. Ce n’est pas en criant « au loup ! » que l’on empêchera un groupe comme Pepsi Co (ou tout autre « prédateur ») de mener s’il le souhaite et s’il en a les moyens une opération d’acquisition sur Danone. Nous sommes après tout bien heureux de voir nos chères entreprises réaliser de telles opérations hors de nos frontières. Une politique économique empreinte de patriotisme devrait viser à assurer aux investisseurs (banques, fonds, industriels, …) des conditions économiques et fiscales susceptibles de les retenir sur le sol national et, en l’espèce, à la Bourse de Paris. Plus de la moitié des capitaux placés à Paris sont gérés par des investisseurs étrangers, généralement américains. Danone ne fait pas exception. Ces fonds d’investissements sont présents sur la totalité des places boursières et gèrent, pour certains d’entre eux, des dizaines de milliards de dollars. Si l’on veut limiter leur poids dans certains groupes français ou européens (et on mesure bien ici le caractère difficilement estimable de la « francité » ou de l’ « européanité » d’une entreprise), et c’est louable, la solution ne consiste pas à les interdire de séjour au Palais Brongniart (au nom de quoi ?) mais à leur opposer des concurrents français ou européens. Force est de constater qu’ils ne sont pas légion.

Mais l’économie ne se résout pas aux grandes sociétés cotées. Notre tissu de PME-PMI est une richesse sur laquelle la France doit compter sur les marchés d’aujourd’hui et de demain. Entreprises dynamiques et créatives, ces petites et moyennes sociétés ont été placées au cœur d’une réflexion récemment menée, mêlant effort de recherche et développement local. Les « pôles de compétitivité », présentés comme une solution dans le cadre de cette réflexion, feront l’objet d’un article à paraître.

RJ

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Think tanks : la pensée « made in Germany » http://www.infoguerre.fr/doctrines/think-tanks-la-pensee-made-in-germany/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/think-tanks-la-pensee-made-in-germany/#comments Thu, 17 Mar 2005 21:14:53 +0000 Articles similaires :
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En inaugurant la fondation Prométhée, le député Bernard Carayon déclare être à l’origine du premier think tank français, dont l’absence en France est régulièrement déplorée. Il n’est donc pas inintéressant de jeter un œil sur la situation à l’étranger. Aux Etats-Unis, certes, où le mot « think tank » est apparu dans les années trente, mais également sur les « fabriques de la pensée » d’un pays géographiquement et politiquement plus proche de nous : le deuxième pays après les États-Unis, eu égard au nombre de think tanks. Non pas la Grande-Bretagne, mais l’Allemagne, qui compte entre 130 et 150 « Instituts de recherche » selon la Bayerischer Rundfunk (1).Et selon la définition qu’on donne au terme « think tank ».

En effet, cette profusion se retrouve dans la plasticité de la langue allemande. Là où la langue française reprend tel quel le terme anglo-saxon, l’allemand le traduit de trois façons : « Forschungsinstitut » (Institut de recherche), « Beratunsgsinstitut » (Institut de conseil) ou encore « Denkfabrik » (littéralement « fabrique de la pensée »). Mais d’une manière générale, un think tank est « un Institut de recherche qui s’occupe de questions ayant trait à un aspect pratique du travail politique » selon Martin Thunert (2), auteur du rapport le plus complet sur la politique allemande en matière de think tanks.

Le débat serait donc le même des deux côtés du Rhin ? Pas vraiment. Alors qu’en France la question porte inlassablement sur la quasi absence de véritables think tanks à la française, en Allemagne, elle tourne avant tout sur les conditions d’une meilleure intégration des think tanks au processus de décision politique.

Le dense rapport Thunert, disponible sur le site du Bundestag (3), s’attache dans un premier temps à brosser le panorama des think tanks en Allemagne, qu’il divise en 5 catégories :

1. Les Instituts de recherche économique (au nombre de 7).
2. Les Instituts s’occupant de politique étrangère et de sécurité, ou encore de promotion de la paix.
3. Ceux spécialisés dans le domaine social, environnemental et les recherches scientifiques et techniques.
4. Les « think tanks privés » ou à financement mixte (public – privé), parfois fondés par de grands groupes industriels allemands (Bertelsmann Stiftung, Alfred-Herrhausen-Gesellschaft de la Deutsche Bank, etc.).
5. La multitude des petits Instituts très spécialisés.

À peu près deux douzaines de ces instituts sont entièrement financés par l’État allemand. Mais le clivage le plus important se situe avant tout au niveau du mode de fonctionnement : en raison de leur taille modeste et leur faible structure, certains think tanks fonctionnent essentiellement au travers de grands réseaux d’experts externes auxquels ils font appel en fonction des problématiques traitées. Ils sont alors qualifiés « advokatischen Denkfabriken ». Ils se distinguent sur ce point des grandes structures de type académique.

La totalité des travaux de recherche comparent évidemment la situation allemande avec celle des États-Unis et partent du constat que non seulement l’Allemagne comprend moins de think tanks (ce qui est normal vu la différence de proportions), mais surtout que la plupart des think tanks allemands sont beaucoup moins orientés vers la sphère publique (au sens Affaires publiques). De surcroît, ils sont en majorité trop dépendants de l’État en termes de financement et des partis politiques dans leurs orientations. Ils appartiennent donc à ce que dans son mémoire sur le sujet, Daniel Florian, étudiant à l’Université de Bochum (4), appelle « des think tanks de 4ème génération ».

Une telle appellation n’est compréhensible que par opposition avec l’histoire des think tanks américains : « Universités sans étudiants » au départ, regroupant avant tout des professeurs de facultés, ils subissent une première évolution après la seconde guerre mondiale en étant directement missionnés par le pouvoir politique (comme la Rand Corporation). La seconde évolution intervient dans les années quatre-vingt, lorsqu’apparaissent des think tanks détachés de l’Université, mais fortement idéologisés, tels que la Heritage Foundation. Les quatre sortes de think tanks cohabitent aux États-Unis, avec les mêmes caractéristiques : produire du savoir, le propager, créer des réseaux et permettre à des élites de tous milieux de se rencontrer.

M. Thunert pointe d’une manière plus formalisée un « déficit de conseil » (traduction littérale de Beratungsdefizit) tant quantitatif que qualitatif, et surtout une « asymétrie » entre les Instituts à financements privés et ceux vivant sur fonds publics. Il préconise donc une diversification des sources de financement : un financement mixte assurerait à la fois une plus grande indépendance et une meilleure crédibilité aux think tanks allemands.

Autre aspect récurrent dans les travaux sur le sujet : les raisons d’une telle multiplication des think tanks. Un des arguments pour expliquer leur apparition aux États-Unis serait le régime politique, divisé en deux grands partis fonctionnant surtout comme des coalitions électorales : les partis étant focalisé sur les échéances électorales, il est revenu aux think tanks de réfléchir aux questions de politiques étrangère et intérieure. Ce mouvement serait allé croissant, avec l’obligation pour le pouvoir politique d’intervenir plus rapidement et surtout sur un nombre de sujets toujours plus nombreux et plus spécialisés.

Pour autant, même dans un système multipartiste comme le régime allemand, les think tanks trouvent leur utilité : ils permettraient de remédier à la perte de crédibilité des partis en dépassant les clivages partisans, et rendraient le processus de décision politique plus transparent. C’est encore dans cette optique que M. Thunert préconise une meilleure communication des think tanks, tant vers les politiques, que vers le public.

Claire Faverdin & Antoine Schmitt,
Étudiants EGE, promotion 8.

Liste sommaire de quelques Instituts de recherche allemands :

• Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP), Berlin ; www.swp-berlin.org
• Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik (DGAP), Berlin ; www.dgap.org
• Centrum für angewandte Politikforschung (CAP), München ; www.cap.uni-muenchen.de
• Hessische Stiftung für Friedens – und Konfliktforschung (HSFK), Frankfurt ; www.hsfk.de
• Institut für Strategische Analysen (ISA), Bonn ; www.isa-ev.de
• Council on Public Policy (CPP), Bayreuth ; http://btkex1.cult.uni-bayreuth.de/
• Bertelsmann Stiftung, Gütersloh ; www.stiftung-bertelsmann.de
• Deutsches Überseeinstitut (DÜI), Hamburg ; www.duei.de
• Hamburgisches Weltwirtschaftsarchiv, Hamburg ; www.hwwa.de
• Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung (DIW), Berlin ; www.diw-berlin.de
• IFO-Institut (IFO), München ; www.ifo.de
• Institut für Arbeit und Technologie (IAT), Gelsenkirchen ; www.iatge.de
• Institut für Wirtschaft und Gesellschaft (IWG), Bonn ; www.iwg-bonn.de

Liste des Instituts de recherche français :

Instituts privés :

• Institut français des relations internationales (IFRI), fondé en 1979 par Thierry de Montbrial ; www.ifri.org
• Fondation pour la recherche stratégique (FRS), créée en 1990 ; www.frstrategie.org
• Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), fondé en 1990 par Pascal Boniface ; www.iris-france.org
• Institut Choiseul, créé en 1999, dirigé par Pascal Lorot ; www.choiseul.info
• Fondation Prométhée, fondée en 2004 à l’initiative des députés Bernard Carayon et Jean-Michel Boucheron.

Laboratoires universitaires les plus importants :

• Centre d’études et de recherches internationales (CERI), fruit de la collaboration entre Sciences-po Paris et le CNRS ; www.ceri-sciencespo.com
• Centre interdisciplinaire de recherches sur la paix et d’études stratégiques (CIRPES), au sein de l’Ecole des hautes études en sciences sociales : www.ehess.fr/cirpes/

1. Dossier de la radio bavaroise : http://www.br-online.de/wissen-bildung/thema/thinktanks
2. Martin Thunert (1959) est docteur en philosophie. Il possède un doctorat en sciences politiques de l’Université de Hambourg, enseigne en tant que professeur associé en sciences politiques à l’Université du Michigan, Ann Arbore, et est sponsorisé par le German Academic Exchange Service (DAAD). Il est l’un des principaux spécialistes allemands des think tanks et a écrit de nombreux articles et ouvrages sur ce sujet comme : Think Tanks in Germany ; Think Tanks Across Nations. A Comparative Approach, 2nd revised edition, Manchester, Manchester University Press, 2003.
3. Rapport pour le parlement allemand sur l’état des think tanks en Allemagne: Das Parlament : Aus Politik und Geschichte, article : Think tanks in Deutschland – Berater der Politik ?

http://www.das-parlament.de/2003/51/beilage/005.html

4. Rapport pour le parlement allemand sur l’état des think tanks en Allemagne: Das Parlament : Aus Politik und Geschichte, article : Think tanks in Deutschland – Berater der Politik ?

http://www.das-parlament.de/2003/51/beilage/005.html

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Nouvelles menaces informationnelles et communication d’influence http://www.infoguerre.fr/doctrines/nouvelles-menaces-informationnelles-et-communication-d-influence/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/nouvelles-menaces-informationnelles-et-communication-d-influence/#comments Tue, 25 Jan 2005 17:37:58 +0000 Lire le fichier PDF ]]> La société de l’information a bouleversé en moins de dix ans le contexte environnemental des entreprises. Avant la montée en puissance des technologies de l’information, les entreprises évoluaient dans des univers où l’accès à la connaissance, le temps de diffusion plus ou moins long des informations et la distance géographique constituaient des obstacles naturels. Dans la pratique, il était plus facile de percer un secret que de répandre une rumeur au-delà d’un cadre régional ou national. Cette limitation objective du cadre opérationnel a disparu avec la généralisation d’Internet.

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Les stratégies de puissance technologique des nations http://www.infoguerre.fr/doctrines/les-strategies-de-puissance-technologique-des-nations/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/les-strategies-de-puissance-technologique-des-nations/#comments Thu, 26 Aug 2004 18:33:05 +0000 La France a-t-elle une stratégie de puissance économique ? (Mars 2004 éditions Lavauzelle) Les stratégies de puissance technologique des nations : de la maîtrise des actifs critiques à la stratégie de dominance La question de la puissance revêt une signification toute particulière dans le monde de la technologie et de la recherche. La domination d’un domaine de recherche est un travail de longue haleine. Elle se prépare dès l’éveil des premières scolarisations, s’ajuste dans l’enseignement secondaire, se déploie dans le supérieur, et est pleinement activée dans le monde industriel. Là plus qu’ailleurs, l’enjeu de « suprématie » est un enjeu de façonnage et de contrôle d’écosystèmes, qui s’étendent de l’éducation jusqu’aux modèles de consommation. La domination des standards techniques et la quantité de brevets détenus n’est qu’un artefact d’une stratégie de puissance technologique. Nous essaierons dans cet article de couvrir, en trois volets, les trois dimensions critiques d’une stratégie de puissance technologique. Lire le fichier PDF : Les stratégies de puissance technologique des nations : de la maîtrise des actifs critiques à la stratégie de dominance ]]> Nous publions avec l’accord de l’auteur un article extrait de l’ouvrage collectif réalisé sous l’égide de l’Ecole de guerre économique La France a-t-elle une stratégie de puissance économique ? (Mars 2004 éditions Lavauzelle)

Les stratégies de puissance technologique des nations : de la maîtrise des actifs critiques à la stratégie de dominance

La question de la puissance revêt une signification toute particulière dans le monde de la technologie et de la recherche. La domination d’un domaine de recherche est un travail de longue haleine. Elle se prépare dès l’éveil des premières scolarisations, s’ajuste dans l’enseignement secondaire, se déploie dans le supérieur, et est pleinement activée dans le monde industriel. Là plus qu’ailleurs, l’enjeu de « suprématie » est un enjeu de façonnage et de contrôle d’écosystèmes, qui s’étendent de l’éducation jusqu’aux modèles de consommation. La domination des standards techniques et la quantité de brevets détenus n’est qu’un artefact d’une stratégie de puissance technologique. Nous essaierons dans cet article de couvrir, en trois volets, les trois dimensions critiques d’une stratégie de puissance technologique.

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La France sans doctrine de puissance économique http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-france-sans-doctrine-de-puissance-economique/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-france-sans-doctrine-de-puissance-economique/#comments Thu, 26 Aug 2004 18:28:15 +0000 La France a-t-elle une stratégie de puissance économique ? (Mars 2004 éditions Lavauzelle) La France sans doctrine de puissance économique "La guerre contre l’Irak a révélé un non-dit : le bilan non-écrit de la politique étrangère du Général de Gaulle. En 1969, le créateur de la Vème République a quitté le pouvoir sans avoir fait la démonstration d’une troisième voie possible entre l’axe atlantique et le communisme. Il avait pourtant essayé de redonner à notre pays l’esquisse d’une dimension dramatiquement perdue en juin 1940. Mais son combat solitaire contre la suprématie américaine (critique de la guerre du Vietnam, politique du franc fort contre le dollar, revendication du Québec libre) ne l’avait conduit qu’à se faire décrier par son propre peuple... Lire le fichier PDF : La France sans doctrine de puissance économique ]]> Nous publions avec l’accord de l’auteur un article extrait de l’ouvrage collectif réalisé sous l’égide de l’Ecole de guerre économique La France a-t-elle une stratégie de puissance économique ? (Mars 2004 éditions Lavauzelle)

La France sans doctrine de puissance économique

« La guerre contre l’Irak a révélé un non-dit : le bilan non-écrit de la politique étrangère du Général de Gaulle. En 1969, le créateur de la Vème République a quitté le pouvoir sans avoir fait la démonstration d’une troisième voie possible entre l’axe atlantique et le communisme. Il avait pourtant essayé de redonner à notre pays l’esquisse d’une dimension dramatiquement perdue en juin 1940. Mais son combat solitaire contre la suprématie américaine (critique de la guerre du Vietnam, politique du franc fort contre le dollar, revendication du Québec libre) ne l’avait conduit qu’à se faire décrier par son propre peuple…

Lire le fichier PDF : La France sans doctrine de puissance économique

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Sécurité économique et puissance globale http://www.infoguerre.fr/doctrines/securite-economique-et-puissance-globale/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/securite-economique-et-puissance-globale/#comments Thu, 26 Aug 2004 18:17:20 +0000 Articles similaires :
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Affirmer que l’intelligence économique et stratégique est une politique publique, c’est reconnaître trois réalités majeures, décisives pour notre avenir collectif :

• La production de savoir à haute valeur ajoutée, gage de compétitivité, s’enracine dans une coopération vigoureuse entre le secteur privé et le secteur public.

• La conquête de nouveaux marchés (ou la préservation de ceux déjà acquis) repose en partie sur des dynamiques d’influence qui réclament la connivence de l’État et des entreprises.

• La puissance globale, nationale et européenne, se nourrit de la santé de la prospérité des entreprises.
Par conséquent, on ne peut que soutenir la dernière proposition du député Carayon (1), préconisant la création d’un Conseil de sécurité économique, placé auprès du Président de la République, et chargé de définir une stratégie nationale assise sur la délimitation d’un périmètre stratégique de l’économie française. Cette stratégie s’appuierait sur des fonds d’investissement à capitaux publics et privés, visant à mutualiser l’effort de l’État et des entreprises, et à assurer l’indépendance technologique de la France.

Seule une telle démarche permettrait de venir à bout des principales vulnérabilités françaises en matière de sécurité économique, à savoir :

1- L’insuffisante protection du secret économique.

2- Le manque de vigilance face à l’instrumentalisation étrangère des procédures judiciaires, à des fins de recueil illicite d’informations stratégiques.

3- La passivité face aux tentatives de prise de contrôle d’entreprises sensibles par des fonds d’investissement étrangers, ces derniers appuyant une stratégie de puissance globale.

4- La vulnérabilité de nos systèmes d’information.

Refuser de se confronter sérieusement à ces questions, c’est évacuer toute possibilité de stratégie de puissance.

Thierry SERVAL

(1) Voir son dernier rapport, intitulé : Pour une stratégie de sécurité économique nationale (Rapport d’information n°1664 de la Commission des finances, www.assemblee-nationale.fr).

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Les États-Unis ne sont pas un Empire… http://www.infoguerre.fr/doctrines/les-etats-unis-ne-sont-pas-un-empire/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/les-etats-unis-ne-sont-pas-un-empire/#comments Fri, 12 Mar 2004 12:26:34 +0000 Articles similaires :
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Les sociétés contemporaines sont souvent victimes de la confusion des mots, et plus seulement de celle des sentiments … Nous employons régulièrement certains mots pour signifier une réalité très différente de celle que devrait évoquer les termes employés. En somme, il est devenu banal que le signifiant et le signifié ne se recoupent guère … C’est exactement le processus à l’œuvre concernant la question de l’existence d’un « empire américain ». Les débats sont souvent confus : on emploie indifféremment domination, hégémonie, empire … Ces termes ne se recouvrent pourtant pas. L’empire est une dynamique d’expansion, une logique d’ouverture, fut-elle militairement conquérante (tout au moins en ses débuts). Elle suppose une soif d’ailleurs, un désir de se confronter à l’autre et, dans une certaine mesure, de métisser : car il n’y a pas d’assimilation impériale sans une part de métissage. Le phénomène impérial implique forcement un processus de synthèse et de symbiose.

Ce qui ne veut pas dire que l’expansion impériale est un nihilisme, une pulsion de mort, un refus de son identité, une volonté de l’anéantir en se recouvrant de celle de l’Autre, en faisant intégralement sienne la singularité de son vis-à-vis. Cette dynamique est beaucoup plus subtile. Elle vise, en quelque sorte, à importer en soi la « part manquante », ce qui approfondit en réalité la quête de sa propre identité : ce qui suppose un métissage raisonné et contrôlé (tout au moins dans ses grandes lignes, car on ne peut s’en rendre absolument maître). Rester soi et se développer, s’épanouir, nécessite l’ingestion de l’altérité. Pour le dire autrement, demeurer soi et s’accroître exige de se détacher en partie de soi, de se dépasser soi-même dirait Nietzsche, de se surmonter, de mourir à soi pour mieux se conserver.

A l’évidence, l’Histoire nous montre que l’Empire n’existe pas à l’état pur : aucun projet impérial qui ne porte sa part de tentation hégémonique, de désir de domination, de pulsion destructrice de la singularité d’autrui. Il n’en reste pas moins que les exemples historiques (Rome en tête) laissent apparaître que le modèle impérial fut une modalité du progrès humain en plusieurs points précis de l’aventure de notre espèce. Malheureusement, lorsque la part « généreuse » du rêve impérial s’étiole, l’exercice de l’hégémonie s’installe, ne laissant plus que domination là où il y avait dialectique, même conflictuelle, et bouillonnement civilisationnel et culturel. Certes, l’Empire romain a commencé par l’avancée irrésistible des légions. Mais il a prolongé son œuvre en faisant sienne la culture grecque, en se faisant l’athanor, le creuset des synthèses religieuses les plus audacieuses et raffinées, en donnant la citoyenneté romaine à tous les sujets de l’empire, finissant même par porter à la magistrature suprême des hommes originaires des territoires progressivement conquis dans la phase militaire.

En revanche, reconnaître aujourd’hui que l’empire n’est une modalité acceptable du progrès collectif, qu’il ne constitue plus la forme adéquate et généreuse du rapport à l’altérité ne commande pas d’acquiescer à l’imprécision intellectuelle et historique généralisée. Ce n’est pas parce qu’un événement appartient au passé que l’on doit en bâcler l’analyse, bien au contraire. On se condamne sinon à ne plus rien apprendre et à lentement régresser. Une telle démarche d’indifférence à la compréhension du passé sert donc uniquement les arrières pensées des ennemis d’une stratégie de puissance autonome, française et européenne, apte à s’émanciper de la tutelle américaine. Elle permet en effet de nourrir deux raisonnements a priori éloignés l’un de l’autre mais pareillement stériles. Le premier est celui qui assimile toute forme de volonté, de puissance, à une manifestation du despotisme foncier qui habite la notion même d’État et de nation : pour les tenants de ces thèses, toute stratégie de puissance, toute action internationale d’un acteur étatique, devient une insoutenable expression de force brute, d’impérialisme. Ce qu’ils oublient trop aisément, c’est que la dynamique impériale et l’impérialisme sont deux choses différents. Ce dernier relève aujourd’hui de l’invective politique, de l’insulte idéologique : il appartient aux galaxies contestataires qui voient des néo-colonialistes partout … Dans leur esprit, dénoncer l’Empire américain revient à tirer à boulets rouges sur l’idée de souveraineté nationale pour en appeler à une spectrale « gouvernance mondiale », qui ne souffre ni l’existence de la nation ni celle de l’État, associant mécaniquement la première au nationalisme et le second à l’autoritarisme… C’est bien là que se situe l’impasse du raisonnement alter-mondialiste ; il vitupère contre la mondialisation en reniant dans le même temps le seul instrument capable de la domestiquer : l’État doté d’une stratégie de puissance (c’est-à-dire le politique au sens fort), qu’il agisse dans le cadre national ou européen (les deux étant nécessaires).

La seconde approche, s’appuyant sur la dynamique généreuse du modèle impérial, reprend l’argumentaire de « l’empire bienveillant », refusant de faire face aux indices d’une dérive hégémoniste. L’analyse des défenseurs de cette thèse envoie ainsi aux oubliettes les réalités de la guerre économique et de celle de l’information.
Dans les deux cas, c’est toujours la stratégie de puissance européenne qui fait les frais de la formule abusive d’« empire américain ». En navigant entre ces deux écueils, c’est le chemin de la France contre les empires qu’il faut retrouver … Il nous mena toujours au meilleur de nous-mêmes.

Eric Delbecque

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Intelligence Économique et Management Stratégique http://www.infoguerre.fr/doctrines/intelligence-economique-et-management-strategique/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/intelligence-economique-et-management-strategique/#comments Sat, 24 Jan 2004 14:32:52 +0000 Articles similaires :
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  3. L’intelligence juridique, le droit au service de l’intelligence économique
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Les entreprises évoluent dans un environnement en complexification croissante. En outre, le développement hyperbolique des alliances, fusions, acquisitions et autres grandes manœuvres entrepreneuriales, accentue la difficulté de décryptage du réel capitaliste parce qu’il dynamise la création de réseaux complexes d’interrelations, d’interdépendance et de coopétition. Cette évolution influence le processus d’acquisition d’informations et, conséquemment, le mécanisme décisionnel : en effet, la compétitivité d’une organisation – et donc sa pérennité – dépendant de plus en plus étroitement de sa capacité d’adaptation et de sa vitesse de réaction dans un environnement complexe, il faut savoir l’essentiel puis agir vite. Adaptabilité qui exige l’anticipation à travers la surveillance systématique et rationalisée de l’environnement global (on parle dès lors de vieille stratégique), puis la gestion « offensive » des flux d’informations … Il faut considérer l’environnement comme une variable stratégique en permanente reconfiguration et sur laquelle l’entreprise peut agir, voire même contribuer à façonner, par la maîtrise de l’information. Or, c’est la fonction même de l’intelligence économique que de traiter les données et informations, de créer de la connaissance efficace. L’une des définitions les plus récentes, formulée par Jérôme Dupré (1), l’explicite adéquatement : « En tant que concept, écrit-il, l’intelligence économique est une notion nouvelle qui englobe l’ensemble des problématiques de sécurité de l’information et qui inclut notamment sa protection, sa gestion stratégique à des fins décisionnelles ou des actions d’influence au profit des entreprises ou des États. Elle est généralement présentée comme une démarche collective ayant pour objet la recherche offensive et le partage de l’information dans le cadre d’un mode d’organisation transversal. Elle s’inscrit dans le nouveau paradigme de la guerre économique ». On peut finalement la qualifier, premièrement, de système de surveillance de l’environnement de l’entreprise (2), et, deuxièmement, d’action sur celui-ci, afin de détecter les menaces et d’exploiter les opportunités.
Mais il faut bien insister sur le fait, comme le soulignait déjà H. Wilensky à la fin des années soixante, que l’intelligence économique ne consiste pas en l’accumulation brouillonne d’informations : il s’agit de produire des connaissances – à vocation opérationnelle –, dont la qualité dépend des compétences d’interprétation et d’analyse du « facteur » humain. On peut compléter ce raisonnement en se rappelant ce qu’affirmait Edgar Morin avec raison : « l’intelligence, écrivait-il, est l’aptitude à s’aventurer stratégiquement dans l’incertain, l’ambigu, l’aléatoire en recherchant et utilisant le maximum de certitudes, de précisions, d’informations. L’intelligence est la vertu d’un sujet qui ne se laisse pas duper par les habitudes, craintes, souhaits subjectifs. C’est la vertu qui se développe dans la lutte permanente et multiforme contre l’illusion et l’erreur ». En somme, l’intelligence du monde (à commencer par celle que l’on dit « économique et concurrentielle ») – colonne vertébrale du processus décisionnel – vise à réduire les incertitudes, autant que faire se peut, pour prendre des décisions optimales, donc minimisant les risques.
L’intelligence économique et concurrentielle s’appréhende conséquemment comme un prolongement – non comme un substitut ou un dépassement – du management de l’entreprise. La conclusion en découle tout naturellement : l’intelligence économique est l’arme maîtresse du management stratégique de l’entreprise (3). Il faut la penser comme un véritable mode de management – impliquant l’action – et non comme l’application étroitement circonscrite d’une méthodologie globale de surveillance et de vigilance. Pour cette raison, un tel dispositif ne peut se réduire à une cellule dite d’intelligence économique : il se doit d’innerver l’organisation entière et de mobiliser un périmètre d’individus bien plus large que celui des acteurs spécialisés « officiellement » impliqués dans l’activité de veille.

I- Le fondement : le cycle du renseignement

L’information désigne un processus (succession d’actions par lesquelles on accroît son stock de données pour élaborer de la connaissance) ou le résultat du processus (c’est-à-dire de la valeur ajoutée cognitive). L’information se définit comme tout élément ou signe qui peut être transmis ou stocké et qui participe de la représentation du réel (4). Chaque information possède des propriétés telles que l’origine, l’itinéraire, la vitesse de circulation, la durée de vie, etc. La création d’information constitue un processus continu visant à augmenter « l’intelligence » de la réalité, c’est-à-dire sa compréhension. Elle est représentable comme une dynamique spiralée fondée sur l’apprentissage, donc la maîtrise de la nouveauté, du changement. Certains parlent à ce propos de métabolisation. En tout état de cause, c’est un processus de transformation des données, ou plutôt d’intégration dans une structure de sens, visant à alimenter une logique d’action et de décision orientée par un but. Pour le dire, autrement c’est la nourriture d’une stratégie …
Cette dynamique informationnelle est, en fait, ce que l’on nomme habituellement le « cycle du renseignement ». A cet égard, on peut certes affirmer que l’information est la « matière première » du renseignement, et « qu’un renseignement est une information élaborée, pertinente et utile, correspondant aux besoins de celui qui la reçoit » (5). Mais dès lors, comment le distinguer de la connaissance, du savoir ? En fait, le renseignement désigne « des connaissances de tous ordres sur un adversaire potentiel, utiles aux pouvoirs publics, au commandement militaire ». Mais on peut aussi considérer que savoir (ou connaissance) et renseignement se recouvre très largement (6), sauf à poser que l’usage du second doit être réservé au domaine politico-stratégique et militaire. Dès lors, le cycle du renseignement peut aussi bien être un cycle de la connaissance … En tout état de cause, ce cycle se déroule en quatre phases : l’orientation générale, la recherche, l’exploitation et la diffusion. Il constitue le support indépassable de l’intelligence économique.

– Durant la première étape, les grands enjeux sont identifiés, et les besoins en renseignements définis en conséquence. Ce qui donne lieu à une planification de la collecte d’informations, à l’émission de demandes ciblées, ainsi qu’à un contrôle régulier de la productivité des instances de recherche. Les besoins s’expriment de manière ponctuelle ou sous forme d’un catalogue de questions adressées aux unités de collecte par les organes d’exploitation.

– La collecte, ou recherche, se définit comme la période de recherche où sont identifiées et exploitées les sources d’informations, ceci dans le cadre d’une planification.

– L’analyse, c’est-à-dire le traitement ou l’exploitation, compose l’étape au cours de laquelle les données et informations passent à l’état de connaissance à travers un processus systématique d’évaluation, d’interprétation et de synthèse destiné à élaborer des conclusions (articulées sur des éléments significatifs) répondant aux besoins de renseignements exprimés.

– La diffusion est l’acheminement des renseignements sous une forme appropriée (orale, écrite ou graphique) aux organes ayant exprimée la demande. Il s’agit bien d’un cycle dans la mesure où le renseignement obtenu permet d’une part d’orienter les besoins nouveaux en renseignements et, d’autre part, de réévaluer constamment la connaissance obtenue en fonction de l’évolution de l’environnement.

Il est donc question, à travers le cycle du renseignement, de dresser différentes « cartes » de l’environnement, des relations concurrentielles, des réseaux informationnels (institutionnels ou non, formels ou informels), des réseaux d’influence, des principaux acteurs (favorables ou défavorables), etc. L’intérêt de ces cartographies stratégiques est de décrypter pour agir.
(* : Que l’on peut également nommer un plan de renseignement, et qui comprend les éléments principaux suivants: axes d’attaque prioritaires, liste des correspondants, tactiques, règles du jeu.)

II- Les fonctions

Selon Levet et Paturel (1996), que l’on peut facilement suivre sur ce point, l’intelligence économique – le décryptage une fois réalisé – de déploie dans 5 directions d’action, présentées dans le tableau ci-dessous :

Si le management s’arme naturellement d’une approche en termes d’intelligence économique, il ne faut néanmoins en aucun cas confondre cette dernière avec la veille stratégique. D’abord parce que toute forme de veille approfondie possède des aspects stratégiques (7) (et que l’on flirte ici avec le pléonasme), ensuite parce que la veille n’est que l’une des trois composantes de l’intelligence économique (avec les mesures de sécurisation de l’information et les actions d’influence).
Pour mémoire, et bien qu’il soit difficile de les dissocier véritablement, rappelons que l’on distingue habituellement 4 types de veille : concurrentielle, commerciale, technologique, environnementale. Elles s’articulent dans une certaine mesure sur les différentes forces concurrentielles de la matrice de Porter. Cette approche simplifiée permet d’ordonner la pensée mais, le plus souvent, les différents types de veille s’interpénètrent.

La veille technologique

La veille technologique qui est parfois appelée veille scientifique et technologique s’intéresse :
– aux acquis scientifiques et techniques, fruits de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée,
– aux produits (ou services),
– au design,
– aux procédés de fabrication,
– aux matériaux, aux filières,
– aux systèmes d’information,
– aux prestations de service dans lesquelles le facteur image est très fort et qui opèrent la transition avec la veille commerciale…

La veille concurrentielle

La veille concurrentielle « traite » les concurrents actuels ou potentiels, les nouveaux entrants sur le marché (pouvant lier leur apparition à l’émergence de produits de substitution). L’information recueillie peut couvrir des domaines très larges :
– gamme des produits concurrents,
– circuits de distributions,
– analyse des coûts,
– organisation et culture d’entreprise,
– évaluation de la direction générale,
– portefeuille d’activités de l’entreprise…

La veille commerciale

La veille commerciale concerne les clients (ou les marchés). Il s’agit de prendre en considération l’évolution des besoins des clients. A l’heure du développement des techniques de fidélisation, la veille commerciale implique le suivi et l’analyse des réclamations. Celle-ci s’intéresse également aux fournisseurs. Cette veille se développe notamment dans les services achats. La recherche d’informations est certes focalisée sur le coût des services, mais s’intéresse également à différentes garanties (délai de livraison, continuité de la relation, qualité des produits et services, adaptabilité, etc.).

La veille environnementale

Cette veille englobe le reste de l’environnement de l’entreprise. C’est souvent en intégrant habilement les éléments de l’environnement politique, social, culturel et juridique qu’une firme pourra distancier ses concurrents … Selon le type d’entreprise, la veille environnementale – encore appelée veille globale ou sociétale – sera axée sur des aspects différents de la vie économique.

III- L’intelligence économique : révolution ou vieille lune ?

Le désir de connaître pour maîtriser davantage son environnement en élaborant une stratégie et en mettant en œuvre des tactiques constitue l’un des fondements de toute démarche anthropologique. L’homme veut savoir pour agir : c’est une donnée de base de la condition humaine. Or, c’est le socle même de l’intelligence économique. On pourrait donc en conclure que les entrepreneurs l’ont toujours pratiqué, à la manière de monsieur Jourdain : sans le savoir … A ceci près que cette démarche ne constituait pas, jusqu’à la fin des Trente Glorieuses une nécessité comparable à celle qu’elle aujourd’hui devenue. Contrainte s’expliquant par le fait que l’intelligence économique et concurrentielle, également qualifiée de stratégique, constitue l’héritage, la résultante de cinq grandes dynamiques historiques, à savoir :

– La mutation conflictuelle endogène du capitalisme, liée à la difficulté accrue de conquête et de maîtrise des marchés, c’est-à-dire au coût de conservation ou d’acquisition d’un avantage compétitif dans le cadre d’un monde globalisé (sans même envisager une suprématie durable),

– La rupture des logiques de bloc de la Guerre Froide, génératrice de complexité et donc démultiplicateur d’incertitude,

– L’évolution des formes de la guerre articulées sur les métamorphoses de la contrainte, qui établit la guerre économique comme conflictualité dominante (dans le cadre de relations de coopération/concurrence, dénommées « coopétition »),

– L’émergence de la société de l’information, à la fois créatrice de concurrence et facteur de suprématie cognitive, donc économique,

– L’impératif d’une gestion offensive de l’information, haussée au rang de capital stratégique (8), pour conserver ou acquérir la position dominante dans le rapport nécessairement asymétrique à l’information.

Parce que ces tendances de fond sont autant de défis accentuant la dimension conflictuelle de l’activité économique, le caractère structurant de cette conflictualité pour le monde social, et la complexité de l’environnement global dans lequel elle s’inscrit et se développe, il fallait approcher l’économie de marché différemment : à « nouvel esprit » du capitalisme, nouvelle posture intellectuelle et praxis… Ce que constitue précisément l’intelligence économique, et la rend tout à la fois l’outil indispensable et premier du management stratégique.

IV- Intelligence économique, pouvoirs publics et puissance

Il ne faudrait pas en conclure pour autant que l’intelligence économique concerne exclusivement le secteur privé. Non seulement parce que l’État lui-même peut tirer des enseignements de cette pratique pour l’amélioration de son propre fonctionnement, mais aussi parce que l’efficacité de l’intelligence économique et concurrentielle en entreprise dépend de la collaboration avec les pouvoirs publics. Seuls ces derniers sont en effet capables d’opérer la synthèse des intérêts des différents acteurs, de coordonner leurs activités et stratégies de développement, et de les épauler dans l’acquisition de l’information stratégique et la mise en œuvre des opérations d’influence.
Quant au lieu de l’intelligence économique avec les stratégies de puissance, il paraît finalement évident. Des entreprises prospères contribuent désormais décisivement à la puissance globale d’une collectivité humaine. Ces nouvelles guerres économiques qui ne font plus couler le sang doivent donc s’intégrer (comme c’est déjà le cas pour certains pays) dans le cadre d’une stratégie globale de nature indirecte. Il en dérive très logiquement que seul un État-stratège peut mettre en œuvre cette stratégie globale qui implique, dans un rapport du faible au fort, le sens de l’initiative, de l’offensive : l’État-stratège est un État qui anticipe et prend l’initiative (notamment selon l’axe majeur de la guerre informationnelle). Il se confond donc avec une ambition de puissance (loin de toute idée de domination et d’hégémonie politique) qui intègre parfaitement l’idée de prospérité économique et doit donc s’en donner les moyens : d’où la nécessité manifeste d’une démarche d’intelligence économique structurant le management stratégique …

Eric DELBECQUE
Article publié dans Sentinel

1) Renseignements et entreprises. Intelligence économique, espionnage industriel et sécurité juridique. Lavauzelle, 2002.
2) Clients, fournisseurs, sous-traitants, concurrents, partenaires, organismes publics, organismes de normalisation, etc.
3) Au sens où celui-ci a pour but d’appréhender l’entreprise dans le cadre de son environnement, en relation avec ses ressources et compétences internes, ainsi qu’avec les attentes et l’influence des groupes d’intérêt. Le management stratégique permet ainsi d’avoir une vision globale du marché et des « opérateurs », et d’expliquer le fonctionnement des organisations en considérant les jeux de pouvoir des « acteurs » individuels et collectifs – que n’épuisent pas des stratégies rationnelles.
4)) Il faut néanmoins préciser que le but n’est pas d’accumuler des archives mais de trouver des informations pertinentes, de créer de la connaissance permettant de guider le processus décisionnel.
5) Amiral (c.r.) Pierre LACOSTE, François THUAL, Services secrets et géopolitique. Paris, Lavauzelle, 2002.
6) Dans le cadre de ce débat, on peut également méditer utilement ces quelques phrases : « Il n’y a pas deux disciplines intellectuelles plus proches que l’histoire et le renseignement. Dans les deux cas il s’agit de parvenir à une connaissance objective des faits à partir de sources fiables et soumises à une critique constante en fonction d’une interrogation raisonnée et systématique, que celle-ci soit un « plan de recherche », un sujet de thèse ou un programme de colloque. Dans les deux cas, les faits et les renseignements qui les font connaître, ne sont pas par eux-mêmes totalement significatifs s’ils ne sont pas reliés les unes aux autres, hiérarchisés, synthétisés – c’est-à-dire « exploités ». Cette exploitation elle-même conduisant à de nouvelles recherches, dans un processus dialectique sans fin, qui doit permettre, non pas d’accéder à une vérité, qui n’est jamais totalement accessible, mais du moins de s’en rapprocher./ D’autre part le renseignement et l’histoire recourent tous deux à des méthodes inductives, passant de la connaissance des faits particuliers à des conclusions générales, et non pas des sciences déductives. Ces dernières conduisent d’informations générales à des conclusions particulières ; elles correspondent à un processus que l’esprit humain, spontanément, trouve plus gratifiant mais qui est pour ceux deux disciplines le péché contre l’esprit. Elles contraignent donc à une grande modestie et à une grande rigueur et, telle Cassandre, leurs conclusions ne sont pas toujours bien accueillies. » [Texte de 1998, du professeur G.H. Soutou, cité in Amiral (c.r.) Pierre LACOSTE, François THUAL, Services secrets et géopolitique. Paris, Lavauzelle, 2002.]
7) Selon Lesca (1994), la veille stratégique est « le processus informationnel par lequel l’entreprise se met à l’écoute anticipative des signaux faibles de son environnement dans le but créatif de découvrir des opportunités et de réduire son incertitude ». Mais l’on pourrait définir en partie la veille technologique, concurrentielle, commerciale et environnementale dans les mêmes termes.
8) Qu’elle concerne ou non le domaine de l’innovation technologique (incrémentale, technique, sociale, radicale) importe peu : ce qui compte, c’est l’avantage concurrentiel qu’elle contribue à consolider.

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Quatrième guerre mondiale ou guerre de quatrième génération http://www.infoguerre.fr/doctrines/quatrieme-guerre-mondiale-ou-guerre-de-quatrieme-generation/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/quatrieme-guerre-mondiale-ou-guerre-de-quatrieme-generation/#comments Mon, 12 Jan 2004 16:27:48 +0000 Fourth Generation Warfare, abrégé en 4GW).
La première génération de guerre – à les suivre - reposait sur la masse humaine disposée en lignes et en colonnes sur le champ de bataille, de l’ère du mousquet à la première guerre mondiale.
La seconde génération supposait une puissance de feu, bientôt celle de la mitrailleuse puis de l’avion, et mobilisait en amont toute une puissance industrielle. Elle naît en réponse aux affrontements des fronts dans les tranchées.
La troisième impliquait le principe de capacité de manœuvre, telle le blitzkrieg de la Seconde Guerre Mondiale. Gagne celui qui disperse et contourne les troupes ennemies. L’avantage est à la technologie et à la vitesse.
Et la 4GW? Elle correspondrait à la révolution de l’information. Mais surtout, elle mobiliserait des populations entières en un antagonisme gagnant tous les domaines politique, économique, social, culturel où l’objectif serait le système mental et organisationnel de l’adversaire. ]]>
Dès 1989 des militaires américains réunis autour du stratège W.S. Lind lançaient le concept de « guerre de quatrième génération » (Fourth Generation Warfare, abrégé en 4GW).
La première génération de guerre – à les suivre – reposait sur la masse humaine disposée en lignes et en colonnes sur le champ de bataille, de l’ère du mousquet à la première guerre mondiale.
La seconde génération supposait une puissance de feu, bientôt celle de la mitrailleuse puis de l’avion, et mobilisait en amont toute une puissance industrielle. Elle naît en réponse aux affrontements des fronts dans les tranchées.
La troisième impliquait le principe de capacité de manœuvre, telle le blitzkrieg de la Seconde Guerre Mondiale. Gagne celui qui disperse et contourne les troupes ennemies. L’avantage est à la technologie et à la vitesse.
Et la 4GW? Elle correspondrait à la révolution de l’information. Mais surtout, elle mobiliserait des populations entières en un antagonisme gagnant tous les domaines politique, économique, social, culturel où l’objectif serait le système mental et organisationnel de l’adversaire.Totalement asymétrique, elle opposerait deux acteurs n’ayant rien en commun. D’un côté des puissances high tech (plus ou moins capables de profiter de la Révolution dans les Affaires Militaires : information en temps réel, armes « intelligentes » et précises, commandement à distance par les réseaux numériques). D’autre part, des acteurs transnationaux ou infranationaux éparpillés, groupes religieux, ethniques ou d’intérêt s’en prenant indistinctement au marché, aux symboles de l’Occident, à ses communications.
Par la suite, l’idée de 4GW a fait son chemin dans les milieux de la réflexion stratégique, peinant parfois à se distinguer de notions proches : conflits asymétriques, non étatiques et/ou de faible intensité (Martin van Creveld) ou encore « Netwar », la guerre en réseau des spécialistes de la Rand Corporation Arquilla et Ronfeldt.

Le 11 Septembre – frappe au cœur du dispositif ennemi, très petites forces, retournement des moyens adverses, recherche de l’impact médiatique et psychologique – redonne toute son actualité au concept de « quatrième génération ». C’est bien un conflit où un des acteurs refuse obstinément de jouer suivant les règles de l’adversaire et d’aller sur le terrain où ce denier est invincible, préférant rechercher la désagrégation de son système. Cela semble annoncer une suite ininterrompue d’actes terroristes et de conflits de basse intensité, de guérillas et de répressions maladroites par des troupes mal adaptées à un adversaire diffus et non-militaire. La séparation entre guerre et paix, semble les premières victimes de ce changement. « Comment combat-on et peut-on vaincre un ennemi sans forme, se demande Wilson. En fait, comment sait-on que l’on a gagné ? (…) Que gagne-t-on et quand sait-on que nous avons gagné ? » demandait Gary Wilson, un des théoriciens de la 4GW (1). C’est une assez bonne façon de souligner le paradoxe de ce que d’autres appellent « quatrième guerre mondiale ».
Dans un article de Commentary d’Octobre 2001. Eliot Cohen propose de la substituer à « guerre au terrorisme » pour mieux exprimer que l’ennemi est l’islam militant.
Repris par Norman Podhoretz (2) l’expression est surtout popularisée par James Woolsey, ancien directeur de la CIA. Ainsi, dans un article traduit dans le Monde et qui fit grand bruit en 2002, il proclamait « nous allons gagner la quatrième guerre mondiale. ». Si la troisième est la guerre froide, la quatrième viserait « les terroristes, les dictateurs et les autocrates. » C’est une rhétorique chère aux penseurs néo-conservateurs : l’Amérique s’éveille encore une fois et reprend sa mission au service de la démocratie. L’Empire prédestiné « ouvrant les yeux » pour la quatrième fois en un siècle, doit s’engager dans un affrontement décisif.

Mais le plus étrange est que cette dialectique soit reprise par les milieux islamistes. Ben Laden considère lui-même que ce sont « les juifs et les croisés » qui font une guerre mondiale à Dieu. En Février 2002 le Middle East Media Research Institute (un think tank, il est vrai, très militant et plutôt proche du Likoud israélien) annonçait avoir recueilli un texte d’un Abu ‘Ubeid al-Qurashi, pseudonyme supposé d’un des chefs de l’organisation al Quaïda : il se référait explicitement à la doctrine de la quatrième génération. Elle l’emporterait, disait-il, sur une défense américaine dont les principes sont hérités de la guerre froide : avertissement préalable, frappes préventives et dissuasion.

Étonnantes convergences à l’aube de la guerre perpétuelle et sans limites ? Ou façon compliquée de poser une question simple : l’hyperpuissance peut-elle l’emporter sur l’insurrection planétaire qu’elle nourrit elle-même ?

François-Bernard Huyghe
aobsinfostrat@club-internet.fr

(1) Greg Wilcox, Gary Wilson, « Military response to Fourth Generation Warfare in Afghanistan », conférence, 5 mai 2002.
(2) Directeur éditorial de Commentary et professeur associé de l’Institut Hudson

Note : pour se documenter sur la GW4, le plus simple est de suivre les références bibliographiques et les nombreux liens de la page « Fourth Generation Warfare » sur l’excellent www.disinfopedia.org

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L’indispensable dialogue franco-arabe http://www.infoguerre.fr/doctrines/l-indispensable-dialogue-franco-arabe/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/l-indispensable-dialogue-franco-arabe/#comments Sat, 25 Oct 2003 10:31:16 +0000 Articles similaires :
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Le 17 octobre dernier, un colloque s’est tenu à Beyrouth sur le thème « La France et le monde arabe : perspectives d’avenir ». Organisé par l’Association des Universitaires libanais diplômés des universités françaises (AULUF), ce colloque a permis l’ouverture d’un débat assez ouvert et sans langue de bois sur la situation présente.Nous avons retenu l’intervention du docteur Antoine Courban de l’Université de Beyrouth. Elle résume le sens profond de ce dialogue millénaire qui ne doit pas être décodé qu’à travers les comptes rendus des médias mais aussi en remontant aux racines de l’écriture grecque. La vérité n’est pas toujours ailleurs. Elle est d’abord dans l’Histoire.

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Guerre, guerre économique et guerre de l’information http://www.infoguerre.fr/doctrines/guerre-guerre-economique-et-guerre-de-l-information/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/guerre-guerre-economique-et-guerre-de-l-information/#comments Fri, 01 Aug 2003 06:06:08 +0000 Articles similaires :
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Le rapport Carayon sur la nécessité de l’ntelligence économique relance le débat sur la « guerre économique » tandis que le conflit en Irak se révèle après-coup comme une gigantesque guerre de l’information, voire de l’illusion. Raison de plus pour clarifier la différence entre les composantes civiles et militaires de la guerre de l’information : diaboliser un ennemi ou décrédibiliser une marque, ce n’est pas exactement la même chose. Une recherche qui pourrait s’articuler autour de quatre idées : le poids de l’déologie, l’importance croissante de l’intelligence, la gestion de l’image, la nécessité d’une politique d¹influence. (par François-Bernard Huygue de l’Observatoire d’infostratégie).L’expression « guerre économique » est passée dans les mœurs. Le rapport Carayon y a contribué. Il appelle à très juste titre pour y faire face à un « patriotisme économique » et à un engagement de l’État.
Mais, une fois que l’on a justifié ce recours à une métaphore guerrière en disant que la concurrence devient de plus en plus féroce ou que les frontières ne retiennent plus guère les flux d’informations, de travailleurs ou de capitaux, on n’a encore rien dit.

Qu’y a-t-il de « guerrier » dans l’économie moderne, celle des réseaux, de la connaissance et des flux ? C’est qu’elle implique des menaces contre la souveraineté des États, mais qu’elle peut aussi être l’outil d’une puissance impériale. Elle réduit ou augmente le pouvoir d’une entité souveraine sur son territoire. Elle accroît ou diminue le pouvoir que des communautés conservent sur leur destin. Toutes choses qui se sont faites pendant quelques siècles avec des armes et des soldats.

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Focus sur le rapport Carayon http://www.infoguerre.fr/doctrines/focus-sur-le-rapport-carayon/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/focus-sur-le-rapport-carayon/#comments Mon, 14 Jul 2003 14:42:18 +0000 Articles similaires :
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Le rapport qui faisait beaucoup parler le petit monde de l’intelligence économique vient d’être remis au Premier ministre par Bernard Carayon, député du Tarn (qui a entendu, pour réaliser ce travail, 360 personnes en quatre mois et demi, et qui fut épaulé par une petite équipe au caractère résolument interministériel). Intitulé Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale, ce texte (qui renvoie à de nombreuses illustrations et cas concrets) a l’immense mérite de placer la discipline au niveau qui doit être le sien : celui d’une authentique stratégie publique. « L’intelligence économique, écrit dès l’introduction Bernard Carayon, devrait être une vraie et grande politique publique de l’État à l’instar de ce que sont les politiques de santé, d’environnement ou de fiscalité. » Ce qui évite d’ailleurs au député de s’épuiser dans des essais de définition : il s’est essentiellement polarisé sur « l’utilité, les champs d’application et les acteurs de l’intelligence économique ». Ce qui est encore plus intéressant dans cette démarche, c’est que l’affirmation du rôle de l’État et des collectivités publiques s’articule sur un raisonnement qui donne sa vraie mesure à l’intelligence économique. Quel est le constat simple mais fondamental auquel s’arrime la démonstration ? Celui d’une mondialisation sans pilote : non, le monde globalisé ne s’auto-régule pas conformément au phantasme des ardents défenseurs de la « main invisible ». Conséquence implacable ? Les États ne sont pas prêts d’être obsolètes : ils se révèlent même plus nécessaires que jamais. L’indiscutable guerre économique que se livrent les nations et les entreprises constitue la seconde base du raisonnement de l’auteur du rapport, alors même que les politiques éprouvent habituellement beaucoup plus de difficulté à reconnaître publiquement la réalité de cet affrontement.
Dès lors, la vraie question ne peut plus tarder à apparaître, et le député du Tarn la formule sans précaution inutile : voulons-nous « proposer au monde notre langue, notre culture et nos valeurs, ou bien sommes-nous destinés à devenir un simple lieu mondial de villégiature ? » C’est après tout la seule interrogation qui vaille ! Notre place dans le monde dépend largement de la puissance économique qui appuiera nos ambitions. Comment parler d’une voix forte, comment être entendus si nous n’avons pas les moyens très concrets de notre volonté d’influence globale ? Car il faut bien y venir : aujourd’hui la puissance signifie largement l’influence ! Et c’est précisément la négligence de cette étroite association, et de sa relation à la prospérité, qui explique le relatif échec de l’intelligence économique en France. Là encore, le rédacteur du rapport vise juste : le problème du microcosme de la discipline, c’est de « s’être focalisés sur les moyens » et d’avoir « occulté les fins… »
Il faut donc prendre l’exacte mesure des lacunes françaises concernant les objectifs. Bernard Carayon les a ciblés avec justesse. Premièrement, l’État doit rapidement construire une doctrine, c’est-à-dire identifier les intérêts économiques et scientifiques majeurs qu’il lui incombe de promouvoir et de défendre. En effet, l’État « n’a jamais défini ni les secteurs d’activités stratégiques – en termes de souveraineté, d’emplois, d’influence –, ni les technologies, au moins les technologies dures, s’y rattachant, et n’a jamais évalué les forces et les faiblesses de la recherche et des industries françaises dans lesdits secteurs. » La conséquence d’une politique publique d’intelligence économique en découle donc logiquement : il est indispensable d’engager « une réflexion prospective appliquée » et de « définir des priorités en matière de recherche et d’innovation, de secteurs d’activités-clefs et de choix de pays partenaires. »
Deuxièmement, il doit mener à bien – selon une formule régulièrement utilisée par le député et qui a toutes les chances de devenir un classique … – trois mariages et un enterrement. Les trois mariages sont ceux des administrations les unes avec les autres, du secteur privé et du public, de l’information blanche (c’est-à-dire publique) avec celle qui l’est « un peu moins » … La mise en bière concerne la naïveté française posant que la guerre économique est un mythe et que nos compétiteurs n’utiliseront pas tous les moyens à leur disposition pour obtenir un avantage compétitif décisif …
Troisièmement, il devient urgent que les pouvoirs publics s’intéressent authentiquement à la formation des nos élites administratives en matière d’intelligence économique. Les contraintes de ce monde globalisé, dont elles sont davantage protégées que les responsables des entreprises, leur échappent parfois en grande partie. C’est un problème à résoudre au plus vite … A cet égard, comment ne pas s’étonner, comme nous y invite avec raison le rédacteur du rapport, que les grandes administrations de l’État « faisant partie de son périmètre de souveraineté fassent régulièrement appel à des cabinets d’audit ou à des banques d’affaires anglo-saxons ou américains ? »
Quatrièmement, le bouillonnement des idées nécessaires à la vigueur de notre stratégie de développement économique n’est pas canalisé de la manière propre à éclairer les choix gouvernementaux : seule la création de think-tanks (sur le modèle américain mais en prenant en compte les spécificités nationales et européennes) peuvent assurer cette optimisation de l’énergie intellectuelle.
Cinquièmement, il n’est plus possible de passer sous silence, ou de reconnaître du bout des lèvres et d’un air gêné, l’importance des services de renseignement. Nous devons, sur ce point, ne pas faire preuve d’une originalité nocive par rapport à nos alliés/concurrents américains : aux Etats-Unis, rappelle ostensiblement Bernard Carayon, les services de renseignement collaborent avec les administrations et les entreprises (notamment dans les domaines du conseil, de l’audit, de l’assurance, de l’investissement et de l’innovation).
Sixièmement, il serait temps que notre pays traite avec moins de désinvolture les formes d’influence anglo-saxonne : si nous ne savons pas organiser et imposer notre présence au sein des grandes institutions économiques et financières mondiales, ainsi qu’assurer la représentation de nos intérêts dans des ONG clefs, ou user des services de grandes sociétés de lobbying, il y a fort à parier que la métamorphose en lieu de villégiature nous menace … Nous perdons effectivement pied là où s’élaborent les règles et normes de demain !
Prompt aux raccourcis denses et signifiants, Bernard Carayon dit clairement ce que nous savons tous parfaitement mais qui échoue très souvent – malheureusement – à se concrétiser dans des actions coordonnées et suivies : l’efficacité de l’intelligence économique, écrit-il, repose sur celle des réseaux et des circuits de l’information, mais également sur la mobilisation des pouvoirs publics, ainsi que sur l’élimination « des conflits de chapelle et des cloisonnements ». Il faut ajouter à cela, poursuit-il, un peu de méthode, et savoir aussi valoriser celui qui donne l’information, non celui qui la retient. Enfin, conclut-il, les administrations publiques doivent comprendre les enjeux de l’entreprise, tandis que cette dernière doit intégrer les priorités de l’État, et donc de la Nation.
Mais sur ce dernier point, il importe de ne pas se leurrer. « L’intelligence économique est un patriotisme économique » : le représentant de la nation qu’est l’auteur de ce rapport l’affirme sans ambages. Et il ajoute : « le patriotisme économique n’est pas une idéologie, pas plus que l’intelligence économique n’est un concept : c’est une politique sociale. » Or, il n’est pas certain que toutes les entreprises françaises aient parfaitement bien appréhendé ce paramètre simple mais essentiel : l’intelligence économique ne va pas sans « solidarité personnelle avec la communauté nationale ». Il faudrait donc cesser, à la manière de ces « experts » qui prennent excessivement plaisir à passer pour de fins observateurs des mutations économiques, d’opposer une fin de non-recevoir au patriotisme économique en affirmant péremptoirement : « Mais comment voulez-vous définir une entreprise française à l’heure de la mondialisation ? » Comme le rappelle à juste titre Bernard Carayon, le Commissariat Général au Plan a déjà répondu précisément à cette question ! En réaffirmant le lien indissoluble qui unit nation et intelligence économique, on ne fait finalement que lui redonner sa dimension stratégique sans laquelle elle ne se conçoit pas !
Il en résulte que la proposition constituant en quelque sorte la colonne vertébrale de toutes les suggestions de Bernard Carayon consiste en la création d’une structure interministérielle à caractère politique, et qui s’affirme comme prolongement tout naturel de l’État-stratège dont la nation a tant besoin pour le siècle qui s’ouvre. Ce qui fait gravement défaut à notre pays en matière d’intelligence économique, c’est qu’il n’existe pas de vision étatique stratégique d’ensemble permettant l’anticipation des évolutions qui modèlent aujourd’hui le monde à un rythme chaque jour plus accéléré. Ce que propose donc avec raison le député, c’est que le gouvernement établisse une instance politico-administrative ayant pour mission d’élaborer un cahier des charges commun à toutes les administrations. Sur la base de ce dernier, chaque ministère pourrait établir « dans son champ de compétence, de manière prospective et après une large concertation avec ses partenaires naturels, la liste des organisations internationales, des secteurs d’activités, des technologies et des savoir-faire, des entreprises, des territoires-clefs pour le rayonnement, le développement économique de la France et le maintient de sa souveraineté et de l’emploi. » L’ensemble de ces réflexions serait mutualisé, arbitré et, « pour l’essentiel, rendu public ». Dans une première phase, cette réflexion pourrait être concentrée sur le « noyau dur » des technologies de souveraineté (aérospatial, défense, informatique, télécommunications, pharmacie …).
Afin d’épauler cette instance, un Conseil National pour la Compétitivité et la Sécurité Économique (CNCSE) serait parallèlement créé. Présidé par le Premier ministre, composé de personnalités du monde économique et scientifique, son rôle serait consultatif. La cheville ouvrière de l’ensemble de ce dispositif serait un Délégué interministériel à la Compétitivité et à la Sécurité Économique.
Hors, cette construction institutionnelle, plusieurs des mesures proposées se signalent particulièrement par leur nécessité. Citons par exemple :

– L’adaptation des textes fondateurs de la défense et de la sécurité économique, à commencer par l’ordonnance du 7 janvier 1959 ;

– La construction d’un intranet gouvernemental dédié à l’anticipation et la prospective, autant dire au pilotage stratégique de la politique économique nationale ; et la création conséquente d’un Centre d’Analyse et de Prévision interministériel ;

– La mise en place de « guichets uniques » de l’information, pour remédier à l’éclatement des canaux de diffusion de l’information publique ;

– La création d’un observatoire des mauvaises pratiques commerciales (traitant notamment de l’utilisation de l’arme de la désinformation), ainsi que d’une cellule de contact et de soutien aux entreprises, à l’initiative et sous l’autorité de l’instance politico-administrative mise en place par le politique ;

– Le renforcement du rôle de la DST en matière de sécurité économique ;

– La création d’un fonds d’investissement français généraliste permettant d’assurer l’indépendance économique et technologique française ;

– L’introduction, au sein de la Représentation permanente à Bruxelles, d’une mission d’anticipation chargée exclusivement de l’analyse et de la réflexion prospective.

– L’élaboration d’une ligne de cohérence concernant l’enseignement de l’intelligence économique, dans le domaine de la formation initiale comme de la formation continue ;
– La promotion d’une approche résolument territoriale de l’intelligence économique, reposant sur la circulation de l’information entre les administrations centrales et leurs services déconcentrés, et s’appuyant aussi sur la mise en œuvre de schémas stratégiques régionaux et la réunion d’assises nationales des initiatives des régions ;

Au bout du compte, le rapport Carayon offre tout à la fois un diagnostic très lucide et précis de l’intelligence économique en France, et un ensemble très cohérent de mesures (au demeurant peu couteuses) que le gouvernement pourrait prendre très vite pour encourager son développement au service de la communauté d’intérêt de l’Etat et des entreprises. Reste à savoir dorénavant quelles suites les pouvoirs publics donneront à cette réflexion de nature stratégique qui rompt, tant sur le fond que dans le style et l’inspiration, avec le rapport Martre…

Eric Delbecque

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Rapport Carayon : Le Monde fait court… http://www.infoguerre.fr/doctrines/rapport-carayon-le-monde-fait-court/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/rapport-carayon-le-monde-fait-court/#comments Wed, 09 Jul 2003 20:12:59 +0000 C’est semble-t-il plus croustillant pour le Monde de publier un scoop sur l’identité d’agents secret français aux ordres d’un exécutif peu responsable de ses décisions, que de réfléchir sur la manière dont la France peut améliorer son approche de la compétition économique mondiale. ]]> Par une vingtaine de lignes sur la sortie du rapport Carayon sur l’intelligence économique le journal Le Monde démontre une fois de plus sa manière de traiter l’information. Visiblement ce journal très attentif à son objectivité et à son professionnalisme est plus intéressé par les affaires du type Rainbow Warrior que par l’ouverture d’un débat sur la réforme culturelle de l’Etat.
C’est semble-t-il plus croustillant pour le Monde de publier un scoop sur l’identité d’agents secret français aux ordres d’un exécutif peu responsable de ses décisions, que de réfléchir sur la manière dont la France peut améliorer son approche de la compétition économique mondiale.
Dans ce même numéro daté du jeudi 10 juillet, la rédaction du Monde a préféré s’intéresser à des sujets autrement plus stratégiques, en consacrant une pleine page sur la manière dont M. Raffarin « investit les champs de réflexion de la gauche ». Quand on sait où en sont les débats au sein du PS, on espère que les experts qui conseillent le Premier Ministre ne passent pas trop de temps sur une littérature aussi décapante. On connaît la France d’en haut et la France d’en bas. Mais il est vrai qu’on connaît encore mal la France d’outre tombe. Merci Monsieur Edwy Plenel de nous guider vers les sujets importants de ce pays. A croire que vous n’avez pas bien lu certains passages de l’ouvrage de Pierre Péan. Espérons que les plus éveillés de vos journalistes reprendront la plume à temps.
Le rapport Carayon n’est pourtant pas un évènement andodin. L’économie mondiale est aujourd’hui tout le contraire d’un long fleuve tranquille. Les enjeux de puissance de nature économique sont au coeur de bien des conflits du temps de guerre comme du temps de paix. Le durcissement des chocs compétitifs souligne chaque jour davantage l’importance des dispositifs informationnels déployés par les acteurs économiques publics et privés. C’est à ce titre que le rapport Carayon s’inscrit dans la continuité des travaux sur l’intelligence économique, menés au sein du Commissariat Général du Plan entre 1992 et 1994.
La publication du rapport Intelligence économique et stratégie des entreprises fut la première trace d’une réflexion sur le rôle croissant de l’information dans le développement des entreprises et les affrontements de nature géoéconomique et concurrentielle. Au cours des dix dernières années, l’intelligence économique a eu un cheminement difficile et très dépendant de la vision du monde politique et industriel.

Après l’éphémère création d’un Comité pour la Compétitivité et la Sécurité économique sous le gouvernement Balladur, relayée par le Ministre Arthuis sous le gouvernement Juppé, Lionel Jospin enterra le concept au nom du principe de précaution. Cette attitude naïve eut pour effet de freiner une dynamique indispensable à l’accroissement de puissance de la France, au nom de l’intérêt collectif et de la construction européenne. La perte de marchés stratégiques, la disparition d’emplois, l’absence de stratégies politiques en terme d’Etat stratège et non d’Etat gestionnaire sont des maux silencieux qui n’intéressent pas grand-monde à part les Françaises et les Français.

L’équipe d’Infoguerre salue le sérieux de la démarche du député UMP du Tarn, Bernard Carayon. Il met en avant un principe majeur, la responsabilité du pouvoir dans la mise en œuvre d’une véritable politique publique d’intelligence économique. A l’heure où l’on cherche les patrons qui ont encore une vision du patriotisme économique de terrain, les cyniques diraient de patrons qui pensent comme leurs homologues américains, le rapport Carayon constitue un pas en avant significatif. Les mesures citées sont réalistes et pertinentes. Elles tiennent compte des inerties du modèle français.

L’heure est à l’économie des forces et des moyens, au réseau et à la mobilisation des energies existantes. C’est la raison pour laquelle il faut lire ce rapport qui sera diffusé à la rentrée de septembre par la Documentation française . Nous publierons prochainement une analyse d’Eric Delbecque sur les mesures préconisées dans ce rapport destiné au Premier Ministre

L’ensemble de la rédaction d’Infoguerre

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Focus sur le NCIX : le contre-espionnage économique http://www.infoguerre.fr/doctrines/focus-sur-le-ncix-le-contre-espionnage-economique/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/focus-sur-le-ncix-le-contre-espionnage-economique/#comments Fri, 06 Jun 2003 13:11:31 +0000 Le NCIX a pour mission d’établir un dialogue entre l’administration et le secteur privé pour définir les informations, technologies et industries «critiques» dont la perte pourrait diminuer la puissance des Etats-Unis. Cette agence est une expression de la nouvelle philosophie du gouvernement américain qui cherche à établir une coopération et une coordination entre les communautés du renseignement, du contre-espionnage et des forces de sécurité. ]]> Le National Counterintelligence Executive (NCIX) a été créé par la directive présidentielle PDD-75 « U.S. Counterintelligence Effectiveness – Counterintelligence for the 21st Century. » de décembre 2000. Le NCIX coordonne et soutient les missions de contre-intelligence du gouvernement américain.
Le NCIX a pour mission d’établir un dialogue entre l’administration et le secteur privé pour définir les informations, technologies et industries «critiques» dont la perte pourrait diminuer la puissance des Etats-Unis. Cette agence est une expression de la nouvelle philosophie du gouvernement américain qui cherche à établir une coopération et une coordination entre les communautés du renseignement, du contre-espionnage et des forces de sécurité.Une des missions du NCIX est de sensibiliser les acteurs du secteur privé et public sur les menaces de l’espionnage économique. Ce bureau dispose d’un site Internet (www.ncix.gov) depuis lequel les internautes peuvent par exemple télécharger les rapports annuels sur l’espionnage économique que subit les Etats-Unis.

Les méthodes d’acquisition
Dans ce rapport, le NCIX revient sur les secteurs ciblés (les systèmes d’information, les lasers, l’armement, l’aéronautique…) ainsi que sur les méthodes utilisées pour obtenir de l’information. Ces méthodes sont diverses, directes ou indirectes, et peuvent nécessiter des moyens humains et/ou technologiques.
Les plus fréquentes sont tout simplement des demandes d’informations par e-mails, lettres ou appels téléphoniques. Les «attaquants » demandent directement des informations sous la forme d’enquêtes, de formulaires… Une autre technique directe consiste à tenter d’acheter des produits sensibles qui sont normalement contrôlés à l’exportation. Pour éviter toute « fuite » d’informations par ce biais, les responsables doivent connaître les réglementations en vigueur sur les exportations.

Les déplacements sont également des moments propices aux «fuites» d’informations. Les experts américains en voyage dans des pays étrangers sont particulièrement vulnérables aux tentatives d’acquisition d’information. De même, les ressortissants étrangers aux Etats-Unis sont potentiellement diligentés pour rechercher des informations. Enfin, les relations personnelles peuvent aussi constituer une menace pour la confidentialité des informations de l’entreprise.
D’autres méthodes d’acquisitions d’informations sensibles passent par les réseaux Internet ou lors de réunions internationales, comme les conventions ou les colloques.

Les «attaquants» et leurs motivations.
Sur ce point, le NCIX ne cite aucun nom de pays ou d’entreprises. Il précise juste que les « attaquants » sont aussi bien des pays amis qu’ennemis, riches ou pauvres. Selon le rapport, 44 % des attaques proviennent de gouvernements ou d’acteurs liés à des gouvernements ; 22 % seraient l’œuvre de sociétés et 14 % d’individus. Les 20 % restants n’ont pas été identifiés…

Pour le NCIX, l’espionnage économique permettrait aux «attaquants» riches de mettre à jour leurs technologies pour que leurs industries soient encore plus compétitives sur le marché mondial. Quant aux « attaquants » pauvres, ils cherchent plutôt des technologies moins évoluées qui sont plus faciles à intégrer à leurs infrastructures.

Ce rapport est exclusivement focalisé sur les tentatives d’espionnage économique étrangères. L’absence de chiffres sur les opérations d’espionnages entre sociétés américaines ne permet pas de contre-balancer le bilan de ce rapport qui présente les entreprises américaines comme victimes des appétits étrangers. Aucune mention n’est donc faite sur les préjudices subis par cet espionnage intra-Etats-Unis, ni bien sûr sur l’espionnage que pratiquent les sociétés américaines sur des concurrents étrangers.

Au final, l’objectif affiché de ce rapport est de sensibiliser un public large aux menaces de l’espionnage économique. Pourtant, un tout autre message se dégage en filigrane : les sociétés et les employés américains sont des cibles et des victimes potentielles ; ils doivent donc se méfier de l’étranger.

AVS

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Vie et mort des agences d’influence américaines http://www.infoguerre.fr/doctrines/vie-et-mort-des-agences-d-influence-americaines/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/vie-et-mort-des-agences-d-influence-americaines/#comments Tue, 28 Jan 2003 17:59:55 +0000 Articles similaires :
  1. La guerre des agences de notation
  2. Agences de notation et économie mondiale : les liaisons dangereuses
  3. Le Réseau Carlyle, banquier des guerres américaines
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En novembre 2001, le Pentagone créait le « bureau d’influence stratégique » (Office of Stategic Influence – OSI) ayant pour mission de lancer des campagnes de désinformation auprès des presses étrangères dans le cadre de la guerre contre le terrorisme international, en tant que subdivision du « bureau des opérations d’information », lequel dépendant de l’Etat-major interarmées.Alors qu’en 2002, le président américain célébrait le 60ème anniversaire de la radio Voice of America, l’OSI pouvait être perçu comme une résurrection du bureau chargé pendant la guerre du Vietnam de fournir des informations à l’ennemi pour perturber leurs stratégies.

Cette création s’inscrit avant tout dans les rivalités intestines qui déchirent les départements de la Défense, d’Etat, et surtout la CIA chargée officiellement des mesures « actives » (comme les opérations de désinformation, d’intoxication…). Il semblerait par ailleurs que ce soit les services chargés de l’information militaire « classique » qui auraient organisé la fuite dans le New York Times qui révéla l’existence de ce bureau en février 2002. Ces derniers estimant en effet que l’OSI pourrait saper la crédibilité des informations communiquées par le département.

Le chef du bureau, Simon Worden, général de l’US Air Force, déclara qu’il « considérait sa mission comme large, allant de campagnes « noires » utilisant la désinformation et d’autres activités secrètes aux relations publiques « blanches » faites de communiqués véridiques » (1).
Concrètement, les opérations pouvaient se traduire par la diffusion de tracts, d’emails camouflés, de « journalistes » chargés de répandre des échos formatés par le Pentagone…, ou encore de manière plus agressive par la diffusion de fausses informations ou par l’attaque de sites informatiques hostiles.

En s’interrogeant sur les risques de contamination de la presse nationale américaine si l’OSI intoxiquait les agences de presse internationales, le quotidien souleva une vive polémique. Une loi aux Etats-Unis interdit en effet aux agences fédérales de propager des informations volontairement fausses à l’intérieur du territoire national. Malgré les nombreuses déclarations de démenti (« Le Pentagone ne diffuse pas de désinformation à la presse étrangère ni à aucune autre presse », Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense ; « Nous ne mentirons jamais au peuple américain ou à nos partenaires de la coalition anti-terroriste », Richards Myers, chef de l’Etat-major interarmées), le président George W Bush décida de couper court à la polémique grandissante à peine une semaine après les révélations du NY Times.

Bien que le bureau ait disparu, la volonté d’utiliser l’information de manière offensive restait quant à elle bien présente. Plusieurs mois après la disparition de l’OSI, Donald Rumsfed, proposa la création de l’Office of Perception Management ayant pour mission de modifier l’attitude des audiences cibles. Cependant, une autre proposition de bureau, au titre plus respectable justifiant ses fonctions des contradictions constatées dans la communication de la politique étrangère et du Pentagone, remporta l’adhésion : le « bureau des communications internationales » (Office of Global Communications – OGC).

Un rapport du Council on Foreign Relations ayant analysé que la perception des Etats-Unis par de nombreux pays était teintée d’une série d’adjectifs négatifs comme « arrogants », « hypocrites », « non désireux d’engager un dialogue inter-culturel »… Ce constat a amené le président Bush a signé, en janvier 2003, un décret autorisant la création de l’OGC. Ce dernier sera chargé de coordonner les actions des différentes agences, de concevoir et rédiger les messages destinés à soutenir la politique extérieure américaine, et de contrer les campagnes de désinformation du régime irakien.

Installés à Washington, Londres et Islamabad, les bureaux de l’OGC et ses équipes de « communicateurs » auront un seul objectif officiel : communiquer de manière cohérente pour promouvoir une image positive des Etats-Unis et légitimer ainsi sa politique internationale. Pour éviter la déconvenue de l’OSI, le décret a précisé que les messages, destinés aux citoyens et aux leaders d’opinion américains, aux membres permanents de l’ONU, au monde musulman et aux alliés européens, devront être véridiques et exacts..

Le Perception Management semble prévaloir (pour l’instant…) sur la désinformation dans les campagnes d’influence. Beaucoup plus difficile à déceler, l’influence par la « gestion des perceptions » est beaucoup plus insidieuse puisqu’elle vise le cœur de réflexion des individus pour modifier leurs visions sur tel ou tel sujet.
Après les OGM et la guerre en Irak, quelles seront les prochaines cibles ? Les pays d’Europe de l’Est et l’OTAN ?…

AVS

(1) : Libération (20/02/2002)

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Les opérations de relations publiques : les Public Affairs (FM 46-1) http://www.infoguerre.fr/doctrines/les-operations-de-relations-publiques-les-public-affairs-fm-46-1/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/les-operations-de-relations-publiques-les-public-affairs-fm-46-1/#comments Tue, 14 Jan 2003 20:54:07 +0000 Articles similaires :
  1. Les relations publiques au service de l’influence globale
  2. Focus sur l’International Public Information
  3. Le concept d’opérations d’information
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Infoguerre revient sur un des outils de l’influence du Département de la Défense (Dod) des Etats-Unis : les Public Affairs, que l’on pourrait traduire par « relations publiques ». Le manuel FM 46-1, édité la première fois en 1992, décrit le rôle, les missions, les capacités et l’organisation de ces Publics Affairs. Ce manuel prend toute sa signification en le recoupant avec le FM 100-6 : Information Operations et le FM 41-10 : Civil Affairs.

Les Public Affairs accomplissent des missions de communication à destination du peuple américain et de leurs propres forces armées afin d’établir les conditions favorables à la confiance de ces différentes opinions dans les capacités de l’armée US à mener des opérations aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre.

A l’aube d’une guerre probable en Irak, il est intéressant de revenir sur l’ensemble des acteurs opérationnels pendant un conflit. L’armée sur laquelle l’attention est focalisée n’est pas un élément indépendant et travaille de concert avec d’autres forces, qu’elles soient les armées alliées, les agences gouvernementales ou non-gouvernementales… L’équipe des Publics Affairs fait partie de ces agences gouvernementales, son rôle principal est de fournir des informations complètes, pertinentes et constamment actualisées sur les activités des forces armées US.

Une « équipe pays » est constituée dans la zone d’intervention des forces américaines. C’est généralement l’ambassadeur qui détermine sa composition et la préside. Elle est normalement constituée de membres clés de la mission diplomatique des Etats-Unis dans la zone. Cette équipe est chargée de coordonner les différentes activités des « intérêts » américains pour atteindre un même objectif. Elle s’appuie pour cela sur un certain nombre d’acteurs, dont l’une d’entre elles est l’US Information Agency. L’USIA est une agence indépendante du gouvernement US qui contribue à remplir les objectifs de la politique extérieure des Etats-Unis en influençant les attitudes du public dans les zones étrangères. Elle conseille le Président ainsi que les autres agences US des impacts possibles de la politique étrangère, des programmes et des déclarations officielles sur l’opinion étrangère. L’USIA est susceptible de conduire des opérations de Public Affairs dans un pays cible ou sur des théâtres d’opération.

Les ONG sont d’autres partenaires indispensables pour les Public Affairs. Ces dernières sont souvent présentes avant, pendant et après les opérations militaires. Sur place avant les médias, elles sont fréquemment la source initiale d’information pour les journalistes, et peuvent également servir d’informateurs précieux pendant des opérations. Le FM 46-1 recommande aux employés des Public Affairs de connaître l’ensemble des organisations en activité dans la zone avant de se déployer. L’équipe de Public Affairs doit multiplier les contacts avec ces groupes qui peuvent être des fondations privées, des associations de professionnels, des groupes religieux… afin de mieux comprendre les objectifs de ces groupes et leur utilité pour les Public Affairs. Le manuel souligne que les responsables de ces groupes doivent être considérés comme des interlocuteurs privilégiés sur les situations en cours.

La lecture du manuel FM 46-1, réactualisé en 1997, permet de mieux comprendre la vision que le Dod porte sur les Public Affairs/relations publiques dans la conduite des opérations militaires américaines. Il confirme également la nécessité de se doter de divers réseaux d’influence pour toucher les populations cibles par différents canaux et ainsi les encercler par la connaissance.

AVS

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Rapport annuel de Donald Rumsfeld au Président et au Congres http://www.infoguerre.fr/doctrines/rapport-annuel-de-donald-rumsfeld-au-president-et-au-congres/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/rapport-annuel-de-donald-rumsfeld-au-president-et-au-congres/#comments Wed, 27 Nov 2002 10:38:03 +0000 La version 2002 du Rapport Annuel du Secretaire de Défense D. Rumsfeld au Président des Etats-Unis et au congrès est disponible sur le site internet du DoD (Depatment of Defense) ]]> La version 2002 du Rapport Annuel du Secretaire de Défense D. Rumsfeld au Président des Etats-Unis et au congrès est disponible sur le site internet du DoD (Depatment of Defense)

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La stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-strategie-de-securite-nationale-des-etats-unis/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-strategie-de-securite-nationale-des-etats-unis/#comments Sun, 06 Oct 2002 17:38:03 +0000 On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas !

Dans l'indifférence quasi générale, le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique vient de faire paraître sa « nouvelle stratégie de sécurité ». Derrière ce titre un peu solennel, il s'agit surtout de justifier la nouvelle doctrine Bush junior en matière de lutte contre le terrorisme, d'intervention dans les conflits régionaux, d'élimination des armes de destruction massive et surtout de protection du territoire des USA.
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On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas !

Dans l’indifférence quasi générale, le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique vient de faire paraître sa « nouvelle stratégie de sécurité ». Derrière ce titre un peu solennel, il s’agit surtout de justifier la nouvelle doctrine Bush junior en matière de lutte contre le terrorisme, d’intervention dans les conflits régionaux, d’élimination des armes de destruction massive et surtout de protection du territoire des USA.
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Dans un document d’une trentaine de pages, le président explique pourquoi il est « fier d’avoir la responsabilité de conduire l’humanité dans la voie de Liberté ».
Avant d’exposer son projet pour la terre entière, il rappelle qu’un seul modèle de réussite est acceptable à ses yeux : la démocratie, la liberté et le libre-échange. Selon Bush, « la capacité du libre échange et du marché libre à tirer de la pauvreté des sociétés entières n’est plus à prouver », les habitants du Bronx et d’Harlem seront contents de l’apprendre. Sa mission est donc de mettre en place sur toute la surface du globe ce triptyque salvateur. Avant toutes choses, le président Bush junior réaffirme que ce qui guide toute la politique américaine c’est «la défense de la liberté et de la justice, parce que ce sont des droits juste et imprescriptibles pour tous et en tout lieu». Partant de là, tout la politique américaine est la conséquence de ce combat de la civilisation contre la barbarie.

Dans cette croisade, l’Amérique s’engage même «à récompenser comme elles le méritent les nations qui auront pris des mesures favorables à la démocratie ». Un peu à la manière d‘un maître d’école, l’Oncle Sam distribuera des bons points aux gentils et des punitions aux méchants et aux «voyous ». Dans ce message fort, adressé au monde, Georges Bush junior identifie l’ennemi qui n’est «ni un régime politique, ni une personne, une religion, ni une idéologie isolée », l’ennemi c’est le terrorisme qui se nourrit de ce que lui donne les Etats voyous. La victoire, selon lui ne viendra qu’après de multiples batailles dont les succès seront «plus ou moins visibles ». La lutte à mort contre la bête immonde du terrorisme passe par la «défense des Etats-Unis, du peuple américain et de ses intérêts aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger (…) parce que les terroristes haïssent l’Amérique ! ». La liberté et la démocratie et l’Amérique ne font qu’un, s’attaquer à l’Amérique c’est s’attaquer à La Civilisation.

Mais le but visé par ce texte est surtout celui de justifier et d’expliquer la nécessité d’une guerre préventive en Irak ou ailleurs. Une guerre que l’Amérique mènerait «seule si nécessaire » ou à la tête d’une coalition. A six reprises cette idée de légitime défense par anticipation est mise en avant par le président : « Il faut détruire la menace avant qu’elle ne frappe, (…)nous n’hésiteront pas agir seuls à titre préventif,… ». Au moins, avec Bush junior, le style est direct et clair ; l’Irak et les «voyous » peuvent commencer à trembler !
A côté de cette lutte armée, les Américains sont prêts à mener un «combat d’idées » américaines pour gagner la guerre contre le terrorisme. Tout d’abord, grâce à l’influence des Etats-Unis, le terrorisme doit être présenté sous le même jour que «l’esclavage, la piraterie ou le génocide », ensuite les gouvernements musulmans «modernes et modérés » doivent être soutenus et montrés en exemple, puis il faut lutter contre la pauvreté et la misère qui «nourrissent le terrorisme » et enfin recourir à «une diplomatie efficace » pour permettre une bonne circulation de l’information et des idées.

Ne vous étonnez pas de voir de plus en plus de treillis US sur tous les continents car pour le maître d’école la présence des forces armées américaines est «l’un des symboles forts de l’attachement des Etats-Unis envers ses alliés et amis ». Rien ne sert de s’offusquer de toute façon l’Amérique aura besoin de bases et de cantonnements en «Europe occidentale, en Asie du Nord-Est et bien au delà ! ». Il faudra même «négocier des accords d’accès temporaires pour le déploiement à longue distance des troupes »…tout ceci a le mérite d’être clair.

Que les valeureux GI’s se rassurent, ils pourront œuvrer dans la sérénité, sans crainte d’avoir à répondre de leurs actes. Leur président reste ferme sur un point, toutes les actions armées ne pourront pas être entravées par le TPI car «son pouvoir d’investigation, d’enquête et de poursuite (…) ne s’étend pas aux Américains. Nous le refusons ! ». L’argument est même juridique puisque Georges Bush fait jouer les dispositions de «l’American Servicemembers Protection Act » qui assure en tout lieu et tout temps la protection à ses ressortissants…
Georges Bush junior conclue sur un ton rassurant en refusant de voir dans la lutte contre le terrorisme un choc entre deux civilisations. De toute façon pour ceux qui n’avaient pas encore compris, il n’y a qu’une civilisation sans cesse en guerre pour la liberté, la démocratie et le libre-échange.

Dans son dernier ouvrage Après l’empire, Emmanuel Todd nous apporte peut-être une explication à cette volonté belliqueuse. « Si la démocratie triomphe partout, nous aboutissons à ce paradoxe terminal que les Etats-Unis deviennent, en tant que puissance militaire, inutiles au monde et vont devoir se résigner à n’être qu’une démocratie parmi les autres ».

Jean-Baptiste Jusot

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Guerre de l’information : le désert français http://www.infoguerre.fr/doctrines/guerre-de-l-information-le-desert-francais/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/guerre-de-l-information-le-desert-francais/#comments Fri, 04 Oct 2002 09:23:50 +0000 Ecole de guerre économique - EGE - comme les deux seules structures françaises travaillant de manière innovante sur les problématiques de guerre de l'information. ]]> La Rand Corporation Europe identifie, dans un rapport destiné à l’OTAN, le Centre Electronique de l’Armement – CELAR – (établissement de recherche militaire rattaché à la Délégation Générale à l’Armement) et l’Ecole de guerre économique – EGE – comme les deux seules structures françaises travaillant de manière innovante sur les problématiques de guerre de l’information.

« France has been behind the United Kingdom in official development of organisational capabilities for IO. Although there have been speeches given by relatively senior figures in the French defence establishment, there have been no public statements that an IO doctrine is under development. Nonetheless, two research centres appear to be the focal points of French IO work. CELAR (Centre d’Electronique de l’Armement) specialises in the study of the application of IW techniques and the Ecole de Guerre Economique takes an interesting view of the application of IO by including economic vulnerabilities, as well as psychological warfare and information security. The main declaratory statements have been at conferences, where theories on the « Mastery of Information » have been developed.« 
p11 – NATO Individual Fellowship 1999/2001 – FINAL REPORT – Strategic and Organisational Implications for Euro-Atlantic Security of Information Operations – Dr Andrew Rathmell – RAND Europe & Information Assurance Advisory Council.

Le CELAR travaille pour le compte du Ministère de la Défense sur les questions de guerre électronique et de guerre informatique. L’EGE est une entité de formation privée délivrant un diplôme de troisième cycle. Lancée conjointement en 1997 par l’équipe INTELCO du groupe Défense Conseil International – DCI – et l’école de commerce ESLSCA. L’EGE en est aujourd’hui à sa sixième promotion et compte 36 étudiants. Son activité de recherche, menée au sein du LAREGE, porte sur les applications civiles de la guerre de l’information et la dimension offensive des attaques informationnelles dans les nouvelles formes de conflit.

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La France sans doctrine de sécurité globale http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-france-sans-doctrine-de-securite-globale/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-france-sans-doctrine-de-securite-globale/#comments Thu, 18 Jul 2002 14:23:43 +0000 Articles similaires :
  1. La France sans doctrine de puissance économique
  2. Sécurité globale n° 15 – Choiseul : Sécurité énergétique
  3. Sécurité globale 4, Editions Choiseul : La révolution du renseignement
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Depuis la mise en garde électorale du premier tour des élections présidentielles suivie par le taux record d’abstention aux élections législatives, les premières déclarations du nouveau gouvernement ont essentiellement porté sur les urgences en matière de politique intérieure. La déclaration du chef de l’Etat prononcée lors des cérémonies du 14 juillet confirme cette première impression. N’existe-t-il pas d’autres priorités toutes aussi urgentes ?Commençons par rappeler l’elémentaire : « s’il était possible de séparer la puissance économique de la puissance politique, ce ne serait que dans les sociétés les plus primitives. Dans les temps modernes – avec l’émergence de l’Etat national, l’expansion de la civilisation européenne dans le monde entier, la révolution industrielle et les progrès constants de la technologie militaire – il nous a fallu envisager la question de l’interdépendance entre, d’une part, la force commerciale, financière et industrielle et, d’autre part, la force politique et militaire. Cette corrélation est l’un des problèmes les plus critiques de l’art de gouverner. Elle implique la sécurité d’une nation et, dans une large mesure, déterminer le degré de vie, de liberté, de propriété et de bonheur dont peut jouir l’individu. » Ainsi parlait Edward Mead Earle dans un ouvrage intitulé Les maîtres de la stratégie, tome 1, paru en 1986 chez Flammarion.
La fin de la guerre froide, la revendication de la suprématie mondiale par les Etats-Unis d’Amérique, les attentats du 11 septembre 2001 et la fragilisation chaotique de l’économie mondiale mettent en lumière les relations évidentes entre les problèmes de sécurité intérieure et les problèmes de sécurité extérieure. La citation d’Edward Mead Earle s’applique parfaitement au contexte actuel. Comment expliquer dans ce cas le silence des politiques français sur la définition d’une stratégie globale en matière de sécurité nationale ?

Combien faudra-t-il de démonstrations par l’absurde ?

Les attentats du 11 septembre constituent une véritable leçon de choses sur les déficiences de la superpuissance américaine en matière de direction globale de renseignement. Quelles leçons avons-nous tiré en France de cet échec et mat sécuritaire ? Paradoxalement, une certaine autosatisfaction. Prenant comme prétexte que les services de sécurité français avaient averti quelques mois auparavant du risque d’attaque terroriste sur le sol américain, les politiques en ont conclu que que la tradition policière française était plus efficiente que l’apparente démesure des moyens financiers, matériels et humains mis à la disposition des multiples services de renseignement américains. Une réactivation du plan Vigipirate et une concentration des forces sur le suivi du terrorisme international sont les mesures les plus concrètes qui ont été prises par les autorités françaises pour renforcer notre dispositif de sureté.

Cette vision de la réalité est trompeuse. Si Ben Laden avait pointé le curseur sur la France, les attentats du type 11 septembre auraient frappé notre pays de manière aussi catastrophique. Pourquoi ? Dans le cas du terrorisme islamique, des forces terroristes ont frappé le territoire français souvent de manière artisanale. Le démantèlement judiciaire des réseaux, intervenu après-coup, n’a pas empêché le renouvèlement d’autres campagnes d’attentat. Le détournement de l’Airbus d’Air France assurant la liaison entre Alger et Paris est à ce titre l’exception qui confirme la règle. Les hommes politiques interviewés par les télévisions à la fin de l’année dernière sur cette affaire déclaraient que les autorités françaises avaient su réagir avec les moyens appropriés (cf l’assaut du GIGN) pour stopper l’action terroriste et éviter un crash aérien sur Paris.

Notons cependant au passage que si le commando qui a détourné cet appareil avait voulu commettre un attentat suicide en projetant l’appareil sur la ville de Marseille, les spécialistes chargés ce jour-là de la surveillance de l’espace aérien hexagonal admettent qu’il aurait été difficile de l’en empêcher. A l’époque, les autorités compétentes avaient été pris de court et ont repris l’initiative après que l’appareil se soit posé sur l’aéroport de Marseille pour refaire le plein en carburant. On peut nous objecter que les mesures de sécurité aérienne prises après le 11 septembre comblent cette lacune. C’est exact, à un détail prêt. Le terrorisme frappe toujours en cherchant d’autres points faibles. Il suffit d’observer attentivempent ce qui se passe depuis plusieurs mois en Israël et dans les territoires occupés pour en tirer les enseignements élémentaires qui s’imposent.

L’impérieuse nécessité d’une coordination du renseignement global

La principale leçon tirée par les autorités américaines après le 11 septembre porte sur le renforcement de la coordination des activités intérieures et extérieures de renseignement qui doit être rendue encore plus opérationnelle. Rappelons que les Etats-Unis disposent déjà d’un Conseil de Sécurité Nationale qui relève de la responsabilité du pouvoir politique. Le système sécuritaire français n’est pas aujourd’hui organisé dans ce sens. Il n’existe pas de conseil de sécurité intégrant cette double vision intérieure et extérieure des problèmes. Plusieurs raisons expliquent cette incohérence organisationnelle. En premier lieu des raisons historiques. La tentative de coup d’Etat militaire, le 23 avril 1961 à Alger, a eu des répercussions importantes dans l’organisation du système défensif de la France. Le général de Gaulle a tout fait à cette époque pour qu’une telle dérive de l’institution militaire ne se renouvèle pas. La réforme du Secrétariat Général de la Défense National (SGDN) a été menée dans ce sens. A l’origine, la principale mission originelle du SGDN, avant 1961, était d’orienter et de coordonner la politique nationale de renseignement.

Après 1961, à la suite des mesures correctives décidées par le général de Gaulle, le SGDN a perdu ce rôle-clé dans la centralisation du renseignement. Comme le relevait avec un soupçon d’ironie le général de Marolles, ancien directeur du Renseignement au Service de Documentation Extérieur et de Contre-Espionnage (actuelle DGSE) : « Le SGDN était devenu un trou noir, l’information qui y entrait ressortait que très rarement avec une dimension stratégique ». Constatant 30 ans plus tard ce dysfonctionnement de l’appareil étatique, Michel Rocard, Premier Ministre, a tenté de relancer le Comité Interministériel du Renseignement. Rattaché au SGDN. Il était alors composé d’une dizaine de permanents, dont des appelés du contingent, si on omet le centre de traduction. Le rapport Picq sur la réforme de l’administration publié en 1994 redonna théoriquement au SGDN ses prégoratives originelles dans le domaine du pilotage du Plan National de Renseignement. Mais dans la pratique, Jean Picq, nommé en 1995 à la tête du SGDN, n’est pas allé jusqu’au bout de sa réforme en faisant taire les rivalités entre les différents services et en impliquant le pouvoir politique dans une véritable démarche d’élaboration d’une politique de sécurité nationale. Ses successeurs n’ont pas fait mieux.

En 2002, la France ne dispose toujours pas d’organisation cohérente de sécurité globale. Cette lacune est dénoncée par un certain nombre d’experts et de serviteurs de l’Etat. Elle peut avoir un jour des conséquences très néfastes sur la vie quotidienne des citoyens français si on se reporte à la définition d’Edward Mead Earle. Une stratégie réaliste de sécurité globale ne s’arrête pas à la traque concertée du terrorisme international, considérée officiellement comme la priorité n°1 de nos services spécialisés. Elle implique une vision moyen/long terme de la préservation et de l’accroissement des intérêts français dans les domaines militaires, commerciaux, financiers, industriels et culturels. Les vœux pieux sur la relance de la croissance et de la compétitivité des entreprises ne sont plus des éléments suffisants pour assurer aux générations futures une évolution favorable de leur mode de vie dans le cadre d’une construction européenne à géométrie variable.

Deux points de repère ne doivent pas échapper à nos gouvernants :
· La croissance la plus palpable actuellement, c’est celle des fragilités politiques et économiques du monde.
· La compétitivité la plus flagrante, c’est celle qui permet à la superpuissance du moment d’imposer sa loi financière, commerciale, culturelle au meilleur de ses alliés.

L’orientation d’une politique de sécurité globale est la résultante de l’art de transiger entre des enjeux contradictoires et de fixer des lignes d’action pertinentes, en particulier dans la corrélation indispensabole entre les missions de renseignement intérieur et extérieur. Le système de renseignement français a des carences importantes sur des enjeux majeurs : la mise en œuvre de stratégies d’influence durables dans le domaine géoéconomique est un cas d’exemplarité parmi d’autres. Il en va de même en matière de maîtrise du risque informationnel dans le processus de décision, de suivi et de déclenchement d’opérations clandestines. Sur ce point précis, ce ne sont pas les services spécialisés qui sont défaillants mais le pouvoir politique qui se refuse à leur donner les missions à la hauteur des dits enjeux. Le général de Gaulle disait que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille (c’est-à-dire à la Bourse). On pourrait rajouter qu’elle ne se fait pas non plus autour d’un plateau de petits fours.

Rappelons aux politiques que ce domaine réservé est le moins exposé au baromètre des sondages d’opinion. C’est un des rares pouvoirs qu’il leur reste pour appliquer des réformes qui ne sont pas sujettes aux soubressauts immédiats de l’opinion publique et qui n’ont de répercussion identifiable sur un mandat électoral. La célèbre formule responsable mais pas coupable n’est pas reproductible dans tous les cas de figure. Si nous en restons là, l’absence de courage et de professionnalisme dans la conduite d’une politque de sécurité globale sera un jour sanctionné parles faits. Tout reste à faire en matière de réflexion sur la sécurité globale de la France. Le temps presse.

Christian Harbulot

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Mutation du Renseignement dans les affrontements économiques http://www.infoguerre.fr/doctrines/mutation-du-renseignement-dans-les-affrontements-economiques/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/mutation-du-renseignement-dans-les-affrontements-economiques/#comments Thu, 18 Apr 2002 09:24:20 +0000 On lira par ailleurs avec un intérêt non dissimulé, l'article du Lieutenant Colonel Guelton sur "la Naissance du renseignement économique en France pendant la 1ère Guerre mondiale".

On peut regretter cependant que dans son éditorial, Monsieur Martel, Professeur émerite de l'IEP d'Aix-en-Provence fasse encore l'amalgame fâcheux, qui est aussi propre à bon nombre de miltaires, entre l'espionnage économique dans la très longue durée ; et la gestion offensive des sources ouvertes.
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Le numéro 4 d’avril 2002 de la Revue Historique des Armées publie dans ses pages un article de Christian Harbulot intitulé « Mutation du renseignement dans les affrontements économiques ».
On lira par ailleurs avec un intérêt non dissimulé, l’article du Lieutenant Colonel Guelton sur « la Naissance du renseignement économique en France pendant la 1ère Guerre mondiale ».

On peut regretter cependant que dans son éditorial, Monsieur Martel, Professeur émerite de l’IEP d’Aix-en-Provence fasse encore l’amalgame fâcheux, qui est aussi propre à bon nombre de miltaires, entre l’espionnage économique dans la très longue durée ; et la gestion offensive des sources ouvertes.


MUTATION DU RENSEIGNEMENT DANS LES AFFRONTEMENTS ECONOMIQUES

Le renseignement économique et la guerre

Il n’est pas simple d’étudier l’évolution de la fonction renseignement dans la gestion des rapports de force économiques. La faible quantité d’écrits sur la question n’explique pas tout. Contrairement au renseignement d’ordre géopolitique ou militaire, le renseignement économique s’est limité à deux angles d’approche: le renseignement économique dans le cadre de conflits militaires et l’espionnage industriel du temps de paix.

Les guerres napoléoniennes ont démontré l’importance du renseignement économique dans la conduite d’une guerre conventionnelle : blocus maritime dirigé par la couronne britannique contre l’empire napoléonien, Blocus continental impulsé par Napoléon 1er contre les Anglais. La première guerre mondiale a confirmé la juxtaposition d’opérations militaires et de manipulations informationnelles dans ce qu’il est convenu d’appeler les prémisses de la guerre de l’information.

L’espionnage industriel reste encore aujourd’hui le sujet favori des médias dès lors qu’un lien est établi entre les problèmes de renseignement et de concurrence déloyale. En septembre 2001, le groupe Procter&Gamble était accusé d’avoir demandé à une société de renseignement privée Phoenix Consulting Group de faire les poubelles de Sunsilk, filiale américaine du groupe Unilever. Si les affaires de ce type sont rarement connues du public, elles polarisent malgré tout l’attention des journalistes et de bon nombre d’experts qui limitent l’amplitude des affrontements entre firmes à cette forme d’agression.

Cette tendance à vouloir ramener systématiquement le renseignement économique à cette double dimension fausse en partie la perspective historique du sujet, mais surtout en réduit considérablement le champ d’analyse. Reprenons la maxime de Foch : « de quoi s’agit-il ? »

Rapports de force économiques et cultures du renseignement

Pour évaluer le rôle du renseignement dans les affrontements économiques qui ont jalonné l’histoire il faut revenir sur les différences de contexte et les effets induits sur la stratégie des acteurs. Avant l’ère des révolutions industrielles, quatre formes d’économie prédominent entant que sources de conflit:

  • 1- Les économies de subsistance


  • Elles offrent sur un territoire donné l’ensemble des vivres et des objets au moyen desquels on survit. L’histoire moderne situe la France dans cette catégorie. Sous l’Ancien Régime, les provinces riches étaient contraintes par les intendants de constituer des greniers d’abondance afin de fournir aux provinces pauvres le grain nécessaire en cas de mauvaises récoltes. L’économie de subsistance génère une culture défensive du renseignement. La menace est d’abord intérieure. En décrivant les luttes internes au sein des forces jacobines sous la Révolution française, Albert Mathiez (3) est très explicite sur ce point : « Nos ancêtres ont vécu pendant des siècles dans la crainte absolue de la disette. Assurer les subsistances du peuple était alors le premier devoir des gouvernants. Il en fut ainsi jusqu’à la construction des chemins de fer et des bateaux à vapeur. » Lorsque l’espionnage est pratiqué vers l’extérieur, c’est surtout pour compenser un retard technique (4).

  • 2- Les économies d’espace vital


  • Elles sont la résultante de la pénurie des subsistances dans les zones géographiques où les peuples doivent aller chercher ailleurs ce qu’ils n’arrivent pas à trouver sur place. L’histoire de l’Allemagne et du Japon est jalonnée par ce débat sur la nécessité de sortir des frontières pour trouver les ressources nécessaires au développement. Les économies d’espace vital sont à l’origine des cultures du renseignement économique les plus offensives. L’historien français Henri Hauser (5) a recensé les techniques allemandes de renseignement mises en pratique par les banques, les sociétés d’assurance et les sociétés de commerce. Quelques années plus tard, Anton Zishka (6) a décrit la manière dont le Japon de l’empereur Meiji s’est hissé progressivement au niveau de l’Europe par une stratégie tous azimuts d’acquisition de connaissances, combinant à la fois l’espionnage et l’exploitation systématique des sources ouvertes.

  • 3- Les économies « impériales »


  • Elles sont le fruit d’une expansion territoriale donnant naissance aux grands empires de l’Histoire. La construction de l’Empire romain, en particulier le rapport entre Rome et ses provinces, illustre bien ce mécanisme de domination entre un pouvoir et les zones géographiques passées sous son contrôle direct ou indirect. Dans un rapport du fort au faible, il s’agit surtout de préserver l’acquis et de conserver l’avantage dans les domaines-clés de l’expression de la puissance. C’est ce qui explique pourquoi les économies impériales sont à l’origine de cultures du renseignement très orientées vers l’influence, car leur priorité du temps de paix est l’allégeance des territoires conquis ou achetés.

  • 4- Les économies de marché


  • Elles ont été mises en évidence par Fernand Braudel (7) dans son étude de la puissance des villes comme Venise, Anvers ou Amsterdam, entre le XVe et le XVIIIe siècle. La rivalité marchande entre les villes du Nord de l’Italie et les villes flamandes est à l’origine de techniques d’attaque comme l’espionnage technique et la contrefaçon. En reproduisant le sceau des tisserands italiens, les tisserands flamands ont progressivement détourné une partie du marché du textile à leur profit.



À cette première grille de lecture des affrontements économiques, le XIXI siècle a ajouté des échiquiers supplémentaires apparus dans le sillage des révolutions industrielles :

  • Les économies de ressources


  • La recherche des matières premières nécessaires au développement industriel a abouti à l’émergence d’un nouveau type de rapports de force, liés aux situations de dépendance et de pénurie. La compétition autour du pétrole a démontré le rôle majeur du renseignement dans la définition d’une stratégie de puissance. Au début du XXe siècle, la Grande-bretagne n’a pas hésité à mettre à la tête de l’Anglo Persan Oil un ancien responsable du renseignement britannique pour contrer la politique expansionniste du trust Rockefeller. Soixante ans plus tard, le général de Gaulle nomme à la tête d’Elf Aquitaine Pierre Guillaumat, ancien du BCRA (8), qui a déjà réussi à doter notre pays de l’arme atomique et de l’énergie nucléaire. L’indépendance énergétique de la France est alors un objectif prioritaire de préservation de sa puissance.

  • Les économies parallèles


  • Elles ont toujours existé mais elles prennent aujourd’hui une importance accrue avec la mondialisation des échanges. Les économies parallèles des pays du Sud et de certains pays du Nord créent des poches d’insécurité économique9 (commerce de la drogue, produits contrefaits, blanchiment d’argent). Mais les attaques terroristes du 11 septembre dernier à New York et à Washington, qui ont déstabilisé une partie de l’économie mondiale, donnent une dimension nouvelle à leur pouvoir de nuisance.

  • Les économies de blocs


  • La création de l’Union européenne puis de l’ALENA (Accord de libre échange nord américain) ouvre la voie à de nouvelles formes d’affrontement dans un contexte très particulier. Les alliés militaires sont adversaires (potentiels, ponctuels ou durables) sur le plan économique. Appelés à jouer un rôle décisif dans l’avenir des relations internationales, les blocs économiques ne tarderont pas à générer de nouvelles formes d’organisation et de pratiques dans le domaine du renseignement économique.



Le XXIe siècle dessine déjà les traits de deux échiquiers complémentaires:

  • L’économie virtuelle


  • Internet est un échiquier à part entière dont la surveillance et l’analyse du jeu d’acteurs sont déjà complexes. En matière de renseignement, les mots-clés sont interception, piratage et manipulation. Cet élargissement du champ de menaces induit à terme une remise en cause de la doctrine de protection du patrimoine. Dans un monde virtuel sans frontières, l’attaque par l’information est plus efficace que la défense par le droit. L’attaquant a l’avantage de la surprise, du temps réel, de l’économie des forces et des moyens. Le défenseur a le désavantage du temps différé, de la lenteur des procédures judiciaires et du coût élevé des moyens d’investigation à mettre en oeuvre.

  • L’économie spatiale


  • La compétition acharnée qui touche l’industrie des lanceurs donne un aperçu de l’évolution des rapports de force dans un secteur où la notion d’affrontement était jusqu’ici occultée par les discours sur la coopération scientifique. Stratégie de développement et politique de renseignement risquent à terme d’être indissociables, compte tenu de l’hétérogénéité des acteurs et de leurs objectifs en termes de puissance. L’exemple de la Russie est sur ce point assez démonstratif L’industrie spatiale est un des derniers atouts du Kremlin pour s’affirmer sur la scène mondiale. Moscou en fait à la fois une arme diplomatique, militaire et économique. Autrement dit, les Russes feront tout pour ne pas se faire affaiblir dans la compétition mondiale dans l’industrie spatiale.

    Devant l’exposé d’une telle richesse de situations, il est difficile d’admettre que les responsables politiques aient pu réduire de manière aussi caricaturale la réflexion sur le renseignement économique au cadre spécifique d’un conflit militaire ou à l’espionnage industriel du temps de paix. Le bouleversement des rapports de force entre puissances intervenu à la suite de la révolution de 1917 n’est pas étranger à cette approche très appauvrie du sujet.



Renseignement économique et guerre froide

À partir du moment où l’URSS annonce qu’elle souhaite favoriser une révolution mondiale pour renverser les régimes capitalistes à travers le monde, les rivalités économiques entre nations occidentales passent au second plan. La priorité devient la menace soviétique sur l’Occident. Ce changement de grille de lecture a eu deux conséquences principales:

  • - Une loi du silence sur les affrontements économiques entre pays occidentaux devient inévitable pour ne pas donner d’arguments à la propagande soviétique. Cette loi du silence a rendu tabou toute réflexion sur la guerre économique, telle qu’elle existait avant 1917. La société politique comme la société civile a gommé progressivement toute mémoire sur cette problématique. Il en est de même pour les enseignements universitaires qui se vident 10 de toute référence durant la guerre froide .
  • On aboutit ainsi au paradoxe suivant: la négation des affrontements économiques entre démocraties dans un objectif de puissance. Il se déroula pourtant durant cette période des évènements spectaculaires qui prouvaient le contraire. A la fin des années 40, les Etats-Unis utilisèrent des moyens très offensifs en termes de renseignement et d’opérations clandestines (11) dans le but de prendre le contrôle des gisements de pétrole du Moyen-Orient.

  • - Les mesures prises dans le domaine du renseignement économique se focalisent sur l’ennemi principal, à savoir les services de renseignements communistes qui organisent, dès l’entre-deux guerres, un pillage systématique des économies (12) occidentales. En 1981, la publicité faite en France autour de l’affaire Farewell donne une idée assez précise de l’ampleur de ce pillage technologique. Les services de renseignements français avaient profité de la défection d’un agent soviétique pour démontrer, preuves à l’appui, le modus operandi des services de l’Est dans le domaine de l’espionnage industriel.

Cette pression exercée par le Bloc de l’Est sur l’Occident a induit une approche très défensive du renseignement économique. Elle a été officialisée en France lors de la parution de l’ordonnance de 1959. La défense économique a été conçue en cas de conflit militaire ou de crise majeure afin d’assurer les besoins vitaux du pays. L’extension de sa définition durant la guerre froide est symbolisée par la doctrine de protection du patrimoine. La Direction de la Surveillance du Territoire a pris ce tournant durant les années 80, en créant une sous-direction chargée de la sensibilisation des entreprises et de la prévention des menaces.

De leur côté, les services de renseignements du Bloc de l’Est n’ont pas limité leur action à la collecte des secrets industriels occidentaux. Ils ont aussi formé des experts pour étudier la nature des affrontements économiques entre pays industrialisés et surtout analyser les stratégies des économies conquérantes. Un transfuge roumain (13) ingénieur agronome de son état, déclare avoir été formé en Bulgarie à cette approche du renseignement économique. On lui demanda notamment d’observer la manière dont le lobby du soja aux Etats-Unis se positionna sur le marché mondial de l’alimentation animale. La recherche de leadership s’échelonna sur une période de temps assez longue durant laquelle le lobby du soja et l’administration fédérale firent cause commune pour affaiblir la concurrence européenne. Il cite pour exemple la désinformation entretenue sur le lupin. Plante concurrente du soja sur le marché européen, la culture du lupin est interdite en 1945 par l’administration militaire américaine sur le sol ouest-allemand.
A la chute du Mur de Berlin, les usines polonaises traitant le lupin, encore cultivé en Europe de l’Est, ont été rachetées par des intérêts américains. Les nouveaux directeurs de ces usines ont déclaré par la suite que le lupin était une plante impropre à l’alimentation animale. Notre système défensif n’était pas orienté à cette époque pour détecter ce genre d’attaque.

La posture défensive générée par l’ordonnance de 1959 a entraîné une vision restreinte du champ des rapports de force économiques. Les différentes circulaires émises par le Secrétariat Général de la Défense Nationale ont orienté les missions de l’administration sur la protection du secret et non sur les initiatives à prendre pour renforcer les positions géo-économiques de la France à l’étranger. En effet, à cause de cette focalisation sur l’espionnage industriel, deux aspects offensifs du renseignement économique ont été tardivement pris en compte:

  • Les stratégies d’influence des puissances concurrentes


  • En 1995, le SGDN a intégré le terme « influence » dans ses textes sur l’intelligence économique. Mais il ne savait en décrire l’usage qu’à travers les batailles de couloir sur les normes européennes. Lors d’un colloque organisé à Matignon par Edith Cresson sur l’Europe industrielle, des industriels de la chimie avaient admis ne pas avoir su combattre leurs homologues allemands sur la question des normes. Ils reconnurent leur échec en n’ayant pas su créer à temps des « task forces » de juristes susceptibles de contrer le lobbying prolongé des industriels allemands à Bruxelles.

  • Les applications civiles de la guerre de l’information
  • Elles ont été décrites en France dans une étude effectuée pour le compte de la Délégation générale pour l’Armement en 1996 (14) . Avant cette date, les opérations de désinformation étaient analysées à travers le prisme de la guerre froide. La montée en puissance des déstabilisations par la rumeur dans le monde économique nippon était passée inaperçue (15) . L’entrée dans la société de l’information confirmera hélas cette tendance.



La multiplicité des cas d’influence et d’attaque par l’information contre des entreprises qui se sont succédés jusqu’à aujourd’hui, a mis en lumière l’importance de cette double dimension offensive dans la réalité des affrontements économiques contemporains. Avec le recul du temps, on constate que des enseignements auraient pu être tirés d’expériences étrangères. C’est justement le cas du Japon. Si les velléités de conquête de l’économie japonaise ont inquiété l’Occident, l’étude des caractéristiques offensives du modèle nippon a été partielle et a finalement conforté dans leurs opinions les responsables de cette vision restrictive du renseignement économique.

La prise en compte relative du modèle nippon

La pénétration des entreprises japonaises sur les marchés intérieurs américain et européen est devenue un sujet d’actualité au début des années 80. Mais la: perception de la menace s’est très vite traduite par une mise en garde contre les opérations d’espionnage éventuelles menées par les envoyés de l’Empire du Soleil Levant. Sans tomber dans « l’espionnite aiguë », les services spécialisés occidentaux ont dû redéployer une partie de leurs forces dans des opérations de surveillance d’une population très diversifiée, incluant aussi bien des personnes d’origine asiatique (ingénieurs en visite, stagiaires, étudiants, ou correspondants des organismes para-étatiques) que des nationaux (consultants, avocats, chercheurs, journalistes, sociétés de renseignement privé) susceptibles d’être manipulés par des intérêts nippons. Les écrits de Pat Choatel6 sur le système d’influence japonais aux Etats﷓Unis ne semblent guère avoir eu d’échos en France. Il est vrai qu’un réseau d’influence au sens propre du terme n’est pas un réseau d’espions mais plutôt une chaîne relationnelle très imbriquée dans le monde économique du pays visé. Les services spécialisés ont une visibilité très relative de ce type d’acteurs car ils ne les intègrent pas forcément dans leur grille de lecture dès qu’il s’agit d’un problème purement économique.

Historiquement, le Japon est pourtant le premier pays industrialisé à avoir bâti autour de l’information le levier fondamental de son essor industriel. A ce titre, il est aussi un des pays précurseurs dans l’emploi tous azimuts du renseignement économique. Durant leur course à l’industrialisation, les Japonais ont développé une approche presque tactile de la fonction renseignement. Dans un premier temps, ils ont manœuvré dans un rapport du faible au fort. L’ère Meiji est une période de ruse, de manipulation du sentiment de supériorité, que l’Occident exprime à l’égard de ce Japon « médiéval », émergent de plusieurs siècles d’autarcie. Pour se développer rapidement, les Japonais n’avaient pas le choix, il fallait aller chercher la connaissance hors des frontières. C’est ce qu’ils ont fait pendant des décennies en prenant ce qu’on leur donnait ou en espionnant ce qu’on leur cachait.

Pour arriver à ce résultat, les Japonais se sont donnés les moyens de tirer les bilans des expériences étrangères, en particulier dans le domaine du renseignement. La culture britannique du renseignement a appris aux Japonais le profit opérationnel qu’une puissance offensive peut tirer de la mobilisation de ses élites intellectuelles. Au XIXe siècle, l’Intelligence Service a recruté ses meilleurs éléments parmi les membres de l’aristocratie britannique. Ceux-ci sillonnaient le monde pour des raisons professionnelles et rédigeaient des rapports sur les éléments qui avaient retenu leur attention dans le cadre de la sauvegarde des intérêts de l’Empire. Les Japonais ont perfectionné cet acquis en généralisant cette pratique aux cadres de leurs grandes entreprises. Ils ont tiré aussi des enseignements précieux de la culture soviétique du renseignement en s’imprégnant des techniques d’influence des élites étrangères et de manipulation de leurs canaux médiatiques. L’universitaire américain Stephen Koch17 résume bien la démarche:

« En bref, ces agents vivaient et travaillaient au grand jour mais appartenaient à un univers qu’il faut qualifier de secret : le monde de la collecte de renseignements, de l’action clandestine, de l’infiltration camouflée, de l’influence cachée, du sabotage silencieux, du chantage discret ( … ). Cette activité ne se cantonnait pas aux médias ; Mlünzenberg sollicitait aussi les hommes d’affaires qui pouvaient jouer aussi un rôle dans l’espionnage industriel, tant en Europe qu’aux Etats﷓Unis. Par exemple, lors de l’électrification du pays, programme qui obsédait Lénine, la General Electric fut une des premières cibles. »

Les Japonais ont mis à profit ces méthodes d’influence souterraine dans leur approche des centres de décision des pays industrialisés. Aux Etats-Unis, ils ont réussi à noyauter les caisses de résonance de Washington de manière très efficace. La consultante Mindy Kotler, qui animait un réseau d’experts sur la pénétration des entreprises nipponnes aux Etats-Unis, déclarait à ce propos en 1991 qu’il était quasi impossible de critiquer le Japon dans un média américain sans se faire traiter immédiatement de japan basher (18). Cette pression psychologique a diminué depuis dix ans à la suite d’une réaction des cercles de pouvoir américains qui ont mis à profit leur réflexion sur l’expansionnisme nippon (19) en se dotant d’une doctrine de sécurité économique du temps de paix.

L’émergence des doctrines de sécurité économique

La politique offensive du Japon en matière de renseignement économique a incité les Etats-Unis à se doter d’une doctrine de sécurité économique. En janvier 1993, le secrétaire d’état américain Warren Christopher précise l’importance de la démarche : « la sécurité économique américaine devait être élevée au rang de première priorité de la politique étrangère ».

Comparée au texte français de l’ordonnance de 1959 sur la défense économique, la nouvelle doctrine américaine intègre les rapports de force géo-économiques du temps de paix. Autrement dit, un allié militaire peut être aussi un adversaire économique, potentiel, ponctuel ou durable. Le volet renseignement de cette politique est à la fois défensif et offensif Afin de renforcer la protection du patrimoine scientifique et industriel américain, l’administration Clinton lance le National Industrial Security Program (NISP). Il s’agit d’adapter les entreprises aux nouvelles contraintes de la société ,de l’information. Les américains ont compris que la circulation de l’information en temps réel et le caractère planétaire des communications par Internet imposent un nouveau type de dialogue entre l’administration et les différents acteurs économiques. Cette réflexion sécuritaire débouche d’abord sur des solutions techniques et réglementaires. A titre d’exemples citons la rédaction d’un manuel de référence commun sur les nouvelles procédures de sécurité appliquées aux technologies de l’information, ainsi que l’interdiction aux sociétés étrangères qui ont une participation supérieure à 5% dans une société américaine d’avoir accès à des informations classifiées. Mais l’aspect humain n’est pas oublié, du moins au niveau de la sensibilisation. Le NISP invite tout citoyen américain à considérer l’échange d’informations comme un risque potentiel pour son entreprise.

Mais la doctrine de sécurité, économique américaine renferme aussi un volet offensif que laisse entrevoir une proposition de loi déposée le 25 janvier 1996 par le sénateur Bill Cohen. La section 577 du texte (20) prévoyait en effet que le « vol, la saisie et le transfert d’informations confidentielles par les agences de renseignement américaines ne constituent pas une infraction dans la mesure où ils auront été légalement autorisés ».

Le dispositif offensif déployé à travers le monde par les agences américaines de renseignement repose sur trois mots clés : interception, influence, manipulation. Les rapports de la commission Echelon du Parlement européen ont démontré, que les « grandes oreilles »de la National Security Agency ont servi pour aider des entreprises américaines à remporter des parts de marché aux dépens d’entreprises européennes. Cette collecte d’informations n’est peut-être pas la plus stratégique. Contrairement au renseignement militaire ou géopolitique, la rentabilité globale du renseignement économique américain est très liée à la dimension humaine des problèmes traités. Dans un rapport allié/adversaire, les confrontations sont en général de nature indirectes. C’est le cas des stratégies d’influence où l’objectif à atteindre est de tenir le maximum de leviers de commande de l’économie. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les rapports de force économiques entre puissances ont été dominés par cette multiplication de théâtre d’opérations :

  • influence culturelle et linguistique, influence technologique,﷓ influence juridique,
  • influence réglementaire,
  • influence managériale (conseil, audit, notation),
  • influence morale (corruption, droits de l’homme, écologie),
  • influence multimédiatique (internet).



Le concept de perception management (21), mis au point par le Department of Defense et appliqué par la Central Intelligence Agency, donne un début d’éclairage sur les manipulations de l’information qui peuvent intervenir sur ce type d’échiquier. Le renseignement économique moderne est à la mesure de ce monde complexe, au sein duquel les opérations de renseignements touchent une grande variété d’acteurs publics et privés. L’orchestration de ces opérations est aujourd’hui un défi lancé, aux décideurs car elle repose sur une véritable culture de l’information et un sens inné de la stratégie combiné à la fonction renseignement.

Les retombées des tragiques attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington accélèrent la prise en compte de la mutation en cours. La grille de lecture alliés/adversaires s’applique de manière très concrète à la situation actuelle. L’alliance contre le terrorisme est une évidence sur le plan diplomatique et politico-militaire. La vigilance qui doit s’exercer autour du suivi des intérêts économiques français et européens en est une autre. Les politiques de renseignement pour atteindre ces deux objectifs ne sont pas identiques et peuvent même être antagoniques. Les leçons de l’après-guerre du Golfe ne doivent pas être oubliées. Après la défaite de l’Irak, les Etats-Unis ont exploité au maximum leur engagement militaire en obligeant le Koweït, l’Arabie Saoudite et les Emirats, à leur accorder le plus grand nombre de marchés d’armement et de contrats civils. L’opération « Tempête du Désert » n’était pas seulement un acte humanitaire. Nous sommes de nouveau confrontés à une situation similaire. Les Etats-Unis ne manqueront pas d’exercer une pression très forte sur leurs alliés pour reconquérir des aires d’influence géo-économique et renforcer leur suprématie économique. Combattre le terrorisme aux côtés des Etats-Unis et contenir l’offensive américaine sur le plan économique, telle est la difficile équation que doivent résoudre, en ce début de XXIe siècle, les gouvernements de l’Union européenne qui n’ignorent pas que la page blanche du renseignement économique européen reste à écrire.

Christian Harbulot

Notes de bas de pages :

1 Lors de l’affrontement maritime entre les flottes britannique et allemande au large des îles des Falklands, les services de renseignements anglais ont exploité très habilement le décalage de l’information entre l’issue de l’événement et sa parution dans la presse. Leurs relais à la Bourse de Londres ont fait courir le bruit d’une défaite de la Royal Navy. L’effondrement passager des cours de la City leur permit de réaliser ce jour-là une excellente opération financière.

2 Rome contre Carthage, le royaume d’Espagne du XVII siècle contre ses rivaux du commerce triangulaire, l’empire mercantiliste hollandais face aux royaumes rivaux de France et d’Angleterre, la rivalité des empires coloniaux européens…

3 Albert Mathiez, La vie chère et le mouvement social sous la Terreur, tome 1, Payot, 1973.

4 Christian Harbulot, La machine de guerre économique, Economica, 1992.

5 Henri Hauser, Les méthodes allemandes d’expansion économique, Armand Colin, 1917.

6 Aton Zishka, Le Japon dans le monde, Payot, 1934.

7 Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, tome 3, Le temps du monde, Armand Colin, 1979.

8 Service de renseignements piloté depuis Londres durant la seconde guerre mondiale par des proches du général de Gaulle.

9 Baptisées « zones grises » par les chercheurs en criminologie.

10 Constatation faite par des professeurs de gestion lors du colloque de l’Association Internationale de Management Stratégique à Lille en 1996.

11 L’un des actes les plus spectaculaires fut le soutien apporté en 1953 par la CIA aux auteurs du coup d’Etat contre le premier ministre iranien Mohammad Mossadegh qui avait nationalisé les compagnies pétrolières étrangères.

12 Au début des années 20, la troisième Internationale a demandé aux partis communistes de créer des réseaux de correspondants ouvriers (les rabcors) dans les usines des pays industrialisés. Le travail des rabcors ne se limitait pas à l’agitation syndicale, les plus motivés d’entre eux « remontaient» aussi de l’information sur les innovations industrielles dont l’URSS avait un besoin urgent pour développer son complexe militaro-industriel.

13 Il aurait été un des conseillers du frère de Ceaucescu au ministère de l’Agriculture roumain.

14 Cette étude a été réalisée par Stratco, filiale à l’époque du groupe parapublic Défense Conseil International et Intelco, département d’intelligence économique de DCI. Elle est intitulée « guerre de l’information » et comporte quatre lots. Le dernier lot rédigé par Intelco porte sur les applications civiles de la guerre de l’information dans le domaine industriel. Son contenu n’a pas été rendu public car il a été classé confidentiel défense.

15 Depuis la fin des années 1980, les grandes entreprises nipponnes sont obligées d’organiser leurs assemblées générales le même jour et sous protection policière pour lutter contre le chantage exercé sur certains actionnaires par le crime organisé local

16 Pat Choate, Agent of influence, A. Knopf, New York, 1990.

17 Stephen Koch, La fin de l’innocence, les intellectuels d’Occident et la tentation stalinienne, 30 ans de guerre secrète, éditions Grasset, 1998.

18 Anti﷓japonais.

19 Rapport Japan 2000, commandité par la CIA et rendu public en 1991.

20 Cette section 577 ne fut pas retenue lors du vote définitif de la loi Cohen par le Congrès.

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La Guerre cognitive http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-guerre-cognitive/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-guerre-cognitive/#comments Wed, 30 Jan 2002 18:38:51 +0000 M.A.J. 13/02/2002 - EXCLUSIF : après la 4ème de couverture, Infoguerre vous communique la première de couverture de l'ouvrage sur la Guerre cognitive. Disponible courant mars 2002, nous présenterons prochainement le sommaire de cette véritable réflexion stratégique sur les enjeux de demain.
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M.A.J. 13/02/2002 – EXCLUSIF : après la 4ème de couverture, Infoguerre vous communique la première de couverture de l’ouvrage sur la Guerre cognitive. Disponible courant mars 2002, nous présenterons prochainement le sommaire de cette véritable réflexion stratégique sur les enjeux de demain.

Le texte de la 4ème de couverture:

« Les attentats du 11 septembre ont légitimé la responsabilité sécuritaire des Etats-Unis sur le monde. Désormais, les conflits de toute nature seront régulés par la puissance politico-militaire américaine. C’est du moins ce qu’affirme avec vigueur le Président Georges W. Bush.
Ce verrouillage des rapports de force internationaux interpelle-t-il la France et l’Europe ?
Disposons-nous encore d’une marge de manoeuvre qui ne nous réduits pas à l’état de forces supplétives. Pourtant, les terrains d’affrontements ne manquent pas. La recherche de puissance dans les domaines économiques et culturels oppose déjà silencieusement les Etats-Unis au reste du monde depuis de nombreuses années.
Comment affronte-t-on un allié qui a su transformer une partie de nos élites en vassaux obéissants ?
C’est l’objet de cet ouvrage qui met en avant le principe de guerre cognitive. Face à un empire sans rival, l’affrontement direct est voué à l’échec.
La ruse, la stratégie, indirecte, l’art de la connaissance sont les seuls recours efficaces.

Les auteurs:
Philippe Baumard, Christian Harbulot, François-Bernard Huyghe, Didier Lucas, Nicolas Moinet, Charles Prats, Claude Rainaudi, Alain Tiffreau, Jean-Michel Valantin
et Les étudiants de la Promotion 2002 de l’Ecole de Guerre Economique.

Ouvrage dirigé par
Christian Harbulot
Co-auteur du rapport « Martre », figure importante de l’intelligence économique en France. Fondateur de l’Ecole de Guerre Economique (groupe ESLSCA), il poursuit depuis une quinzaine d’années des recherches sur les stratégies de dissuasion dans le rapport du faible au fort et sur l’économie de combat. Il a notamment publié La machine de Guerre Economique (Economica 1992) et la France doit dire non (Plon 1999).

Didier Lucas
Reponsable du développement du Laboratoire de Recherche de l’Ecole de Guerre Economique (LAREGE) et chercheur au LABCIS de l’université de Poitiers. Chargé d’enseignement à l’université de Lille-I. Co-auteur de Guerre Economique et Information: les stratégies de subversion (Ellipses 2001). »

Ouvrage à paraître aux éditions Lavauzelle – http://www.lavauzelle.com

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Coopération Civilo-Militaire http://www.infoguerre.fr/doctrines/cooperation-civilo-militaire/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/cooperation-civilo-militaire/#comments Mon, 07 Jan 2002 10:32:48 +0000 Le civilo-militaire en Grande Bretagne : leçons pour la France Par Sami Makki. ]]> Un article très interessant concernant le concept d’ACM (Action Civilo-Militaire) paru en septembre 2001 dans le n°58 de la revue Le Débat Stratégique intitulé : Le civilo-militaire en Grande Bretagne : leçons pour la France Par Sami Makki.Le Débat Stratégique Nº58 – Septembre 2001
Le civilo-militaire en Grande Bretagne : leçons pour la France
Par Sami Makki

Les forces armées britanniques ont développé, notamment par leurs expériences coloniales et leur déploiement en Irlande du Nord, une doctrine et des pratiques en matière d’opérations de paix (peace support, peace enforcement) caractérisées par une interface sensible à l’environnement et aux acteurs civils sur le théâtre d’opération [1]. Par ces expériences riches qui continuent à alimenter la réflexion stratégique, de nombreux contacts entre ONG et militaires se sont mis en place sur le terrain et lors de rencontres organisées par les forces armées ou les agences civiles.

Un niveau avancé de coordination: la recherche d’une cohérence intergouvernementale

La Grande-Bretagne définit les actions civilo-militaires (ACM) comme la relation d’interaction, de coopération et de coordination, le support mutuel, la planification commune et l’échange permanent d’informations à tous les niveaux entre les structures des forces militaires, les organisations et organismes civils et les relais d’opinion intra théâtre, nécessaires pour obtenir une réponse efficace dans tout l’éventail des opérations . Dans cette approche, La force militaire n’est qu’un élément d’une approche multifonctionnelle et multi-organisationnelle pour résoudre une crise complexe qui passe par une recherche d’une culture de coopération au sein de l’organisation militaire et d’une harmonieuse interaction avec toutes les organisations civiles [2]. Le Département du développement international est un élément clé de cette stratégie visant à assurer une cohérence globale et une unité des efforts engagés pour la conduite des ACM. Cette agence, qui est aussi chargée des relations avec les ONG, place la relation ONG-forces armées au centre de la coopération civilo-militaire par la recherche d’une cohérence interagences.

Des ONG de plus en plus résistantes… mais divisées

Face à cette coopération par l’intégration cililo-militaire et suite à l’intervention de l’OTAN au Kosovo, les ONG britanniques répondent par un regard beaucoup plus critique en cherchant à promouvoir une indépendance de réflexion et d’action. Certaines ONG, conscientes de ces tensions grandissantes et des possibles effets sur le long terme pour les rapports sur le terrain, tentent de réagir[3]. Il semble cependant que le courant de la contestation est majoritaire.

Pour Mike Aaronson de Save the Children UK (SCFUK), il est nécessaire de faire une distinction entre le soutien logistique aux opérations humanitaires qui est positif, et la coordination militaire d’une opération humanitaire qui ne l’est pas [4]. SCFUK, connu pour son refus du nouvel humanitarisme du gouvernement Blair entraîne dans son analyse l’important réseau de l’Overseas Development Institute[5] et s’apprête à publier un ouvrage sur la militarisation de l’humanitaire . Ce document aura un impact dans la communauté des ONG britanniques qui craignent par ailleurs une commercialisation de l’aide humanitaire.

Pour certains experts britanniques, au niveau opérationnel, la doctrine CIMIC reflète une politisation changeante de l’humanitaire, […] héritée de l’intervention en Somalie marquée par le réalisme, et se caractérisant par une coordination hiérarchique et hégémonique [6].

Une conférence organisée par le gouvernement britannique sur les relations entre ONG et Armées dans les crises complexes rappelait, qu’établir une meilleure compréhension est la première étape d’une confiance accrue [7]. Alors que la recherche d’une plus grande synergie visait d’abord à optimiser les ressources, les exigences d’indépendance et d’impartialité apparemment comprises par le militaire, rendent irréaliste l’idée de Task Forces intégrées proposées par le rapport Brahimi de l’ONU sur les opérations de paix en septembre 2000.

Appareil doctrinaire britannique et nécessaire flexibilité militaire

Certains jugent indispensable un engagement préliminaire avec les organisations civiles pour développer une compréhension et une confiance mutuelles et réduire suspicion et résistance durant les opérations. Mais pour le professeur Bellamy, de la Cranfield University, les ONG, qui ont du mal à s’adapter, ne peuvent se permettre (pour des raisons de moyens mais aussi de priorités), de former leur personnel par de longs stages. Pour les ONG, financées par des donateurs (exigeants) […], il faut d’abord aller sur le terrain et sauver ou reconstruire des vies aussi rapidement et efficacement que possible . La responsabilité d’une amélioration de cette coopération qui traverse une phase de crise repose sur les militaires qui devront trouver des compromis avec les organismes d’aide humanitaire et autres ONG. Officiers et sous-officiers doivent recevoir une instruction élargie leur permettant de s’adapter […] à l’action des ONG, et de faire face aux particularités des autres organismes . Bellamy conclut qu’il incombe aux militaires de se montrer particulièrement sensibles aux préoccupations des ONG et d’établir avec elles les relations adéquates [8].

La France, suite à la publication du rapport Gaïa sur les ACM, réfléchit à la création de nouveaux dispositifs efficaces de coordination des actions civilo-militaires. L’exemple britannique est, d’une certaine manière, rassurant : au-delà de la dimension institutionnelle, seules la relation humaine et la connaissance de l’autre demeurent le ciment d’une coopération civilo-militaire réussie. Entre intégration totale et blocages de principe, les forces armées britanniques devront démontrer leur aptitude à une flexibilité accrue pour s’adapter aux exigences des acteurs civils présents avec eux sur les futurs théâtres d’opérations.

Sami Makki

[1] Voir Ministry of Defence Peace Support Operations, Joint Warfare Publication 3-50.

[2] Cité in LtCol Lerwill coopération civilo-militaire : une vue britannique , Objectif Doctrine N°25, Mai 2001, pp. 34 et 35.

[3] Citons par exemple la conférence organisée par Action Aid UK le 12 Octobre 2001, du NGO/Military Contact Group intitulée Mind the Gap .

[4] Cité par Michael Pugh Civil-Military Relations in Peace Support Operations: hegemony or emancipation ?, University of Plymouth for the ODI Seminar, London, February 2001, p.11.

[5] Voir le document à succès dans la communauté des ONG européennes : Joanna Macrae and Nicholas Leader, Shifting sands : The search for coherence between political and humanitarian responses to complex emergencies, HPG Report 8, ODI, London, August 2000.

[6] Michael Pugh, op.cit., p. 12.

[7] UK Foreign and Commonwealth Office and UK Department for International Development, NGOs and the Military in Complex Emergencies, Wilton Park Conference Report (WPS01/05), 23-26 April 2001.

[8] Christopher Bellamy Combining combat readiness and compassion , NATO Review, Summer 2001, p.11.

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Conception et Dissémination d’information en soutien aux Psyops http://www.infoguerre.fr/doctrines/conception-et-dissemination-d-information-en-soutien-aux-psyops/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/conception-et-dissemination-d-information-en-soutien-aux-psyops/#comments Mon, 10 Dec 2001 15:19:28 +0000 Defense Science Task Force intitulé : Creation and Dissemination of all forms of information in support of psychological operations (PSYOPS)in time of military conlict.

Pour lire le rapport suivez le lien. ]]>
Infoguerre vous invite à prendre connaissance du Rapport du Defense Science Task Force intitulé : Creation and Dissemination of all forms of information in support of psychological operations (PSYOPS)in time of military conlict.

Pour lire le rapport suivez le lien.

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La politique américaine en matière de sécurité dans un monde changeant http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-politique-americaine-en-matiere-de-securite-dans-un-monde-changeant/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-politique-americaine-en-matiere-de-securite-dans-un-monde-changeant/#comments Thu, 29 Nov 2001 10:01:59 +0000 Revue électronique de l'Agence d'information des États-Unis - volume 3, numéro 3, juillet 1998. ]]> Après les évènements du 11 septembre et les opérations «Alliées» en Afghanistan, il convient plus que jamais de relire avec attention les articles suivants parus dans la Revue électronique de l’Agence d’information des États-Unis – volume 3, numéro 3, juillet 1998.
  • Défendre la nation contre les cyberattaques : La sécurité de l’information dans l’environnement mondial – Par Le général Kenneth Minihan Directeur de l’Agence de la sécurité nationale.

  • L’intégrité de l’information et la nouvelle ère de la sécurité – Par John Hamre Ministre adjoint de la défense.
  • CIAO : une stratégie intégrée face aux menaces d’une ère nouvelle – Entretien avec M. Jeffrey Hunker Directeur du Bureau de la protection de l’infrastructure critique.
  • La menace de cyberguerre appelle tous les secteurs à une vigilance accrue – Entretien avec le sénateur John Kyl
      ANALYSE

  • Des fantômes dans les ordinateurs ? – Martin Libicki Directeur du bureau d’analyses à la société RAND
  • La réponse de l’enseignement supérieur à la guerre de l’information – Charles Reynolds Directeur du département d’informatique et doyen intérimaire de la Faculté des sciences et technologies intégrées de l’université James Madison
      L’OPINION DU SECTEUR PRIVÉ

  • Les secteurs public et privé ont intérêt à partager leur expertise dans le domaine de la sécurité – Entretien avec M. Howard Schmidt Directeur de la sécurité informatique à la société Microsoft
  • Assurer la sécurité des systèmes d’information – James Lingerfeldt Consultant principal à IBM pour la sécurité publique et les affaires judiciaires
  • Périls et potentialités de la guerre de l’information – James Adams Président-directeur général d’Infrastructure Defense, Inc.
      DOCUMENTATION

  • Fiche documentaire : la protection de l’infrastructure de base des États-Unis – Décret présidentiel 63.
    ]]> http://www.infoguerre.fr/doctrines/la-politique-americaine-en-matiere-de-securite-dans-un-monde-changeant/feed/ 0 Périls et potentialités de la guerre de l’information http://www.infoguerre.fr/doctrines/perils-et-potentialites-de-la-guerre-de-l-information/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss http://www.infoguerre.fr/doctrines/perils-et-potentialites-de-la-guerre-de-l-information/#comments Thu, 29 Nov 2001 09:33:49 +0000 Ecrit par James Adams, Président-directeur général d'Infrastructure Defense, Inc.
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    Article paru dans la Revue électronique de l’Agence d’information des États-Unis, volume 3, numéro 4, novembre 1998
    Ecrit par James Adams, Président-directeur général d’Infrastructure Defense, Inc.
    Sources : Revue électronique de l’Agence d’information des États-Unis, volume 3, numéro 4, novembre 1998

    « J’ai le pouvoir, les moyens, assis chez moi, muni de mon ordinateur et de mon modem… de faire la guerre. C’est un environnement très différent de tout ce que nous avons pu connaître par le passé. » C’est ce qu’affirme M. James Adams, directeur d’Infrastructure Defense, Inc., centre d’échange d’informations et de décisions relatives à l’infrastructure de base au sein du secteur privé ainsi qu’entre les secteurs public et privé dans le monde entier. L’article qui suit est l’adaptation d’un discours prononcé par M. Adams à l’Agence d’information des États-Unis en août 1998.

    L’armée américaine a organisé l’année dernière un exercice comportant la simulation suivante : une crise internationale se prépare, et une puissance étrangère engage trente-cinq « pirates » informatiques pour neutraliser la capacité de réaction des États-Unis. Les « pirates » qui participaient à l’exercice étaient en fait des fonctionnaires américains, qui n’avaient reçu aucun renseignement préalable et qui avaient acheté leurs ordinateurs portables dans un magasin d’informatique local.

    Les pirates ont démontré qu’ils pouvaient facilement accéder aux systèmes de commande des réseaux d’électricité de toutes les grandes villes américaines, Los Angeles, Chicago, Washington, New York, dont dépendait la capacité de déploiement des forces des États-Unis. Qui plus est, ils ont réussi à pénétrer dans le système téléphonique de police-secours (le numéro 911) et auraient facilement pu saboter ces deux systèmes.

    Ils se sont ensuite attaqués au dispositif de commande et de contrôle du Pentagone. En l’espace de quelques jours, ils ont interrogé environ quarante mille réseaux et ont obtenu l’accès de base à trente-six d’entre eux. Ils sont parvenus à pénétrer profondément dans la structure de commande et de contrôle et, s’ils l’avaient voulu, ils auraient pu en perturber le fonctionnement.

    Ce que cet exercice a démontré, c’est que trente-cinq personnes possédant des informations accessibles à tout un chacun et des moyens techniques disponibles dans le monde entier auraient véritablement pu empêcher les États-Unis de réagir à la crise.

    C’est là une démonstration remarquable de la puissance redoutable de l’arme informatique. Ce pouvoir a contraint les États-Unis à investir des sommes considérables pour se doter de capacités offensives efficaces dans les secteurs où l’on peut livrer bataille autrement que par des moyens classiques.

    Pour peu qu’on en ait la capacité, on peut faire la guerre, non pas en déployant des troupes ordinaires sur un champ de bataille, ce qui peut causer des milliers de morts, ni même en tirant des missiles classiques, mais en lançant dans le cyberespace des bits et des octets capables de détruire un agresseur potentiel avant même que les soldats ne s’affrontent sur le terrain.

    Dans ce genre d’attaque, il s’agit, par exemple, d’éteindre toutes les lumières d’une grande ville, de fausser les marchés boursiers, ou d’interrompre les flux d’information dans un pays étranger pour y substituer ses propres informations, ce qui permet de lancer des opérations psychologiques très efficaces contre un ennemi potentiel.

    Pour bénignes qu’elles puissent paraître, ces interventions peuvent faire autant de victimes qu’une intense campagne de bombardement.

    C’est ainsi qu’une étude effectuée par l’Armée de l’air américaine sur les conséquences de la mise hors service du réseau électrique du sud-ouest des États-Unis a démontré que vingt mille personnes y auraient péri. De telles conséquences auraient un effet catastrophique sur le moral du pays et il se présente donc de nouveaux défis très intéressants sur la manière d’y répondre.

    Lors de la récente crise avec l’Irak, il y a quelques mois, alors que nous nous préparions à une éventuelle intervention armée, des tentatives d’intrusion dans le réseau logistique des États-Unis ont été détectées. On a fini par trouver que ces tentatives avaient pour origine un immeuble d’Abou Dhabi, et on a immédiatement soupçonné que c’était Saddam Hussein qui lançait une guerre de l’information contre les États-Unis afin de prévenir une intervention. Des Américains ont été envoyés sur place pour parer à la menace et, ayant atteint l’immeuble concerné, ils y ont découvert un routeur (point de transfert) d’Internet et ont constaté qu’en fait, cette « attaque » provenait d’adolescents aux États-Unis.

    C’est là une parfaite illustration des périls et des potentialités de la guerre de l’information. Nous pouvons lancer une attaque, et faire en sorte qu’elle semble provenir d’un lieu très éloigné de son point d’origine réel. Inversement, lorsqu’une attaque est lancée contre nous, il est extrêmement difficile d’en découvrir la source. Même si on la découvre, il est très difficile ensuite de lancer une attaque. Qui doit-on attaquer et pourquoi ? Quelles seront les réactions du public, quel sera son appui, si les mesures prises font des milliers de morts ? Comment persuader les gens que c’était la meilleure option possible ? Il n’y aura pas d’enfants morts dans les rues à présenter comme preuves du bien-fondé de l’intervention, pas d’homme posté l’arme au poing au coin d’une rue. Le public n’a pas l’habitude de ce genre d’événements et cela présente de réelles difficultés.

    Ces questions et les possibilités qu’elles offrent se révèlent très attrayantes pour pratiquement tous les pays dotés de capacités d’intervention dans le domaine de l’information. Pour l’État-nation, la guerre de l’information a un potentiel attrayant, mais elle est également porteuse de lourdes menaces, parce que cette guerre ne se situe pas au niveau des pays, mais des moyens dont disposent certains particuliers.

    La guerre de l’information est, à mon avis, en train de changer fondamentalement la dynamique qui existait depuis très longtemps et qui contribuait à maintenir l’équilibre entre les États, à savoir que ce sont les gouvernements qui décident du rythme du changement et qui sont, en général, les principaux agents du changement.

    Lorsqu’un nouveau système d’armement est mis au point, il faut un certain temps avant qu’il passe du pays qui l’a créé à un pays qui n’a pas la capacité de le produire : le cycle est d’environ vingt ans. Or, de nos jours, l’ordinateur le plus récent provient de Compaq, les logiciels de Microsoft, et ces outils sont disponibles chez CompUSA (chaîne de magasins d’informatique des États-Unis). Le gouvernement l’achètera peut-être d’ici deux ou trois ans, mais ce n’est guère probable. En revanche, je puis, moi, me rendre au magasin d’informatique, chéquier en main, et m’acheter le matériel. Dans la guerre de l’information, ce matériel est mon arme.

    J’ai le pouvoir, les moyens, assis chez moi, muni de mon ordinateur et de mon modem, du moment que je sais comment m’y prendre, de faire la guerre. La situation est radicalement différente de tout ce que nous avons pu connaître par le passé.

    Il est particulièrement intéressant, je trouve, au cours de la révolution de l’information à laquelle nous assistons – et nous n’en sommes qu’au tout début -, de voir les nouvelles alliances qui se développent. J’ai parlé récemment à un ami qui avait organisé une conférence en ligne pour les montagnards, les habitants des montagnes du monde entier, des Alpes ou de l’Oural ou des Rocheuses. Ces montagnards, qui communiquaient entre eux pour la première fois, ont donc participé à une conférence en ligne de deux jours. Ils se sont aperçus qu’ils avaient beaucoup de choses en commun : tous détestent les habitants des vallées, tous se méfient de l’autorité publique, et tous s’intéressent passionnément à l’environnement.

    Voilà donc un exemple d’une nouvelle communauté dont les membres ont plus en commun les uns avec les autres qu’ils n’en ont, par exemple, avec leurs compatriotes. Ces groupes, que ce soient les cinquante-deux groupements terroristes qui ont actuellement des sites sur le Web, des associations écologistes ou des marginalisés, ont tous à présent la possibilité de se parler, de partager leurs connaissances et d’exprimer leurs frustrations. Il est fascinant de voir l’unité, ou la capacité d’unité, qui existe parmi ces groupes et qui n’existait jamais auparavant.

    Bien que nous ne puissions pas éliminer le risque de guerre, nous avons la capacité offensive de faire la guerre par d’autres moyens et certainement de modifier l’escalade qui mène aux conflits traditionnels. Et ceci présente de réels défis. Tout d’abord, le gouvernement doit comprendre ce qu’une guerre signifie. Nous sommes restés cantonnés dans l’environnement de la guerre froide. Si vous demandez à l’armée de l’air, ou à la marine, ou aux autres entités qui développent actuellement ces nouvelles capacités : « Dans quelles circonstances êtes-vous autorisées à en faire usage ? », elles répondent : « Eh bien, nous avons posé cette question au ministère de la justice il y a quelques années, et nous attendons toujours la réponse. »

    Or la question est importante. On voudrait employer ces armes juste avant de partir en guerre, de manière à éviter de déclencher une guerre classique. Et pourtant il s’agit d’armes extrêmement agressives et puissantes. Il se posera donc un immense défi au gouvernement et, en fait, c’est déjà le cas : comment se maintenir à niveau alors que tout l’environnement évolue à un rythme aussi rapide ?

    Nous devons également, de manière défensive, prendre en compte une différente forme de menace. Traditionnellement, les militaires se considèrent comme des soldats qui montent aux premières lignes, se battent, se font blesser ou tuer, ou ressortent indemnes ; soit ils réussissent, soit ils échouent. Mais dans ce nouvel environnement, nous sommes tous au front. La question est maintenant de savoir comment nous nous défendons, comment nous nous protégeons, et comment nous sommes protégés par le gouvernement ou par le secteur privé. Nous faisons partie de ce processus. Cela constitue un environnement très différent.

    Le problème informatique de l’an 2000 – le fameux « bogue de l’an 2000 » – est une excellente illustration de cette situation. C’est en fait une question sociale, au même titre que la guerre de l’information. Cette guerre peut consister à couper l’alimentation en eau et en électricité, à paralyser les usines de traitement des eaux usées, à bloquer les GAB (guichets automatiques bancaires), bref à détruire les dispositifs de soutien de la vie courante.

    Le problème de l’an 2000 et la manière de l’aborder vont démontrer toute l’étendue de l’interdépendance de l’infrastructure essentielle. Personne n’a encore pleinement compris à quel point tout ce que nous faisons est lié. Si une pièce du puzzle est défectueuse, le reste du puzzle se fragmente. Ce n’est pas simplement une question nationale, mais une question internationale.

    Nous devons donc, tout en relevant les défis de la guerre de l’information, prendre en compte simultanément les défis posés aux gouvernements. Qu’est-ce que cela signifie dans ce nouvel environnement ? Nous devons notamment faire face au danger que court l’infrastructure de base : comment pourrons-nous la défendre de manière efficace ?

    C’est ici que le secteur privé jouera un rôle vital, parce que c’est lui qui engendre les changements auxquels nous assistons autour de nous. Le gouvernement, pour sa part, doit démontrer sa pertinence et exercer une certaine autorité qui, à mon avis, lui fait actuellement défaut.

    Le secteur privé peut s’attaquer à beaucoup de ces dossiers, afin de se défendre et de nous défendre aussi. Si nous ne reconnaissons pas ce fait, je crains que nous nous exposions à de graves conséquences, à commencer par le bogue de l’an 2000. Nous tomberons victimes de nouveaux agresseurs extérieurs, qui auront un pouvoir dont nous n’avons aucune idée. Et lorsque nous aurons compris, il sera trop tard.

    Ce que je recommanderais, c’est de sensibiliser les gens à ces questions et d’encourager non seulement une prise de conscience du public, mais également des mesures plus actives de la part de ceux qui peuvent diffuser l’information, de façon à mettre en place des dispositifs de défense contre un environnement qui promet d’être extrêmement périlleux au cours du siècle prochain.

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