La thèse intitulée La France et la puissance, perspectives et stratégies de politique étrangère (1945-1995) que Frank Orban a présenté en français le 19 mai à la Faculté des Sciences Humaines, de l’Université d’Oslo, a le grand mérite d’analyser les prises de position diplomatiques de la France à travers une grille de lecture sur le concept de puissance. C’est un travail difficile et audacieux, compte tenu de l’état de la recherche en France sur ces questions. Dans l’analyse qu’il fait du concept de puissance, il souligne notamment la contradiction inhérente à la Révolution française : « l’idéologie révolutionnaire, qui rejette la simple raison d’état pour véhiculer les principes aussi fondamentaux que celui du droit à l’autodétermination des peuples, opère une rupture conceptuelle profonde avec la culture de la puissance traditionnelle, mais se retrouve confrontée à la difficulté de rendre compatible la volonté d’accroissement de puissance en pays conquis et le respect de l’idéal républicain qu’elle est censée exporter ». Frank Orban a raison d’insister sur le fait que cette contradiction sera un des blocages culturels endémiques qui a retardé et même parfois empêché l’émergence d’une école de pensée française, centrée sur l’étude de la problématique de puissance. Il ne faut donc pas s’étonner que les spécialistes français de la géographie se limitent à des synthèses régionales ou à une géographie des frontières. D’où le rejet par l’école des annales des atypiques comme La Blache qui fut accusé de pactiser avec les thèses allemandes parce que ses travaux s’orientaient vers une géographie plus politique qui s’écartait « de la géographicité du sol ».
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